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06 février 2009

Faits divers

 

Dans le fond, c'était juste une armoire comme une autre, maintenant que l'un des battants était ouvert. L'autre, scellé dans l 'encadrement, n'aurait pas cèdé un pouce de terrain même si le parlement et le sénat (au diable l'avarice), avec une splendide unanimité, en avaient disposé autrement. Évidemment, l'armoire était vide, ce qui pour une armoire d'hôtel était normal. J'y mis donc mon sac avec le sentiment du devoir accompli, tout était rentré dans l'ordre, Dieu merci. Je repoussai ensuite le battant, ne m'attendant pas à le voir reprendre sa place avec un claquement sec, cela eût été impossible, le cadre rectangulaire étant devenu trapézoidal, l'âge, nous passerons tous par là, mais j'espérais, pour le moins, pouvoir le coincer, ce qui fut effectivement le cas. Dans un premier temps....J'allais sortir, la main posée sur la poignée de la porte, un dernier regard sur la pièce où toute trace de mon passage semblait être effacée, je n'avais commis aucun crime, mais je voulais que la femme de ménage, pas la technicienne de surfaces, quand j'entends ce titre j'imagine toujours une grosse pleine de poils aux commandes d'un bulldozer , je désirais donc que cette personne, que j'imaginais jeune, lituanienne, étudiante en arts plastiques ou en architecture, issue d'une bonne famille ruinée par soixante-dix ans de communisme, obligée de partager le manoir ancestral avec une quinzaine de familles originaires du Tadjikistan, mais que vingt années de capitalisme sauvage n'avaient pas d'avantage tirée de la gêne et qui dut, une fois les tadjiks rentrés chez eux, se prostituer dans l'écotourisme, je voulais donc que cette jeune personne se dise, au moment d'ouvrir le lit comme cela se fait dans les bonnes maisons, ah, si tous les clients étaient comme lui, car, au premier coup d'oeil, elle aurait compris que c'était un homme qui occupait cette chambre, les femmes sont impitoyables avec le petit personnel et laissent traîner toutes sortes de choses. J'étais donc dans cet état extatique qui précède les grandes déceptions, quand la porte de l'armoire, toujours la même, s'ouvrit avec le grincement déchirant d'une Micheline freinant sur un passage à niveau pour éviter d'emboutir une deux chevaux conduite par une bonne soeur distraite par les premières mesures de « Plus près de toi Mon Dieu ». Je sais, il n'y a plus de michelines, ni de deux chevaux, c'est à peine s'il reste quelques bonnes soeurs et elles écoutent du rap. Mais un TGV aurait pulvérisé la malheureuse rapeuse au volant de sa twingo, sans le moindre grincement. Alors...Remettant à plus tard ma déambulation vespérale dans les rues d'Arcachon, je me ruai sur la maudite porte, parvint à la faire tenir, m'assis sur le lit, l'oreille et l'oeil aux aguets, le souffle court. Deux minutes, trois peut-être et la micheline freinait. On se dira, bah, une porte d'armoire ouverte, la belle affaire! Le sac est rangé à l'intérieur, que demander de plus? Eh bien, il se trouve, que je ne supporte pas la vision d'une porte ou d'un tiroir ouverts si leur vocation première est d'être fermés, pas plus que je ne les supporte fermés si j'ai décidé de les ouvrir pour les refermer ensuite. Je serais incapable de dormir dans une pièce peuplée de tiroirs et de portes de placards ouverts. Rien que d'en parler, je me sens tout chose. C'est comme ça. On en tirera les conclusions qu'on voudra, chacun a ses petits problèmes, les uns avec le sexe, les autres avec les portes. Moi, le sexe, je m'en fiche, par contre les portes, eh bien les portes, il faut qu'elles soient fermées, c'est vrai ça, sinon qu'on les enlève et qu'on les remplace par des rideaux, enfin je préfère quand même qu'il y en ait et qu'elles soient fermées. Mais je suis malin. Je récupérai, dans la corbeille à papiers, un exemplaire du « Mercurio », acheté à l'aéroport de Santiago. Tout le monde devrait avoir lu la page des faits divers du « Mercurio » au moins une fois dans sa vie. L'exercice du journalisme politique étant quelque peu périlleux au Chili où, même vingt ans après la fin de la dictature, le simple fait de se moquer des hommes politiques est très légalement puni de prison, la page des faits divers est toujours particulièrement copieuse. On peut ainsi apprendre que la jeune Mercedes Maria Avila Y Trujillo, 19 ans, fille de dona ....... et de don....... numéro de RUT (Rol unico tributario)....... vivant en la ville de Temuco, poblacion del libertador, calle.........., dans une humble demeure (humilde vivienda) se composant d'un rez de chaussée et d'un étage, fut admise aux urgences à l'hopital de Temuco après s'être plainte de violentes douleurs abdominales. Après avoir pratiqué une opération d'un niveau technique tout à fait remarquable dont la chirurgie chilienne pourrait s'enorgueillir jusqu'à la fin des temps (suivent des détails sanguinolents que j'épargne au lecteur), le chirurgien, le docteur Armando Emiliano Samuelson Schmidt, fils de etc...., déclara avoir trouvé dans l'estomac de la patiente, Mercedes Maria etc...., une boule de poils pubiens de la taille d'une « bola de.gaucho ». Interrogée à son réveil sur l'origine de ces poils, Mercedes Maria etc...., déclara avoir pris l'habitude, depuis que la puberté eut commencé à modifier son corps et sa pilosité, d'arracher les poils situés sur son pubis pour les avaler, non sans les avoir, auparavant, mastiqué longuement avec délectation (con fruccion). Suivent des considérations sur la pilosité des femmes (mujeres) chiliennes comparée à celles des femelles (hembras) argentines, bien inférieures en cette matière et en beaucoup d'autres d'ailleurs. L'article est illustrée par la photo de la patiente, dont je me refuse à répéter le nom, exhibant fièrement, dans son lit d'hôpital, sa boule de poils tandis que le chirurgien, un sourire faussement modeste aux lèvres, pose au pied du lit. Je déchirai donc deux ou trois pages de l'excellent « Mercurio », les pliai avec soin et les coinçai entre la porte et le cadre de l'armoire. Parfait. Je déambulai de long en large devant l'ennemi, n'hésitant pas à pratiquer un puissant taconeo de flamenco pour tester la permanence de la fermeture. Rien ne bougea. Je pus enfin quitter la chambre 43.

 

 

 

Commentaires

" Techniciennes de surface ", ce terme me fait penser à ces grosses matronnes qui étaient autrefois à la frontière des pays de l'est, élégamment habillées en vert caca d'oie ...

Écrit par : tinou | 07 février 2009

Je vois que nous sommes d'accord sur ce terme, fruit de la pensée politiquement correcte, destiné à propulser les femmes de ménage dans l'ère du high-tech.

Écrit par : manutara | 07 février 2009

Ça alors ! Moi non plus j'aime pas les portes ouvertes !!!

Tu crois qu'on devrait se faire psychanalyser...???

Écrit par : Cigale | 08 février 2009

Non, non, nous sommes désespérément normaux.Nous ne faisons qu'utiliser la porte pour ce pour quoi elle a été faite: être fermée, sinon à quoi bon avoir une porte. Et si on peut la fermer au nez d'un témoin de Jehova, c'est encore meilleur! La question commence à devenir épineuse quand on se persuade qu'une porte fermée est ouverte et qu'on vérifie toutes les trente secondes si la elle est bien fermée. Là on rentre dans l'univers des tocs. Rien à voir avec nous. D'ailleurs contrairement à ce qu'on dit il n'y a que les dingues, fous à lier, qui vont voir un psy, parce qu'il faut vraiment être passablement atteint pour donner cent euros de l'heure à un gars qui fait ses mots croisés pendant qu'on lui raconte sa vie.

Écrit par : manutara | 08 février 2009

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