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21 juin 2010

A nice little place

 

Après avoir traversé la France du Nord au Sud, je traversai l'Espagne d'est en ouest. En voiture, évidemment. J'avais en tête la Galice, mais cette région ne correspondait plus à l'image que je m'en étais fait, vingt ans plus tôt. Les élevages de saumons avait envahi les rias, les privant ainsi de leur sérénité, non que cet excellent poisson pût jouer un quelconque rôle dans l'évolution de la folie chez ma mère, mais il en allait autrement pour les cages circulaires ponctuant de noir la surface de ces fjords ibériques. Si on emmenait ma mère à la montagne, il ne se passait pas une heure sans qu'elle se mît à geindre...Mon Dieu, toutes ces montagnes!...Si on l'emmenait dans, ou simplement à proximité d'une forêt, s'élevait bientôt dans l'air calme la sinistre complainte...Mon Dieu, tous ces arbres... Nul doute que ces inesthétiques parcs à poissons allaient, dans le futur, alimenter les innombrables phobies maternelles. Les eucalyptus en nombre, pouvaient, eux aussi, présenter une menace certaine. Je parvins toutefois à trouver une honnête maison située dans un environnement convenable et engageai derechef la matrone chargée de son entretien comme dame de compagnie, l'une et l'autre rustiques mais confortables.

Bien évidemment, rien ne se passa comme prévu: au moment de monter, en compagnie de mon frère, dans l'avion qui devait la mener sur ces rivages où viennent s'écraser les flots impétueux de l'Atlantique Nord, ma mère avait fait scandale, nul ne sut pourquoi, elle n'avait pas besoin de causes pour produire des effets, il y avait eu une bousculade, on avait échangé des insultes avec les autres passagers, une hôtesse avait eu son uniforme déchiré, la force publique appelée en renfort avait dressé procès verbal.

L'avion étant exclu ainsi que toute forme de transport en commun, il fallut donc que je me rapproche tout en restant toujours en Espagne, afin que le voyage en automobile, entrepris depuis l'est de la France, ne dépassât point une journée, laps de temps au-delà duquel le sauvage, enfermé dans l'habitacle exiguë de son véhicule en compagnie de ma mère qui se trouvait aussi être la sienne, ne répondait plus de rien. Après avoir dédommagé chacun et chacune à la hauteur du dommage subi (location et embauche annulées), je retraversai l'Espagne d'ouest en est, cette fois, me perdant dans les faubourgs de Madrid avant que d'aborder ceux de Valence et d'entreprendre ma remontée vers le nord.

Je voyais la frontière française se rapprocher dangereusement tout en prenant douloureusement conscience que si la côte Atlantique n'attirait que peu de touristes, les rivages méditerranéens, eux, siphonnaient gloutonnement les populations livides des contrées nordiques, au point qu'on pouvait raisonnablement se demander si Londres, Amsterdam ou Hambourg ne se trouvaient pas totalement privées d'habitants entre les mois de juin et de septembre. Évidemment, tous ces gens louaient des appartements, des maisons, des chambres, des emplacements où poser leurs tentes et ils n'avaient rien laissé pour moi. J'avais quitté l'autoroute et emprunté la sortie de Figueres, à cause de Dali sans doute et de sa vision élastique du temps, ce temps qui justement me faisait défaut, les conversations téléphoniques avec le sauvage ressemblant chaque jour un peu plus à des appels de détresses lancés par un navire en perdition.

Je déjeunai donc des chairs caoutchouteuses d'un calamar a la plancha dans une auberge de cette ville musée, quand mon attention fut attirée par une affiche montrant la vue aérienne d'une petite agglomération nichée au fond d'une baie. Délaissant mon céphalopode, je m'approchai du poster situé au-dessus du tiroir caisse gardé par un cerbère engoncé dans une robe à pois. La patronne, je supposai que c'était elle, me dévisagea sans aménité et croyant que je venais régler ma note à peine mon repas commencé, me lança en un castillan fortement catalognisé...Quoi, il est pas bon mon calamar?....Je détrompai l'accorte femelle et lui désignai l'affiche...Où est-ce?...La dame se radoucit. Le village s'appelait Roses et ne se trouvait qu'à une vingtaine de kilomètres de Figueres. Quelque fût ma destination finale, elle m'enjoignait d'y passer ne fût-ce que quelques heures...Porque, hombre, vale la pena...Tout cela me semblait terriblement balnéaire, avec cette plage de sable blanc jonchée de corps, cette promenade du bord de mer encombrée d'enfants s'adonnant aux joies de la planche à roulettes, ces terrasses de cafés, cet entrelacs de ruelles étroites dédiées, on l'imaginait, à la vente de souvenirs, toros miniatures, castagnettes en plastique, ces villas cossues situées sur les hauteurs, oui, oui, tout cela respirait le balnéarisme, mais un balnéarisme désuet, couleur sépia, qui contrastait agréablement avec l'univers concentrationnaire des stalags touristiques éparpillés, plus au Sud, le long de la côte.

Une heure plus-tard, je pus avoir la confirmation in situ des sensations provoquées par la vision de l'affiche. A nice little place, me dis-je, puisque l'anglais semblait être la langue la plus parlée en ce lieu.

Ce soir là, je vis le soleil se coucher sur Roses du balcon d'une jolie villa dont j'étais le chanceux locataire pour les trois mois à venir. La première agence dont j'avais poussé la porte avait été la bonne, un désistement de dernière minute avait fait le reste. Située sur les hauteurs, la villa offrait une vue panoramique sur toute la région et sa construction sur deux niveaux rigoureusement identiques, chacun disposant d'une entrée séparée, nous permettrait, ma mère et moi de coexister sans avoir à cohabiter, Dieu merci, sa folie relative ne l'ayant point, encore, privée de son autonomie. Il fallait juste qu'elle eût quelqu'un, en permanence, à portée de voix.

Commentaires

Je trouve votre voyage de retour un peu étrange. Pourquoi, de Galice, redescendre vers Madrid, si votre but était de remonter vers la Catalogne ? Et, une fois à Madrid, pourquoi n'avoir pas emprunter la nationale II, qui relie directement la capitale à Barcelone ?

Je sais, il m'arrive d'être pénible...

Écrit par : Didier Goux | 21 juin 2010

Jusqu'ici, tout va bien....

Écrit par : Suzanne | 22 juin 2010

C'est que, voyez-vous, la Catalogne n'était pas vraiment mon premier choix et j'espérais pouvoir m'établir plus au Sud, mais je n'étais pas seul dans ce cas, les hordes teutonnes et anglo-saxonnes m'ayant précédé: de la villa la plus luxueuse à la masure la plus humble, tout avait été réservé, des années à l'avance. Nous étions en 1999, la pesata règnait encore en maitresse, les prix étaient abordables et le pays suintait la prospérité. Dix ans d'euro plus-tard, la moitié de l'Europe est ruinée à cause de cette cochonnerie de monnaie.

Écrit par : manutara | 22 juin 2010

Ah, bonjour Suzanne.

Écrit par : manutara | 22 juin 2010

Calamars caoutchouteux...oui c'est souvent le cas hélas...!

Bon sinon, Roses c'est joli comme nom de village.

Écrit par : Cigale | 22 juin 2010

En fait, je crois que les espagnols sont un des rares peuples à consommer ces bestioles en quantité aussi importante un peu comme les français et leurs escargots ou leurs grenouilles. Dans le fond ça n'a aucun gout et ça vaut probablement mieux, c'est la préparation qui fait toute le différence.

Écrit par : manutara | 22 juin 2010

Oui, c'est bien vrai, rien ne vaut une bonne queue de cochon !

Écrit par : tinou | 22 juin 2010

Bonjour, je vois que vous êtes passionné par les voyages et par l'écriture, j'anime la Page Facebook de La France du Nord au Sud, une entreprise spécialisée dans les voyages en France.
Si le coeur vous en dit, je vous invite à publier un article ou des photos de voyage en France sur notre page afin de partager votre expérience avec les membres de notre communauté : http://www.facebook.com/lafrancedunordausud
Merci d'avance et bonne continuation.
Candice

Écrit par : Candice | 22 juin 2010

Tinou, je préfère les autres parties du cochon tant qu'à faire!

Écrit par : manutara | 23 juin 2010

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