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07 mars 2009

Premières impressions

 

Un mois plus-tard, je débarquai à l'aéroport Arturo Merino Benitez de Santiago de Chile par le vol de la LAN en provenance de Papeete avec escale à l'île de Pâques, cette île fabuleuse, perdue à mi-chemin entre la Polynésie et le continent sud-américain. Je n'en vis rien cette fois-ci, mais comme je fis le voyage une trentaine de fois durant les dix années qui suivirent, j'eus tout loisir d'essayer d'en découvrir les mystères. Chaque fois que j'arrive dans un nouveau pays par la voie aérienne, j'ai au moment de l'atterrissage une bouffée d'angoisse ponctuée par cette grave question existentielle, mais que suis-je venu faire ici? Les pieds à peine posés sur le sol du pays hôte, cette angoisse s'envole. C'est tout simplement le trac du voyageur qui ne sait ni où il va, ni combien de temps il restera. La première impression que j'ai d'un pays est toujours pour moi d'une grande importance. Et ça commence à l'aéroport. Cette impression fut excellente cette fois-ci, au point que je me demandai si j'étais bien en Amérique du Sud. Il dut se dérouler dix minutes entre l'ouverture des portes de l'appareil et ma sortie de la zone sous douane. Là, point de foule hystérique hurlant le nom d'un être cher, pas de mamas en larmes au bord de l'asphyxie soutenues par une dizaine d'enfants morveux, ni de chauffeurs de taxi luttant à coups de pieds et de poings pour attirer l'attention du gringo de service, gringo qu'on espérait bien abandonner dans une impasse sombre après l'avoir délesté de ses possessions. Non, rien qu'une foule calme et silencieuse, comme recueillie au point que je me retournai pour voir si ne me suivait pas le cercueil de quelque personnalité décédée à l'étranger, qu'on ramènerait au pays afin de lui assurer des funérailles nationales. Non, ces gens devaient être naturellement calmes. Une jeune fille sanglée dans une uniforme s'approcha de moi...Vous avez besoin d'un taxi , Caballero? Caballero! Ah que j'aimais, ça ! Dans quel pays appelait-on encore les hommes, chevalier?...Puis-je vous demander votre destination, caballero?...Mais bien sûr, gente dame. Je compte chevaucher jusqu'à l'hôtel Hyatt...Il y eut une lueur admirative dans ses yeux...Ah, l'hôtel Hyatt! C'est donc à las Condes...J'en suis ravi...Puis-je demander au caballero s'il dispose d'une réservation?...Mais oui, la voici...Elle déplia avec déférence le document, tandis qu'elle me guidait vers un comptoir où elle me confia à une autre gente dame qui me rendit mon précieux document accompagné d'un ticket jaune....Comme le caballero a une réservation, il lui suffira de remettre ce bon au chauffeur. La course est offerte par l'hôtel aux clients en possession d'une réservation....Comme si je ne mesurais pas toute l'étendue du cadeau qui m'était fait, elle ajouta...Le caballero fait une économie de dix mille pesos ou vingt dollars...Ah, que bueno, muchas gracias....répondis-je, commençant à ressentir une crampe au niveau des zygomatiques à force de sourire comme un caballero...Tout en continuant à sourire, elle décrocha son téléphone...Don Adolfo Ernesto? Il y a un caballero pour le Hyatt...Puis se tournant vers moi...Puis-je demander au caballero d'attendre une toute petite minute, le chauffeur arrive....Mais bien sûr...Dieu vous ait en sa sainte garde. Faites bon voyage...J'attendis donc en flattant l'encolure de ma monture. Un homme d'une cinquantaine d'années, revêtu d'un costume impeccable, s'approcha du comptoir. Je pensai qu'il s'agissait d'un autre client, un homme d'affaires certainement, quand il inclina le tête dans ma direction....Adolfo Ernesto de la Rua y Gomina, pour vous servir, caballero....Je lui tendis la main, mais, feignant d'ignorer mon geste, il se précipita sur mon maigre bagage en rougissant violemment...Permisso, caballero...Aie, aie, aie, la gaffe! Un caballero ne serre pas la main du cocher! Faudra que je me surveille, songeai-je, en le suivant vers la sortie. En sortant du terminal, je fus frappé par la sècheresse de l'air et par la douce température de cette fin de journée printanière (novembre). Je montai dans une confortable berline aux sièges en cuir, agréablement climatisée. Tandis que nous franchissions le péage autoroutier, Adolphe Ernest, ça jette tout de suite moins en français, me demanda si je n'avais rien contre la grande musique. Non, rien, en fait je n'y connais surtout rien à la grande musique, pas plus qu'à la petite, on n'était pas très mélomanes dans ma famille. Il mit une cassette dans le lecteur. Me regardant dans le rétroviseur, il précisa...Vivaldi. J'aime écouter Vivaldi, en fin de journée, quand le soleil tire sa révérence, cela se marie bien avec les couleurs pourpres que prennent les cerros (collines) brulés par le soleil et le ciel vide de tout nuage. La cordillère nimbée de cette lumière est tout simplement une merveille...J'abondai dans son sens...Claro que si...Je songeai au chauffeur de taxi gras et désagréable qui m'avait laissé à l'aéroport de Faaa quelques heures plus tôt avec sa voiture déglinguée puant la transpiration. Pendant l'heure que nous mîmes à rejoindre le Hyatt, passée pour moitié dans des bouchons gigantesques aux abords de Santiago, j'appris qu'Adolphe Ernest était ingénieur dans une centrale thermique la nuit et chauffeur de taxi le jour. J'ignore quand il dormait. Il conduisait sa propre voiture, n'ayant, pour toute formalité, eu qu'à passer une visite médicale pour lui, une révision technique pour la voiture et à payer une somme modique pour décrocher une licence de taxi. Dans ce pays où n'existait aucun filet social, on n'interdisait pas aux gens de travailler. M'étonnant qu'un salaire d'ingénieur ne suffît point à assurer sa subsistance, Adolfe me répondit qu'il avait deux fils à l'université, à la Catolica, précisa-t-il avec fierté, et que tout cela coûtait fort cher. Je commençais à l'apprécier, Adolphe. J'eus brusquement une idée, cela m'arrive parfois....Dites-moi, don Adolfo, je ne connais rien ni personne dans ce pays. J'ai prévu de passer une semaine à Santiago, alors si cela vous intéresse de me faire découvrir la région, je loue vos services durant les sept jours à venir.... Adolphe fit taire les trémolos vivaldiens.... Ce sera un plaisir et un honneur, caballero. Quand mon épouse saura que vous êtes français! Elle est passionnée par la culture française....

Quand nous nous quittâmes devant le Hyatt, nous donnant rendez-vous à dix heures le lendemain, rien de sérieux ne peut se faire au Chili avant dix heures du matin, ce fut lui, cette fois, qui me tendit la main.

01:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (11)

Commentaires

C'est beau, c'est grand, c'est généreux ! J'ai fait ma petite larme tiens !
On attend la suite avec impatience.

Écrit par : Cigale | 07 mars 2009

Non, tout simplement courtois. C'est ce que j'ai voulu laisser transparaitre dans ces premières impressions.

Écrit par : manutara | 07 mars 2009

Non, tout simplement courtois. C'est ce que j'ai voulu laisser transparaitre dans ces premières impressions.

Écrit par : manutara | 07 mars 2009

Et puis ça change de l'accueil à Roissy. Après avoir attendu dans une queue interminable le droit de prendre un taxi pour rejoindre Orly, en général, je suis toujours tombé sur des chauffeurs qui semblaient, pour tout vocabulaire, ne connaître que putain, enculé et connard.
En ce qui concerne le cas relaté plus haut, loin de moi l'idée de prétendre avoir fait preuve de quelque générosité que ce fût. Je n'y avais même pas pensé en écrivant ces lignes. C'est plutôt moi qui étais heureux, à peine arrivé, de trouver quelqu'un de cultivé pour me faire connaitre la region métropolitaine, parce que moi, les grandes villes avec plein de gens qui ont plein d'yeux, c'est pas mon truc.

Écrit par : manutara | 07 mars 2009

Non, mais c'est un monde, ça ! Pendant des mois, je suis passé régulièrement sur ce blog pour voir s'il y avait du neuf, et il n'y en avait jamais. Et du jour où je cesse de visiter, vous vous mettez à nous tomber des déluges de textes ! Vous vous rendez-compte du retard que j'ai, moi, maintenant ?

Écrit par : Didier Goux | 08 mars 2009

Cher Esteban, inutile de te justifier c'était de la taquinerie !!

Et ton récit de l'arrivée à l'aéroport du Chili donne vraiment envie d'aller là-bas...
Moi les taxis parisiens je ne dois pas les inspirer car je n'entends jamais le son de leur voix durant tout le voyage (sauf à la fin pour payer).

Écrit par : Cigale | 08 mars 2009

L'architecte qui conçu Roissy n'a pas pensé que, de temps à autre, il faut faire un peu de ménage, surtout aun niveau de la gare TGV... Tu verrais l'état des vitres et des poutrelles !
Tiens, je t'envoie un diaporama tout chaud, avec plein de femmes !
http://www.youtube.com/watch?v=ML1EzndwJBA

Écrit par : tinou | 08 mars 2009

qui a conçu...

Écrit par : tinou | 08 mars 2009

Didier: Oui ça m'a pris comme ça, mais ça ne dure jamais très longtemps...
Cigale: Pas de voyage au Chili avant d'avoir lu TOUS mes billets sur le sujet. A propos de taxi, il y a quelques années, j'avais du prendre un taxi entre Gênes et Florence. Une histoire compliquée, ma voiture en panne en Sicile, le ferry entre Palerme et Gênes déjà payé qu'il m'a donc fallu prendre sans voiture. Donc je monte dans le taxi, evidemment le gars roule comme un fou, mais on va mettre des heures pour arriver à Florence, car sur l'autoroute chaque fois qu'il dépasse une voiture il relentit, règle sa vitesse de manière à rester à sa hauteur, baisse la vitre côté passager et se met à insulter le conducteur n'hésitant pas à lacher le volant pour joindre le geste à la parole. J'étais manifestement monté dans la voiture d'un gars fou à lier.
Tinou: Merci pour le diaporama.

Écrit par : manutara | 08 mars 2009

Tu es un livre d'histoires à toi seul ! On pourrait savoir sur quelle Terre tu n'as pas posé le pied ??

Écrit par : Cigale | 08 mars 2009

Oh, un tas, il ya encore fort à faire!

Écrit par : manutara | 08 mars 2009

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