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02 mai 2009

Où l'on se prend une veste

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Je m'aperçois que je n'ai pas parlé de ma tenue pour ce premier dîner sur le « Terra Australis ». L'après-midi précédant cette première nuit, pour nous faire patienter, tandis que sur le navire s'activait à faire disparaître les traces laissées par la précédente fournée de passagers une armée de « camareras », a las tres de la tarde, donc, (expression ne faisant nullement allusion à trois amazones post-méridiennes mais bel et bien aux très françaises quinze heures) on nous entassa dans deux bus ayant pour destination la zone franche de Punta Arenas, tant est grande la frénésie d'achat éprouvée par l'humain dès qu'il pose le pied en terre étrangère. Inutile de dire que je ne partage en rien cette frénésie, mais comme, apparemment, on ne me laissait guère le choix, je suivis le mouvement, d'autant plus volontiers que, pour une fois, il me fallait faire un achat. Cette zone franche offrait certainement des opportunités pour autant qu'on achetât les produits à la tonne ou en « kilo-exemplaires ». Pour les achats à l'unité, il y avait le classique amoncellement de boutiques qu'on peut s'attendre à trouver dans n'importe quel centre commercial. J'avais eu l'occasion de parcourir le règlement intérieur du « Terra Australis », notamment, la rubrique « tenue vestimentaire ». Si le libre arbitre était de rigueur durant la journée, pour le soir, il était fortement recommandé de se vêtir « con traje y corbata » (costume-cravate), deux éléments qui me faisaient cruellement défaut, encore que dans mon cas la cruauté résidait dans la nécessité de porter cette tenue, non d'en être dépourvu. Mes origines germaniques et mon passé de petit séminariste me prédisposant à la discipline, je décidai donc d'entrer dans la première boutique dont la vitrine offrait à la convoitise du chaland l'inévitable costume. Je déteste acheter des vêtements, aussi le fais-je le plus rapidement possible, raflant dans les étalages chemises et pantalons, toujours les mêmes, et passant à la caisse dans un lapse de temps n'excédant pas la minute. Pour les costumes, je ne savais pas. Je n'en avais encore jamais achetés. Ce qui me frappa en entrant dans le magasin fut l'étrange uniformité des costumes, tous bleu marine pour la veste, gris souris pour le pantalon, ne se distinguant les uns des autres que par leur taille, allant du nouveau-né à l'adulte.Comme j'avais noté le goût des chiliens pour les costumes, cela ne m'étonna pas outre mesure. De toutes les manières, j'avais dépensé toute ma dynamique acheteuse en entrant dans ce magasin, il ne m'en restait plus assez pour aller voir ailleurs. C'est là que j'achèterais mon vêtement. Je portai donc mon attention sur les grandes tailles ou celles qui me semblèrent telles, sélectionnai une veste et un pantalon, hop, et m'apprêtai à passer à la caisse quand je fus intercepté par un vendeur....Puis-je vous aider, caballero?.....Non, merci, j'ai fait mon choix, je veux juste payer....Mais le vendeur ne lâcha pas le morceau aussi facilement...Puis-je vous demander la taille de votre fils, caballero?...Quand je suis dans un magasin, j'angoisse, j'ai toujours l'impression que tout ce bazar va me tomber dessus et m'étouffer. Et quand j'angoisse je deviens stupide. Sans trop chercher à comprendre, je saisis la perche qui m'était tendue, me sentant moins mal à l'aise dans la peau d'un père achetant un vêtement pour son fils, que dans celle d'un quadragénaire faisant maladroitement l'acquisition du premier costume de son existence. Je répondis donc ....L a même taille que moi (je mesure 1,80m ce qui au Chili est grand), c'est mon sosie en fait....Ce qu'entendant, le vendeur poussa un gémissement en se couvrant le visage.....Oooooooh, senor, mais le modèle que vous avez choisi n'irait pas à un garçon de douze ans. Attendez, j'ai ce qu'il vous faut...Je ne m'étonnai donc plus du quiproquo. Ceci dit, j'aurais pu agir pour le compte d'un neveu ou du fils d'un ami m'ayant expressément supplié de lui ramener un costume du Chili. Mais j'avais hâte d'en finir avec cette histoire de torchons, aussi n'entrai-je pas dans une stérile polémique généalogique. Le vendeur me présenta une veste et un pantalon qui, à première vue, me parurent démesurés, mais comme je commençais à avoir des fourmillements au bout des oreilles, je dis...Ah, parfait! Je prends...Mais l'autre....Non, non,senor. Si vous avez la même taille que votre fils, il faut l'essayer, avec ces choses là on ne sait jamais, ça va et puis ça ne va plus, il faut revenir au magasin, ça fait des histoires....Souhaitant mettre un terme à cet épisode ridicule, je me dépouillai de mon anorak et de quatre ou cinq pulls, utilisant le vendeur comme porte-manteau, et enfilai la maudite veste qui m'allait, me sembla-t-il, parfaitement si ce n'est que j'avais l'impression de me mouvoir dans en étau tandis que les manches laissaient mes poignets à découvert....Vous voyez, c'est parfait...Mais non, senor, c'est bien trop petit, regardez les manches! Et c'est ma plus grande taille!...Parfait, vous dis-je. Je gonfle toujours un peu après les repas, mais je ne vais pas tarder à dégonfler....Le vendeur me jeta un regard alarmé, comme s'il craignait de me voir me dégonfler brusquement et être propulsé au travers de son magasin en une course folle, un peu à la manière d'un ballon dont on aurait brusquement lâché l'air....Essayez au moins le pantalon, senor...Comme le pauvre garçon semblait désespéré, j'obtempérai...En revenant de la cabine d'essayage, le souffle coupé, les chevilles à l'air, je parvins à articuler, d'une voix rauque...Tout à fait remarquable, je me demande même si je ne vais pas le garder pour moi ce pantalon, tellement je me sens à l'aise....Introduisant sans préambule sa main entre ma chemise et le pantalon, le vendeur se mit à me secouer....Vous voyez bien que c'est trop étroit! Votre fils va vous maudire!....Commençait à m'énerver avec mon fils, celui-là...Écoutez, mon fils mettra ce que je lui dirai de mettre. D'ailleurs il est plus petit que moi. Minuscule, même. Plus maigre aussi. Limite squelettique. Ça vous va? Je peux payer maintenant?....Ah, mais dans ce cas, le costume va être trop grand et.....PUIS-JE PAYER?....

 

19:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

Commentaires

Je suis morte de rire ! Mais quelle idée saugrenue d'acheter un truc dans lequel tu peux à peine respirer et bouger !!! J'imagine la scène et franchement je suis pliée en deux.... Il y avait longtemps que je n'avais pas ri comme ça ! Et le coup du fils squelettique c'est vraiment la touche finale imparable !
J'imagine le soir sur le bateau !!!....

Écrit par : tinou | 02 mai 2009

C'est que je déteste tellement faire des courses que, dans un magasin, je perds complètement la tête et achète n'importe quelle chose ressemblant de près ou de loin à ce que j'étais venu chercher. Les trois quart des vêtements que je possède sont plus ou moins inutilisables.

Écrit par : manutara | 03 mai 2009

La plupart des hommes détestent faire les magasins, mais à ce point ça devient grave quand même ! Tu t'es bien rendu compte que tu ne pourrais jamais mettre ce costume enfin ? Alors pourquoi l'acheter ?
Remarque, je ne me moque pas de toi, quand j'étais jeune il m'est arrivé à plusieurs reprises d'acheter des chaussures en sachant pertinemment que je ne pourrais pas les porter car ce n'était pas ma pointure. Seulement voilà, je voulais CE modèle et pas un autre ! J'espérais toujours que mes pieds allaient supporter d'être un peu à l'étroit, tu parles d'une blague !

Écrit par : tinou | 03 mai 2009

Bien sûr, ce brave vendeur n'a pas été dupe une seule seconde !

Mais dis-moi petit Esteban, il faudrait apprendre à dire non de temps en temps hein (calmement et sereinement) ... ;-))

Écrit par : Cigale | 03 mai 2009

Mais si Tinou, je l'ai porté CE costume, c'est bien ça le pire!
Je sais Cigale, mais là je crois que c'est un peu tard pour changer, c'est pour cela que je limite le plus possible mes contacts avec mes contemporains et que de mon côté je ne demande jamais rien à personne, car s'il y a un truc que je déteste c'est qu'on me dise non.
En plus je suis rancunier. Tiens une petite anecdote. Il y a deux commerçants chinois sur notre île. A l'époque où j'avais mon thonier, j'achetais et entreposais mon carburant chez l'un d'entre eux, appelons le monsieur Ying. Je faisais toutes mes courses chez lui et lui laissait chaque mois une assez joli somme, disons l'équivalent de 10.000 euros (pas que pour ma nourriture, hein, mais celle de mon équipage aussi et le matériel pour le thonier surtout). Un jour, devant aller chercher en urgence un blessé sur une autre ile dans le cadre d'une EVASAN (évacuation sanitaire, l'hôpital se trouve chez nous) avec une équipe médicale, je lui téléphonai pour qu'il me livre au quai deux barils de gas oil, nous n'avions pas de station service à l'époque. Je te rappelle que ce carburant je l'avais acheté déjà, chez lui en plus. Il ne faisait que l'entreposer. Il se trouvait que ce jour était un dimanche, les gens étant d'un incroyable manque de savoir vivre quand ils choisissent de se casser la figure d'une falaise. Or, monsieur Ying m'opposa une catégorique fin de non recevoir. Monsieur jouait aux boules! J'insistai. Il s'entêta. Je raccrochai et ce fut finalement la gendarmerie qui m'avança le carburant. Cela se passait il y maintenant une vingtaine d'années. Depuis ce jour, je n'ai plus jamais mis les pieds dans le magasin de monsieur Ying et ne lui ai plus jamais adressé la parole. Inutile de dire que monsieur Yang, l'autre commerçant du village, s'est bien gardé de jamais me dire non.

Écrit par : manutara | 03 mai 2009

Ça joue au boules un chinois ??
Eh bien moi je dis que M. Ying n'a eu que le minimum de ce qu'il méritait, car il aurait pu être poursuivi en plus pour "non assistance en personne en danger" ou " séquestration de matériel en situation délicate". Je dois être rancunière finalement, car j'aurais fait comme toi !

Écrit par : Cigale | 03 mai 2009

Tout le monde joue aux boules ici, sauf moi, évidemment. Si demain les français devaient quitter la Polynésie (ça finira par arriver, on s'est toujours fait virer de partout, mais après-demain), l'apport d'un siècle et des poussières de présence française se résumerait à deux choses: la baguette de pain et le jeu de boules. La langue française serait oubliée en moins d'une génération et quant à la démocratie, elle ne durerait que le temps pour le nouveau président de se faire élire et de se décréter président à vie.

Écrit par : manutara | 04 mai 2009

à manutara : pourquoi ce "tout le monde joue aux boules sauf moi, évidemment " ? Qu'as-tu donc contre ce jeu, ou ces joueurs ? Trop franchouillards à ton goût ?... Remarque, je dis ça, mais c'est un jeu que je n'ai jamais pu supporter. Tout comme le bowling...

Écrit par : tinou | 04 mai 2009

J'abomine absolument ce jeu: les joueurs sont tous gras pour ne pas dire énormes, ce qui en dit long sur les qualités sportives de cette activité et en fin de journée, quand ils sont complètement bourrés, ça devient carrément dangereux: je me suis une fois pris une boule sur le capot de la voiture en passant à côté de joueurs et le pire c'est qu'ils n'avaient même pas fait exprès.

Écrit par : manutara | 04 mai 2009

Dans le même genre, ce week-end : petite rando sympa dans le Luberon. Nous garons la voiture sur la place en terre battue du village (qui sert de parking ET de terrain de boules). A l'heure de notre arrivée, il n'y avait que des voitures à l'ombre des platanes.
Au moment de reprendre la voiture, le terrain rempli de boulistes (au secours !).

En faisant sa marche arrière, la voiture manque frôler une boule. Sacrilège ! Immédiatement, une clameur monte du public : " attention la boule !!"
J'ai cru un instant qu'on allait se faire lapider à coups de boules de pétanque !

Heureusement, un vieux est venu vers la voiture en disant " non, non, vous pouvez y aller !" tout en ramassant la boule incriminée et en marquant le sol avec l'index, histoire de bien replacer la boule au bon endroit par la suite.

Tous les yeux ont suivi la manœuvre de la voiture d'un œil hostile. :-))

Comme c'est le sport national du Midi après le foot (encore plus horreur !!) on ne peut rien dire.

Écrit par : Cigale | 05 mai 2009

C'est vrai ça, les boulistes colonisent tous les endroits plats!

Écrit par : manutara | 05 mai 2009

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