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25 septembre 2009

Du vent et des femmes

 

Encore une autre mission. Une autre ile. Juste un peu plus isolée. Un peu plus oubliée. Je ne la connaissais pas celle-là. Et ce vent non plus, qui, tandis qu'il s'engouffre dans le cirque au fond duquel sont disséminées les quelques habitations du village, prend de la puissance avant de rebondir sur une paroi rocheuse infranchissable. Contrarié par cet obstacle, il revient sur le chef-lieu en tourbillons furieux, faisant courber leur tête aux cocotiers et gémir les banians. La dernière fois que j'avais eu à subir un vent pareil, c'était en Terre-de-Feu.

Alors que je remontais l'unique rue du village, passager de l'une des rares voitures venue me chercher à la piste d'atterrissage (on ne parle plus d'aéroport dans ce cas), je vis ces femmes, toutes ces femmes (il n'y a que des femmes à U-H***) débouler vent arrière, la robe «mission » (on était dimanche) coincée dans la rainure des fesses, tentant vainement de freiner leur course folle, tandis qu'elles croisaient celles qui progressaient péniblement vent debout, pas à pas, la tête basse, les vêtements claquant furieusement au vent.

La pension n'était pas véritablement une pension, mais un campement. Pas un campement fait de tentes, mais un amoncellement de baraquements dont les uns étaient en construction et les autres en voie de destruction. Le vent faisait claquer ça et là des tôles invisibles. La voiture s'arrêta devant ce qui me sembla être une maison de passe dans un quartier louche de Panama City. La façade rouge parcourue d'étranges arabesques noires laissait voir au travers de baies vitrées cassées une pièce dévastée dont la moquette d'un vert fluo agonisant s'était recouverte des restes du plafond crevé. Dans un coin, un sommier tordu et, sur l'une des cloisons, une fresque délavée montrant une sainte Vierge échevelée aux yeux exorbités surmontée de ces paroles « Sainte Marie, ayez pitié de nous! ».

Tandis que je quittais la sécurité de l'habitacle de la voiture en tentant vainement de résister aux assauts du vent, ma conductrice m'expliqua, tout en s'agrippant au montant de sa portière...Normalement, c'est ici que logent les gens de passage. Mais là, vraiment, je ne sais plus. Il faudrait voir avec la patronne...

J'espérais juste que ce normalement jouerait en ma faveur et que, même en un lieu où la norme avait sérieusement pu être altérée, on serait obligé de constater que vouloir faire dormir quelqu'un dans pareil endroit, revêtirait, toutes choses égales par ailleurs, un caractère totalement anormal. D'ailleurs je me demandais bien qui avait jamais pu trouver un repos, même provisoire, sous le regard courroucé de cette vierge dans cette atmosphère de lupanar ultramarin.

Il me faut aussi préciser que je ne fus pas le seul passager à débarquer du minuscule avion dont le pilote, peu désireux sans doute de s'attarder en pareil endroit, laissa tourner les moteurs pendant les deux ou trois minutes que durèrent l'escale.

L'autre passager était un européen d'une cinquantaine d'années que je ne connus jamais autrement que sous l'appellation de démarcheur, terme qui fut utilisé dès son arrivée par la conductrice du taxi...C'est toi le démarcheur?...et que je continuerai donc à utiliser pour la suite de ce récit. Sur le moment je fus content de sa compagnie. En monopolisant la conversation, il me dispensa d'avoir à répondre aux questions d'usage de la conductrice, non que j'éprouve une quelconque aversion pour les femmes au volant, mais quand j'arrive dans un endroit inconnu j'aime bien le faire en silence.

Tandis que j'admirais le paysage, je ne prêtais qu'une oreille distraite à ses propos. Il était là pour vendre des produits, une incroyable variété de produits, aux petits commerçants ainsi qu'à quelques particuliers. Il n'était pas à la retraite, c'était déjà ça. Je crus comprendre qu'il irait loger chez une connaissance. Donc tout était pour le mieux.

Ce fut donc avec un certain étonnement que je vis le démarcheur s'extirper péniblement de la voiture (il était très rond) et nous emboiter le pas à la recherche de la Patronne. Sans doute une cliente, pensai-je, chassant au loin la déplaisante idée que la patronne pouvait être justement cette vieille connaissance chez qui il allait passer la nuit. Évidemment, le démarcheur logeait où il voulait, mais ailleurs, de préférence. Avec celui de ses produits, j'avais déjà eu un bref aperçu du catalogue de sa conversation durant le trajet nous menant de la piste au village et cela me suffisait amplement. Le dimanche était encore long et je ne voulais absolument pas connaître le nombre de soutien-gorges qu'il avait vendus aux élégantes des iles Gambier, ni savoir ce qu'il ferait si lui, le démarcheur à qui on ne la faisait pas, présidait aux destinées du pays. Avec ses cheveux coupés en brosse, sa couperose, son ventre proéminent, sa (fausse, j'ai l'oeil) Rollex, son verbe haut, ses jugements sans appel, il était tellement le stéréotype du « beauf » qu'il en devenait attendrissant. Pendant un lapse de temps n'excédant pas la demi-heure, toutefois. Il ne faut pas abuser des bonnes choses. Or cette demi-heure venait d'arriver à son terme.

Commentaires

Eh, chef : c'est pénible, ce compteur de visites qui bouffe du texte !

Écrit par : Didier Goux | 25 septembre 2009

Ah bon, il mange du texte chez vous? C'est étrange, chez moi il est bien tranquille dans son coin. Bon, je vais le virer. Enfin, je vais essayer, vu que je ne me souviens plus du code d'accès.

Écrit par : manutara | 26 septembre 2009

Voilà, c'est fait. Merci pour l'information!

Écrit par : manutara | 26 septembre 2009

Ben alors ?? Comment vais-je faire coucou au petit point vert qui clignote dans le Pacifique moi maintenant ?? :-D (m'en fout, j'irai chez Tinou)

Écrit par : Cigale | 26 septembre 2009

Ah oui, mais non! Il faudrait savoir! C'est le texte qui importe. LE TEXTE!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : manutara | 26 septembre 2009

Ben oui, c'est l'évidence !

Mais enfin, je ne voudrais pas être à l'origine d'une blogowar non plus...

Écrit par : Didier Goux | 26 septembre 2009

Un compteur ? quel compteur ? La suite, vite !

Écrit par : Marcel Meyer | 26 septembre 2009

De toutes façons, ce compteur donnait un mauvais genre à mon blog. De l'austérité, toujours plus d'austérité, c'est l'unique voie pour la rédemption. Dong!

Écrit par : manutara | 26 septembre 2009

Du calme Joe et inutile de crier je ne suis pas sourde !!
http://kamizole.blog.lemonde.fr/files/2007/12/joe-dalton.1196865344.jpg

Mauvais genre le compteur... ? Peut-être pas jusque là, mais surprenant, ne cadrant pas avec le personnage, ça oui, certainement !

Écrit par : Cigale | 26 septembre 2009

Oui, voilà!

Écrit par : manutara | 27 septembre 2009

Bon alors, je pars une semaine et quand je reviens je m'aperçois qu'il n'y a plus le petit point qui clignote et qui permettait de savoir si tu étais de retour ... Tu es très influençable, c'est regrettable.

Écrit par : tinou | 29 septembre 2009

Bonjour, Tinou! En fait, il y avait un problème technique avec la mappe-monde. Apparemment, elle s'était mise à déborder sur le texte, sans que je trouve le moyen de résoudre le problème, mes connaissances en langage html étant des plus limitées! Donc j'ai préféré la supprimer.

Écrit par : manutara | 30 septembre 2009

Je préfère cette explication ! Je croyais que tu étais soudainement devenu un homme sous influence...

Écrit par : tinou | 30 septembre 2009

Le Beauf ... Parfait donc ;) C'est vrai que depuis ton lointain exil, tu as l'œil. Et nous alors, les pauvres métropolitains, cernés par la beaufitude ?

Écrit par : romuald | 03 octobre 2009

Dites-donc, avec votre avion au marquise, vous seriez pas la réincarnation du grrrand jacques, vous ?

Écrit par : balmeyer | 03 octobre 2009

Bonjour Romuald (je dis toujours bonjour aux nouveaux venus, je suis d'une politesse exquise). Les iles constituent un microcosme où les travers de chacun s'exposent avec l'impudeur d'une stripteaseuse exerçant ses talents dans un bouge colombien.
Sur le continent surpeuplé, ils se fondent dans la masse (sprouitch*).
Balmeyer, pas même la réincarnation d'un de ses ongles! Je suis contraint de prendre la ligne régulière, moi. Enfin, régulière, c'est une manière de parler. Quand les moteurs de l'avion fonctionnent et que le pilote sort de l'une de ses longues périodes de dépression, les deux évènements ne se produisant pas toujours de manière concordante.

*Bruit écoeurant du travers se fondant dans la masse.

Écrit par : manutara | 03 octobre 2009

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