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10 février 2009

Dix-huit heures

 

Une chose m'inquiétait toutefois. Peu avant de quitter la pièce j'avais constaté que, par les fenêtres ouvertes (je déteste les fenêtres fermées, j'étouffe), continuaient à se déverser des flots de musique ainsi que la voix de fausset du commentateur nautique. Aussi, en me débarassant de mon encombrante clé au « front desk », je demandai à Hitchcock....C'est une régate qu'on voit passer près du bord?....Le concierge abandonna la lecture de son journal et me jeta un regard de lémurien surpris dans la nuit malgache en train de copuler....Régate? Ah oui, ce sont les dix-huit heures d'Arcachon. Les voiliers font le tour du bassin pendant toute la nuit et une partie de la journée suivante...C'était surtout la nuit qui m'inquiétait un peu. Ce que j'avais pris pour l'arrivée de la régate, n'en était que le départ. Histoire de ne me montrer ni ironique, ni méprisant, je répondis...Le tour du bassin? Quelle aventure!...L'autre n'y vit que du feu....Ça vous pouvez le dire, monsieur! Il y en a qui n'ont pas froid aux yeux!....Moi, je voyais surtout qu'en dix-huit heures, ils auraient pu se retrouver en Espagne, enfin chacun trouve sa dose d'adrénaline où il peut. Je pris donc congé du concierge. J'allais franchir la porte d'entrée quand ses grasseyements me rattrapèrent...Vous ne prendrez pas votre repas avec nous?....Repas? Trépas oui! Je venais de passer devant la salle à manger où régnait une ambiance de veillée mortuaire....Non, non, merci, je vais faire un peu de tourisme et me trouver une auberge accueillante pour dîner. Le goût de l'aventure!...Et vous avez réservé quelque part?....Non, pourquoi?....Ah, la, la, c'est qu'on est en pleine saison. Tout est blindé. Je vous souhaite bien du plaisir, monsieur.... Commençait à me plaire, Hitchcock, avec sa pleine saison! Et ce blindé, était-ce bien un langage de concierge d'hôtel affichant trois étoiles?

Dans un premier temps, je me rendis aux abords de la jetée où les dix-huit heures d'Arcachon avaient planté la tente. Chaque voilier, alors qu'il passait devant la jetée, était identifié à haute et parlante voix, par son numéro, son nom et son classement. Suivaient quelques encouragements et quelques plaisanteries douteuses. Ça donnait quelques chose de ce genre....F 4430! LA MARIE-JEANNE! TRENTIEME! ET VAS-Y DONC LA MARIE-JEANNE! UN PETIT COUP SUR LES FESSES ET C'EST REPARTI!AH AH AH AH...L'équipage du voilier mentionné manifestait alors bruyamment son approbation en tendant en direction du chapiteau ce qui me sembla clairement être des bouteilles contenant des boissons fortement alcoolisées. J'imaginais dans quel état ils allaient terminer la régate. Entre le passage de deux voiliers, on pouvait entendre de la musique entrecoupée de messages publicitaires. Ça tournait un peu en rond cette affaire! Ne restait qu'à souhaiter un bon gros coup de tabac qui clairsèmerait les rangs des concurrents, non par naufrage et noyade, je ne suis pas un monstre, mais par abandon pur et simple. Mais ce jour là, à Arcachon, le ciel était vierge de tout nuage et soufflait une brise pour demoiselles. Les voiliers avaient plutôt tendance à rester aglutinés en groupe de cinq ou six, toutes voiles pendantes, ce qui forçait l'animateur à des prouesses vocales quand un de ces groupes, mu d'avantage par le courant que par le vent, se présentait devant la jetée.

Je continuai ma déambulation en pensant qu'il y avait sans doute pire destin que d'être obligé de passer une nuit à Arcachon dans un hôtel situé en face du chapiteau officiel des dix-huit heures. Enfin, là, tout de suite, je ne voyais pas, mais j'allais sûrement trouver. Je passai ainsi devant une multitude de petits restaurants offrant quelques tables en terrasse. Hitchcock avait finalement raison. Le blindage semblait impénétrable. Sentant les premiers tiraillements de la faim, je sais bien, ce n'était pas de la faim, juste de l'appétit, mais de même qu'un riche ne possédant plus que cent mille euros en banque se dit ruiné, moi qui n'avais rien mangé depuis la veille, en dehors d'un vague croissant avalé dans une station service sur l'autopista, j'avais faim. Voilà. Je tentai donc ma chance dans l'une des dernières tavernes du front de mer, après je ne savais pas, il m'aurait sans doute fallu marcher jusqu'à Bordeaux, ou pire, retourner à l'hôtel pour quémander quelque nourriture. Je demandai à un serveur excédé, les français sont incroyables, il se plaignent toujours d'avoir trop de travail ou de ne pas en avoir assez, je demandai donc à ce serveur à la triste mine si je pouvais dîner, oui, mais alors ce serait à l'intérieur et encore, il me faudrait attendre jusqu'à ce qu'une table se libère, parce qu'à l'extérieur, c'était blindé pour toute la soirée. A l'intérieur, c'était tout aussi blindé qu'à l'extérieur, si ce n'est qu'un espoir de déblindage futur subsistait. Je fus orienté vers le bar où l'on me proposa de patienter. Par bar, il fallait comprendre un comptoir où l'on servait à boire et non une salle attenante dont l'entrée aurait été surmontée d'un néon fluorescent et clignotant proclamant bar, restons modeste, c'était un tout petit restaurant et les tabourets du bar surplombaient les tables mitoyennes en laissant pendre les pieds des consommateurs à quelques centimètres des visages des dîneur les plus proches. Je choisis donc de rester debout, scrutant la salle pour deviner à quel stade du repas se trouvaient les différents convives, mais à moins que les huîtres et autres fruits de mer à l'aspect rébarbaratif fissent partie de la carte des desserts, il me semblait bien improbable de pouvoir rompre mon jeûne avant les premières lueurs de l'aube. Je m'intéressai donc à mes voisins de comptoir.

 

Commentaires

"Je m'intéressai donc à mes voisins de comptoir."

Ouch ! Je crains le pire... :-)))

Écrit par : Cigale | 11 février 2009

Pour le savoir, il faudra lire la suite....

Écrit par : manutara | 11 février 2009

En attendant la suite, j'ai repris la lecture de toutes tes notes depuis le début...c'est à dire le 11 juillet 2004.

Écrit par : tinou | 13 février 2009

Mon Dieu!

Écrit par : manutara | 13 février 2009

C'est ce que je compte bien faire aussi dès que j'aurais un peu plus de temps.

Parce que le coup du petit séminaire, ça interpelle ! :-))

Écrit par : Cigale | 13 février 2009

Mais non, pas mon Dieu !... C'est très intéressant.

Écrit par : tinou | 13 février 2009

Ah le petit séminaire, j'en parle un peu je crois, mais pas trop. Avec le recul, je ne saurai dire si cela fut une expérience pénible, ou tout le contraire. Après tout, quand je vois la politique s'inviter à l'école aujourd'hui, les gosses se faire raketer, quand ils ne réduisent pas leurs parents à la mendicité en les obligeant à leur acheter les derniers vêtements à la mode, je me dis que nous étions bien loin de tout cela. Les écoles françaises emboitant le pas à leurs consoeurs américaines sont devenus des lieux de vie avec leurs codes, leurs rites. Le petit séminaire était uniquement un lieu d'étude où la société civile n'avait pas droit de cité. Une espèce de bulle intemporelle. Si ça vous intéresse, voilà un lien:
http://www.college-zillisheim.com/Historique-15.aspx

Écrit par : manutara | 14 février 2009

Vu. Merci pour le lien. Ainsi donc, la ville haïe aurait des chances d'être Colmar...? Une ville si jolie à ce qu'il parait... ;-)

Écrit par : Cigale | 14 février 2009

Oh non, ce n'était pas Colmar qui est effectivement une très jolie ville. Il faut descendre un peu plus au Sud....

Écrit par : manutara | 14 février 2009

Alors, c'est Mulhouse...Pour en revenir aux établissements scolaires, je suis d'accord avec toi. J'ai fréquenté durant dix ans (de 1958 à 1968) un lycée laïque de jeunes filles où la discipline était très stricte. Dire que j'en ai souffert serait un bien grand mot. Je m'y suis conformée comme les autres. Il est certain que lorsqu'on voit ce que sont devenus les lieux d'enseignement aujourd'hui, on a l'impression d'avoir vécu un enfer. Mais, dans le fond, à bien y réfléchir, cela n'avait rien d'un enfer. L'enfer c'est maintenant, pour les gamins les plus faibles qui doivent certainement subir la loi de la jungle dans les cours des écoles.

Écrit par : tinou | 14 février 2009

Tout à fait d'accord avec toi, Tinou. Oui c'est bien Mulbeurk.

Écrit par : manutara | 14 février 2009

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