Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13 octobre 2009

Fenêtre sur cour

 



A la demande expresse de Dorham ( description de la fameuse première fois) et parce que ce texte a déjà trouvé sa place sur mon blog, il y a quelques années, je le publie à nouveau. Bien entendu, il suivait un billet et en précédait un autre, mais je crois qu'il est compréhensible, même sorti du contexte qui était le sien. En le relisant, j'ai été étonné d'avoir pu sombrer dans un tel sentimentalisme, mais enfin, ce qui est fait est fait....



Jacinthe et moi…Notre relation avait pris un tour inattendu au début du mois de juillet, après les examens, passés avec succès. Les tout nouveaux licenciés que nous étions décidèrent de fêter leur réussite en descendant quelques jours sur la Côte, comme on disait à l’époque. A Antibes pour commencer. Sans  rien avoir  réservé, évidemment.

Le voyage ? Un songe d’une journée d’été. Grisés par la vitesse. Ivres de soleil et de vent. Pas désagréable d’avoir vingt ans (je parle pour moi, Jacinthe devait aborder les rivages de la trentaine, bien que ce sujet n'eût jamais été abordé entre nous) durant l’été 1976, l’année de la grande sècheresse ! Pas encore tragique d’être vieux. Je n’ai pas le souvenir que, cet été là, superlativement caniculaire, les vieux tombassent comme des mouches. Pour cette unique raison sans doute. Ils n’étaient pas encore cela : des mouches que l’on chasse d’un mouvement énervé de la main.

Lorsque j’arrêtai la TR3 devant l’Eden Roc, après avoir traversé le splendide parc aux arrangements floraux subtiles, je ne doutais de rien. A l’époque, les hôtels de luxe étaient encore accessibles à une clientèle simplement aisée. Je compris rapidement que le personnage au port altier,  trônant à la réception sanglé dans un complet blanc impeccable, était le directeur en personne… Une chambre ? Sans réservation ? En plein mois de juillet ? Mais vous n’y pensez pas mes enfants !...Bah, si, on y pense très sérieusement !...Voyons, jeune homme, savez-vous où vous êtes ?... Dans un hôtel, il me semble…Le directeur éclata d’un rire fluté…UN HOTEL !!!!! Mon Dieu qu’il est drôle !...J’appris ainsi qu’il existait des hôtels, pardon, des palaces,  où il fallait réserver une dizaine d’années à l’avance. Bon prince, le directeur prit son téléphone et appela divers hôtels de la région. Il raccrocha d’un air désolé… Je suis navré mes enfants, mais tout est plein.  A Nice vous aurez plus de chance. Essayez les petits hôtels du centre ville…Il prononça « petits hôtels » de la manière dégouttée dont il aurait dit fisc ou communiste. Mais il avait raison l’ancien. Vers onze heures du soir, après avoir descendu inexorablement les échelons de la hiérarchie hôtelière niçoise, nous avions fini par atterrir, épuisés,  dans un petit hôtel délabré de la vieille ville. Le réceptionniste, en maillot de corps,  gratta  un long moment sa tête dégarnie après que je lui eusse demandé une chambre double pour la nuit. Apparemment, il ne lui était jamais venu à l’esprit que des êtres humains doués de raison pussent désirer passer toute une nuit dans son établissement…Il s’occupa d’abord de deux autres clients, un jeune à gueule de gouape et un vieux à l’aspect de banquier failli. Puis il revint à nous en maugréant....Ah oui, la chambre double pour la nuit. Toute la nuit, vous êtes sûrs?... Une fois dans l’escalier au tapis usé jusqu’à la trame, nous laissâmes libre court à notre hilarité, tandis que le frôlement de nos sacs contre le mur d’un vert bilieux provoquait la chute de petites écailles de peinture.

Le mobilier de la  chambre, si l’on tenait absolument à appeler chambre ce réduit poussiéreux, consistait en un lit pouvant contenir deux personnes anorexiques et un lavabo où les ablutions furtives d’une clientèle toujours pressée, avaient laissé des traînées rougeâtres. Nous laissâmes tomber nos sacs et restâmes plantés au centre de la pièce, centre qui se confondait plus ou moins avec les côtés et le lit. La narine palpitante et l’oreille aux aguets. Une odeur, comment dire…fossilisée, composite, faite de la superposition de centaines, de milliers d’orgasmes stratifiés. Un silence étrange. Fait de mille bruits étouffés. Voix, gémissements, grincements, écoulements divers. Une touffeur moite. J’essayai d’ouvrir la fenêtre aux carreaux opaques. Coincée ! Je me jetai alors sur le lit où je rebondis dans un grand vacarme de ressorts rouillés. Je gigotai en tous sens en gueulant…Oh, oui prends moi !...Tandis que je faisais l’imbécile, Jaja se déshabillait en prenant grand soin d’éviter tout contact entre le parquet recouvert d’un linoléum gondolé  et ses vêtements qu’elle pliait consciencieusement avant de les ranger dans son sac. Dans un premier temps, je ne perçus rien d’étrange. Il était tard, nous étions fatigués et je ne voyais vraiment rien d’autre à faire que de se coucher et essayer de dormir. Je l’imitai donc en laissant négligemment tomber mon pantalon et ma chemise sur le sol, ne gardant que mon slip. Si nous avions fréquemment partagé la même chambre lors de voyages précédents, avec la bénédiction de David qui ne voyait en moi qu’une espèce d’eunuque inoffensif, le partage du même lit était une nouveauté. Quand Jaja fut en sous- vêtements, une sorte de soutien-gorge brodé et une culotte à volants, je supposai qu'elle allait revêtir un des ces invraisemblables pyjamas multicolores qui lui donnaient des airs d’Arlequin. Mais, non. Elle prit dans son beauty case une brosse et se lissa longuement la chevelure. En me regardant. Une lueur étrange dans les yeux. A la fois moqueuse et lubrique. Pour couronner le tout, je commençais à transpirer. Maudite fenêtre. Ça dégoulinait de partout. Un peu mal à l’aise, je fis…Quoi ? Qu’est-ce que j’ai ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? C’est pas la première fois que tu me vois en slip !...Elle interrompit le va et vient de la brosse, la rangea,  réfléchit un moment…Non, mais c’est la première fois que je vais te voir SANS ton maudit slip !... Ouh la, les choses prenaient vilaine tournure. La chaleur, oui ça devait être la chaleur. D’un bond je me levai et secouai la fenêtre qui finit par s’ouvrir en entraînant avec elle une partie du plafond. Une bouffée d’air brûlant envahit la pièce et avec elle, des remugles marécageux en provenance de la cour intérieure que je devinais jonchée de détritus. Je refermai vivement. Quand je me retournai, Jaja avait abandonné son soutien-gorge. Je me réfugiai sur le lit. Désespéré. Un poil excité, quand même. Quand elle bondit, se juchant sur moi, les fesses sur mon bas ventre, je me couvris la tête avec l'unique coussin. Elle me l’arracha, de haute lutte, s’empara de mes mains et me les colla sur ses seins. De beaux seins. Je dus en convenir. Ne sachant que faire, je les malaxai maladroitement, en faisant, pouêt, pouêt… Non, mais quel mufle ! Je ne te plais pas ? C’est ça, hein ?...Mais si, tu es très belle, mais…Mais quoi ?…Je me redressai pour esquiver une tentative de bisou baveux…Mais, mais, mais, je ne sais pas moi…Elle se serra contre moi. Le frottement de nos deux corps trempés de sueur produisit le son d’un pied écrasant une bouse de vache fraîche au petit matin, dans le bocage normand. Je tentai de trouver dans les tréfonds de mon cerveau, un argument. L’argument qui tue. Tant qu’elle ne retirait pas sa petite culotte, rien n’était perdu ! Mais il y avait urgence. Déjà, ses mains s’égaraient en dessous de la ceinture tandis que sa langue me parcourait le torse. Malgré moi, à ma grande horreur, à mon corps défendant, je commençai à me contorsionner en tous sens. Mon slip, arraché d’une main experte, d’un coup sec, atterrit dans le lavabo où il s’affala, inerte, tel un papillon de nuit agonisant. Désormais entre mon machin et son truc, il n’y avait plus que l’épaisseur d’une petite culotte rose. Ou  rouge. Je ne sais plus. Tandis que Jaja prenait les choses en main, je tentai une ultime manœuvre… Mais voyons, malheureuse! Ton mari ! Ton fils !... Elle s’interrompit un instant pour hurler… Je n’ai plus de mari et mon fils n’a plus de père !... Je me dégageai en me recroquevillant à la tête du lit...Je ferais un mauvais mari et un père exécrable !... Avec une force insoupçonnée, elle me tira par les pieds et me remit en position horizontale…Contente-toi d’être un amant acceptable ! Et maintenant ferme-la ou je te mets ça au fond de la gorge…En se tortillant avec élégance, elle enleva sa petite culotte et me la jeta à la figure. J’étais fichu !

 

 

Commentaires

"Le frottement de nos deux corps trempés de sueur produisit le son d’un pied écrasant une bouse de vache fraîche au petit matin, dans le bocage normand."

Oh, c'est beau... !

(skevouzêtes bête!)

Écrit par : Suzanne | 13 octobre 2009

Excellent ! Même si on reste un peu sur sa faim...

Écrit par : Didier goux | 13 octobre 2009

Dans le bocage normand...ou en Savoie, c'est tout aussi humide! Et le chlouik est le même!

Écrit par : Orage | 13 octobre 2009

Que c'est drôle !!! :-D
Le coussin, les pouêt-pouêt, le bisou baveux...j'adore !

Écrit par : Cigale | 13 octobre 2009

Mais c'est à la limite du viol ! Pauvre Esteban ! Tu aurais quand même pu nous dire si ça en valait la peine... Je suppose que oui, la demoiselle semblait savoir ce qu'elle voulait.

Écrit par : tinou | 13 octobre 2009

Suzanne, oui, sans aucun doute.
Didier, il vaut mieux rester sur sa faim que d'avoir à rendre son quatre heures!
Orage, j'ai trouvé que bocage normand sonnait mieux que Savoie ou Poitou-Charente.
Cigale, ravi de t'avoir fait rire! C'était en effet totalement ridicule!
Tinou, oui, oui, c'était un viol. Traumatisé que j'ai été.

Écrit par : manutara | 13 octobre 2009

Et bien dites-moi, je ne regrette absolument pas de vous avoir convié. Mais non, il n'y a pas de sentimentalisme. C'est au contraire plutôt drôle, plutôt décoincé du slibard ! Sinon, les bruits, c'est vrai, les bruits, il faut en refouler des sentiments pour considérer le sexe comme autre chose que ridicule... ;)

Bon, moi, j'ai savouré ce texte, je vous le dis tout net !

Écrit par : Dorham | 14 octobre 2009

C'est gentil de me le dire...

Écrit par : manutara | 14 octobre 2009

Eh bien, Esteban, tu fais la grève des notes ?

Écrit par : tinou | 27 octobre 2009

Non, Tinou, c'est juste que je suis très occupé en ce moment.

Écrit par : manutara | 28 octobre 2009

Toujours en grève 15 jours plus tard? C'est pas bien!

Écrit par : Orage | 15 novembre 2009

Ah, bonjour Orage, oui, je sais, c'est mal!

Écrit par : manutara | 18 novembre 2009

Les commentaires sont fermés.