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18 mars 2009

La feria del libro

 

 

Le dernier jour à Santiago, j'abandonnai ma chambre à midi, comme me le demandait le règlement intérieur du Hyatt. Mon avion pour La Serena ne décollant qu'à quatre heures de l'après-midi, je proposai à Adolfo de musarder un peu en ville, puis de déjeuner tranquillement avant de gagner l'aéroport. Une idée me trottait par la tête depuis un certain temps. Confronté à la pratique quotidienne du castillan fortement « chilenisé » de mon chauffeur, tout en y perdant un peu mon latin, je voulais aller dans une librairie afin d'y trouver un manuel traitant des « chilenismos » pour ne plus risquer d' « alquilar une coche » mais bien d' « arendar un auto » (oun aouto, louer une voiture), ou ne plus « buscar un piso », mais bel et bien « tratar de encontrar un departamento » (chercher un appartement) tandis que je ne chercherais plus le « piso bajo » mais la « planta baja » (rez-de-chaussée) tout en évitant de fixer son entrejambe quand un chilien me dirait qu'il avait des problèmes avec sa « polola » (petite amie). Adolfo, auquel je venais de verser ses émoluments, tout en le gratifiant d'un bonus généreux, me répondit...Todo lo que quiera, Don Esteban.... (tout ce que vous voudrez). Je trouverais sûrement mon bonheur à la «  Feria del Libro », la plus grande librairie de Santiago donc, par voie de concéquence, de tout le continent sud- américain. Une foire aux livres? Ah oui, ça me paraissait tout à fait bien. La « Feria del libro » de Santiago, un magasin de taille moyenne situé au bas d'une tour, se composait d'un rez-de-chaussée dédié aux livres et d'un premièr étage consacré aux fournitures de bureau.Vide de tout client, elle offrait moins de titres que la librairie d'une ville française de dix-mille habitants, et encore, une grande partie de ces derniers était consacrée aux différents corps d'armée, à l'agronomie, aux mémoires de Pinochet, à l'oenologie, à l'économie, au droit, aux mémoires de Pinochet, à la pisciculture, à la pêche aux mariscos, à l'élevage du mouton, aux mémoires de Pinochet, sans oublier toute une étagère où s'étalait en différentes éditions, de la plus luxueuse à la plus accessible, « mi lucha » de Adolfo Hitler faisant face à un Carlos Marx furibond dans son « El capital » plus rouge que rouge. Évidemment, pas un seul livre écrit par un auteur français, pas même l'inévitable « Senora Bovary » de Gustavio Flaubert ou l'indispensable « los Miserables » de Victorio Hugo, pas même « el Rojo y el Negro » de Stendhal. Ca fiche un coup quand même! C'est à peine si les grands noms de la littérature sud-américaine étaient présents. Quelques ouvrages de Marquez, Borges, Vargas Llosa, Carlos Fuentes, Asturias, Sepulveda, Soriano, Donoso et Coloane. Je les achetai tous. Passionné de littérature sud-américaine, je les avais déjà lus en français, mais voulais les relire en castillan. J'en profitai pour acheter l'autobiographie de Neruda « Confieso que he vivido », désireux de mieux faire connaissance avec ce grand poète dont je n'avais pas visité la maison. J'y ajoutai quelques guides fort bien faits ainsi qu'un livre très bien documenté sur la faune chilienne. Je réussis même à trouver ce que je cherchais sous le titre de « Como sobrevivir en Chile » (comment survivre au Chili). Au bout du troisième livre choisi, le vendeur qui me suivait dans tous mes déplacements, non par crainte de me voir empocher un traité sur le fumage du saumon, mais afin de me débarrasser de ma charge livresque, ce vendeur, donc, fut rejoint par un autre, puis un autre encore et finalement, ce fut suivi par une file d'une dizaine de vendeurs hilares, chacun portant deux ou trois livres, que je me présentai à la caisse. A cette occasion, le patron sortit de son bureau, une espèce de placard situé en altitude, pour me féliciter et m'offrir un livre de mon choix. Je choisis un superbe et pesant dictionnaire « espanol-frances », la preuve que des gens devaient essayer d'apprendre le français dans ce pays, ouvrage que je consulte encore quotidiennement. Quand je quittai le magasin, lesté de deux grands cabas remplis de livres, les employés me firent une haie d'honneur et, je n'en suis pas encore revenu, m'applaudirent. En me laissant à la porte, le patron, les yeux rougis par une émotion que je supposai sincère, garda longtemps ma main dans la sienne tout en me disant...Vous savez, monsieur, les gens lisent très peu dans ce pays...

 

23:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Eh bien au moins, tu auras contribué à redorer le blason des français aux yeux des chiliens...

Écrit par : Cigale | 19 mars 2009

Même pas, on ne m'a pas demandé ma nationalité!

Écrit par : manutara | 19 mars 2009

Amusante et surprenante cette attitude des employés de la librairie. Oui, tu aurais dû leur préciser ta nationalité. C'est ainsi que se crée une réputation. Ainsi grâce à toi, tout le Chili aurait pu dire les Français sont de grands lecteurs !

Écrit par : tinou | 19 mars 2009

Oh mais dans mon coin perdu du Sud je me fis une sacrée réputation, d'ailleurs j'étais connu sous le nom d'el Frances...

Écrit par : manutara | 20 mars 2009

Mais tu es très connu aussi en Touraine ! Figure-toi qu'hier on m'a beaucoup parlé de toi. Ça n'est pas une blague, j'ai rencontré plusieurs amis qui suivent mon blog assez régulièrement et qui m'ont demandé quand nous reprendrions nos dialogues " déjantés"... Ça plait beaucoup apparemment. Je te signale que nous avons en cours deux histoires inachevées !
Bref, tu intrigues beaucoup. Et moi d'en rajouter : " C'est un grand voyageur, célibataire, qui vit aux Marquises". La tête des copines !! (hihi, c'est marrant)...
J'ai précisé que tu tenais un blog où tu racontais tes aventures et que pour y accéder, il suffisait de cliquer sur le lien dans mes favoris. Mais je ne te garantis pas pour autant une audience accrue.

Écrit par : tinou | 20 mars 2009

Je suis sensible au fait que tu essaies de shangaier de nouvelles lectrices pour les faire monter à bord de mon blog. Mais à la première escale elles risquent de déserter!
Quant aux histoires inachevées, ce sont les seules qui méritent d'être contées.

Écrit par : manutara | 20 mars 2009

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