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30 juillet 2009

Une épouse énergique

...Non, il habite avec ma fille, dans la grande maison, un peu plus bas...Il y avait dans ce « grande », comme un zeste d'amertume...Que voulez-vous, quand on est vieille et qu'on a cessé de servir, on vous relègue dans une cabane...D'un geste désabusé de la main, elle me désigna le bungalow dont toutes les persiennes étaient hermétiquement closes. Il me parut très confortable ce bungalow. Élégant presque. On aurait dit la maison en pain d'épice de la sorcière du « Hansel und Gretel » de mon enfance. Après tout, avoir la belle-mère dans son jardin d'Eden, n'était-ce pas déjà une manière ici bas de se préparer à quelque infernal séjour dans l'au delà?

Tout en cheminant entre deux haies d'hibiscus et de bougainvilliers vers la « grande maison », je ne pus m'empêcher d'éprouver une légère déception à l'idée que la vieille sorcière ne fût que la « suegrita » et non l'épouse. Je n'ai rien contre une certaine perfection dans l'ignominie.

L'habitation principale était idéalement située sur un promontoire surplombant la baie et le Pacifique. Loin d'être imposante ou même tout simplement agréable à regarder, elle dégageait toutefois une impression de sérénité. Une sorte de repos du guerrier pour qui n'a jamais été à la guerre. Je frappai à la porte. Ce fut madame qui m'ouvrit. M'attendant au pire, je fus agréablement surpris. Cunégonde (ce n'est bien évidemment pas son nom, personne ne s'appelle comme ça), la quarantaine vigoureuse, était ce qu'il convient d'appeler une femme sportive. De petite taille, dotée d'un corps d'athlète, elle cachait sa féminité dans une abondante chevelure de walkyrie ainsi que dans une insatiable propension au verbe (non dénué d'intelligence et d'intérêt, je dois bien le reconnaître). Pour me saluer, elle m'embrassa énergiquement, ce qui consista à lancer avec force sont visage anguleux contre le mien, tandis que je manquai périr étouffé par sa crinière aussi robuste que celle d'un dragon de la garde républicaine.

Puis s'écartant de moi, elle me contempla, s'efforçant de réprimer une moue moqueuse....Pas un mot de plus. Je vois que tu as fait connaissance avec mes chéris...Les chéris?...ânonnai-je, me frottant la joue au point d'impact tout en me demandant si je n'allais pas avoir un œil au beurre noir ...Oui, mes chevaux. Je les ai recueillis alors qu'ils étaient tout petits et les ai élevés un peu comme s'ils avaient été des chiots...Je gardai pour moi la réflexion qu'il serait temps de révéler à ces redoutables bestioles d'un quart de tonne qu'elles n'étaient pas, n'avaient jamais été, des chiots. Pour enfoncer le clou, elle précisa...D'ailleurs, on en les monte jamais...Je voulais bien le croire, c'était plutôt l'inverse du reste. Mais je me contentai de hocher la tête en signe d'approbation, lâchant, un...évidemment...laconique. Puis baissant la voix, qu'elle avait tonitruante, elle me dit...Il ne faudra pas en parler à mon Astrubal. Déjà qu'il me gronde parce que mes chéris coutent trop cher à nourrir; Tu n'auras qu'à dire que tu as glissé...Ah, parce qu'en plus elles coutaient du pognon ces carnes! Bien entendu aucun son, ne franchit mes lèvres. Je fis juste remarquer que m'étant fait pulvériser les machins par leur clôture électrique avant de me faire piétiner et trainer sur une centaine de mètres par la horde sauvage, mon habillement et ma physionomie avaient subi quelques modifications qu'il serait difficile de faire passer pour une simple...glissade. Elle réfléchit un instant avant de me lancer...Oh, la clôture, tu sais, ce n'est pas grave. C'est du vingt mille volts mais sous très faible ampérage...Je répétai...faible ampérage...Mais déjà elle continuait, tout en me faisant passer dans le salon, une pièce sombre remplie de meubles en teck et en acajou sur laquelle veillait un tiki haut de deux mètres au sexe turgescent...Pour les vêtements, je te prêterai ceux d'Astrubal. Une bonne douche là-dessus et il n'y paraîtra plus...Une voix chevrotante se fit entendre quelque part dans la maison...A qui parles-tu, Cunégonde?...A ton copain Esteban. Il vient d'arriver...hurla-t-elle tout en me précisant, à voix basse cette fois....Astrubal n'a pas la forme en ce moment...

C'était vrai qu'Astrubal n'avait pas l'air bien. Pas bien du tout.

 

20:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)