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<title>Manutara - blog</title>
<description>Inutile de ressasser le futur, tournons-nous vers le passé</description>
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<title>Les Parfait</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/09/22/les-parfait.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Tue, 22 Sep 2009 17:35:37 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Je ne peux plus les supporter. Les retraités. Non, c'est fini. Il a du y en avoir un ou deux de trop, je ne sais pas, mais, depuis quelques temps, leur vision m'indispose au plus haut point. Pas vraiment leur vision, à vrai dire, car, à première vue, rien ne ressemble plus à un être humain normal qu'un retraité. Je ne parle évidemment pas de retraités octogénaires qu'on imagine difficilement autrement que retraités. Non, je parle de cette spécialité bien française: le retraités quinquagénaires en pleine forme qui pourraient encore servir de nombreuses années et qui n'ont même pas payé leurs quarante annuités.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pas leur vision qui me dérange, non. C'est juste de les écouter. Cette satisfaction, feinte, je suppose, car si elle n'était pas feinte ce serait pire que tout, d'avoir été mis à la poubelle, avec cette angoissante constatation que contrairement aux ordures, il n'y a aucun recyclage de prévu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;….On aurait encore pu continuer....Petit sourire soumis...Mais, on a préféré laisser la place aux jeunes...Tu parles! On te vire avec une préretraite pourrie et on file ton poste à un ouzbek sous-payé. Faut dire que dans les steppes d'Asie Centrale on n'a pas de gros besoins. On n'y trouve pas grand chose à vrai dire. Même la mer s'est tirée. C'est tout dire! Enfin, c'est leur problème aux ouzbeks. Mais les retraités, non franchement, je ne peux plus...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ça doit être à cause des Parfait. Oui, parfaitement, les Parfait. Pas une secte, hein, entendons nous bien, juste un couple, les Parfait. Je tiens à préciser que les Parfait ne m'ont rien fait, que je ne les connais même pas, qu'ils ont l'air charmants, intelligents, sympas et tout et tout. Ils valent surement mieux que moi d'ailleurs. Voilà, voilà, je crois que je n'ai rien oublié, je peux commencer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Non, c'est juste qu'ils sont parfaits, les Parfait. Et qu'ils ont une grande gueule qu'ils ouvrent un peu trop souvent à mon goût. Alors, lorsqu'après une journée exténuante on essaie de jouir du calme et de la fraicheur relative de la nuit tropicale, assis, seul, à la table d'un petit restaurant (quelques tôles jetées sur quatre piquets, on fait pas dans le luxe aux colonies) situé au fin fond d'une ile perdue au milieu de Pacifique, calme nocturne qu'on n'espère troublé que par la stridulation frénétique d'insectes invisibles (parce que ça stridule dur sous les tropiques, la nuit, vous pouvez me croire), quand les Parfait débarquent, s'installent à la table voisine et ouvrent leur grande gueule, on est obligé de les entendre, même si on estime avoir déjà assez entendu de conneries pour aujourd'hui et tout autre jour à venir. Mais de ça ils s'en fichent les Parfait, alors, ils l'ouvrent grande, leur gueule. Et ça dégouline de perfection. Ah, ces paysages, ces plages, ces caps, ces rochers, ces arbres, quelles merveilles! Et les gens! Mon Dieu, les gens! Là on sent que les Parfait peinent à trouver les superlatifs qu'ils se renvoient d'un bout de la table à l'autre comme une balle de squash (les parfaits sont des bobos, ils font donc du squash, enfin, en faisaient). Moi, j'ai toujours trouvé les gens d'ici normaux. Terriblement humains. Mais pas les Parfait, non. Je ne sais pas qui ils fréquentaient avant de venir s'installer dans le Pacifique, mais ça ne devait pas être bien fameux pour qu'ils parent les habitants de ce lieu désolé de vertus aussi exotiques que la gentillesse, le sens de l'hospitalité, la largesse d'esprit, la tolérance et d'autres trucs dont je ne me souviens même plus. Il faut dire que le couple Parfait est un couple de professeurs des écoles....à la retraite. Ça, ils le claironnent comme s'ils voulaient faire tomber des murailles invisibles. Bien entendu, ils ont cinquante ans et en paraissent vingt de moins avec leurs traits lisses et leurs petits débardeurs moulants. Alors moi, que trente années passées sous les tropiques ont momifié, ça m'énerve, forcément, toute cette fraicheur stérilement assise dans cette gargote du bout du monde alors qu'elle devrait être en train d'inculquer des rudiments de savoir à la jeunesse inculte des banlieues.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Quand ils commandent à manger, les Parfait, c'est toujours un truc léger, frais, une petite salade par exemple, à peine assaisonnée d'un peu d'huile d'olive (bien sur). La ligne, confient-ils à la patronne, en tapotant leur ventres plats et musclés, avant de confier qu'ils ont couru vingt kilomètres aujourd'hui, en plein soleil. Profitant d'un moment d'inattention de leur part, la patronne se tourne vers moi et se frappe la tempe de l'index. Je lève les yeux au ciel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;A peine les salades posées devant eux, que les voilà repartis dans leur panégyrique. Évidemment, ils n'ont jamais vu de salades aussi belles, aussi saines, aussi craquantes, d'un vert aussi vert. En les regardant engloutir le contenu de leur assiette tout en se complimentant mutuellement d'avoir eu l'idée de venir passer leur retraite dans ce paradis, je songe juste aux centaines de litres de pesticides, insecticides, fongicides, dont les autochtones arrosent leurs légumes. L'écologie, ça fait rigoler tout le monde ici!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mais tout cela n'est que broutille. Les Parfait aiment tout et tout le monde? Grand bien leur fasse! Ça change des grincheux de mon espèce. Mais il y a pire. Les Parfait veulent aussi que tout le monde les aime. Cela fait à peine un mois qu'ils ont débarqué sur l'ile et déjà, ils ont l'impression de s'être parfaitement intégrés. D'avoir été acceptés par la population. L'immersion totale, en somme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Alors, lorsqu'une famille se présente au restaurant, ils serrent les mains aux hommes, embrassent les femmes et les enfants, puis les invitent à leur table. Peu importe le malaise palpable des nouveaux venus qu'ils ont peut-être tout juste salués l'une ou l'autre fois dans le village, ils les assoient de force et les forcent à écouter leur logorrhée. Je songe que les Parfait ne m'ont pas même adressé un salut en passant devant moi, quelques minutes auparavant. Puis, une brusque nausée m'envahit. C'est bien de mon pays, la France, qu'ils parlent, les Parfait. Si la salade était presque trop belle pour être mangée, celle qu'ils servent à leurs auditeurs a des relents de pourriture. Pas de mots assez durs pour qualifier le mère patrie. Autour de la table, les visages sont livides, les corps figés. Ces pauvres gens, venus là pour faire bombance entre eux, souhaiteraient sans doute voir la terre s'ouvrir et engloutir les Parfait et tous ceux de leur espèce. Ce que ces derniers ignorent, englués qu'ils sont dans leur perfection, c'est qu'il y a deux choses que les marquisiens détestent, les popaa d'abord et surtout que ces mêmes popaa dénigrent leur propre pays, la France. En effet, si ce peuple de guerriers accepte d'avoir été soumis au siècle passé par une nation puissante, il ne supporte pas l'idée d'être administré par une bande de lopettes auto-flagellantes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le chef de famille est instituteur pas à la retraite. Ce qu'apprenant, monsieur Parfait glisse dans le tuyau de l'oreille de ce collègue du bout du monde...Et cette idée de vous imposer d''enseigner le français quand vous avez une langue si belle et si riche!...L'autre réfléchit un instant en pliant sa serviette de manière menaçante, avant de répondre par une question...De quelle région de France êtes-vous originaire?...De Bretagne...Il hoche la tête, puis poursuit...Vous parlez le breton?...Heu, non, enfin juste quelques mots...L'instituteur soulève alors ses deux cents kilos du haut de son mètre quatre-vingt-dix (en se laissant tomber sur les Parfait, il les aurait transformés en crêpes) et, avant de donner le signal du départ au reste de la famille, se contente de laisser tomber...Eh bien nous, monsieur, nous parlons marquisien ET français&lt;/strong&gt;....&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Face à cette Bérésina, les Parfait, faute d'autre interlocuteur à qui s'adresser, la patronne ayant regagné sa cuisine en jurant, les Parfait qui jusque là m'avaient ignoré, me demandent...Mais qu'est-ce qu'on a fait? Qu'est-ce qu'on a dit?...Leur monde de perfection commence à se lézarder. Je leur fais...Chut! Écoutez!....Hein? Quoi?....Vous n'entendez rien?...Non. Que voulez-vous qu'on entende?...C'est bien ce que je pensais!...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Parfait ne font que passer. Nous autres, les vieux coloniaux, nous continuerons à écouter, tous les soirs, dans la fraicheur relative de la nuit tropicale, les stridulations des insectes invisibles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Une épouse énergique</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/07/30/une-epouse-energique.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Thu, 30 Jul 2009 20:48:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;...Non, il habite avec ma fille, dans la grande maison, un peu plus bas...Il y avait dans ce «&amp;nbsp;grande&amp;nbsp;», comme un zeste d'amertume...Que voulez-vous, quand on est vieille et qu'on a cessé de servir, on vous relègue dans une cabane...D'un geste désabusé de la main, elle me désigna le bungalow dont toutes les persiennes étaient hermétiquement closes. Il me parut très confortable ce bungalow. Élégant presque. On aurait dit la maison en pain d'épice de la sorcière du «&amp;nbsp;Hansel und Gretel&amp;nbsp;» de mon enfance. Après tout, avoir la belle-mère dans son jardin d'Eden, n'était-ce pas déjà une manière ici bas de se préparer à quelque infernal séjour dans l'au delà?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tout en cheminant entre deux haies d'hibiscus et de bougainvilliers vers la «&amp;nbsp;grande maison&amp;nbsp;», je ne pus m'empêcher d'éprouver une légère déception à l'idée que la vieille sorcière ne fût que la «&amp;nbsp;suegrita&amp;nbsp;» et non l'épouse. Je n'ai rien contre une certaine perfection dans l'ignominie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'habitation principale était idéalement située sur un promontoire surplombant la baie et le Pacifique. Loin d'être imposante ou même tout simplement agréable à regarder, elle dégageait toutefois une impression de sérénité. Une sorte de repos du guerrier pour qui n'a jamais été à la guerre. Je frappai à la porte. Ce fut madame qui m'ouvrit. M'attendant au pire, je fus agréablement surpris. Cunégonde (ce n'est bien évidemment pas son nom, personne ne s'appelle comme ça), la quarantaine vigoureuse, était ce qu'il convient d'appeler une femme sportive. De petite taille, dotée d'un corps d'athlète, elle cachait sa féminité dans une abondante chevelure de walkyrie ainsi que dans une insatiable propension au verbe (non dénué d'intelligence et d'intérêt, je dois bien le reconnaître). Pour me saluer, elle m'embrassa énergiquement, ce qui consista à lancer avec force sont visage anguleux contre le mien, tandis que je manquai périr étouffé par sa crinière aussi robuste que celle d'un dragon de la garde républicaine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Puis s'écartant de moi, elle me contempla, s'efforçant de réprimer une moue moqueuse....Pas un mot de plus. Je vois que tu as fait connaissance avec mes chéris...Les chéris?...ânonnai-je, me frottant la joue au point d'impact tout en me demandant si je n'allais pas avoir un œil au beurre noir ...Oui, mes chevaux. Je les ai recueillis alors qu'ils étaient tout petits et les ai élevés un peu comme s'ils avaient été des chiots...Je gardai pour moi la réflexion qu'il serait temps de révéler à ces redoutables bestioles d'un quart de tonne qu'elles n'étaient pas, n'avaient jamais été, des chiots. Pour enfoncer le clou, elle précisa...D'ailleurs, on en les monte jamais...Je voulais bien le croire, c'était plutôt l'inverse du reste. Mais je me contentai de hocher la tête en signe d'approbation, lâchant, un...évidemment...laconique. Puis baissant la voix, qu'elle avait tonitruante, elle me dit...Il ne faudra pas en parler à mon Astrubal. Déjà qu'il me gronde parce que mes chéris coutent trop cher à nourrir; Tu n'auras qu'à dire que tu as glissé...Ah, parce qu'en plus elles coutaient du pognon ces carnes! Bien entendu aucun son, ne franchit mes lèvres. Je fis juste remarquer que m'étant fait pulvériser les machins par leur clôture électrique avant de me faire piétiner et trainer sur une centaine de mètres par la horde sauvage, mon habillement et ma physionomie avaient subi quelques modifications qu'il serait difficile de faire passer pour une simple...glissade. Elle réfléchit un instant avant de me lancer...Oh, la clôture, tu sais, ce n'est pas grave. C'est du vingt mille volts mais sous très faible ampérage...Je répétai...faible ampérage...Mais déjà elle continuait, tout en me faisant passer dans le salon, une pièce sombre remplie de meubles en teck et en acajou sur laquelle veillait un tiki haut de deux mètres au sexe turgescent...Pour les vêtements, je te prêterai ceux d'Astrubal. Une bonne douche là-dessus et il n'y paraîtra plus...Une voix chevrotante se fit entendre quelque part dans la maison...A qui parles-tu, Cunégonde?...A ton copain Esteban. Il vient d'arriver...hurla-t-elle tout en me précisant, à voix basse cette fois....Astrubal n'a pas la forme en ce moment...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;C'était vrai qu'Astrubal n'avait pas l'air bien. Pas bien du tout.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>Visite à un ami</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/06/17/visite-a-un-ami.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Wed, 17 Jun 2009 20:43:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La récente mission que l'on me confia sur cette autre île me permit de revoir mon ami&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Il s'y était exilé volontairement, cinq ou six ans plus tôt, pour s'extraire des relents d'échec imprégnant son calamiteux retour à N***, aux Marquises, qui avait vu sa (très) jeune maîtresse,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Cruella&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, s'enfuir au bras d'un galant, jeune et chevelu, alors&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;qu'Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, au crâne rongé par une irréversible calvitie, l'avait arrachée à sa ville, à sa famille et à son wagon, tout trois figés dans le désert chilien jusqu'au prochain déluge, en lui faisant miroiter une vie faite d'abondance et de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;playas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;désertes dans sa maison perdue au milieu d'une nature généreuse. Là où la jeune femme attendait une somptueuse villa construite sur quelque promontoire rocheux, elle ne trouva qu'une méchante cahute en contreplaqué et en tôle, reliquat en ruine de la première période de la vie d'adulte de son compagnon. La vue que l'on découvrait depuis la parcelle en friche était superbe, mais ne faisait qu'accentuer l'insoutenable insularité du lieu pour qui n'a connu que la ville et le continent, en soulignant la vacuité extrême du plus grand océan de la planète par une ligne d'horizon au tracé parfait que ne venait altérer la vision d'aucune autre terre, même lointaine, que ne venait polluer de sa présence nulle oeuvre humaine, pas même ces pétroliers ou ces cargos qui émeuvent jusqu'aux plus hydrophobes lorsqu'ils les aperçoivent le long des côtes. Le ciel, lui aussi, était vierge de toute trainée de condensation laissée par ces jets qui, même au coeur du désespoir le plus profond, nous laissent entrevoir la possibilité d'une fuite, d'une vie autre, d'un ailleurs qui pour être hors d'atteinte n'en est pas moins réel. Lorsque la petite caravane composée de deux adultes et de deux enfants chargés de paquets arriva à l'issue d'une marche de plusieurs heures qui l'avait menée du minuscule aéroport à la «&amp;nbsp;propriété&amp;nbsp;» sous le soleil implacable de midi, sans l'ombre d'une ombre pour apporter le réconfort de sa tiédeur à la terre en fusion,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Cruella&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, en découvrant les lieux désolés et le&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;fare&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;en décomposition s'écria....ESTAMOS JODIDOS! (Nous sommes fichus)....Quand&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;manoeuvra la porte dégondée, celle-ci s'abattit à ses pieds dans un craquement sinistre, libérant une nuée formée de milliers de guêpes qui s'échappèrent en émettant un bourdonnement furieux.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Cruella&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;s'enfuit dans la brousse en hurlant tandis que les enfants, un garçon et une fille à peine entrés en adolescence, se serrèrent l'un contre l'autre en pleurant. Je pense&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;qu'Astrubal&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;commença à perdre&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Cruella&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à cet instant, même si, par la suite, il lui fit construire, dans la village, une maison plus en accord avec ses attentes. Le mal était fait. L'esprit gangréné par le doute,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Cruella&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;n'eût plus qu'une idée: s'enfuir de cet infernal paradis tropical. Ce fut pour oublier cette cuisante défaite, cette salissure indélébile faite à son amour propre,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;qu'Astrubal&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;choisit de s'installer à U***, île aux contours phalliques dont la beauté austère redonna quelque forme à son ego foulé aux pieds. Quelques rares lettres me parlèrent d'une dame européenne d'âge mûr, de son beau terrain de plusieurs hectares, d'une noce hâtivement célébrée, une fois reportée, il est vrai, quand revint à la mémoire&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'Astrubal&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ce détail agaçant qu'il était toujours marié à&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Bernadette&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, son épouse dans une autre vie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arrivé à U*** le samedi précédent fatalement le dimanche quand nulle créâture de Dieu ne pouvait, sans offenser son nom, se livrer à quelque activité professionnelle que ce fût en ce bout du monde très chrétien, je mis à profit ce jour d'oisiveté pour rendre visite à mon ami&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Je ne sais si le terme amitié convient à cette relation qui nous fait nous croiser tous les deux ou trois ans, mais comme cela fait vingt-cinq ans que nous nous croisons tous les deux ou trois ans, on peut trouver à cette discontinuité une rassurante continuité Bien entendu, lui et son épouse ne vivaient pas dans le village principal, mais au coeur d'une vallée distante d'une dizaine de kilomètres, à laquelle menait une mauvaise piste. A l'issue d'une interminable montée, je parvins à un col après avoir refusé à plusieurs reprises les offres d'automobilistes déconcertés par la vision du dernier humain (aux Marquises, du moins) utilisant encore ses jambes pour se rendre d'un lieu à un autre, sans qu'il lui fût nécessaire de faire appel à une cavalerie de plusieurs centaines de chevaux vapeur. Si l'on ajoute à cela que j'ai toujours refusé de me munir d'un téléphone portable que je considère comme l'avatar moderne des chaînes dont on chargeait les esclaves en d'autres temps, il n'est pas tout à fait exclu que je finisse dans un musée, empaillé entre l'australopithèque et l'homme de Néanderthal. Tandis qu'assis sur une pierre je séchais au souffle puissant des alizés comme un cormoran sur son rocher, je songeai que je ne détonnerais nullement dans un de ces western «&amp;nbsp;spaghettis&amp;nbsp;» des années soixante- dix avec ses&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;cow&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;-boys ruisselants de transpiration.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Après une courte pause, je quittai la piste principale pour emprunter un chemin plus étroit qui devait se prolonger jusqu'au bout de la vallée pour se terminer au bord de la mer. Descendre est toujours une bénédiction une fois qu'on a réussi a refouler dans un coin de son esprit l'idée qu'il faudra refaire le chemin en sens inverse, en montée cette fois. A mi-pente, j'aperçus sur la droite une clôture derrière laquelle la végétation touffue composée de banians et d'acacias avait fait place à une jolie prairie sur laquelle, de loin en loin, des manguiers et des citronniers alternaient avec des hibiscus et des bougainvilliers. La maison, invisible depuis la route, devait se trouver en contrebas. Cette clôture portait indubitablement la marque de fabrique de son propriétaire,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Haute d'à peine un mètre, elle était constituée non pas de fil de fer barbelé mais d'étranges sangles blanches semblables à ces sangles utilisées par les camionneurs pour assujettir les marchandises sur le plateau d'une remorque. Sacré&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;!&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Economie&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, économie! Dieu seul savait où il avait du dénicher ce matériel de récupération. Ces sangles étaient destinées, du moins le crus-je dans un premier temps, non pas à constituer un obstacle infranchissable mais à marquer le territoire de la famille&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Ne voyant aucun portail pour franchir cette dérisoire ligne de démarcation, je l'enjambai. Ce faisant, l'entrejambe de mon pantalon frôla la sangle supérieure. J'eus l'impression qu'un esprit malin venait de me donner un coup de marteau dans les parties. Je restai un bon moment à me rouler de douleur (je ne sais pourquoi, mais se rouler par terre a des&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;vertues&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;lénifiantes) dans l'herbe, une herbe étonnement soyeuse pour ces latitudes, étouffant mes gémissements tout en m'interrogeant sur les motivations qui avaient poussé&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à entourer ses terres d'une clôture électrifiée. Cela ne cadrait pas avec le personnage. L'électricité, même d'origine solaire, coûte cher. Enfin, je n'eus pas à attendre longtemps pour avoir la réponse à ma question.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme je me remettais péniblement debout en ayant l'impression de traîner un tronc d'arbre accroché à mes&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;cojones&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, je perçus le bruit d'une cavalcade et vis apparaître dans l'herbe grasse une demi-douzaine de chevaux. Je n'y prêtai pas grande attention, tant les chevaux sont chose courante dans les îles. Quand ces animaux, d'habitude craintifs, ne dévièrent pas leur course en me découvrant, mais bien au contraire, forcèrent l'allure pour venir à ma rencontre, inclinant dangereusement les oreilles vers l'arrière tout en dodelinant de la tête de manière désagréable, j'en conçus un certain étonnement. Elevé au milieu de bêtes en tout genre, je savais que la fuite était la plus mauvaise des solutions. L'animal craint l'homme, c'est un phénomène avéré. On a publié des thèses la-dessus.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Ecrit&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;des articles dans les journaux. Donné des conférences. Tourné des films. Manifestement, ces chevaux ne lisaient pas et n'allaient pas au cinéma. S'ils furent bien freinés un temps dans leur élan, quand, solidement campé sur mes jambes, le bras droit levé, je hurlai.....YA...YA...HEY...HEY....HEY..., ils reprirent ensuite leur progression plus lentement pour venir m'entourer, me projetant à la figure leur souffle brûlant au travers de leurs naseaux dilattés. Celui qui semblait être le chef, un beau cheval bai, après avoir rejeté la tête en arrière tout en hénissant, saisit entre ses dents le dos de ma chemise et, m'ayant renversé, se mit à me traîner sur le sol, dont, de manière étonnante, je ne trouvai plus l'herbe aussi moelleuse. Jurant comme un charretier, je réussis à me débarrasser de ma chemise et, toute honte bue, me mis à courir comme je crois que je n'ai jamais couru de ma vie, vers une petite cabane qu'un banian m'avait dissimulé jusque là. Je dus hurler, car une dame agée en sortit et d'une voix stridente cria....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Piti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;piti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;piti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;....Les chevaux pilèrent sur place. Puis, faisant un geste désinvolte vers un point indéterminé de la propriété, mon sauveur&amp;nbsp;ajouta à leur intention....Allez, vilains, à la maison!....A contrecoeur, les fauves s'éloignèrent, non sans que le bai se fût retourné une dernière fois pour me lancer un regard torve. Plus le temps passe et moins je supporte les animaux domestiques: je les trouve beaucoup trop humains.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je reportai mon attention sur la dame, une européenne octogénaire et échevelée à l'élocution rendue difficile par une manifeste carence de dents. Il avait fait fort l'ami&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, cette fois. Il est vrai que le terrain était très beau. Rajustant sur sa poitrine flétrie un paréo troué elle me lança...Vous êtes l'ami&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'Astrubal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;?...Oui madame,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Esteban&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;S***, enchanté....Après m'avoir serré la main, elle se gratta les fesses...Ben, dis-donc, ils vous ont mis dans un drôle d'état. Ils sont très joueurs, vous savez....Très drôle! En effet, outre des écorchures sur tout le corps, un pantalon déchiré, une chemise cannibalisée, je souffrais probablement d' un début de castration électrique...Ce n'est rien, pensez-vous...mentis-je. Puis, jetant un coup d'oeil vers la cabane, je demandai...&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Astrubal&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;est-il là?....&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>L'anachorète</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Sun, 31 May 2009 17:06:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;Version:1.0 StartHTML:0000000168 EndHTML:0000012951 StartFragment:0000000487 EndFragment:0000012934&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; alt=&quot;la baie de l'anachorète.jpg&quot; id=&quot;media-1788397&quot; src=&quot;http://manutara.hautetfort.com/media/00/01/625569617.jpg&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;es mois qui suivirent furent, pour moi, tout entiers consacrés à la recherche d'un bout de terre sur lequel édifier ma «&amp;nbsp;cabana&amp;nbsp;» au&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;. J'étais dans la situation d'un enfant lâché sans surveillance dans une confiserie géante. Toute la région était à vendre.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Marquises m'avaient laissé entrevoir leurs charmes, sans jamais me les offrir réellement. La presque totalité des terres étant domaniales, il était très difficile de se porter acquéreur d'un terrain en dehors du village principal où s'entassait l'ensemble de la population, au point que, de partage en partage, les toits des maisons en venaient à se toucher. Lors de mes longues randonnées qui me menèrent dans les endroits les plus reculés de l'île, au point que les&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;marquisiens&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;eux-même finirent par m'interroger sur les secrets de passages menant à telle ou telle vallée perdue abondant en gibier, à l'occasion de ces petites expéditions j'avais, donc, plus d'une fois, conçu des rêves de colonisation sur des caps que ne venait balayer nulle tempête, ou près de cols que ne franchissait nulle route. Je me disais, oui, là je serais bien, enfin seul. Je pourrais faire venir les matériaux de construction par la mer et une fois la maison terminée, une vaste hacienda dont l'orientation me permettrait de contempler, depuis la terrasse, le coucher du soleil sur la Pacifique, je pourrais ne plus voir d'humain durant des mois, si tel était mon bon plaisir. Je serais sûrement devenu barbu et fou, mais la question ne se posa pas. Les rêves restèrent des rêves. Encore et toujours des terres domaniales. Je pus une fois toucher du doigt la possibilité de devenir propriétaire, quand au hasard de mes pérégrinations, je rencontrai, dans une baie sublime flanquée d'éperons rocheux acérés comme des dents de requins, une sorte d'anachorète avec qui je me liai d'amitié, apportant à chacune de mes visites du café, du sucre, du tabac tandis qu'en retour, il remplissait mon sac à dos de fruits aux saveurs étranges. Il vivait dans un petit&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;fare&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;niau&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;(maison en feuille de cocotier) dont l'intérieur était d'une&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;fraicheur&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;étonnante. Tandis que les volutes de&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;pakalolo&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;(cannabis) dont il consommait des quantités considérables (ça tue les moustiques, disait-il), formaient entre lui et moi une sorte de brouillard impénétrable, nous restions silencieux en écoutant le temps passer. Parfois, l'un ou l'autre disait...&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Eeeeeh&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;oui...et nous éclations de rire. Un jour, après avoir apprécié la qualité de mon silence, il me proposa de construire un&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;fare&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;sur un emplacement de mon choix. La vallée lui appartenait. Le&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;leg&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;d'un grand-père. Ah! C'était très généreux! Mais je voulais vraiment être chez moi. Je lui proposai donc de lui acheter une parcelle de terrain. Il voulut alors me la donner, mais j'insistai pour le dédommager....Ah, les&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;popaa&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;sont des gens compliqués. L'argent toujours l'argent. Tu trouves vraiment que j'ai l'air de manquer de quelque chose?....Il parlait très mal le français et moi encore plus mal le&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;marquisien&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, mais nous nous comprenions très bien. Je contemplai un instant son grand corps sec entièrement tatoué à l'exception du visage et de ses parties intimes, du moins le supposai-je, car il portait tout de même un cache-sexe, mon regard glissa ensuite sur le mobilier du&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;fare&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, la&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;peue&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;(natte) sur lequel nous étions assis, une lampe&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Coolemann&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, quelques ustensiles de cuisine couverts de suie (il ne cuisinait qu'au feu de bois) et une cantine rouillée dans laquelle il serrait avec amour ses rares possessions. Je savais qu'il y avait glissé la paire de jumelles&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Zeiss&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;et le couteau suisse que je lui avais offerts, sans que jamais, sans doute, ces deux objets fussent destinés à revoir la lumière du jour. Il possédait un sabre&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;d'abattis&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;qu'il maniait avec la dextérité d'un janissaire et sa vue lui permettait de voir des objets ou des êtres que je n'arrivais pas même à deviner. Ainsi, un jour j'embarquai avec lui sur sa minuscule pirogue à balancier, après que, depuis la plage, il eût apreçu une formation d'oiseaux chassant au large, là où je ne voyais que l'océan parcouru d'une longue houle paresseuse. Il nous fallut ramer une heure avant que je pusse entrevoir les frégates et les fous emmêlés dans une ronde folle, les premières essayant de s'emparer du butin des seconds. Nous fîmes une excellente pêche. Le poisson qui n'était pas consommé cru le jour même était découpé en fines lamelles et mis à sécher sur des cordelettes tendues entre deux arbres. Non, vraiment, l'anachorète ne manquait de rien. Pour me faire plaisir plus que par goût du lucre, il finit par accepter une somme symbolique en échange d'une petite parcelle de terre dont nous définîmes les limites de manière très artisanale. Que mes rares lecteurs ne tirent pas des plans sur la comète en se disant....Oh, oh, mais dis-donc, il y a peut-être de bonnes affaires à saisir aux Marquises. Je me trouve un anachorète et hop!...Non, non! Même il y a vingt ans, époque où se situe cet épisode, les&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;marquisiens&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;étaient déjà désespérement entrés dans le siècle et la société de consommation. Aujourd'hui, bien entendu, les choses n'ont fait qu'empirer: toutes proportions gardées, c'est Dallas et son univers impitoyable de gros quatre-quatre et d'imposantes maison en béton armé. Je puis reprendre pour les polynésiens les termes utilisés par&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Eric&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Zemmour&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;dans une conversation avec&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Yan&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arthus&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bertrand&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;au sujet des chinois: l'écologie, les polynésiens s'assoient dessus et pas qu'un peu! L'anachorète était sans doute l'ultime vestige d'une civilisation en perdition. De toutes façons, notre affaire ne put se faire.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Je me renseignai auprès du service du cadastre. Oui, cette terre appartenait bien à l'anachorète. La préposée, une femme rondelette déguisée en bourgeoise provinciale, en avait entendu parler. C'était sa famille. Un cousin ou un truc comme ça. Mais, et elle fit un geste obscène en direction de sa tempe, le pauvre type était&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;taravana&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;(fou). De toute façon, l'anachorète n'était pas seul dans cette vallée. Avec la satisfaction de qui referme la porte aux nez d'un intru, elle m'informa qu'une centaine&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;d'ayant&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;-droit se partageaient le privilège de se dire propriétaires de cette terre. L'indivis, vous comprenez. Pour me porter le coup de grâce, la dame énuméra, en utilisant ses doigts, les pays où une grande partie d'entre eux avaient émigré: France, Allemagne,&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Etats&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;-Unis,&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Australie&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, Nouvelle-Zélande, Nouvelle-Calédonie. Alors si je voulais les contacter....&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Je touchai du doigt une particularité du fonctionnement du système foncier aux Marquises. Pour éluder les frais en cas de transmission, les parents partageaient les terres entre leurs différents enfants de leur vivant, de gré à gré, sans réaliser aucune formalité administrative ou notariale.Tout cela fonctionnait très bien, jusqu'au jour où l'un ou l'autre voulait vendre son terrain. Avec un peu de chance, il se retrouvait avec, entre les mains, un document, ou plutôt une idée de document, établi en 1903, date du dernier cadastrage des îles Marquises ordonné par la puissance tutélaire de l'époque, la France. Il y apprendrait que le propriétaire de son terrain était un lointain bisaïeul décédé depuis une&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;septantaine&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;d'années. Ne lui resterait plus alors comme ultime recours qu'à établir l'arbre généalogique de sa famille afin de traquer tous les héritiers du vénérable vieillard dont une bonne partie devait s'être embarquée pour&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Hawaiki&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;(paradis maori) et non&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Hawaii&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;depuis une palanquée de lunes. Puis ce serait au tour du géomètre et du notaire d'entrer dans la ronde. Comme les îles lointaines en sont fort dépourvues, avec un peu de chance, son petit-fils pourrait réaliser la vente pour autant que l'acheteur fût toujours de ce monde.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;De temps en temps, une ou deux fois par siècle, des&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;marquisiens&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, stériles de père en fils, je ne sais trop comment expliquer autrement ce miracle, se trouvaient être seuls propriétaires de leur terrain et possesseurs de documents en règle ne remontant pas à la prise de&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Babylone&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;par&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Assurbanipal&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;. Je finis donc par réussir à acheter un lopin de mille mètres carrés à l'un de ces propriétaires solitaires, une méchante parcelle en fond de vallée, située en plein centre du village, sans aucune vue que l'on pût me prendre. Alors que mes voisins bétonnaient tout ce qui pouvait l'être, je plantai frénétiquement toutes sortes de plantes à croissance rapide afin de ne plus voir leurs visages grimaçants. Un voisin, ça a toujours un visage grimaçant, c'est comme ça, on n'y peut rien. La maison que je fis construire, faute de place, ne ressemblait, pas même de loin, à une hacienda, mais plutôt à un blockhaus dont je remplaçai toutefois les meurtrières par des persiennes. Elle n'était ni très grande, ni très belle, mais c'était et c'est toujours ma maison.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'anachorète, tout comme la civilisation dont il était l'ultime vestige, finit par disparaître un jour. Il prit sa pirogue et,&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;pfuit&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, personne ne les revit, ni l'un ni l'autre. Cela arrive: l'océan est si vaste et la vie si courte. Depuis, je suis souvent retourné dans sa vallée. Sa cabane a presque entièrement disparu, n'en reste plus que le souvenir et la vieille lampe&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Coolemann&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;qui achève de rouiller dans le sable. J'ignore ce qu'est devenue la cantine en fer. Mon coeur saigne à la pensée que son antipathique cousine peut, en cet instant même, être en train d'espionner ses voisins avec ma paire de&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Zeiss&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;ou se faire les ongles avec mon couteau suisse.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sinon, de manière étrange, je n'éprouve nul chagrin lors de ces visites. Je m'assieds sur un promontoire, un peu en retrait de la plage, pour ne pas me faire dévorer par les&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;nonos&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;et je regarde les vagues déferler sur le rivage. La baie de l'anachorète est ouverte à&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;l'Est&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;, donc au vent et à la houle, ce qui explique sans doute que personne ne soit venu s'y installer. Je peux rester des heures ainsi. Dans le fond, je ne savais rien de l'anachorète.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<title>Un charmant petit couple</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Mon, 11 May 2009 17:11:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;Version:1.0 StartHTML:0000000168 EndHTML:0000015259 StartFragment:0000000487 EndFragment:0000015242&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;L&lt;strong&gt;a fin de la croisière fut pour moi une espèce de soulagement. Nous sombrions dans la routine et l'orgie alimentaire. Le retour depuis&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Puerto&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Williams se fit au milieu de chutes de neiges et de vents tempétueux roulant de noirs nuages qui oblitérèrent le paysage et nous confinèrent dans le salon où nous nous vîmes réduits à la pénible extrémité de jouer au bingo. Une loterie fut également organisée, dont le premier prix était un maillot de corps aux armes du «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;» dédicacé par le capitaine et son équipage, les bénéfices étant reversé à une institution caritative. Un jour de plus sur ce bâteau et je me serais mis au tricot. Je décidai de quitter&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Punta&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Arenas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;le jour même de notre retour, désireux que j'étais de voir cette fameuse région des lacs tant vantée pour la douceur de son climat et la beauté de ses paysages par mon guide de papier. Je n'étais pas venu au&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;pour y faire du tourisme mais b&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;el&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et bien pour m'y installer. Jusqu'à présent, l'extrême nord m'avait paru trop désertique, la région métropolitaine, englobant la capitale et les villes avoisinantes, surpeuplée (trois quart de la population du&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;) et polluée, quant à l'extrême sud, il y faisait décidement trop froid. La région des lacs avait donc pour moi une saveur de dernière chance.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tandis que l'avion nous emportait vers&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Puerto&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Montt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, mon regard se posa, à quelques rangées de sièges et de l'autre côté du couloir, sur madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, une des passagères du «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;» dont j'avais fait la connaissance dans des circonstances un peu particulières. Elle était assise le dos appuyée contre le hublot, sa jambe gauche, prise dans un plâtre, étendue sur les sièges voisins dont on avait relevé les accoudoirs.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cela s'était passé lors de l'escale à l'estancia&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Haberton&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, située à un jet de pierre du cap&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Horn&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Pour des raisons météorologiques, le «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;» ne put jamais s'approcher du cap tant redouté, aussi, pour nous dédommager, le capitaine imagina cette escale destinée à nous faire connaître le fonctionnement d'un élevage de moutons. Cela n'était que partie remise, car le jour suivant, à&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Puerto&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Williams, je réussis à convaincre une vingtaine de personnes de louer avec moi un avion de la «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;fuerza&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;aerea&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de Chile&amp;nbsp;», comme la possibilité nous en était offerte pour autant que nous fussions prêts à débourser, entre nous, cinq mille dollars pour un vol d'environ une heure dans un bimoteur «&amp;nbsp;turboprop&amp;nbsp;» dont nous eûmes tout loisir d'apprécier les performances. Ce fut assez chaotique, les pilotes militaires chiliens ayant du pilotage une conception assez virile, mais nous pûmes admirer le cap depuis les airs, puis, dans un «&amp;nbsp;rase-vagues&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;espeluznante&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;(effrayant), nous eûmes effectivement l'impression de passer le cap&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Horn&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'est en ouest, puis d'ouest en est (pour que tout le monde puisse avoir sa photo, hein) à quatre cents kilomètres à l' heure, le tout suivi d'une chandelle qui me donna l'impression que tout mon sang refluait de mon visage vers les pieds, tandis qu'il me sembla peser deux ou trois tonnes et tout ça avec une cargaison humaine composée en grande partie de septuagénaires et d'octogénaires, les seuls à montrer&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;quelqu'enthousiasme&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;pour ce projet. Je vois encore cette brésilienne me confiant ses vieux parents....Vous êtes bien sûr qu'il n'y a pas de risques et que l'avion ne va pas trop bouger?....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Noooon&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;! Pensez-vous!....&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le jour précédent donc, cette visite d'une estancia dictée par la prudence se termina de manière inattendue pour madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, une américaine de Boston (prononcer&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Baaaaston&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;) qui fêtait à bord du «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;» ses noces de je ne sais plus trop quoi avec monsieur&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, un petit homme aux narines velues et à la barbichette pointue, qui ressemblait à un troll. Je m'étais attardé avec eux à regarder le travail étonnant des chiens de berger, de petites bêtes sans prétention mais d'une intelligence redoutable, qui se faisaient fort de ramener la brebis égarée au bercail, en lui mordillant tendrement les jarrets, quand nous fûmes rappelés à l'ordre par un coup de sirène impatient. Nous hâtant vers l'embarcadère, distant d'à peine un kilomètre, nous eûmes à franchir une petite descente boueuse. Je précédais le couple&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et m'engageai dans la descente avec un peu trop d'enthousiasme. Emporté par mon élan, je dérapai dans la boue où je m'étalai après avoir opéré un vol plané non dénué d'une certaine élégance. Me relevant prestement, je signalai l'obstacle à mes compagnons. Madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;s'engagea donc prudemment dans la descente, essayant de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;controler&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;sa glissade, y parvenant fort bien, quand, dans les derniers mètres, elle chuta au ralenti, attérissant sur ses fesses en poussant un cri strident, ce qui nous fit rire monsieur son mari et moi. Mon amusement se mua rapidement en inquiétude, lorsque je vis le visage déformé par la douleur de madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Ses cris se tranformèrent en hurlement....Oh&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;my&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;God&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;! Ma jambe! Ma jambe!.... Tout cela me sembla un peu excessif: elle n'était tombée que de sa hauteur qui n'était pas bien grande, de plus sans être jeune, elle n'avait pas encore atteint cet âge où les os deviennent friable comme de la craie. Je m'approchai d'elle et essayai de la relever, vite&amp;nbsp;dissuadé par une montée en puissance des hurlements suivie d'une bordée de jurons paticulièrement orduriers qui me semblèrent bien déplacés dans la bouche d'une&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;bostonienne&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Je fis signe à monsieur, toujours trépignant de rire au sommet de la butte, de venir nous rejoindre, l'informant que son épouse était au plus mal....Pensez-donc, me répondit-il, elle fait ça pour se rendre intéressante.... S'aidant de sa canne dans le passage difficile, il vint toutefois nous rejoindre. Il portait un loden verdâtre et était coiffé d'un ample chapeau tyrolien aussi velu qu'un maçon portugais, ce qui accroissait encore son aspect agreste. Il tapota du bout ferré de sa canne la jambe de son épouse, provoquant un nouveau crescendo dans le concert de lamentations. Je lui arrachai la canne des mains, ce qui eut pour effet de le déséquilibrer et l'aurait envoyé au tapis, lui- aussi, si je ne l'avais rattrapé au vol....Ça va pas, non? La jambe est peut-être cassée....Il me jeta un regard haineux, puis, haussant les épaules, cracha.....Bah, les femmes, que des problèmes!....&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Je proposai au charmant mari de m'aider à déplacer sa femme, persuadé qu'il ne pouvait s'agir que d'une vilaine entorse, n'ayant encore jamais vu quelqu'un faire une chute aussi anodine et se casser un membre. En outre, nous ne pouvions la laisser plus longtemps barboter dans cette flaque de boue glacée: madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;était passée du blanc au bleu et claquait des dents. Mais ce rustre me rétorqua...Avec mon dos, vous n'y pensez-pas. Je ne vais quand même pas me le casser pour cette grosse vache incapable de mettre un pied devant l'autre sans tomber...Animé d'un juste courroux, je me baissai pour me charger de la malheureuse.Une chose est de porter dans ses bras une personne valide, tout autre chose est de faire un épaulé-jeté avec une robuste quiquagénaire inerte et hurlante qui pèse de tous les grammes de chacun de ses ki&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;los&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Je réussis néanmoins à la décoller du sol et, vacillant sous la charge, à la déposer sur une grande pierre plate à quelques mètres de là. Le fait que de son bras droit elle m'enserrait le cou tandis que sa main gauche agrippait fermement mes cheveux ne me fut que d'une médiocre utilité. Tentant de recouvrer mon souffle, à moitié scalpé, je restai quelques temps prostré sur la pierre, assis à côté d'elle. Pendant tout ce temps, l'autre, le mari indigne, s'était totalement désintéressé de la scène et, utilisant sa canne en guise de club de golf, envoyait des petits cailloux dans toutes les directions. Madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hazenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ne hurlait plus, mais émettait un râle guttural, chaque inspiration semblant lui coûter les yeux de la tête, lesquels roulaient effarés dans leur orbite. Des bribes de cours de secourisme me revenant à la mémoire, je l'aidai à se coucher sur le côté, me dépouillant de ma veste pour l'en recouvrir et d'un de mes pulls que je glissai sous sa tête. Je regardai autour de moi. Personne. Incroyable! Une demi heure plus tôt cet endroit grouillait de monde...Ne vous inquiétez pas, je vais chercher du secours...Recouvrant une partie de ses moyens avec une rapidité qui me sembla suspecte, madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;me saisit par le bras....Ne me laissez pas seule avec&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Archie&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;! C'est un monstre!...Je voulais bien la croire, mais ce n'était ni l'heure ni le lieu de se lancer dans un débat sur les avantages du divorce par consentement mutu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;el&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Après avoir recommandé l'épouse au mari, ne m'attirant pour toute réponse qu'un haussement d'épaules courroucé, je partis en petite foulée vers l'embarcadère où je parvins en une dizaine de minutes. M'y attendait le bosco qui faisait les cents pas devant le&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;zodiac&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. A peine m'aperçut-il, qu'il tapota nerveusement son poignet gauche, là où, je le suppose, devait se trouver sa montre. Le bosco était un gros&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;chilote&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;(habitant de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;l'ile&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chiloe&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'où sont issus presque tous les marins chiliens) rougeaud qui semblait toujours sur le point d'exploser. Lorsque je fus arrivé à sa hauteur, il explosa donc.....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Aha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;el&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;frances&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;!....Quand je lui exposai les causes de mon retard il explosa à nouveau...&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Aha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;los&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;norteamericanos&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;!...Dans le fond c'était un homme très facile à décrypter: d'une côté il y avait les&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;chilotes&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, et encore, uniquement les habitants de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Castro&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, et de l'autre, le reste du monde composé exclusivement de «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Aha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;!&amp;nbsp;». Je le laissai battre le rapp&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;el&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;des secours avec sa radio et retournai auprès de madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Juste avant que je ne le laisse, le bosco, tout en continuant à hurler dans sa radio, enleva son ciré et me le tendit. Dans un premier temps, bien que transi, je refusai, mais voyant que son visage prenait une inquiétante teinte mauve et que ses yeux menaçaient de jaillir hors&amp;nbsp;de leur orbite, je préférai accepter. Un brave type après tout. Je suis certain qu'au bout de deux ou trois ans de fréquentation assidue, nous aurions pu devenir amis.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tandis que nous attendions les secours, monsieur&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;s'approcha de moi...Vous êtes français, il me semble...Oui....Il réfléchit un instant, hôcha la tête et lâcha....Je ne sais pas pourquoi,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;mais j'ai&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;toujours détesté les français...Puis il me tourna le dos pour s'intéresser à nouveau aux cailloux parsemant la pampa. J'eus très envie de lui enfoncer jusqu'aux yeux son ridicule chapeau tyrolien, histoire de mettre un visage sur sa haine. Bien entendu je m'abstins. Si j'étais moins bien élevé, j'en suis certain, je deviendrais quelqu'un de très fréquentable.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'opération de rapatriement sur le navire fut menée de main de maître par le capitaine en personne à la tête d'une équipe d'une dizaine de membres d'équipage, avec brancard et médecin. Ce dernier, gynécologue de son état, ne put déterminer avec certitude si la jambe était fracturée ou non (elle l'était). Dans le doute, madame&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hasenfratz&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;fut équipée d'une espèce de prothèse gonflable qui lui permit de sautiller dans les coursives du «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;» en s'aidant d'une paire de béquilles, en attendant de pouvoir bénéficier des services de l'hôpital militaire de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Puerto&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Williams, le lendemain.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le soir, pour se rendre à la salle à manger, elle descendit l'escalier sur les fesses, se&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;contortionnant&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de manière étrange pour passer d'une marche à l'autre, encouragée par son mari qui, placé au bas de l'escalier, hurlait entre autres amabilités....Pour une fois que tes fesses servent à quelque chose...&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Gringos&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;locos&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;!&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>La guerre des boutons</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Tue, 05 May 2009 17:31:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://manutara.hautetfort.com/media/02/02/655810177.JPG&quot; id=&quot;media-1738887&quot; alt=&quot;terra australis 5.JPG&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Version:1.0 StartHTML:0000000168 EndHTML:0000009949 StartFragment:0000000487 EndFragment:0000009932&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ce fut donc en ayant l'impression d'avoir revêtu le costume trop étroit d'un fils que je n'avais jamais eu que je m'assis, avec d'infinies précautions, à ma table de célibataire. Pour me relever aussitôt, après tout, c'était un buffet et j'avais grand faim. Je dus sans doute mettre un peu trop d'emphase dans ce mouvement, car je ressentis une sensation de déchirement au niveau de la taille et je vis clairement un bouton rouler sur le sol et s'immobiliser contre la chaussure d'un brésilien trop occupé à remplir son assiette pour prêter la moindre attention à l'incident. Si j'éprouvai un immédiat soulagement au niveau respiratoire, il ne fut que de courte durée. Tandis qu'à pas comptés je progressais vers le buffet, je sentis mon pantalon glisser irrésistiblement le long de mes hanches. Faisant un brusque demi-tour, je regagnai ma table en arquant les jambes afin de ralentir l'irrémédiable descente et m'assis en prenant soin d'approcher le plus possible ma chaise de la table, me drapant dans ma mini veste comme dans un reste de dignité, avec l'inconfortable impression d'avoir les fesses à l'air. Cette salle à manger nautique était pleine de courants d'air glacés. L'intense activité règnant au buffet où la foule des convives faisait la queue, anticipant le choix des mets sur lesquels leur voracité avait jeté son dévolu, tout cela fit que l'incident était passé totalement inaperçu. Je m'en assurai, bien évidemment, du coup d'oeil circulaire de celui qui, aspirant à l'anonymat le plus absolu, se retrouve toujours en tête de la rubrique des faits divers. Comme je commençais à me contorsionner pour remonter mon pantalon, je vis apparaître&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à la remorque d'un jeune couple que je n'avais pas encore vu jusque là. Aux signes qu'elle me fit, je compris qu'elle me demandait si les deux jeunes gens pouvaient se joindre à moi. Tel un&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;padre&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;donnant sa bénédiction à une foule de fidèles, j'ouvris largement les bras, rapidement rappelé à l'ordre par un craquement sinistre en provenance d'un endroit indéterminé de ma veste, et hôchai la tête avec fatalisme. Au point où j'en étais.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pour le reste des passagers, notre table dut devenir «&amp;nbsp;la table des cas sociaux&amp;nbsp;». Ce couple était étrange.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Manfred&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;était allemand vivant au Brésil, mais ne parlant que la langue de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Goethe&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, quand il parlait, ce qui était assez rare.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rosalinda&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;était brésilienne et parlait pour dix en une dizaine de langues sans que l'on sût très bien si elle s'adressait à une personne en particulier ou à la totalité du navire, tant elle s'exprimait avec vigueur. Je ne sus jamais avec précision s'il s'agissait d'un vrai couple, ou s'ils s'étaient rencontrés dans les rues de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Punta&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;-&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Arenas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;le jour du départ, à moins que ce ne fût dans les coursives du navire. Si je vis&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Manfred&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;porter les mêmes vêtements pendant toute la durée du voyage, elle, en revanche, étrennait une nouvelle tenue à chaque repas, affectionnant les robes (je pense que ça s'appelle robes ces trucs, je confonds toujours avec les jupes) aux amples décolletés qui, contrairement à mon costume trop étroit, flottaient autour de sa personne sans rien occulter de son anatomie. Si lui se montrait régulier dans sa silencieuse courtoisie, elle, en revanche, se comportait de manière très lunatique. Quand elle ne m'ignorait pas totalement, elle s'adressait à moi en espagnol ou en anglais sur des sujets que, à mon avis, une honnête femme n'aurait pas du aborder avec un parfait étranger. Les repas se terminaient rarement sans qu'éclatât un esclandre et que tombassent injures et quolibets sur&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Manfred&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;qui continuait imperturbablement à manger sa soupe en marquant de la tête la mesure d'une musique de lui seul audible. Je ne sais pourquoi, le buffet ne manquant pas de variété, mais&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Manfred&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ne se nourrissait que de potages. Au paroxysme de sa colère, la femme se levait alors, rajustait les différents éléments de son accoutrement et faisait une sortie remarquée pour, arrivée au seuil du «&amp;nbsp;comedor&amp;nbsp;», se retourner et lancer une dernières bordée d'imprécations. Le mari se tournait alors vers moi en haussant légèrement les épaules avec une moue résignée, puis replongeait dans sa soupe.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le tableau ne serait pas complet si je ne précisais pas que&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, la «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;chief&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;purser&amp;nbsp;», se joignit à nous dès ce premier soir. C'était en effet l'usage qu'un officier présidât chaque tablée. Les industriels brésiliens de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;l'agro&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;-alimentaire avaient droit au capitaine en personne, nous, les cas sociaux, devions nous contenter de la «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;chief&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;purser&amp;nbsp;». Tandis que chacun était revenu du buffet, porteur de quelque met succulent, je restais obstinément assis devant mon assiette vide. Tout en dévorant une tranche du succulent cochon de lait que je voyais, au loin, fondre comme les&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;reserves&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de la banque centrale,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;gesticula en direction de mon assiette....Vous ne mangez rien?...&lt;span style=&quot;font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Là, pour l'instant, non. Mais j'aimerais bien....Eh bien alors, qu'attendez-vous? Qu'ils aient tout mangé?....C'est que pour l'instant je ne peux pas bouger. Un problème technique...avec mon pantalon....Elle me lança un regard horrifié....Ne me dites pas que vous avez.....Non, non, qu'allez-vous imaginer là....Je lui narrai donc toute l'histoire à laquelle mes nouveaux commensaux ne prêtèrent aucune attention,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gott&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;sei&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;dank&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, l'un par ignorance de la langue castillane, l'autre pour être trop occupée à s'écouter parler. Se retenant à grand peine de rire, ce qui eut pour effet de produire dans sa gorge une sorte de grognement porcin, Gertha se leva pour me remplir, fort charitablement, une assiette. Je me contentai de lui indiquer par de discrets hôchements de tête les mets qui avaient ma faveur. Ce petit manège finit par attirer l'attention de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rosalinda&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;....Tu (mon Dieu, quelle incommensurable vulgarité dans ce tutoiement) es timide ou quoi?...Non, déculotté!....Pardon?...Je continuai en allemand,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Manfred&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;donnant des signes de curiosité....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Meine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Hose&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ist&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;kaputt&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.....Alors qu'il s'étouffait de rire dans son potage,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rosalinda&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;poussa un rugissement de hyène tandis que des larmes roulaient sur son visage, décidément très vulgaire, en le maculant des traces noirâtres d'un maquillage appliqué sans souci d'économie.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;La suite du dîner se passa en conjectures diverses sur la meilleure manière de mettre fin à cette pantalonnade. Ce fut&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Manfred&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;qui trouva la solution en me faisant, discrètement, passer sa ceinture, m'assurant qu'un début d'embonpoint avait rendu cet article provisoirement inutile.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Juste avant de nous laisser pour préparer une petite fête de bienvenue qui devait avoir lieu dans le salon de poupe,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;me demanda en aparté....Dites-moi,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Esteban&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, pourquoi cet uniforme de collégien?....Je vous demande pardon?....Elle me regarda avec incrédulité....Ne me dites-pas que vous ne savez pas que vous portez l'uniforme que portent tout les collégiens chiliens&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'Arica&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Punta&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Arenas&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, ce serait trop drôle!.... Oui, c'était vraiment trop drôle, pensai-je lugubrement.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Entre deux râles de cochon,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;me lança....Allez vous changer! Je vous attends au salon pour la danse des pingouins....&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le photographe du bord immortalisa cette première soirée. Par respect pour le droit à l'image, j'ai quelque peu altéré les traits de mes commensaux. Quant aux miens, le temps écoulé s'est largement chargé d'y remédier. A ma gauche, dans sa stricte robe noire,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;la «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;chief&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;purser&amp;nbsp;»(contrairement aux espagnols les chiliens, adorent les anglicismes).&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<title>Où l'on se prend une veste</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/05/02/ou-l-on-se-prend-une-veste.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Sat, 02 May 2009 19:48:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;Version:1.0 StartHTML:0000000168 EndHTML:0000008088 StartFragment:0000000487 EndFragment:0000008071&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Je m'aperçois que je n'ai pas parlé de ma tenue pour ce premier dîner sur le «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;». L'après-midi précédant cette première nuit, pour nous faire patienter, tandis que sur le navire s'activait à faire disparaître les traces laissées par la précédente fournée de passagers une armée de «&amp;nbsp;camareras&amp;nbsp;», a las&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;tres&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de la tarde, donc, (expression ne faisant nullement allusion à trois amazones&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;post&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;-méridiennes mais bel et bien aux très françaises quinze heures) on nous entassa dans deux bus ayant pour destination la zone franche de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Punta&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Arenas&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, tant est grande la frénésie d'achat éprouvée par l'humain dès qu'il pose le pied en terre étrangère. Inutile de dire que je ne partage en rien cette frénésie, mais comme, apparemment, on ne me laissait guère le choix, je suivis le mouvement, d'autant plus volontiers que, pour une fois, il me fallait faire un achat. Cette zone franche offrait certainement des opportunités pour autant qu'on achetât les produits à la tonne ou en «&amp;nbsp;kilo-exemplaires&amp;nbsp;». Pour les achats à l'unité, il y avait le classique amoncellement de boutiques qu'on peut s'attendre à trouver dans n'importe quel centre commercial. J'avais eu l'occasion de parcourir le règlement intérieur du «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;», notamment, la rubrique «&amp;nbsp;tenue vestimentaire&amp;nbsp;». Si le libre arbitre était de rigueur durant la journée, pour le soir, il était fortement recommandé de se vêtir «&amp;nbsp;con&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;traje&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;y corbata&amp;nbsp;» (costume-cravate), deux éléments qui me faisaient cruellement défaut, encore que dans mon cas la cruauté résidait dans la nécessité de porter cette tenue, non d'en être dépourvu. Mes origines germaniques et mon passé de petit séminariste me prédisposant à la discipline, je décidai donc d'entrer dans la première boutique dont la vitrine offrait à la convoitise du chaland l'inévitable costume. Je déteste acheter des vêtements, aussi le fais-je le plus rapidement possible, raflant dans les étalages chemises et pantalons, toujours les mêmes, et passant à la caisse dans un&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;lapse&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de temps n'excédant pas la minute. Pour les costumes, je ne savais pas. Je n'en avais encore jamais achetés. Ce qui me frappa en entrant dans le magasin fut l'étrange uniformité des costumes, tous bleu marine pour la veste, gris souris pour le pantalon, ne se distinguant les uns des au&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;tres&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;que par leur taille, allant du nouveau-né à l'adulte.Comme j'avais noté le goût des chiliens pour les costumes, cela ne m'étonna pas outre mesure. De toutes les manières, j'avais dépensé toute ma dynamique acheteuse en entrant dans ce magasin, il ne m'en restait plus assez pour aller voir ailleurs. C'est là que j'achèterais mon vêtement. Je portai donc mon attention sur les grandes tailles ou celles qui me semblèrent telles, sélectionnai une veste et un pantalon, hop, et m'apprêtai à passer à la caisse quand je fus intercepté par un vendeur....Puis-je vous aider,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;caballero&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;?.....Non, merci, j'ai fait mon choix, je veux juste payer....Mais le vendeur ne lâcha pas le morceau aussi facilement...Puis-je vous demander la taille de votre fils,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;caballero&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;?...Quand je suis dans un magasin, j'angoisse, j'ai toujours l'impression que tout ce bazar va me tomber dessus et m'étouffer. Et quand j'angoisse je deviens stupide. Sans trop chercher à comprendre, je saisis la perche qui m'était tendue, me sentant moins mal à l'aise dans la peau d'un père achetant un vêtement pour son fils, que dans celle d'un quadragénaire faisant maladroitement l'acquisition du premier costume de son existence. Je répondis donc ....L a même taille que moi (je mesure 1,80m ce qui au&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;est grand), c'est mon sosie en fait....Ce qu'entendant, le vendeur poussa un gémissement en se couvrant le visage.....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Oooooooh&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;senor&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, mais le modèle que vous avez choisi n'irait pas à un garçon de douze ans. Attendez, j'ai ce qu'il vous faut...Je ne m'étonnai donc plus du quiproquo. Ceci dit, j'aurais pu agir pour le compte d'un neveu ou du fils d'un ami m'ayant expressément supplié de lui ramener un costume du&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Mais j'avais hâte d'en finir avec cette histoire de torchons, aussi n'entrai-je pas dans une stérile polémique généalogique. Le vendeur me présenta une veste et un pantalon qui, à première vue, me parurent démesurés, mais comme je commençais à avoir des fourmillements au bout des oreilles, je dis...Ah, parfait! Je prends...Mais l'autre....Non, non,&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;senor&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Si vous avez la même taille que votre fils, il faut l'essayer, avec ces choses là on ne sait jamais, ça va et puis ça ne va plus, il faut revenir au magasin, ça fait des histoires....Souhaitant mettre un terme à cet épisode ridicule, je me dépouillai de mon anorak et de quatre ou cinq pulls, utilisant le vendeur comme porte-manteau, et enfilai la maudite veste qui&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;m'allait&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, me sembla-t-il, parfaitement si ce n'est que j'avais l'impression de me mouvoir dans en étau tandis que les manches laissaient mes poignets à découvert....Vous voyez, c'est parfait...Mais non,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;senor&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, c'est bien trop petit, regardez les manches! Et c'est ma plus grande taille!...Parfait, vous dis-je. Je gonfle toujours un peu après les repas, mais je ne vais pas tarder à dégonfler....Le vendeur me jeta un regard alarmé, comme s'il craignait de me voir me dégonfler brusquement et être propulsé au travers de son magasin en une course folle, un peu à la manière d'un ballon dont on aurait brusquement lâché l'air....Essayez au moins le pantalon,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;senor&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;...Comme le pauvre garçon semblait désespéré, j'obtempérai...En revenant de la cabine d'essayage, le souffle coupé, les chevilles à l'air, je parvins à articuler, d'une voix rauque...Tout à fait remarquable, je me demande même si je ne vais pas le garder pour moi ce pantalon, tellement je me sens à l'aise....Introduisant sans préambule sa main entre ma chemise et le pantalon, le vendeur se mit à me secouer....Vous voyez bien que c'est trop étroit! Votre fils va vous maudire!....Commençait à m'énerver avec mon fils, celui-là...Écoutez, mon fils mettra ce que je lui dirai de mettre. D'ailleurs il est plus petit que moi. Minuscule, même. Plus maigre aussi. Limite squelettique. Ça vous va? Je peux payer maintenant?....Ah, mais dans ce cas, le costume va être trop grand et.....PUIS-JE PAYER?....&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<title>El aguafiestas</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/04/30/el-aguafiestas.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Thu, 30 Apr 2009 01:41:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;Version:1.0 StartHTML:0000000168 EndHTML:0000007228 StartFragment:0000000487 EndFragment:0000007211&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sur le «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;», quand nous ne abîmions pas dans la contemplation du paysage superbe, nous mangions. La salle à manger était le centre, à la fois géographique et social, du navire. Le premier repas pris à bord, la&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;cena&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, &amp;nbsp;fut pour moi un moment très pénible. En pénétrant dans le comédor, je constatai qu'outre un buffet abondamment garni, celui-ci abritait une dizaine de vastes tables rondes, que je n'hésiterais pas à qualifier de collectives, en lieu et place des tables individuelles que je m'attendais à y trouver. Cela signifiait qu'il me faudrait m'intégrer à l'une de ces tablées, possibilité dont la seule évocation ma donnait la nausée. Qu'on ne se méprenne pas, je ne suis pas timide et n'éprouve aucune hostilité ou à priori à l'égard de mes contemporains. Il se trouve juste que je ne les aime pas. On peut ne pas aimer quelqu'un sans avoir peur de lui ou lui vouloir du mal. Je suis simplement quelqu'un de profondément antipathique Je souhaite tout le bonheur du monde à chacun, pourvu qu'on me fiche la paix. Seul dans mon coin. Surtout quand je mange. J'aime assez l'expression que les américains utilisent pour dire qu'il faut laisser quelqu'un tranquille:&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;leave&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;him&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;alone&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Laissez le seul. De manière paradoxale, je déteste manger seul,.pour autant que j'aie pu, auparavant, choisir la personne avec qui je vais partager mon repas, chose que je puis envisager avec une certaine tranquillité d'esprit après deux ou trois années de fréquentation assidue. J'ai déjà livré ma théorie sur l'importance de ce partage.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sur le «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;», fort heureusement, les gens se regroupèrent spontanément par affinités nationales. Les brésiliens, très majoritaires, occupèrent sept ou huit tables, tandis que les chasseurs&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d'onas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;prenaient possession de la leur, lançant à l'assistance des regards de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;pitbulls&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;prêts à refermer leur mâchoire sur quiconque tenterait de s'en approcher. La table restante fut colonisée par des américains d'origines et d'âges divers. Assurement, dans leur pays, ils ne se seraient probablement pas adressés la parole, mais au milieu des tous ces étrangers exaltés parlant sans retenue une langue exotique, il convenait de ressérer les rangs. Comme au petit séminaire, lorsqu'il s'agissait pour les capitaines désignés de choisir des joueurs pour leur équipe de foot, je me retrouvai tout seul (je déteste les sports d'équipe), planté au milieu de la salle, alors que les premiers convives convergeaient déjà vers le buffet. Il me sembla qu'une fumée épaisse et noirâtre me sortait par les oreilles, alors que je songeais qu'en plus de tout le reste, j'avais payé, et fort cher, pour me retrouver dans cette situation grotesque. La&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;chief&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;purser&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;(hôtesse chef), une duègne d'un âge indéterminé,, toujours engoncée dans des robes d'une rigueur monacale et surmontée d'un chignon étroitement serré à l'allure phallique, fondit sur moi tout en cherchant des yeux un trou à boucher, sans essayer de me cacher sa contrariété....Ces célibataires sont une véritable calamité. Où vais-je bien pouvoir vous caser?...Je vis alors, à portée de bras du buffet, poussée dans un coin, une table ronde aux dimensions raisonnables. Sans hésiter, je dis....Là et pas ailleurs....Je jetai un oeil sur sa plaque patronymique et ajoutai....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Fraulein&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rohrbach&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;....Cette dernière me regarda avec l'expression outrée de celle qui se voit proposer quelque commerce douteux dans une ruelle sans issue par un rustre libidineux....Mais vous n'y pensez pas! Vous êtes ici pour&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;disfrutar&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;(profiter) et&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;relajarse&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;( vous éclater), pas pour grignoter dans votre coin comme un pauvre bougre....Puis se radoucissant...Et puis appelez-moi&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;...D'accord&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Gertha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, mais mon isolement n'est pas négociable. Je veux dîner là et pas ailleurs, j'ai mes raisons... Elle cèda, parce que le client est roi. J'étais un client, donc j'étais le roi et avait, par voie de concéquence, droit à ma table ronde. Avant de tourner ses talons aiguilles vers une autre victime, elle ne put s'empêcher de me lancer avec un sourire équivoque...Vous êtes surtout un&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;aguafiestas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;(trouble-fête). Il y en a un à chaque voyage. Mais je saurai bien vous mater (qui ne se dit surtout pas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;matar&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;en castillan)... J'aurai l'occasion de reparler de ces chiliens d'origine allemande qui colonisèrent le sud du&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;au dix-neuvième siècle.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tandis que j'attendais qu'un&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;camarero&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;dressât ma table de manière royale, les convives continuaient à défiler devant moi, la désapprobation la plus absolue peinte sur leur visage. Je suis certain qu'ils n'auraient éprouvé qu'un plaisir très modéré à voir mon antipathique personne s'installer à l'une de leur table. J'imagine qu' à l'instant du coucher,avant d'éteindre la lumière, un mari en pyjama à rayures se serait tourné vers sa femme, pleine de crème&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;anti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;-tout-ce-qu'on-voudra,&amp;nbsp; pour lui dire...&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Este&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;frances&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;muy&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;antipatico&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;...Je ne parle pas brésilien ou portugais mais je suppose que cela aurait donné...&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Echte&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;franchech&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;muych&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;antipachticoch&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;...Mais mon «&amp;nbsp;apartamiento&amp;nbsp;» qui ne signifie pas appartement mais mise à l'écart, c'est un faux ami, les choquait encore bien d'avantage. Ce soir là, je dus bien me faire une centaine d'ennemis, ce seul fait justifiant déjà amplement, à mes yeux, la dépense engagée.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mon triomphe ne fut que de courte durée.&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>Terra Australis</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/04/19/terra-australis.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Sun, 19 Apr 2009 18:31:54 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;Version:1.0 StartHTML:0000000168 EndHTML:0000009908 StartFragment:0000000487 EndFragment:0000009891&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; alt=&quot;carte terre de feu.png&quot; id=&quot;media-1708146&quot; src=&quot;http://manutara.hautetfort.com/media/01/01/2127103343.png&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Terra&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Australis&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;n'était pas à proprement parler un paquebot, mais un promène couillons fluvial reconverti en promène couillons austral. D'une soixanta&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de mètres de long, il accueillait une centa&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de passagers. Au printemps et en été, il proposait des croisières en Terre de Feu. L'hiver, il officiait sur le&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rio&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de la&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Plata&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;séparant&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;l'Argentine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;l'Uruguay&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. La croisière que j'avais hâtivement achetée à La&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Serena&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et qui, aux dires de la propriétaire de l'agence de voyage, devait m'exposer à des «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;sensaciones&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;inolvidables&amp;nbsp;», de toute façon tout plutôt que le désert, cette croisière devait me mener de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Punta&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Arenas&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Ushuaia&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Puerto&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Williams en passant par le détroit de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Magellan&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et le canal de Beagle pour me ramener par la même route, au bout d'une sema&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, à mon point de départ , ce qui était passablement stupide mais je n'avais rien trouvé d'autre pour tuer le temps et dépenser mon argent. La patronne de l'agence me confia que cette croisière avait des connotations scientifiques sans que je susse très bien ce qu'elle voulait dire par là.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ce matin là, à l'hôtel «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;los&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;navigantes&amp;nbsp;», je m'éveillai d'un sommeil rempli de crabes géants avec ce sentiment fait de crainte et d'&amp;nbsp;expectative qui était le mien avant d'aborder une nouvelle année scolaire, dans ma lointa&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;enfance. Si j'avais bien fait la moitié du tour du globe sur mon petit voilier d'une diza&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de mètres, persistant dans la voie maritime une fois arrivé en Polynésie en armant un thonier à pe&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;plus grand, je dois avouer que je n'avais encore jamais fait de croisière sur un vrai bâteau. A mon arrivée aux Marquises, j'avais bien emprunté une de ces goelettes (un cargo en fait) reliant le lointain archipel à&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Tahiti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, mais les quatre jours passés sur le pont avec les autres passagers, exposé aux embruns, au soleil et à la pluie, m'alimentant de riz et de poisson dévorés avec les doigts dans une gamelle en fer blanc, ces quatre jours, dis-je, ne m'avaient pas vraiment laissé un arrière goût de croisière. De fait, ils ne me changèrent que fort peu de mon ordinaire de marin. Ce fut donc habité d'une certa&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;exaltation, invisible à l'oeil nu et même à l'oeil habillé, que je me présentai très en avance dans l'humble local servant de terminal au «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;» dont je devinai la silhouette un peu pataude, plus loin, sur les quais. Une jeune fille en uniforme m'accueillit très courtoisement et me délesta de mon passeport tout en me tendant une chemise frappée aux armes de la compagnie remplie d'une foultitude de documents....Quand, vous aurez un moment don...elle consulta mon passeport....don&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Esteban&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Rien ne presse....Ah, j'étais rétabli dans mes titres et prérogatives, tout allait bien. J 'attendis donc devant le comptoir, un sourire idiot aux lèvres, qu'elle me rendît mon passeport. Mais après l'avoir brièvement consulté, elle avait rayé mon nom sur une liste, puis l'avait mis dans une mallette qu'elle avait refermé en brouillant la combinaison. Un doute horrible s'insinua dans mon esprit quand elle me dit....Vous pouvez aller vous asseoir dans la cafétéria, Don&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Esteban&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, on va venir prendre votre commande. Dès cet instant,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;todo&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;es&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;incluido&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;(tout est compris).... Oui, mais moi je ne comprenais toujours pas...Heu et mon passeport, vous ne me le rendez pas?...Elle me regarda avec indulgence....&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Claro&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;que si, mais à la fin de la croisière. On procède ainsi avec tous les passagers. C'est pour vous simplifier les formalités d'entrée et de sortie lors de nos escales en Argent&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. . N'ayez crainte, nous sommes au&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Chili&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;pas au Pérou...Oui, oui je connaissais la chanson. Mais de là à laisser le précieux document en des mains inconnues. L'armateur craignait-il que nous désertions au cours de la croisière? Serions nous enchainés en fond de câle, nourris de carcasses de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;centolla&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;? Il faut savoir qu'à l'&amp;nbsp;étranger nous n'existons que tant que nous possédons un passeport. Une fois celui-ci disparu, que ce soit du fait d'un vol ou d'une perte, nous cessons tout simplement d'appartenir à l'espèce huma&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Pfuit&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Y a plus. Inutile d'aller pleurnicher au consulat ou à l'ambassade, puisque la première chose que le fonctionnaire zélé, en général un attaché de quelque chose, nous demandera pour prouver notre citoyenneté au-delà de tout doute raisonnable, sera justement le document que l'on vient de nous voler ou que nous venons d'égarer. Il ne restera plus alors au malheureux sans-papier qu'à se faire&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;sepuku&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, de préférence sur le lieu même de la négation&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;identitaire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, avec son couteau suisse qui jamais ne le quitte, prenant grand soin de répandre la plus grande quantité de tripaille sur le bureau et les documents de l'attaché qui, fort embarrassé de ce fâcheux contre-temps, verra sa journée ruinée.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;D'un naturel discipliné, j'obtempérai donc, non sans m'être retourné à plusieurs reprises, nourrissant le fol espoir que l'employée allait me rendre le précieux document, me sentant plus nu qu'un ver, pour autant qu'un ver puisse ressentir une nudité quelconque. Mais à chaque retournement elle me dispensait le sourire énigmatique d'un sphinx encore pourvu de narines. Les premiers passagers commençaient à arriver en petits groupes ou en couples, jamais individuellement. Ils avaient en commun le fait d'être brésiliens et de s'esclaffer à chacune de leur parole comme si le fait de constater qu'il s'était remis à pleuvoir ou qu'il était une heure de l'après-midi renfermait une vérité d'une drôlerie incommensurable. Les tables de la cafétéria étant en nombre réduit, un couple me demanda s'il pouvait prendre place à la mienne, je fus un instant tenté de répondre non, juste pour voir si cela mettrait un terme à cette agaçante bonne humeur, mais bien évidemment je répondis,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;por&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;supuesto&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. Tout en s'asseyant, ils me tendirent la main...&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Joao&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;hahahaha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Rosalinda&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;hahahaha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;....Je broyai donc leur dextre, histoire qu'ils n'aient plus envie de renouveler l'expérience, je n'aime pas toucher les gens.&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Evidemment&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;mon sens du partage n'alla pas jusqu'à partager leur hilarité. Je leur lançai un regard glacial en grognant,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Esteban&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;mucho&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;gusto&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, avant de retourner à la lecture de «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Golfo&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de penas&amp;nbsp;» de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Francisco&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Coloane&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, dont les personnages n'étaient pas précisement des marrants. Un instant déconcertés, mes brésiliens choisirent de m'ignorer en me tournant le dos pour aller mêler leurs éclats de rire stridents à ceux de leurs concitoyens. Peu après, il y eut une sorte de commotion provoquée par l'arrivée d'un groupe d'une diza&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ine&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de personnes composé d'un vieillard accompagné de jeunes gens des deux sexes tous revêtus de ponchos et de bonnets péruviens. On aurait dit une secte. Après avoir lancé un regard circulaire sur la cafétéria remplie de brésiliens hilares, le patriarche lança à ses disciples...&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;We&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;are in&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;the&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;wrong&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;place,&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;let's&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;wait&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;outside&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;....Le petit groupe ressortit donc pour attendre sous la pluie. Le vacarme devenant infernal dans la cafétéria, on aurait dit une cage remplie de singes hurleurs, je décidai d'aller prendre l'air à mon tour. Les membres de la secte étaient disséminés sur le quai, chacun arborant sur le visage l'expression abattue de celui qui participe à une veillée mortuaire. Entre les jouisseurs et les pénitents, la croisière s'annonçait amusante. J'appris plus-tard que le gourou était un professeur de lettres américain accompagné de quelques élèves méritants partis à la recherche des derniers indiens&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Onas&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, noble quête s'il en fût, mais pourquoi précisément sur le «&amp;nbsp;Terra Australis&amp;nbsp;»?&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;img style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; alt=&quot;terra australis 2.jpg&quot; id=&quot;media-1708147&quot; src=&quot;http://manutara.hautetfort.com/media/00/02/59850779.jpg&quot; /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<title>Où l'on ne refait pas le monde</title>
<link>http://manutara.hautetfort.com/archive/2009/04/15/ou-l-on-ne-refait-pas-le-monde.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Esteban MANUTARA)</author>
<category>Blog</category>
<pubDate>Wed, 15 Apr 2009 23:20:00 -0930</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://manutara.hautetfort.com/media/00/00/457307.jpg&quot; alt=&quot;centolla.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; id=&quot;media-1700660&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;J'aurais voulu dîner sur le port, dans une de ces auberges fréquentées par les marins, pleine de papas fritas et de drâmes, mais la pluie me surprit et je courus me réfugier à mon hôtel, le seul endroit dont je connusse avec certitude la direction. Passant devant le concierge en coup de vent, je fis irruption dans la salle de restaurant (quand j'ai faim, j'ai faim), vide à cette heure et à toutes les autres, supposai-je. Une dizaine de tables étaient mises, quel optimisme, je choisis donc celle qui jouxtait un joli poêle à bois par la porte vitrée duquel je voyais danser d'espiègles flammes jaunes qui me réchauffèrent les yeux plus que le corps. Dehors, le vent qui jusque là sifflait se mit à produire un bruit semblable à celui d'un train lancé à pleine vitesse sur des rails. Je n'entendis donc pas le concierge s'approcher de moi et ne me rendis compte de sa présence que lorsqu'il me tendit une chemise cartonnée dans laquelle se trouvait une carte dont le contenu n'avait pas du varier durant les cent dernières années. Malgré moi, je sursautai. Même debout, le concierge semblait encore assis. Une atrophie du bassin et des jambes sans doute. Je sélectionnai une centolla (crabe d'un mètre d'envergure) à la mayonnaise et des chuletas de cerdo (côtelettes de porc). Ce fut le camarero simplet qui me servit. Pour l'occasion, il avait endossé une veste bordeaux élimée et me gratifiait à chacun de ses passages d'un éclat de rire dément. Enfin, il ne renversa rien sur moi, c'était déjà ça. La centolla était bonne, par contre les chuletas étaient dures et sèches au point qu'en attaquant l'une je dérapai avec mon couteau et envoyai l'autre valser au pied d'un oranger en pot d'une vigueur tout à fait surprenante. Je jetai un coup d'oeil du côté des cuisines. Personne.Communiquant avec la réception, la porte vitrée dont les doubles battants se croisaient en émettant un couinement désagréable, scouitch-scouitch, restait elle aussi obstinément fermée. Je me levai, fis quelques pas et ramassai la chose cartonneuse. On aurait pu tuer quelqu'un avec ces chuletas. Comme j'allais regagner ma place, j'entendis le couinement délateur et vis la porte s'ouvrir sur un curé en soutane. D'un geste prompt mais néanmoins précis, j'enfournai la chuleta dans la poche droite de mon tout nouveau pantalon «&amp;nbsp;grand froid&amp;nbsp;», une chose assez disgracieuse, large, confectionnée en un matériau indéterminé à la texture rêche. Je feignis m'âbimer dans la contemplation d&amp;nbsp;e l'oranger. En passant à côté de moi, l'homme d'Eglise me salua courtoisement, salut auquel je répondis de la même manière tout en priant le ciel qu'il ne lui vînt point à l'esprit de me serrer la main que j'avais fort poisseuse, car si la chuleta était sèche ce n'était pas faute de l'avoir enduite d'une épaisse couche de sauce brunâtre. La côtelette était restée imperméable à toute forme de cuisson, voilà tout. Le padre alla s'installer à la table voisine de la mienne. D'une démarche légèrement compassée, produit du contact entre l'os de la chuleta et ma cuise droite, je regagnai ma table, juste à temps pour voir «&amp;nbsp;l'homme qui marchait assis&amp;nbsp;» faire irruption avec la carte....Ah padre! Je suis désolé. Pas d'almejas a la parmesana ce soir....Oh!...Oui, je n'ai pas eu le temps d'aller au marché, avec tous ces clients, vous savez ce que c'est...Non, le padre n'avait pas l'air de savoir ou il s'en fichait, lui ce qu'&amp;nbsp;il voulait c'était ses almejas a la parmesana (palourdes au fromage, trèèèèès bon). Il tripotait le menu d'un air furieux...Alors que me proposez-vous à la place, don Evaristo....Nous avons une excellente centolla...Oh la barbe, encore de la centolla...Mais elle est vraiment très fraîche...Se tournant vers moi, don Evaristo me lança un regard désespéré...Ce monsieur en a pris, demandez-lui...Je confirmai...Estupenda, la centolla...Don Evaristo me remercia d'un hauchement de tête...Ce monsieur est français...Puis, en me tapotant familièrement l'avant-bras, il me chuchota...Je vais vous mettre un peu d'Aznavour...Le padre lança avec résignation le menu sur la table...Ah, dans ce cas, si un français trouve votre centolla excellente, c'est qu'elle doit vraiment l'être. Et pour la suite?...Une fois de plus, le concierge se tourna vers moi ou plus exactement vers mon assiette...Ah, vous avez de la chance ce soir, padre, nous avons d'excellentes côtelettes de porc...Là c'était trop me demander. Profitant d'un moment d'inattention du concierge, je secouai frénétiquement la tête en signe de dénégation et pointai le pouce vers le bas. Finalement le padre prit une sôle meunière.Après tout, le Nouveau Testament parlait de pêche miraculeuse mais restait obstinément muet sur toute tentative de multiplication de côtelettes de porc.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tandis que le concierge disparaissait dans la cuisine...Ah, dios mio, avec tous ces clients, je n'ai plus ma tête..., la complicité née entre entre le padre et moi du fait de cette tentative d'empoisonnement avortée, se mua en conversation, faite de platitudes dans un premier temps qui laissèrent bien vite place à des propos de fort bonne tenue. Avec ses cheveux poivre et sel coupés en brosse et son visage énergique taillé à la machette, le padre me rappelait furieusement le supérieur du petit séminaire où je passai huit longues années. C'était un homme sans concession avec le règlement et la discipline, mais, on me pardonnera le lieu commun, aussi juste que Salomon. Je conserve de ce séjour qui me fit passer des rivages de l'enfance à ceux de l'âge adulte, un mauvais souvenir même si je m'en souviens très bien. Jusqu'à l'adolescence mes camarades (que je n'aimais pas et qui me le rendaient bien) et moi, nous vécûmes dans un état de terreur permanente qui laissa place, vers la puberté, à un ennui sans nom. Oubliés de tous, nous avions l'impression d'être devenus invisibles et de vivre dans un monde parallèle. Pour les études, rien à dire, nous dépassions de cent coudées nos camarades du public. Aux examens passés en terra incognita (les lycées de la région), les examinateurs, hommes et femmes de gauche pourtant, ne cachaient pas leur plaisir de nous avoir en leurs murs. Selon la matière, nous discourrions en latin ou en allemand avec eux, alors même que nos condisciples du public ne savaient qu'ânonner quelques monstrueuses absurdités. Je me souviens qu'au BEPC (requiescat in pace), l'examinatrice de latin faillit avoir un orgasme alors que je scandai les premiers vers de l'Eneide, de mémoire, bien évidemment. Quant à être armé pour affronter le monde moderne qui n'avait, déjà, que faire de la culture, c'était une autre histoire. Je me demande d'ailleurs si toute ma vie passée à voyager dans d'étranges contrées, ne fut pas une manière, agréable certes, de fuir ce monde qui me répugne autant qu'il me fascine. Je n'ai jamais pu me départir, non plus, de ce goût pour l'austérité et l'abstinence en tous genres qu'on nous inculqua dès notre plus jeune âge. Jamais je ne fus réellement capable d'exprimer ma joie ou ma peine, ni même ma colère. Toute ma vie je ne serai qu'un pince sans rire cynique et froid.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tout cela je l'expliquai au padre, tandis qu'avec sa dentition de carnassier il attaquait avec férocité les pattes du crustacé géant. Depuis que les portes du petit séminaire s'étaient refermées sur mon enfance après avoir fait de moi un bachelier, je n'avais plus eu aucun contact avec la religion. La vision d'un prêtre, surtout s'il porte soutane, me fait sourire, mais aussi, allez savoir pourquoi, me rassure. «&amp;nbsp;...Ein Marchen aus alten Zeiten...&amp;nbsp;» comme dirait Heinrich. Et le padre avait l'air rassurant en diable. Pas cet aspect gourmé, rondouillard et rose du curé de caricature, mais tout au contraire, celui d'une âme forte qu'on imaginait le goupillon dans une main, le sabre dans l'autre, convertissant les foules paiennes d'une voix tonitruante dans un latin de cuisine où les r et les jotas s'entrechoquaient comme les pierres dans un fleuve en crue. Saisissant l'occasion de cette nuit fuégienne, entre vent et pluie, je lui posai cette question que jamais auparavant je n'avais osé poser à un homme d'Eglise, non parce qu'elle me tourmentait véritablement, mais juste par curiosité, un peu comme lorsqu'on demande à un écossais s'il porte un slip sous son kilt....Padre, croyez-vous en Dieu?...&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les bons pères du petit séminaire n'abordaient que rarement les questions de fond quand il s'agissait de religion , plus à l'aise dans la Rome ou la Grèce antiques que dans les arcanes de la gnose. Nous avions bien un cours de religion, mais il nous était délivré par un illuminé, dans le bon sens du terme, qui voyait Dieu partout, sous la moindre table ou chaise, dans l'air, l'eau, les petits oiseaux. En plein hiver, alors que lui-même ne portait qu'une lègère chemise grise et un pantalon de toile, mais pas de soutane, il nous faisait éteindre les radiateurs de la salle de classe et ouvrir grand les fenêtres tout en hurlant....Eveillez-vous à Dieu, enfants de peu de foi...En d'autres moments, il mimait avec délice la crucifixion, se contenant à grand peine au premier clou, gémissant fortement au second et se laissant aller franchement au troisième, le plus douloureux, en poussant un rugissement effroyable qui nous terrifiait. Comme on le voit, l'existence de Dieu n'était pas &quot;questionable&quot; dans une telle atmosphère.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le padre m'avait écouté jusque là avec bienveillance, m'interrompant parfois pour me faire préciser l'un ou l'autre point de mon récit, riant souvent, un rire puissant, car si je ne ris pratiquement jamais, je fais parfois rire les autres, je ne sais pas pourquoi.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;A l'énoncé de ma question, il ne dégaina aucun crucifix pour me le coller sous le nez en hurlant....Vade retro satanas...Non. Il eut tout juste l'air étonné. Choqué. Déçu. L'expression de son visage me disait clairement...Je te prenais pour un gentil homme. Alors pourquoi?....Il s'acharna un instant sur un morceau de patte récalcitrant, utilisant le manche de son couteau en guise de masse avant de finalement lâcher, comme à regret...Por supuesto que si... (evidemment, oui)...De mon côté, tout en dégustant mon «&amp;nbsp;suspiro limeno&amp;nbsp;» (une patisserie pleine de crème) qui avait, avec bonheur, remplacé les affreuses chuletas, je me sentis un peu frustré... Ah, c'est tout?...Je sentis l'autre s'échauffer...Vous espériez quoi? Que je vous réponde non? Un strip tease théologique de ma part? Des photos de Dieu et moi, bras dessus, bras dessous....Non, mais vous auriez au moins pu me dire que vous vous posiez tous les jours la question au saut de lit, c'est la réponse classique des curés de télénovelas...Le padre éclata de rire, puis, troussant sa soutane jusqu'à la ceinture, il extirpa d'une poche de son pantalon un mouchoir dans lequel il se moucha bruyamment. Toujours hilare, il pointa son index vers moi....Ah, vous m'avez bien eu! J'ai cru un instant que vous étiez sérieux....&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;strong&gt;En rentrant dans la chambre où règnait une douce température tropicale, apparemment le fou n'était pas aussi fou que ça, j'ouvris la fenêtre, vérifiai que personne ne passait dans la rue et jetai la chuleta naufragée aussi loin que je pus. Un chien errant et ils étaient nombreux, étonnemment bien nourris et familiers, saurait en faire bon usage.&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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