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09 mars 2009

Le Hyatt

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L'hôtel Hyatt de Santiago, c'était quelque chose de spécial.Visible de loin, cette tour de verre entourée d'un jardin tropical luxuriant symbolisait, plus que d'autres institutions, la réussite économique du Chili. S'y pressaient en rangs serrés et en costumes trois pièces les businessmen et les hommes politiques de tout le continent américain. Alors que nous nous en approchions, j'avisai un déploiement important de carabineros (gendarmes), impressionnants avec leurs casquettes de la Wehrmacht version seconde guerre mondiale, la visière cachant la moitié du visage. A l'entrée de la voie d'accès menant à l'hôtel, nous dûmes nous arrêter pour laisser passer un convois de voitures blindées noires dans un vacarme de sirènes hurlantes, toutes surmontées de la bandera argentine. On se serait cru dans Tintin et les Picaros....Le président argentin....m'informa Alfonso...Il est en visite privée...ajouta-t-il avec ironie. J'essayai de deviner, derrière les vitres teintées, la silhouette de Carlos Menem perdu dans ses favoris, tandis que les bolides passaient devant nous en faisant rugir leurs V8. Bien entendu, je ne vis rien. Le taxi eut à peine le temps de s'immobiliser devant le péron de l'hôtel, qu'une escouade de jeunes gens en uniformes charamarrés se précipitaient à ma rencontre, l'un pour m'ouvrir la portière du taxi, un autre pour prendre mes bagages dans le coffre, un troisième pour m'indiquer le chemin à suivre, un quatrième pour me tenir la porte d'entrée ouverte, un cinquième pour prendre ma réservation, mon passeport et ma carte de crédit, un sixième pour me conduire au bar situé dans une espèce de cuvette ou dépression, je ne sais quel terme convient le mieux, au milieu du hall d'entrée et enfin, un septième pour m'offrir une boisson rafraîchissante, m'invitant à patienter agréablement, a disfrutar comme on dit au Chili où les caballeros disfrutent beaucoup, tandis qu'on s'activait derrière les comptoirs de la réception pour enregistrer les nouveaux clients le plus rapidement possible, sans qu'ils eussent à faire le pied de grue. Car les taxis succédaient aux taxis, les limousines aux limousines, déversant en flots continus de nouveaux caballeros, tandis que les anciens s'engouffraient dans les taxis et limousines qui à peine vidés se remplissaient à nouveau, tout cela au milieu d'une noria de chariots dorés chargés de bagages aux formes les plus étranges. Les hommes en noir semblaient former le gros de la clientèle, peu ou pas de femmes, toutefois quelques touristes des deux sexes, reconnaissables à leur tenue grotesque (shorts, débardeurs, casquettes) et à leur air ahuri, apportaient une touche de couleur au tableau et me sauvaient du ridicule d'être le seul à ne pas avoir revêtu l'habit noir de caballero.

En attendant la clé de ma chambre, je m'immergeai dans la contemplation de mon environnement immédiat, au fond de la cuvette. Mon attention fut attirée par un pianiste et son instrument, relègués dans un coin du bar. Il m'avait bien semblé percevoir en entrant dans le hall une petite musique guillerette, sautillante même, mais je pensai qu'elle était diffusée par des hauts-parleurs et n'y prêtai donc pas grande attention. A présent, je voyais le responsable de ce fond sonore s'échiner sur son clavier, le corps secoué de spasmes, vibrant au rythme d'une valse ou d'une polka, enfin quelque chose de suffisamment insignifiant pour se diluer parfaitement dans le bourdonnement des conversations et le tintinnabulement des verres, mais d'assez enlevé pour ne pas risquer de voir les consommateurs sombrer dans la morosité et la dépression. Tandis que je sirotai mon jugo de je ne sais quoi, un concierge déposa devant moi une élégante pochette en carton frappée aux armes de l'hôtel, dans laquellle se trouvaient mon passeport, ma carte de crédit, la clé magnétique et un plan des lieux. Je fis mine de vouloir me lever, mais, avisant mon verre à moité plein, l'employé posa une main légère sur mon épaule, me forçant à me rasseoir...Prenez votre temps, caballero! Quand vous serez prêt, el mozo vous conduira à votre chambre...J'étais complètement abruti par le voyage et le décallage horaire, aussi décidai-je de disfrutar encore un peu de ce premier contact avec la terre chilienne et même si j'étais bien conscient que le Hyatt n'était sûrement pas le meilleur endroit pour appréhender ce pays, il n'en demeurait pas moins que tout cela me semblait terriblement éxotique. J'aurais bien encore passé quelques heures à contempler le ballet des hommes en noir du fond de ma cuvette, mais je finis par m'en extraire, essayant de localiser mes bagages et el mozo dans la foule en perpétuel mouvement. A peine eus-je franchi les trois marches qui me remirent à niveau avec le hall, que j'entendis derrière moi...Permisso, caballero....C'était le mozo. Les chiliens ne sont pas grands, mais celui-là était particulièrement petit. Mon sac de voyage passé en bandoulière ainsi que ma mallette de cuir noire qui me suit depuis trente ans dans tous mes déplacements me parurent brusquement démesurés entre les mains de ce groom qui devait avoir dix-huit ou dix-neuf ans si je me fiais à sa voix mais en paraissait dix par la taille. J'ignore comment il avait fait pour me repérer dans la cohue, mais en tout cas le système était efficace. Il m'invita donc à le suivre. Tandis que nous nous élevions dans l'ascenseur extérieur en contemplant les lumières de la ville, c'est le grand avantage de ce type d'ascenseur que d'éviter à ses occupants d'avoir à contempler leurs pieds, le mozo me demanda d'où je venais. Quand je répondis de Polynésie, il eut une moue blâsée. Lui aussi voyagerait un jour et verrait le monde entier...Todito el mundo.... précisa-t-il . En me faisant découvrir la chambre, une jolie chambre avec vue sur les Andes, il sembla s'émerveiller de chacune des commodités qu'elle recelait....Et là, hop, c'est la lumière règlable en intensité, là, la télé avec au moins cent chaînes, ici le lit king size avec plein de coussins, vous allez bien dormir, et vous avez vu, caballero, trois téléphones, il y en a même un dans les toilettes, comme ça si on vous appelle quand vous, enfin vous me comprenez, muy comodo, jéjéjé...Quand j'eus enfin réussi à me défaire du mozo miniature lesté d'un pourboire qui me valut un Dieu vous bénisse retentissant, je me fis couler un bain brûlant dans lequel je me réveillai vers minuit, aussi ridé qu'une vieille pomme. Tenaillé par une faim terrible, je m'habillai et descendis dans le hall, où règnait, si la chose est possible, une activité encore plus frénétique qu'en début de soirée. Le cuvette-bar était entièrement remplie et le pianiste, toujours le même, avait basculé dans un jazz sirupeux tout en jetant de temps en temps un regard désespéré vers une grande horloge murale. J'allai trainer du côté des restaurants, mais outre le fait qu'ils me semblaient terriblement fréquentés, la tenue des consommateurs, elle aussi, me parut terriblement élégante. Mon comportement dut attirer l'attention d'un membre du service d'ordre de l'hôtel, un costume noir à oreillette, il y en avait dans tous les coins à tous les étages, forcément, avec des individus du calibre de Carlos Menem hantant les couloirs, il valait mieux assurer la sécurité de la clientèle. Il vint très poliment me demander si je cherchais quelqu'un ou quelque chose. Juste à dîner lui répondis-je, dans un endroit un peu moins ou un peu plus, comment dire.... Il me fit un sourire entendu, jetant sur mon « jean » et ma chemise, très propres tous deux, je tiens à le dire, un regard chargé de commisération...Ah si, un lugar menos formal y mas relajado... Il me recommanda le « Ana Kena » auquel en accédait en empruntant les allées du jardin. J'allais donc pouvoir dîner en me lâchant, mais à peine eus-je mis une de mes weston (pour les chaussures, ça oui, c'était la classe) dehors que je dus battre en retraite. Il faisait une bonne trentaine de degrés quand j'arrivai à l'hôtel. A la mi-nuit, la température devait tendre vers le point de congélation, c'est ce qu'il me sembla en tout cas. Je fus à nouveau intercepté par le barbouze attentionné....Un problema caballero?...Oui, toute cette attention commençait à me les briser mais comme mon castillan n'avait pas encore atteint un stade de perfection tel que je pusse exprimer de manière claire mes sentiments, je dus me contenter de bredouiller...Si hace muy frio, voy a buscar una pequena lana (il fait très froid je vais chercher une petite laine)...J'ignore ce que pequena lana signifie en argot chilien, après tout, echar un polvo, jeter une poussière, signifie baiser, mais si je lui avais dit que je venais de voir Carlitos faisant du skate à poil il n'aurait pas eu l'air plus étonné. J'essayai, pull-over, en hispagnolisant tout ça, mais sans plus de succès. J'eus alors recours au mime, me recouvrant d'une peau de bique imaginaire tout en me demandant pourquoi je me justifiais devant ce larbin cravaté. Et la lumière se fit.... Ah, una chomba!...C'est bon, on pouvait rappeler l'aviation.

En entrant au Ana Kena je ne m'attendais pas précisément à voir les client en sous-vêtements danser sur les tables, mais je fus frappé par le sens que les chiliens de la bonne société donnaient au mot relajado (relax). Les caballeros costumés étaient tout aussi omni-présents qu'ailleurs, l'un ou l'autre s'étant tout au plus laissé aller à retirer sa cravate et à déboutonner le col de sa chemise.

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16:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Des Weston ? ...Ah oui, quand même !
Mais dis-moi, n'est-ce pas une Rolex que j'aperçois à ton poignet ?

Écrit par : tinou | 09 mars 2009

J'en ai une, cadeau de mon père pour mon vingtième anniversaire, mais elle ne fonctionne plus. C'est le point faible des Rolex, il faut les nettoyer entièrement tous les cinq ans et comme personne ne sait faire ça ici, j'ai appris à vivre sans montre.
Pour les weston, elles sont plus récentes, elles ne doivent avoir qu'une vingtaine d'années.

Écrit par : manutara | 10 mars 2009

Pour ta Rolex, je savais déjà que tu en possédais une ( blog de Kronix) ... Mais les chaussures, non. C'est une marque inusable !

Écrit par : tinou | 10 mars 2009

Ah ce blog s'améliore de jour en jour, voilà des images maintenant ! ;-)

Je confirme que tes connaissances musicales auraient besoin d'une petite mise à jour car la valse n'a rien à voir avec la polka, ce n'est pas du tout le même rythme. Alors si tu persistes dans le fait que l'air était guilleret, annonce doctement qu'il s'agissait d'une polka ! :-D

Est-ce que tu t'es senti bien dans ta tenue au milieu des caballeros costumés du Ana Kena ???

Écrit par : Cigale | 10 mars 2009

Oui, c'était guilleret, le pianiste faisait des petits bonds sur son siège, donc une polka, c'est noté. Il y a comme ça des termes qui me trottent par la tête comme mazurka, rondeau, menuet, quadrille sans que je sache très bien à quoi cela correspond tout en étant conscient qu'il ne doit y avoir qu'un lointain rapport avec le rap et le hip hop.
Tant que je suis resté assis ça allait, c'est au moment de me lever de table que j'ai eu comme des vapeurs: tout à ma faim, j'avais fait tomber une de ces foutues camarones au curry sur un endroit stratégique de mon pantalon. Elle n'a fait qu'un bref passage avant de s'écraser par terre. D'un discret coup de weston, je l'ai envoyée sous la table voisine. Le parquet était en imitation marbre, ça glissait très bien. Par contre la tâche brûnatre était bien là où il ne fallait pas, l'éclairage violent et la sortie située à deux ou trois kilomètres de ma table. J'ai résolu le problème en nouant mon pull autour de la taille, les manches dissimulant l'entrejambe, histoire de montrer à ces caballeros ce que relajado signifiait pour un français. Du coup j'ai eu froid.

Écrit par : manutara | 10 mars 2009

Pour la musique tu n'es pas si loin car le rapport entre tous les morceaux que tu cites est que ce sont des danses de société ! :-)

Pour la tache il m'est arrivé exactement la même chose dans un aéroport alors que je mangeais du Toblérone dans la salle d'embarquement. Je n'avais pas vu qu'un petit morceau était tombé sur le pantalon (bleu ciel) que je portais... Alors que je faisais le chemin du retour de la poubelle où j'étais allée jeter la carcasse d'emballage du chocolat, j'aperçus une femme très BC-BG me dévisager de la tête aux pieds. Devant ce regard inquisiteur je me mis à marcher le plus dignement possible, mais la snob détourna le regard dédaigneusement. C'est au moment de m'asseoir que j'aperçus la tache marron bien étalée à côté de la fermeture éclair du pantalon... J'ai été partagée un instant entre la honte et le fou rire !

Écrit par : Cigale | 11 mars 2009

Ah oui, le toblérone c'est encore plus compromettant que les crevettes au curry!

Écrit par : manutara | 11 mars 2009

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