27 août 2010

Questions sans réponses

Voilà un peu plus d'un mois que tu es morte. Trente huit jours pour être précis. Je dis morte, parce que partie, qui est le terme consacré, me semble vaguement trompeur. Le départ peut laisser espérer un retour. Mais tu ne reviendras pas. Jamais. Pour les siècles des siècles. Pas Amen. Je ne l'accepte tout simplement pas. Je sais que c'est vrai, mais je n'y crois pas encore tout à fait.
Tiens, l'autre jour, j'ai jeté toute ton invraisemblable pharmacie à la poubelle. Ton traitement pour le cœur. Finalement ce n'est pas le cœur qui a lâché, mais ton cerveau. Une fraction de seconde, je t'ai imaginée, la consternation peinte sur ton visage, fouillant dans ton tiroir...Esteban, toutes mes pilules ont disparu!...J'ai failli renoncer.
Pardon? Pourquoi je t'écris alors que tu n'as plus d'yeux pour me lire? Je ne sais pas. Ou plutôt si. A longueur de journée, je te parle dans ma tête, alors pourquoi ne pas t'écrire?
Peu avant de t'embarquer dans l'avion sanitaire, le médecin s'était écrié, d'un air contrarié...Ah, la, la, elle s'enfonce!...Moi aussi j'ai l'impression, certains jours, de m'enfoncer. Oh, je te rassure, rien de très spectaculaire. Je continue à me laver, à m'habiller décemment, à répondre de manière cohérente aux interlocuteurs qui s'enquièrent de mon moral. Vu de l'extérieur, je suis le mont Fuji, couronné de cerisiers en fleurs. Mais à l'intérieur c'est Hiroshima. Ou Nagasaki. Je te laisse le choix.
Je viens juste de recevoir les effets personnels avec lesquels tu t'étais envolée pour ce voyage sans retour. Ton précieux sac à main, sans lequel tu n'imaginais pas te déplacer, même en brousse, quelques paréos, ta revue de mots croisés dont tu avais réussi à remplir la moitié durant ces deux jours que tu passas à l'hôpital de T*** alors que nous nous imaginions tirés d'affaire et « Le vagabond des étoiles » de Jack London lu jusqu'à la page 66 ou 67 si j'en crois le signet coincé entre ces deux feuillets. Tu m'avais demandé de te ramener un livre de la maison, n'importe lequel. Ma grande fierté, je crois, est d'avoir réussi à te persuader, au début de notre relation il y a un quart de siècle, toi qui n'avais jamais dépassé l'école primaire, de lire des livres de qualité. Je choisis donc « Le vagabond des étoiles » ou l'art de s'évader par la pensée. Étrange choix quand je pense que c'est toi qui vagabonde, maintenant, dans les étoiles. Oui, oui, je le sais, tu étais très croyante. Une foi naïve que je ne me suis jamais permis de discuter de ton vivant. Tu es donc au paradis. Mais moi, le paradis me terrifie. Des problèmes d'intendance. Te rends-tu compte? Tous ces milliards d'âmes qui s'amoncellent là depuis que l'homme est homme! Hein? Condamnées au bonheur pour l'éternité. Et on fera comment pour se retrouver dans ce capharnaüm? Non, je préfère t'imaginer m'attendant sur quelque planète aussi lointaine qu'inconnue, occupée à tisser des tifaifai, à lire et à relire Anna Karenine (quels soupirs ce livre ne t'arracha-t-il pas!) et à manger des fondues au fromage. C'est débile je le sais, mais je fais ce que je peux.
Autre chose, tu te souviens de ce froid glacial qui m'envahissait tous les soirs, vers dix heures, l'heure de ta mort? Et cela a duré les trois semaines qui furent nécessaires pour te ramener sur ton ile. Durant la nuit passée dans la cathédrale, à veiller ton cercueil, je m'étais, comme d'habitude, enveloppé dans deux gros pulls achetés au Chili il y a quelques années. Oui, les pulls avec les losanges. Non, ils ne sont pas troués, c'est de la laine. Ce sont les cashmeres que les mites ont bouffés! Il faisait pourtant une chaleur étouffante. Une vieille femme s'est approchée de moi et m'a demandé si j'étais malade. Je lui ai expliqué. Elle a hoché la tête et m'a dit...Ta femme t'aimais vraiment beaucoup. C'est elle qui se glisse en toi tous les soirs et comme elle est morte et froide, elle puise en toi la chaleur de la vie, une dernière fois...Je sais bien que tout se passait dans ma tête, mais j'ai quand même trouvé cette explication très belle.
Figure-toi, qu'après l'enterrement, toute sensation de froid a disparu. Je le regrette, presque.
Par contre, je marche toujours autant. Je n'arrive pas à m'arrêter de marcher. A peine rentré à la maison, je repars en sens inverse.
Quoi, mes visites excessives au cimetière? Tous les jours, cela n'a rien d'excessif à mon avis. Et puis il faut bien que j'arrose tes plantes. C'est toi qui les avais mises en pot. Un bougainvillier, deux pervenches, deux épines du Christ et un truc jaune, j'ignore son nom, mais c'est joli. Sur le sable blanc, c'est superbe. Bon pour ta croix, je sais, ce n'est pas terrible: deux bois cloués. Sobre mais esthétique. Quand le terrain se sera stabilisé, je te ferai faire une jolie croix en pierre et une plaque en marbre. Mais oui, j'accolerai mon patronyme à ton prénom! Je sais bien que tu y tenais énormément à ton nouveau nom. Et le contour de ta tombe fait en grosses pierres rondes? Ça te plait? Je suis allé les chercher une à une sur la plage toute proche. Certaines devaient bien peser une vingtaine de kilos....Bon d'accord, une dizaine de kilos, mais elles étaient nombreuses. Enfin c'est pas mal, ça change de ces horribles bordures faites en parpaing et en ciment, pour ne pas parler du carrelage blanc qui semble faire fureur en ce moment. Ce ne sont plus des tombes mais des pissotières!
J'ai également constaté que je dormais divinement bien à côté de ta tombe. L'autre jour, je me suis allongé un moment dans le sable et ne me suis réveillé qu'à la nuit tombée. Un avant-goût du repos éternel.
Me tarabuste cet étrange coup de téléphone, exactement vingt quatre heures avant ta mort, que tu passas depuis ton téléphone portable, qui depuis, même éteint, m'accompagne en tous lieux. N'est-ce pas grâce à lui que tu me parlas pour la dernière fois?...Nous sommes sauvés...t'écrias-tu...Comment, tu n'as plus de maux de tête?...Non, ce n'était pas cela. Une histoire de télévision en panne qui, dans ta chambre d'hôpital, s'était remise à fonctionner. Nous avons parlé un moment et nous sommes souhaités bonne nuit. Je devais venir te chercher le lendemain pour te ramener à la maison. A trois heures du matin tu as sombré dans un coma léger duquel tu as émergé au bout de quelques instants, partiellement paralysée, incapable de parler. Ces idiots de médecins n'ont pas jugé utile de me mettre au courant avant neuf heures du matin. A ce moment là, peu avant de t'évacuer en ambulance vers l'aéroport, tu ne pouvais plus bouger que ta main gauche. J'imagine les efforts désespérés que tu dus faire pour les supplier de me prévenir, durant cette horrible nuit. Pour se justifier, le boucher en chef prétendit ne pas avoir trouvé mes coordonnées. Tu parles! Ça fait des années qu'on te suit dans cet hôpital. Il ne voulait simplement pas m'avoir sur le dos, moi qui au moment de ton admission, deux jours plus tôt, avais osé suggérer, du haut de mon ignorance de non-médecin, qu'il pouvait peut-être s'agir d'une attaque cérébrale...Non, non, pensez-donc, son Glasgow est excellent!...Il avait même réussi à me convaincre. Je n'ai rien vu venir. Et maintenant c'est moi qui culpabilise. A mort.
Tous les ans, à la même époque, le premier novembre, alors que nous garnissions les tombes de tes innombrables ancêtres de couronnes fleuries, nous nous demandions, avec malice, si l'un d'entre nous n'aurait pas à fleurir la tombe de l'autre, l'année suivante. Voilà, c'est fait. Et ce n'est pas drôle. Pas du tout.

Commentaires

Non ce n'est pas drôle.

Quant à la culpabilité ressentie d'avoir fait ou pas ce qu'il fallait, elle est inévitable hélas ! Ce qui ne veut pas dire qu'elle est justifiée, surtout dans un cas comme celui de France.

Le Diafoirus par contre, ne doit pas se sentir très net...

Écrit par : Cigale | 27 août 2010

Oh, Cigale, un tel individu ne me semble nullement doté de conscience. Le salaire tombant en fin de mois et ses points de retraite sont sans doute son unique sujet de préoccupation.

Écrit par : manutara | 28 août 2010

Je comprends très bien votre fierté d'avoir amené quelqu'un à lire de vrais livres.

Et je me raccroche à cette anecdote parce que, pour le reste, et comme disait je ne sais plus qui, toute grande douleur est une île déserte.

Écrit par : Didier Goux | 28 août 2010

"Je n'ai rien vu venir."
On ne voit jamais rien venir car si l'idée traverse notre esprit on la repousse de toutes nos forces; comme si penser au pire risquait justement de l'amener à se produire. Et après il ne nous reste plus qu'une culpabilité qui nous étouffe.

Écrit par : Orage | 28 août 2010

Didier, la perte d'un conjoint est, je le pense, tout à fait à part. J'ai perdu mes parents et des amis. J'en ai conçu de la peine et je pense souvent à eux. Mais c'est un gentil chagrin, une douce nostalgie. La disparition d'un conjoint rencontré dans ses jeunes années et avec lequel on s'apprêtait à vieillir doucement, est une abomination, je vous assure, incompréhensible, je le suppose, pour celui qui ne l'a pas subie. Une île déserte, oui, c'est tout à fait cela. Une île sans eau où rien ne pousse.
Orage, vous avez raison. Mon cerveau, durant ces deux jours de répit, s'est efforcé de m'occulter la terrible réalité.

Écrit par : manutara | 28 août 2010

Esteban, j'imagine bien ce que tu peux ressentir en ce moment, je l'ai vécu il y a 9 ans et je je n'ai toujours pas accepté cette disparition. "Nous ne vieillirons pas ensemble" ! C'est ce que j'ai prononcé le jour de l'enterrement en jetant dans le trou où l'on venait de descendre le cercueil un bouquet de marguerites cueillies dans le jardin. Une partie de moi disparaissait à tout jamais. Il y a un mois, mon vieux chat Popy est mort. C'était SON chat, il restait le seul lien qui m'unissait encore à lui. Je parlais au chat comme j'aurais parlé à mon mari ... Maintenant je suis définitivement seule. Ce n'est pas chose facile de gérer sa solitude, il y a souvent des moments de déprime. Et puis, l'envie de vivre revient et c'est reparti pour un temps jusqu'au prochain arrêt... Ça va, ça vient... Et le temps passe ... Au début j'allais régulièrement au cimetière. Maintenant je n'y vais plus ou rarement. Il est très présent dans mes rêves, la nuit. Ce que j'ai oublié, c'est le son de sa voix et je trouve ça terrible !

Écrit par : tinou | 28 août 2010

Tinou, ce que tu me dis est à la fois effrayant et rassurant. Effrayant parce qu'après neuf années la douleur semble toujours aussi vive et rassurant parce qu'il semble possible de vivre avec.
Pour le cimetière, je suppose que j'éspacerai mes visites à l'avenir, mais pour l'instant c'est le seul endroit qui me procure une paix relative.

Écrit par : manutara | 29 août 2010

Je pense que chacun vit et gère (avec le temps) cette douleur différemment.
Seul le temps vous donnera la réponse.
Même si je n'ai jamais connu cela, je suis emplie de tristesse lorsque je lis votre douleur.
Je l'ai néanmoins un peu vécu, avec ma maman, qui a vu tout ses espoirs disparaître d'un coup d'un seul, alors que mon papa, qui se faisait opérer pour profiter pleinement de sa retraite et faire ensemble tout ce qu'ils n'avaient pu faire avant, ne s'est pas réveillé.

Ecrire est parfois un peu salvateur (dans certains cas).

Il paraît que certaines personnes se préparent au départ de l'être chéri, j'avoue que je ne peux y croire.

Je suis de tout coeur avec vous, même si je le sais, cela ne servira à rien.

Écrit par : Christine | 04 septembre 2010

Merci Christine, votre témoignage me touche beaucoup.
Une consolation: je fus en mesure d'offrir une existence assez atypique à France, qui me permet de répondre à la question, "Qu"aurions-nous pu avoir envie de faire ensemble dans l'avenir que nous ne fîmes pas ces vingt-cinq dernières années?", par ce simple mot, rien. C'est une grande chance. Si, une chose que nous ne pourrons jamais faire: vieillir ensemble.

Écrit par : manutara | 05 septembre 2010

Questions sans réponses

Écrit par : Женская одежда | 13 octobre 2010

Manutara, je n'ai pas de mots, mes pensées vous accompagnent.

Écrit par : Fleur | 16 octobre 2010

Merci, Fleur...

Écrit par : manutara | 16 octobre 2010

Bonjour Manu, que devenez vous? Ici -chez DG-on pense bien à vous. Ici il pleut et c'est novembre et on pense aussi à Elle. On espère de vos nouvelles bientôt. Un peu d'amitié qui pour être virtuelle n'en est pas moins existante . Geargies.

Écrit par : Geargies | 13 novembre 2010

Bonjour Geargies, merci pour votre gentil mot. Ici, il fait très beau et très chaud. Une sècheresse terrible s'est abattue sur l'archipel des Marquises. Il n'a pratiquement pas plu depuis un an. Mais sous le soleil ou sous la pluie la tristesse est partout la même...

Écrit par : manutara | 13 novembre 2010

Oui, on a eu l'impression d'avoir un bras arraché... et il faut faire avec,hein,!! amitiés et soutien..

Écrit par : geargies | 17 novembre 2010

Cher Manutara, don Esteban, cher Ange Gardien ...

C’est en lisant le blog d’Olivier que je suis retournée sur ton blog à toi, blog que
je ne lisais plus, (ni les autres d’ailleurs , sauf celui d’Olivier, qui m’a autorisée à
accéder au sien, que je lis toujours avec beaucoup d’intérêt, mais sans m’autoriser
jamais à aucun commentaire).
En face de moi, dans ma chambre, j’ai une reproduction sur bois d’une icône, que
je considère aussi comme mon ange gardien, je pense à toi, en le regardant avant
de dormir, priant pour bénéficier encore de votre protection.
Je n’imaginais pas que les anges gardiens puissent aussi souffrir tant en perdant
tout en si peu de temps : j’ai lu, et relu tes récits, de plus en plus émue, et j’ai
pleuré, versé des larmes, venues de si loin, celles que je ne parvenais plus à faire
couler depuis si longtemps. Et là, je dois te remercier, mon Ange, parce que ces
larmes m’ont fait un bien profond, au point d’arriver à communiquer, après quelques
années d’enfermement, de silence, je ne vivais plus vraiment ...
Je comprends que tu sois anéanti, je te lisais, comme on lit un auteur, sans penser
qu’il a aussi une vie privée, des joies et des chagrins. J’aime beaucoup tes histoires.
Les dernières, hélas, personnelles, m’ont bouleversée.
Comme chacun, ton chagrin me renvoie au mien : j’habite actuellement che mon
mari, dans la Gaume profonde, loin de tout. Lui aussi a souffert d’un accident
vasculaire cérébral. Si physiquement il n’a pas eu de graves séquelles, son cerveau
hélàs si : il est aphasique, sourd et ne supporte plus grand’chose, surtout pas moi !
Il faut être dans le silence, dans des pièces sombres, vie feutrée, un couvent ne serait
pas plus difficile. Quelques éclats quand il râle sur moi, agressif, méchant, injuste.
Il y a eu un temps où nous voulions vieillir ensemble ! Je ne veux plus, je ne peux
plus, mais je suppose que c’était mon devoir conjugal d’être revenue l’aider dans la
maladie, après quasi 20 ans de séparation ...
Je voudrais pouvoir à mon tour t’aider, comme ton premier message m’a tant aidée
(«Non, Maola, vous n’êtes pas toute seule»). Non Manutara, tu n’es certes pas tout
seul, je pense à toi et te serre très fort contre mon coeur.

Écrit par : Maola | 17 février 2011

Bonjour Maola, merci pour ton gentil mot. Je vois que ta situation est loin d'être plaisante. Après tout, peut-être, y a-t-il pire que la mort. Je te souhaite bon courage.

Écrit par : manutara | 17 février 2011

Ca y est, j'ai recréé un nouveau blog, encore bien vide ..., mais faut bien recommencer. Il est accessible sur
http://postscriptum.hautetfort.com/.

J'espère que je vais m'y tenir, je dirais que je vais déjà mieux depuis que je suis revenue sur Haut et Fort, et tout ça, parce que en lisant Manutara, j'ai pleuré et encore pleuré : cela m'a fait un bien fou d'une certaine façon. Décidément, Manutara est mon Ange gardien préféré !
A bientôt.
Écrit par : Maola | 19/02/2011

Écrit par : Maola | 19 février 2011

Ah, bonne nouvelle! Merci pour le lien.

Écrit par : manautara | 19 février 2011

je passe ici de temps en temps, en silence.
Soulagée de lire des réponses aux coms, ce qui veut dire que l'auteur est là .
Sympathie
Débla

Écrit par : Débla | 07 mars 2011

Bonjour Débla. Oui, oui, je suis encore là...

Écrit par : manutara | 07 mars 2011

Dis-moi, le tsunami a-t-il atteint les côtes marquisiennes ? Je pense souvent à toi quand je vois un petit point rouge s'afficher sur mon mouchard. Amitiés

Écrit par : tinou | 14 mars 2011

À mon tour de venir aux nouvelles : toujours présent, le vieux rafiot qu'on aime suivre dans ses bourlingues ?

Écrit par : Didier Goux | 27 mars 2011

Bonjour Tinou et Didier, oui, oui, je suis toujours de ce monde, j'étais juste absent trois semaines, occupé à garder l'élevage de chevaux (des bêtes vicieuses) appartenant à un ami momentanément indisponible, le dit élevage étant sis sur une île dépourvue de moyens de communication modernes

Écrit par : manutara | 02 avril 2011

Heureuse de savoir que tu es toujours là.

Espérons que tes aventures avec les chevaux nous vaudront quelques billets comme tu sais si bien les faire !

Écrit par : Cigale | 03 avril 2011

Bonjour Cigale. Un billet? Hum...Oui, je ne sais pas encore...

Écrit par : manutara | 03 avril 2011

L'horrible, l'impensable , l'inacceptable :la perte un être cher.
Je suis, à mon tour, atteinte de plein fouet, là où se forme la boule au creux du ventre, après le décès de ma sœur jumelle. J'aimerai crier, hurler mais suis comme sidérée. Les larmes n'apaisent en rien la souffrance quoi qu'on en dise.
Punaise, comme c'est difficile de se séparer de ceux qu'on aime.
Mon blog est en jachère et je n'arrive plus à retrouver le chemin des mots.
alors, je dépose ici en espérant ne pas trop t'importuner

Écrit par : dilou( les maux des 4 ...) | 04 mai 2011

Bien sur que non, tu ne m'importunes pas! J'ai appris la triste nouvelle sur votre blog. C'est d'autant plus insupportable que le temps ne fait rien à l'affaire. Tout au plus parvient-on à apprivoiser la douleur qui à intervalles réguliers revient nous submerger en nous laissant le souffle coupé. Et c'est très bien ainsi.

Écrit par : manutara | 04 mai 2011

Cette note que je viens de relire me touche tellement, des similitudes de situation et de douleurs terribles. Ce vide que l'on perçoit très fort chez toi et que l'on ressent maintenant. Cette insuportable idée de "résignation" à ne plus jamais la voir, ce n'est même pas pensable ! Comment supporter ce chagrin qui nous ravage, ces nuits d'insomnie et ces réveils avec VLAD, Vlad en REA, Vlad à la chambre funéraire, Vlad encore là peut-être, mais non elle n'est plus là, c'est TERRIBLE.....Tu crois que l'on pourra apprivoiser la douleur ? Je l'aimais trop ma soeur. On se l'ai dit encore une fois la veille de cette fichue intervention !..

Écrit par : Pénélope | 09 mai 2011

Oui, terrible est bien le mot qui convient. Et pour l'humain habitué à ce que tout mal ait un remède, il est difficile d'accepter que la mort n'en ait aucun. Les insomnies, oui, je connais. Gros dormeur avant le décès de France, je ne dors plus que trois ou quatre heures par nuit, le minimum vital je suppose. Mais quelque soit l'heure à laquelle je me couche, tous les jours je me réveille à quatre heures du matin, heure à laquelle je fus tiré de mon sommeil par les gémissements de mon épouse en proie à d'épouvantables maux de tête. C'est un lieu commun (mais les lieux communs sont souvent plein de bon sens), mais Lamartine l'a dit de manière élégante: "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé". La seule chose qui m'aide à tenir est finalement un certain sens de l'humour qui ne pas complètement déserté. Ainsi, occupant une position stratégique dans le "salon" de la maison (son bien le plus cher) que j'avais faite construire pour elle il y a vingt ans, une photo de France prise le 14 juillet dernier (six jours avant sa mort) alors qu'elle défilait fièrement à l'occasion de la fête nationale. Elle porte une jolie couronne de tête multicolore et arbore un sourire malicieux, les paupières réduites à l'état de meurtières laissant à peine deviner les yeux. C'est le sourire avec lequel elle me regardait assumer certaines tâches que j'acquittais de mauvais gré et avec une grande maladresse comme tailler des arbres ou charrier des sacs de terre destinés à remplacer celle de ses innombrables pots de fleur. Le jardin c'était son domaine, pas le mien. Je suis un marin, pas un terrien!
Depuis sa mort, le jardin est retourné à l'état sauvage, par contre je suis bien obligé de me faire la cuisine, tâche qui lui incombait.C'était une remarquable cuisinière. Quand je fis sa connaissance en 1983, elle tenait l'unique restaurant de l'ile et celui-ci, midi et soir, ne désemplissait pas. Alors aujourd'hui, lorsque je tente, je dis bien tenter, de me faire des oeufs au plat et qu' un oeuf vient lamentablement échouer à mes pieds, l'opération de "cassage" sur le bord de la poele ayant avorté, il me semble l'entendre s'esclaffer (elle avait un rire tonitruant) dans son cadre. Je ne puis m'empêcher alors de lui tirer la langue et de lui dire "C'est ça, fous-toi de ma gueule!"

Écrit par : manutara | 10 mai 2011

Etrange similitude, Vlad s'esclaffait souvent, c'était une gaffeuse qui nous provoquait des fou rire incroyables, elle était belle drôle et tellement spontanée et naturelle ! Elle occupait dans notre famille une place différente de tout autre, chacun l'aimait, elle apportait tellement d'amour à tous !
Quand je lis ton com. je pense beaucoup à mon beau frère qui va vivre ce que tu vis...Il a beaucoup de mal, il habite tout près du cimetière alors il va deux ou trois fois par jour voir la "petite case" de Vlad au colombarium, il enlève les fleurs fanées, il recompose d'autres bouquets, des coeurs avec des roses rouges. Quand je le vois seul dans sa maison entouré de "tout ce qui est Vlad"...ça me brise le coeur. Nous avons nous même notre propre souffrance mais celle de son "chéri" en plus c'est insoutenable ! Comment imaginer qu'il va y survivre, lui même ayant été opéré à coeur ouvert l'an dernier ! Vlad se faisait bien plus de soucis pour son homme que pour elle....C'était un couple fusionnel qui s'adorait, ils faisaient tout ensemble, oui je crois effectivement que pour lui "tout va être dépeuplé" pour longtemps.... je comprends ce que toi tu dois ressentir, en voyant mon beau-frère et son désarroi je ne pourrai m'empècher de penser à toi. Quelle épreuve difficile, on dit "la vie continue"....facile à dire mais la vie n'est plus la même et ne sera plus jamais la même...
Dans cette situation on ressent un profond sentiment d'injustice et de révolte, POURQUOI elles ( comme ta chérie) ? Elles qui ne demandaient qu'à vivre encore, Vlad devait partir à Menton, comme tous les étés dans quelques mois, c'était un immense bonheur pour elle, ils ont plein d'amis là bas, tous adoraient Vlad ils sont conternés et dans une grande peine ! Je suis profondément révoltée par cette disparition de ma soeur, je ne cesse de penser qu'il y a sans doute eu un loupé quelque part lors de l'opération, des opérations à coeur ouvert ils en font "à la chaine" maintenant, comme une appendicite et malheureusement ils avaient mal évalué la complexité du coeur de Vlad, leurs compétences n'ont pas suffit pour la sauver, j'aimerais avoir des réponses à cela mais je sais que le corps médical est intouchable !
Bonne journée manutara.

Écrit par : Pénélope | 10 mai 2011

Je crois déjà l'avoir écrit, mais perdre un conjoint est une chose spéciale. En effet, on ne choisi pas ses parents ou ses enfants par contre, en principe, on choisit son conjoint. Les parents on sait qu'on va les perdre, les enfants aussi, même si ce n'est pas physiquement. On sait qu'un jour il vont quitter la maison et qu'on ne les reverra plus que très sporadiquement. C'est la vie. Certes, à moins de mourir ensemble dans un accident par exemple, il est peu probable que les conjoints meurent le même jour. C'est le fameux"Jusqu'à ce que la mort vous sépare". Mais en règle général on s'arrange, surtout dans nos sociétés développées, pour arriver ensemble à un age vénérable. Puis survient la mort. L'un des deux s'en va, l'homme souvent, et l'autre reste là encore un moment, bref en général et s'en va à son tour. Lorsque la mort survient de manière prématurée, le survivant à l'impression de se faire surprendre, au milieu du gué, par une brutale crue en pleine saison sèche. Le sentiment qu'une erreur s'est produite. Pour parler cruement, je dirais qu'on se sent vraiment tout con et très seul. Je ne pense pas qu'il y ait de méthode particulière pour surmonter ce genre de chose.

Écrit par : manutara | 11 mai 2011

Bonsoir Manutara, je reviens sur ton blog, te relire, revoir tes réponses à nos commentaires.
Presque deux mois que Vlad est partie et la peine qui me "pince" le coeur est encore bien forte, je dis volontairement le mot pince car quand mes larmes me submergent ça e fait un pincement dans la poitrine, je pense que c'est la douleur normale de l'angoisse et du chagrin liés. Non bien sûr il n'y a pas de méthode miracle pour surmonter cette tristesse, quand on dit "il faut donner du temps au temps" c'est sans doute vrai mais j'espère vraiment que ce temps ne sera pas trop long...
J'ai ma propre souffrance mais celle de mon beau frère me touche énormément, "elle" lui manque trop douloureusement, il a besoin de regarder ses photos de se retrancher dans leurs souvenirs, il regarde les films de leurs voyages, les jours derniers une émission "échappées belles" était tournée en Outre-mer, Polynésie, Papeete, Moréa, Vlad et son mari ont fait ce magnifique voyage et s'étaient même remariés là-bas, Vlad était superbe en mariée Polynésienne avec ses longs cheveux blonds tout bouclés. Revoir cette émission "seul" a été extrèmement difficile pour son mari, mais il y tenait il voulait être seul pour revoir leur périple amoureux. Je m'inquiète beaucoup pour lui car pour le moment il se renferme avec ses souvenirs et son chagrin et a bien du mal à aller vers les autres, ce n'est pas un communiquant, je pense qu'il va avoir énormément de mal à lui survivre, ils étaient très amoureux.
Je te raconte tout ça car je sais que toi tu es passé par cette phase, j'espère que cette douleur immense de mon beau-frère va un peu s'apaiser, je le vois souvent pleurer et je suis désemparée pour l'aider. Quand je le vois nous parlons de Vlad, il en a besoin mais est-ce la bonne solution ? Nous regardons les albums ensembles mais c'est très dur.
Je ne sais pas comment on se sent après un an de recul, pour toi ça va bientôt faire un an, j'espère que l'on retrouve un peu goût à la vie, un peu de serénité j'espère que ta douleur devient plus supportable ? Me concernant et je ne suis que sa soeur, je sais que je ne serai plus jamais comme avant, sans doute étions nous trop liées.
Bonsoir Manutara

Écrit par : Pénélope | 21 juin 2011

Bonjour Pénélope, encore une fois, chacun gère ce genre d'évènement funeste à sa manière. Moi, je suis un ancien élève des jésuites (huit longues années) et j'ai été élevé dans l'idée que la vie n'était qu'une vallée de larmes, la souffrance notre lot commun, le bonheur un bref instant, une anomalie, que dis-je une abomination. Un de nos profs de religion ne mimait-il pas la crucifiction durant son cours tout en poussant des rugissements effroyables chaque fois qu'un clou virtuel venait s'incruster dans sa chair d'un blanc laiteux? Même si cela fait longtemps que j'ai cessé de croire en l'existence d'un Dieu omniprésent, je n'exclue pas totalement l'idée d'un créateur qui se serait désintéressé de sa création pour passer à autre chose. Notre époque vit dans l'illusion du "les choses finiront toujours par s'arranger", et moi j'ai l'idée que les choses pourraient être encore bien pires. Ton histoire de mariage tahitien me fait penser à une anecdote.
Aux environs de Noel, une mienne amie, helvétique, spécialisée dans les voyages un peu particuliers, est venue avec quelques clients passer les fêtes de fin d'annnée à Nuku Hiva. Elle me demanda de mener la petite troupe en randonnée, vers le point culminant de l'ile distant de plusieurs heures de marche du village et offrant une vue superbe sur l'ensemble de l'ile à environ 1200 mètres d'altitude. Pas l'Everest, mais ça grimpe quand même. Parmi les convives, mon attention fut attirée par un octogénaire d'aspect athlétique dont le pas assuré me fit bien vite comprendre qu'il s'agissait d'un habitué de treks pratiqués en des zones autrement plus accidentées. A la faveur d'une pose, celui-ci, informé par mon amie du deuil qui me frappait et à qui, répondant à ses condoléances, j'affirmai péremptoirement que désormais, il ne pourrait rien m'arriver de pire, me déclara, vous faites erreur. Vingt ans plus tôt, aux alentours de la soixantaine, il avait perdu son épouse du même âge. Un cancer d'après ce que j'ai cru comprendre. Peu de temps après, il se remaria avec une femme de trente ans sa cadette. Je vois ce que vous pensez me dit-il, tandis que je me recriai, mais non, pas du tout, je n'en pense rien. Ce ne furent point tant les charmes de la jeunesse, outre ses autres qualités, que l'alors sexagénaire appréciait chez sa nouvelle épouse, mais la certitude que c'est elle qui lui fermerait un jour les yeux. Eh bien non, me dit-il d'une voix lugubre, cela fait deux mois que je l'ai enterrée. Elle avait tout juste cinquante ans. Un cancer à nouveau. C'est en souvenir d'un tour du monde effectué avec sa jeune femme vingt ans plus tôt, que l'octogénaire était reparti sur les traces de leur existence passée. Et çela ne semblait lui faire aucun bien. Mauvaise idée. Très.
Actuellement je ne me sens jamais moins mal que lorsque je quitte, pour mon travail, l'ile où ma femme et moi, avons vécu 25 ans, pour me retrouver dans un endroit où nous n'avons aucun souvenir commun. Je viens de rentrer de trois semaines passées avec les militaires d'un RIMA, ce qui m'a changé les idées et là je repars demain sur une autre ile pour une autre mission. Ceci dit s'il y a une chose que le passage du temps m'a appris, c'est que dans vingt ans (si Dieu me prête vie), ma complice de vingt cinq ans me manquera toujours autant. Mais ça, ce n'est finalement pas si mauvais signe que ça: si je l'avais déjà oubliée, il faudrait que je m'interroge sur l'opportunité de notre relation...

Écrit par : manutara | 22 juin 2011

Bonjour Pénélope, encore une fois, chacun gère ce genre d'évènement funeste à sa manière. Moi, je suis un ancien élève des jésuites (huit longues années) et j'ai été élevé dans l'idée que la vie n'était qu'une vallée de larmes, la souffrance notre lot commun, le bonheur un bref instant, une anomalie, que dis-je une abomination. Un de nos profs de religion ne mimait-il pas la crucifiction durant son cours tout en poussant des rugissements effroyables chaque fois qu'un clou virtuel venait s'incruster dans sa chair d'un blanc laiteux? Même si cela fait longtemps que j'ai cessé de croire en l'existence d'un Dieu omniprésent, je n'exclue pas totalement l'idée d'un créateur qui se serait désintéressé de sa création pour passer à autre chose. Notre époque vit dans l'illusion du "les choses finiront toujours par s'arranger", et moi j'ai l'idée que les choses pourraient être encore bien pires. Ton histoire de mariage tahitien me fait penser à une anecdote.
Aux environs de Noel, une mienne amie, helvétique, spécialisée dans les voyages un peu particuliers, est venue avec quelques clients passer les fêtes de fin d'annnée à Nuku Hiva. Elle me demanda de mener la petite troupe en randonnée, vers le point culminant de l'ile distant de plusieurs heures de marche du village et offrant une vue superbe sur l'ensemble de l'ile à environ 1200 mètres d'altitude. Pas l'Everest, mais ça grimpe quand même. Parmi les convives, mon attention fut attirée par un octogénaire d'aspect athlétique dont le pas assuré me fit bien vite comprendre qu'il s'agissait d'un habitué de treks pratiqués en des zones autrement plus accidentées. A la faveur d'une pose, celui-ci, informé par mon amie du deuil qui me frappait et à qui, répondant à ses condoléances, j'affirmai péremptoirement que désormais, il ne pourrait rien m'arriver de pire, me déclara, vous faites erreur. Vingt ans plus tôt, aux alentours de la soixantaine, il avait perdu son épouse du même âge. Un cancer d'après ce que j'ai cru comprendre. Peu de temps après, il se remaria avec une femme de trente ans sa cadette. Je vois ce que vous pensez me dit-il, tandis que je me recriai, mais non, pas du tout, je n'en pense rien. Ce ne furent point tant les charmes de la jeunesse, outre ses autres qualités, que l'alors sexagénaire appréciait chez sa nouvelle épouse, mais la certitude que c'est elle qui lui fermerait un jour les yeux. Eh bien non, me dit-il d'une voix lugubre, cela fait deux mois que je l'ai enterrée. Elle avait tout juste cinquante ans. Un cancer à nouveau. C'est en souvenir d'un tour du monde effectué avec sa jeune femme vingt ans plus tôt, que l'octogénaire était reparti sur les traces de leur existence passée. Et çela ne semblait lui faire aucun bien. Mauvaise idée. Très.
Actuellement je ne me sens jamais moins mal que lorsque je quitte, pour mon travail, l'ile où ma femme et moi, avons vécu 25 ans, pour me retrouver dans un endroit où nous n'avons aucun souvenir commun. Je viens de rentrer de trois semaines passées avec les militaires d'un RIMA, ce qui m'a changé les idées et là je repars demain sur une autre ile pour une autre mission. Ceci dit s'il y a une chose que le passage du temps m'a appris, c'est que dans vingt ans (si Dieu me prête vie), ma complice de vingt cinq ans me manquera toujours autant. Mais ça, ce n'est finalement pas si mauvais signe que ça: si je l'avais déjà oubliée, il faudrait que je m'interroge sur l'opportunité de notre relation...

Écrit par : manutara | 22 juin 2011

Je reviens après tout ce temps pour retrouver la plaisante lecture de vos billets, mais ce que j'y lis n'est pas plaisant du tout, et je suis vraiment navré par ce qui vous est arrivé. Je vous envoie du bout de tout mes plus affectueuses pensées, très sincèrement.

Écrit par : b. | 04 décembre 2011

Merci, c'est gentil! Effectivement ce n'est pas très gai. Il faudrait que je recommence à écrire des billets, un peu plus...légers.

Écrit par : revamaru | 04 décembre 2011

Oh, ce n'était pas un reproche, vous vous en doutez, c'était surtout un choc, une profonde affliction de lire ces derniers billets si bouleversants... j'espère que vous continuerez, tout de même, je le dis à titre égoïste, car vous lire a été une bonne chose venue "de l'internet", ces années passées. A bientôt !

Écrit par : b. | 04 décembre 2011

Oh oui, reprends tes écrits, cela va te changer les idées. Tu as changé de pseudo ?

Écrit par : tinou | 20 décembre 2011

Bonjour Tinou, non, je n'ai pas changé de pseudo, c'est juste celui de mon adresse mail qu'il faut enregistrer chaque fois qu'on poste un commentaire.

Écrit par : manutara | 20 décembre 2011

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