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31 janvier 2009

Sous les pavés, la plage.

 

Il devait être quatre ou cinq heures de l'après-midi. Apparemment, l'heure de pointe où se croisent les vieux qui rentrent de la plage et les jeunes qui, venant de se réveiller, s'y rendent en bandes bruyantes. A la première occasion, j'abandonnai la tia Julia dans un parking, me glissant subrepticement à la place qu'une dame venait d'abandonner au volant de sa voiture sans permis. Elle fit hurler le moteur miniature tandis qu'elle progressait par bonds successifs vers la sortie. La foule des piétons me fit penser à celle que je côtoyai au Sri Lanka, en d'autres temps. Le sourire en moins. C'est fou ce que les français en vacances sont sérieux. Ils font montre d'autant d'acharnement et de hargne à s'amuser qu'ils en mettent, le reste de l'année, à gagner l'argent indispensable pour « s'éclater », durant quelques jours, dans l'univers impitoyablement concentrationnaire de quelque station balnéaire, ne se distinguant en rien des gnous du Kenya qui entreprennent, chaque année, une migration massive de laquelle beaucoup, piétinés et noyés au passage des rivières, ne reviendront pas. Il m'aurait fallu une machette pour progresser dans ce flot ininterrompu de vacanciers à moitié nus, mais, comme je n'en avais pas, je m'armai de la courtoisie outrancière de celui qui se trouve en présence d'une peuplade primitive dont les réactions imprévisibles sont toujours à redouter...Pardon, excusez-moi, ouh là, il n'y pas de mal, une crème glacée étalée sur mon seul pantalon décent, réellement sans importance, un vrai plaisir même, par ses températures caniculaires, que je vous la rembourse, là faudrait pas éxagérer, si vous appreniez à votre gosse à regarder où il marche, ça n'arriverait pas, c'est du chocolat en plus, c'est répugnant, me casser la gueule, c'est ça, allez viens, mais viens donc pauvre connard, eh oui, bien ce que je pensais, dégonflé!...Enfin, cette histoire de courtoisie outrancière avec les peuplades primitives, ça se termine souvent par une salve de mitraille. Non, mais! C'est donc bousculé, piétiné, souillé, insulté, débraillé et échevelé que je me présentai à la réception d'un hôtel dont la situation, sur le front de mer et la façade, d'une bourgeoisie de bon ton, m'induisirent, quelques temps, dans l'erreur de croire en la possibilité d'une nuit réparatrice. Le concierge, une espèce d'Hitchcock engraissé à l'huître dont seul le sommet du crâne émergeait du comptoir, me dévisagea d'un air soupçonneux...Vous avez eu un accident?...Oui plusieurs.En attendant, il me faudrait une chambre pour la nuit... Il prit un air offensé...C'est cent cinquante euros! Pas l'armée du salut ici!...Sur le comptoir trônait une statuette absurde, représentant un chevalier en armure dont l'épée brandie pointait agressivement vers les narines du visiteur. J'eus brusquement envie de lui enfoncer cette horreur dans une partie de sa personne que seule ma bonne éducation m'interdit de mentionner. Je me contentai de lui tendre ma carte de crédit ce qui l'amena à esquisser une ébauche de sourire qui fit monter en moi une sourde nausée.Quand j'eus rempli les formalités habituelles, il fourragea quelques temps dans le tableau à clés situé derrière lui . Manifestement, les propriétaires de l'hôtel avaient choisi de ne pas monter dans le train du progès, ou alors, c'était un omnibus. Ceci dit, je préfère les bonnes vielles clés aux cartes que j'oublie toujours dans la chambre surtout quand ces cartes servent aussi à faire fonctionner l'interrupteur général. Ça fait toujours des histoires pas possibles. Enfin là, il s'agissait vraiment d'une bonne vieille clé pendouillant au bout d'une espèce de gros plomb de pêche argenté frappé d'un chiffre...Vous avez de la chance! Vous pensez! En pleine saison! La 43 est libre, c'est une de nos meilleures chambres!...Ben voyons, on ne me l'avait jamais faite, celle-là! Lorsque je voulus prendre un ascenseur aux allures de cage à torture moyenâgeuse, le concierge me hurla de sa voix grasseyante...L'ascenseur est en panne, prenez l'escalier...Comme si j'allais grimper au troisième étage en utilisant les aspérités du mur pour me hisser, péniblement, jusqu'à la fenêtre de ma chambre, tel un spiderman recouvert de crème glacée au chocolat. Tandis que je progressais dans les couloirs silencieux à cette heure, je me dis que l'hôtel machin chose avait du appartenir, en des temps reculés, à une charmante vieille dame, que tout le monde appelait tante Berthe, un peu folle et indigne, tant l'intérieur de ce manoir me semblait tarabiscoté et désuet.

 

 

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30 janvier 2009

Mama Wong

 

Arcachon, était bien une petite ville. Mais, elle était loin de ressembler à cet eldorado ostréicole que je m'étais imaginé. En dehors des huîtres, il y avait du monde. Beaucoup de monde. En voiture et à pied, du monde partout. C'est peut-être ce qui distingue le plus la France contemporaine de celle du siècle dernier, la foule. C'est vrai ça, il y a quarante ans, on voyageait en voiture, train, avion, on faisait ses courses dans des supermarchés, on téléphonait, on regardait la télé, on allait au cinéma, au restaurant, bref on faisait déjà tout ce qu 'on fait aujourd'hui (oui, je sais, internet...) mais on le faisait seul, ou à peu près. Les routes étaient désertes, les aéroports vides, on pouvait jouer à Ben-Hur avec les caddies dans les allées de la grande distribution, manger tranquillement au restaurant sans avoir à jouer des coudes avec ses voisins. Ah, justement à ce propos, je me souviens que récemment, déjeunant ou plutôt tentant de déjeuner dans un restaurant chinois sis en la ville maudite (pas Arcachon, l'Autre), je me vis attribuer une table pour moi tout seul. Oh, pas bien grande la table, mais une vraie table quand même, pas une tablette. Le restaurant était bondé bien évidemment. Alors que je venais de passer ma commande, la patronne, une chinoise d'un certain âge, s'avança accompagnée d'un jeune couple....Çà pas déranzer à toi, si eux manzer à même table... Je jetai un oeil sur le couple ou plutôt je surpris leur regard. Des trentenaires. Je n'aime pas les trentenaires. Ils sont encore pires que les vrais jeunes, avec leur air de ne pas vouloir grandir. Je compris en une fraction de seconde qu'ils n'avaient pas plus envie de manger avec moi que moi avec eux. Je me levai donc...Oui, ça me dérange et eux aussi. Mais comme visiblement on ne semble rien avoir compris, ici, à la valeur symbolique du partage du pain et pourquoi on choisit de le partager avec les uns plutôt qu'avec les autres, je laisse la place à ces jeunes gens.......D'un mouvement sec de la tête, je pris congé du couple et m'apprêtai à quitter les lieux quand la patronne me rattrapa...Attendre! Toi pas parti! Moi ouvrir salle pour toi tout seul....Elle trottina vers le fond du restaurant, m'entraînant dans sa progression en me tenant par le bras comme un mauvais élève qu 'on enmène voir le proviseur. Elle ouvrit une lourde porte matelassée, me poussa dans un pièce plongée dans la plus totale des obscurités, puis, refermant la porte derrière elle, gomma instantanément les bruits désagréables du restaurant surpeuplé. Jurant en cantonnais, elle tâtonna quelques instants avant de trouver l'interrupteur. La lumière tamisée, outre les chinoiseries de rigueur (les VRAIS restaurants chinois sont aussi dépouillés qu'un contribuable après un redressement fiscal), laissait voir une vingtaine de tables mises avec élégance...Salle seulement pour fêtes, mariazes, entrement, tout ça... Elle me poussa vers l'une des tables...Toi content? Toi tout seul!...J'avoue que j'étais ravi et mon contentement atteignit l'extase lorsque les hauts parleurs dissimulés dans la gueule de dragons à l'oeil torve se mirent à déverser une mélopée sirupeuse interprétée par une voix aux aigus surdimentionnés. Je sais, j'ai des goûts étranges, mais j'adore ça. Avant de quitter la pièce, la patronne se tourna vers moi...Toi mauvais cratère, mais mama Wong quand même donner à manger à méchant homme...Le méchant homme que je suis fit un excellent repas. Mais revenons à Arcachon, où, en ce mois de juillet ensoleillé, la France entière semblait s'être donnée rendez-vous.

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27 janvier 2009

La tia Julia

 

 

 

 

 

Arcachon....Arcachon....Arcachon...Je ne sais pourquoi, mais, depuis quelques temps, ce nom de ville m'obsède, qui me fait penser à une armée de gremlins édentés se ruant à l'assaut d'une place forte peuplée de saucisses de Frankfurt....Un blog que j'ai lu certainement. Je ne connais pas cette ville et pourtant j'y ai passé une nuit, il y a quelques années. C'était en plein mois de juillet. Je revenais du Chili où j'habitais à l'époque et, après quatorze heures d'un vol sans escale, j'avais débarqué en début d'après midi à l'aéroport de Madrid-Bajaras dans l'état second de la victime d'une prise d'otages restée ligotée pendant six mois dans un local sans fenêtre, battue quotidiennement par ses geôliers, qui , brusquement libérée, se retrouve dans la rue sans trop savoir ce qui lui arrive. Décidé à ne pas hâter outre mesure mon retour vers cette ville honnie de l'Est de la France où je m'étais engagé, comme chaque année, à passer deux mois avec ma mère, j'avais décidé de faire les mille cinq cents derniers kilomètres en voiture. Je me dirigeai en chancelant vers le comptoir de l'agence dans laquelle j'avais réservé un véhicule depuis ma lointaine retraite patagone. J'avais porté mon choix sur une Golf, on me donna donc une Seat je ne sais plus combien en me précisant que c'était, mas o menos, mais plutot menos que mas, la même chose...Muy compacto...me précisa l'employé en me tendant les clés...Compactissimo...crut bon de renchérir sa collègue qui était en train de refiler un coche muy spacioso a une famille de belges flamingants.Ça pour être du compact, c'était du compact. Du concentré de voiture, en fait. Courte, étroite, mais haute, étonnement haute. Elle avait du passer dans un broyeur ou quelque chose de ce genre. Au moins, je n'eus aucun mal à la répérer dans le parking babélien, coincée entre deux berlines à la calandre agressive. Tout cela était grotesque, mais j'étais trop épuisé pour refaire les dix kilomètres de couloirs qui me séparaient de l'agence. Je la surnommai mentalement tia (tante) Julia, je ne sais pas pourquoi, c'était tout ce que j'avais en stock et j'était vraiment très fatigué. Ce jour là, j'abattis avec difficulté une cinquantaine de kilomètres, avant de m'effondrer dans le premier motel que je trouvai le long de l'autopista. Je ne me réveillai que le lendemain, en fin d'après-midi, ce qui me sembla être une bonne raison pour remettre hasta manana la suite de mon voyage, après tout, l'hôtel était confortable et les chaînes de télévison innombrables. J'ai toujours été heureusement surpris , en Espagne, par les hôtels de classe moyenne, qui cachent si bien, derrière des façades insipides, un luxe insoupçonné. Tandis que le serveur prenait ma commande pour mon almuerzo tardif, avec cette morgue ibérique qui donne à celui qui demande courtoisement son assiette de calamares a la plancha l'impression de devoir aller les pêcher lui-même, le serveur donc, sans doute en mal de conversation dans le restaurant désert à cette heure où une climatisation poussée à ses extrêmes maintenait une température sibérienne, le serveur, dis-je, me demanda si j'étais là pour affaires, en précisant, por si a caso, qu'il m'avait vu arriver la veille et qu'ici, en général, les gens ne faisaient que passer, una noche y ya basta. Non, non, j'étais juste un vacancier de plus profitant de la vue grandiose. Il eut un haut le corps...Uy, pero hombre, ne se ve nada aqui...D'un geste désabusé de la main, il me désigna, derrière la baie vitrée, le paysage désolant qu'offraient l'autopista d'un côté et la vaste zone industrielle écrasée par la chaleur, de l'autre. Je compris alors que si je ne voulais pas finir à la cuisine, coincé entre le concierge et la camarera, victime de cette familiarité bon enfant réservée aux habitués, il me faudrait, sans faute, reprendre la route le lendemain. C'est ce que je fis, aux aurores, avec impasse sur le desayuno incluido. Bien reposé, je roulai toute la journée sur les magnifiques routes espagnoles, désertes dans cette partie du pays en cette saison. La désertification prit fin au passage de la frontière française. Je réussis toutefois à traverser les Landes, avant de ressentir les premiers effets de la fatigue. Deux options s'offraient à moi: passer la nuit à Bordeaux ou à Arcachon. Bordeaux me faisait l'effet d'une grande ville hostile. Je nous voyais errer, toute la nuit, la tia Julia et moi, pris dans un entrelacs de ruelles portant toutes des noms de grands crus, éconduits par des concierges aux visages couperosés d'hôtels pris d'assaut par des touristes bavarois avinés. Tandis qu'Arcachon avait un côté rassurant de petite ville faussement rustique, peuplée uniquement d'une austère bourgeoisie ayant fait son beurre dans l'huître. Comme on peut le constater, je ne suis pas homme à avoir des idées préconçues. Dès que cela fut possible, je rangeai la tia Julia dans la file surmontée d'un impressionnant panneau annonçant ARCACHON.

14:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5)

21 janvier 2009

Un si beau texte

 

    

« Et vous, qu’est-ce que vous avez fait pour les jeunes ? » lançait l’autre soir Jack Lang, cette frétillante endive frisée de la culture en cave… « Qu’est-ce que vous avez fait pour les jeunes ? » Depuis trente ans, la jeunesse, c'est-à-dire la frange la plus parasitaire de la population, bénéficie sous nos climats d’une dévotion frileuse qui confine à la bigoterie. Malheur à celui qui n’a rien fait pour les jeunes, c’est le péché suprême, et la marque satanique de la pédophobie est sur lui… Je n’ai jamais aimé les jeunes. Leur servilité sans failles aux consternantes musiques mort-nées que leur imposent les marchands de vinyle n’a d’égale que leur soumission béate au port des plus grotesques uniformes auquel les soumettent les maquignons de la fripe… Et comment ne pas claquer ces têtes à claques devant l’irréelle sérénité de la nullité intello-culturelle qui les nimbe ? Et s’ils n’étaient que nuls, incultes et creux, par la grâce d’un quart de siècle de crétinisme marxiste scolaire, renforcé par autant de diarrhéique démission parentale, passe encore. Mais le pire est qu’ils sont fiers de leur obscurantisme, ces minables. »

Il y a quelques jours, je suis tombé en arrêt devant ce petit texte en furetant dans la blogosphère. Ah, la belle chose ! J'aurais pu l'écrire (sur le fond) tant il exprime ce que je ressens vis à vis du jeunisme qui pourrit notre société et qu'il faudra bien extirper de la cervelle de nos concitoyens si l'on veut que la machine se remette en route. Enfin, en attendant, j'avais le sentiment, que, quelque part, au-delà des océans, la résistance commençait à s'organiser. J'arpentai d'un pas vif la salle de séjour de mon humble demeure, en proie à une agitation salutaire, m'arrêtant à intervalles réguliers devant l'écran de mon ordinateur pour relire l'admirable prose, m'en imprégner, allant jusqu'à émettre des ricanements que certains eussent pus considérer malsains, pour ne rien dire des apartés entre moi et moi, d'abord à voix basse puis, comme je m'échauffai tout seul n'hésitant pas à sabrer l'air du plat de la main, la voix pris du coffre et s'enfla au point de devenir un cri, que dis-je, un rugissement!. « Frétillante endive frisée », il fallait le trouver. « Frange parasitaire de la population », trop beau pour être vrai. « Une dévotion frileuse confinant à la bigotterie », ah le brave homme! « Crétinisme marxiste scolaire », tout à fait ça! « Démission parentale », nous y voilà!

Mon agitation menaçant de dégénérer en atteinte à l'ordre public, je me precipitai sur la plage, bondis dans mon fidèle kayak et me mis à ramer furieusement vers le large, composant mentalement le texte du billet que j'allais rédiger séance tenante, à peine surgi ruisselant de l'océan, à la gloire de ce vaillant blogueur qui avait de manière si subtile su exprimer le fond de ma pensée.

Trois heures plus tard, les muscles douloureux et le cerveau en ébullition, mon abondante chevelure mêlée à diverses créatures marines animées et inanimées que ma tête était allée chercher sur le fond sablonneux lors de mon attérissage intempestif sur la plage déserte, trois heures plus-tard, donc, je me mis au travail. Par acquis de conscience, pour être certain de ne pas avoir rêvé ce texte, je me rendis sur le blog de ce lointain génie. Il était bien là, le texte, pour le génie, je ne sais pas, je doute qu'il ait été occupé à surveiller les allées-venues sur sa page. Mais une chose me sauta aux yeux comme un krishna bondissant, sournoisement caché dans la foule. Le titre du billet. « Desproges, encore... ». Mon enthousiasme retomba comme un soufflé trop vite monté. Floc.

D'abord je n'ai jamais aimé Desproges, pas plus que Coluche d'ailleurs. D'une manière générale, je n'aime pas les gens qui s'efforcent de nous faire rire, par contre j'aime beaucoup rire aux dépends des gens sérieux, ce sont les plus drôles. Chirac expliquant dans un anglais vacillant, avec des mouvements désordonnés de noyé, comment on s'y était pris pour piquer je ne sais plus combien de milliers de billets pour le mondial de foot 98, ça oui, c'était du grand art!

Une petite voix perchée sur mon épaule continuait, cependant, à me murmurer...Peu importe l'auteur, il reste le fond,le fond, le foooooooond....

Eh bien justement, le fond est un véritable désastre parce que si, comme je le pense, Pierre Desproges a rédigé ce texte au début des années quatre-vingt, moi, à l'époque, oui, moi, aussi impensable que cela puisse paraître, j'étais jeune....

 

  

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16 janvier 2009

God bless America

 

 

L'actualité, chiche en bonnes nouvelles, non parce que ces nouvelles sont rares, mais parce qu'elles n'intéressent personne (un criminel ne jouit-il pas d'une attention médiatique bien supérieure au porteur d'un projet positif et innovant?), l'actualité récente, donc, me redonne des raisons d'espérer en infligeant un camouflet, retentissant, aux tenants du "tout jeune", ces infâmes suppôts du jeunisme, que Dieu les maudisse, j'irai pisser sur leurs tombes!

En fait il y a deux bonnes nouvelles. D'abord cent-cinquante-cinq vies sauvées dans un crash aérien survenu au pire moment, celui du décollage, se concluant par un amérissage parfait, et ils sont rares, très rares, dans l'Hudson River aux eaux gelées. Ca, tout le monde le comprendra, c'est une très bonne nouvelle.

Ensuite, divine surprise, qui pilotait l'appareil, hein? Allez, un petit effort. Dites-le moi. Un jeune et vaillant pilote au faciès « bradpittien »? Que nenni! Un vieux de la vieille de cinquante-sept ans, même pas un de ces faux vieux rafistolé par la chirurgie esthétique, au cuir chevelu bourré d'implants. Non! Un vrai vieux, à gueule de vieux et à la crinière blanchie sous le harnois. J'espère que l'image de ce héros (parce que c'en est un, un vrai, pas une de ces larves médiatisées par la télé-réalité) fera le tour du monde et j'espère, mais non, je ne nourris aucun espoir à ce sujet, que cela fera réfléchir ceux qui, dans notre pays, virent à grands coups de préretraites minables tout ce qui a plus de cinquante ans ,condamnant ces nouveaux parias, les vieux-pas-vraiment-encore-vieux-qui-pourraient- encore-servir-mais-dont-personne-ne-veut-plus-entendre-parler, à une mort sociale doublée d'une longue agonie économique.

God bless America and you, captain Chesley Sulenberger!

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12 janvier 2009

Vol de nuit

 

 

Les premières secousses se firent sentir cinq minutes après le décollage. A peine un tressaillement au début comme celui que l'on peut ressentir en passant à vive allure sur un tronçon de route en mauvais état. Le calme ensuite. Juste le bruit de l'air sur la carlingue. Je sentis le Krakoukass se raidir à mes côtés, ou du moins eus-je l'impression que la raideur qui l'habitait depuis que nous étions monté dans cet avion s'était encore accrue, au point d'atteindre une tension des tissus qu'aucun organisme ne pouvait bien longtemps supporter....C'est normal ces vibrations, S***?....Puis plissant son nez...Vous ne trouvez pas que ça sent le brulé?...Adoptant le ton patelin de celui qui sait, je ne me voulus pas même rassurant, tant j'étais persuadé que ce vol, comme tous ceux que j'avais effectués auparavant, allait se dérouler comme un tapis rouge sous les pieds de quelque président africain, c'est à dire sans anicroches. Quarante minutes de vol, il n'y avait pas de quoi tourner un film catastrophe! Pas même une bonne soeur à guitare parmi les passagers...Quelques turbulences, mon colonel, quant à l'odeur, brulé n'est pas exactement le terme qui me vient à l'esprit. Plutôt une odeur potagère...Il tenta de se retourner vers moi, mais une autre secousse le figea à nouveau dans sa position de grand brulé. Quand le calme fut revenu, il articula péniblement...Vous croyez qu'on va nous servir du potage? Je crois que je ne pourrais rien avaler...Ma voisine me devança. Sortant de la poche de sa jupe un oignon de la taille d'une pomme Golden dans lequel une mâchoire de bonne facture avait déjà pratiqué une large échancrure, elle le brandit sous mon nez....Ce que le petit soldat veut dire, c'est que ça pue l'oignon. Désolé, mais ça me calme de croquer dans un oignon quand j'ai mes nerfs et en avion j'ai toujours mes nerfs et puis l'oignon ça me dégage...D'un geste de la main, elle mima le cheminement emprunté par une bouchée d'oignon de dégagement, un peu comme une hôtesse indiquant le cheminement à suivre vers les issues de secours, si ce n'est que le mouvement de ma voisine, ébauché aux abords de la tête, s'attarda un moment aux environs du ventre et se termina dans les soubassements de son siège. Le colonel murmura...Répugnant...mais on sait ce qu'était un murmure de Krakoukass. La dame à l'oignon haussa les épaules et reprit une bouchée de son viatique qu'elle mastiqua avec délice. Une insidieuse nausée commença à me gagner. Je tentai de me plonger dans une revue, mais l'odeur devenait insoutenable. La bougresse semblait se dégager par tous les orifices. L'instant suivant, il me sembla flotter dans mon fauteuil, uniquement retenu par ma ceinture, tandis que l'avion plongeait dans le vide, avant que de me retrouver écrasé sur mon siège pendant que nous remontions pour redescendre tout aussitôt, un peu comme dans un grand huit dont les wagonnets auraient été propulsés à près de mille kilomètres à l'heure. Le colonel émit un hurlement guttural venu du tréfond de son être qui me fit penser à la corne de brume d'un navire en détresse. Ma voisine eut un râle aussi rocailleux que le bruit d'un torrent en crue tandis qu'un renvoi pestilentiel dont il me sembla deviner les contours fluorescents, insinua sa puanteur jusque dans les moindres recoins de notre maigre espace vital. Je serais mort de dégoût si je n'avais été occupé à me défaire de l'étreinte mortelle du Krakoukass qui, aggripé à mon cou, croassait des propos inintelligibles, ses yeux dansant une gigue infernale au gré des mouvements désordonnés du Mercure. L'effet de la manifeste terreur inspirée au colonel et à la mangeuse d'oignon par ces turbulences, certes hors du commun, fut désastreux pour le moral des autres passagers. La reste de décence qui empêchait ces derniers de se lancer dans des manifestations d'hystérie collective, s'effondra comme les murailles de Jéricho au son des trompettes. Des clameurs désespérées s'élevèrent, faisant écho à celles de mes voisins. Une vibration plus forte que les autres fit s'ouvrir une partie des compartiments à bagages qui vomirent leur contenu sur leurs proriétaires. La voix du commandant, difficilement audible dans cette atmosphère de fin du monde, ramena le calme, un court, très court instant...Zone de fortes turbulences. PNC à vos postes, ceintures attachées...Les hôtesses, renonçant à mettre un semblant d'ordre dans ce chaos et à feindre un calme qu'elles étaient, sans doute, loin d'éprouver, s'égaillèrent dans le couloir, progressant par bonds successifs comme des soldats pris sous le feu de l'ennemi, profitant de la moindre accalmie pour gagner quelques mètres en direction de leurs strapontins qu'elles atteignirent, le cheveu en bataille et , pour certaines, passablement « épèclées » comme auraient dit les vaudois. Une série d'éclairs dantesques nimbant la nuit noire d'une lueur bleuâtre, vint accroître cette sensation d'apocalypse, tandis que, par les hublots, nous pouvions voir les ailes se plier vers le bas puis vers le haut, au gré des chaos aériens. Puis les secousses devinrent si violentes et si rapprochées les unes des autres qu'il fut même pénible de penser. La panique connut alors son paroxysme. Cris, pleurs, supplications, prières, jurons particulièrement orduriers s'entrechoquaient à l'intérieur de la carlingue tout en s'amplifiant à chaque rebond du Mercure. Je vis une femme arracher ses bijoux et les jeter dans le couloir. Un homme tendit une liasse de billets à je ne sais quelle divinité païenne avant de les déchirer en petits morceaux pour les faire pleuvoir sur ses voisins. D'autres se contentaient de se vomir dessus avec sur le visage, cette expression d'étonnement outré commune aux morts et aux femmes trompées. Ma voisine pleurait et le Krakoukass dont la main gauche, délaissant mon cou, s'était attachée à mon genou comme une bernacle à son rocher, semblait un pantin désarticulé agité de soubresauts anarchiques. Moi, je ne sais plus trop. Il me souvient juste avoir pensé qu'il serait terrible de mourir environné de cette pestilentielle odeur d'oignon. Puis, brusquement, ce fut le calme. Quelques étoiles se laissèrent entrevoir. Un silence profond se fit à l'intérieur de la carlingue qui ne fut plus troublé jusqu'à notre arrivée à Lyon que par quelques pleurs d'enfants. La dernière chose que je vis en quittant l'avion, ce fut la semeuse de bijoux, à quatre pattes, occupée à récupérer ses possessions entre les sièges.

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05 janvier 2009

Le mercure monte

 

 

Nous avions fini par nous retrouver côte à côte dans l'avion, assis sur deux sièges de la dernière rangée. A l'époque, les sièges n'étaient pas attribués, aussi chacun s'asseyait où bon lui semblait. Le Krakoukass s'était lancé à l'assaut de nos places, ou plutôt il m'avait poussé en avant, brandissant son manteau en hurlant...Prenez nous deux places dans la queue, S***, c'est toujours là qu'on retrouve les survivants en cas d'accident...Comme nous avions embarqué par l'avant, il m'avait fallu remonter tout l'avion aiguillonné par le colonel qui sifflait....Allez, allez,on va nous les piquer.... chaque fois que je m'arrêtais pour laisser un passager s'installer. Je voulus m'asseoir près du hublot, mais le colonel voulait occuper le siège du couloir, pour pouvoir évacuer plus rapidement l'avion en flammes au moment du décollage, car, m'expliqua-t-il, mais les autres passagers en profitèrent largement, c' était toujours au moment du décollage que « l'effet queue » montrait toute son efficacité en cas d'incident, parce qu'une fois en vol, queue ou pas queue, il claqua des mains, PAF, c'est foutu. Comme il refusait l'idée de voir un civil s'installer à coté de lui, il fallut que je pose mes petites fesses d'aspirant sur le siège du milieu, laissant le siège côté hublot libre. Je caressai l'espoir que personne ne viendrait l'occuper, mais une dame passablement obèse semblait partager les illusions du colonel en matière de sécurité aérienne, à moins que, plus probablement, il se fût agi du dernier hublot disponible. Je la vis arriver de loin, essoufflée, guettant du coin de l'oeil la place laissée vacante. Il fallut donc se lever pour la laisser passer tout en l'aidant à incérer son volumineux bagage à main dans le compartiment prévu à cet effet. Il y eut un moment de tension quand le sac de la dame vint se poser lourdement sur l'abominable manteau soigneusement plié du colonel....Attention, c'est du poil de chameau!...rugit-il. J'eus la vision d'une de ces bêtes disgracieuses perdant son pelage rêche par plaques entières.

Une fois que les portes de l'appareil eurent été fermées et que les réacteurs laissèrent entendre leur sifflement caractéristique, je pensai que le colonel allait se détendre, se laisser vivre un peu. Après tout, il avait réussi à aborder un avion civil et nous étions dans les temps pour notre correspondance à Lyon. Mais non. Il semblait au contraire de plus en plus nerveux, ouvrant et fermant les aérateurs, jouant avec l'éclairage individuel, vérifiant sans cesse le règlage de sa ceinture, abaissant et remontant sa tablette, bien inutile sur cette compagnie. Je dus l'empêcher de sortir son gilet de sauvetage de sous son siège, pour voir s'il était en bon état, lorsqu'une hôtesse nous en fit la démonstration. Tandis que l'avion avait commencé à rouler vers le bout de la piste, le Krakoukass se tourna vers la dame assise à côté de moi et qui ne demandait rien à personne...Ne craignez rien madame, les caravelles peuvent planer sur huit cents kilomètres. J'ai lu ça quelque part. Lyon n'est qu'à cinq cents kilomètres, alors vous pensez, on a du rab!...La dame jaugea du regard le colonel dans son accoutrement grotesque, s'attardant sur la casquette de trappeur canadien qu'il s'entêtait à vouloir garder vissée sur la tête, me jeta un coup d'oeil interrogateur, puis, haussant les épaules murmura...C'est ridicule...Déçu, le colonel reporta son attention sur moi...Vous saviez, vous, que les caravelles...Je l'interrompis. Mon côté je sais tout....Non, mon colonel, j'ignorais ce détail, mais il risque de ne pas être d'une grande utilité vu que cet avion est un Mercure...Je lui montrai la notice de sécurité..C'est écrit là...Et pour enfoncer le clou....Vous avez du remarquer en embarquant que les réacteurs se trouvent situés sous les ailes et non à l'arrière du fuselage... J'aurais mieux fait de me taire. Incrédule, le colonel bafouilla...Sous les ailes? Mais ça change tout!...Avant que j'aie pu l'en dissuader, il défit sa ceinture et, se dressant à moitié, se tourna vers l'hôtesse sanglée sur son strapontin derrière nous pour lui hurler...Ce n'est pas une caravelle?...Cette dernière se contenta de lui crier...Asseyez-vous monsieur et attachez-vous!...Puis s'adressant à moi...Vous le militaire, occupez-vous de lui...Des têtes inquiètes commencèrent à se tourner vers nous. Quelques enfants se mirent à pleurer. Je n'avais jamais vu un homme aussi terrifié de ma vie. Je réussis toutefois à le persuader de se rasseoir et à s'attacher, tandis que le pilote mettait les gaz à fonds, nous plaquant dans nos sièges sous l'effet de la poussée des réacteurs. Le Mercure n'était certainement pas un mauvais avion, mais il était extrèmement bruyant et parcouru de vibrations inquiétantes une fois en l'air. Tandis que nous prenions de l'altitude, je vis, au Nord, la nuit azuréenne de cette fin d'été se zébrer d'éclairs à la perfection inquiétante, tandis que montait, en provenance de ma voisine, non pas une odeur de terre mouillée après l'orage, mais une senteur beaucoup moins agréable bien que tout aussi végétale, celle de l'oignon consommé en grande quantité. Le vol ne faisait que commencer...

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02 janvier 2009

Le billet

 

 

 

 

Un fois en possession de ma carte d'embarquement, je me tournai vers le colonel qui me fixait d'un air de béate admiration...A vous, mon colonel. Vous voyez c'est tout simple!...J'ai toujours eu le triomphe modeste. J'oubliais juste qu'avec le colonel Krakoukass, les choses les plus simples devenaient toujours extrèmement compliquées. Comme je lui cédai ma place au comptoir, il me retint par la manche de mon uniforme...Restez à mes côtés...Il commença par donner à l'hôtesse d'Air Inter le chiffon de papier sur lequel était inscrit son itinéraire. J'anticipai la réaction de l'hôtesse aimable comme...une hôtesse d'Air Inter, la seule compagnie au monde à avoir construit son image de marque autour de l'absence de tout service à bord de ses avions. Il fallait donc mettre les passagers dans le bain dès l'enregistrement. Un mot gentil, une formule de politesse et ils auraient pu s'imaginer des choses, tirer des plans sur la comète...Non, pas ça, mon colonel, votre billet, s'il vous plaît...C'est ainsi que je traduisis en langage normal, l'expression exaspérée de l'hôtesse. Le Krakoukass me fixa avec l'air égaré du touareg saharien auquel on apprend que toute sa famille vient d'être ensevelie sous une avalanche de neige poudreuse...Un billet? Quel billet? J'ai juste ce machin. C'est un peu comme un ordre de mission, non?...Encore le naufragé se cramponnant à une ultime planche qu'il préssent pourrie.C'est cet instant que la sympathique hôtesse choisit pour faire entendre son organe. Balasko dans ses mauvais jour, pour se faire une idée...Bon, vous vous dépêchez là, il y a des gens qui attendent! On a bien du vous donner un billet à l'agence. Hein? BILLET. Un truc rectangulaire, avec des souches à l'intérieur...Elle se tourna vers moi...Il comprend ce que je lui dis?....Plutôt que de répondre à cette grossièreté, je montrai au colonel mon billet et d'une voix très douce...Ça ressemble à ça, mon colonel...Livide, le visage inondé de transpiration, le colonel palpa le précieux document en fermant les yeux, essayant d'établir une liaison entre sa mémoire visuelle et sa mémoire tactile. On aurait dit un aveugle lisant du braille. Brusquement, il rouvrit les yeux, une lueur d'espoir dans son regard. Le Krakoukass fouilla dans une des ses poches, en sortit une clé fixée au bout d'une chaîne, encore une, se rua sur sa cantine, en ouvrit le cadenas, éjecta la tringle de fermeture qui finit sur le comptoir en produisant un bruit métallique sinistre, arrachant, au passage, à la Balasko un petit cri hystérique. Une fois le couvercle rabattu, le Krakoukass s'immergea dans les entrailles du monstre et finit par reparaître avec un vieux porte document culotté comme les guêtres d'un mamelouke. Avec précaution, il en fit jouer les serrures. A l'intérieur, une liasse de documents...J'y garde tous mes ordres de mission.Tenez, là c'est mon premier...Je l'interrompis....Le billet, mon colonel?...Oui, le billet s'y trouvait, alléluia! Je le tendis donc à notre cerbère, pendant que le colonel remballait ses effets. A contre-coeur, en ronchonnant, c'est pas trop tôt, elle consulta sa liste de passagers (à l'époque la micro-informatique restait à inventer), raya rageusement le nom du colonel, arracha une souche dans le billet avec la grâce d'une contrôleuse du transsibérien et me tendit la carte d'embarquement du Krakoukass, hâtivement gribouillée à la main en marmonnant...Des bagages?...C'est à ce moment qu'elle sembla prendre conscience du fait que le colonel et sa cantine allaient voyager ensemble, un peu comme si , jusque là, l'hôtesse avait supposé que cet encombrant bagage s'était contenté d'accompagner son maître à l'aéroport pour le voir partir et après un dernier adieu, une ultime embrassade, prendre le chemin du retour, seul, sur son chariot, mu par quelque force mystérieuse.Se penchant par-dessus le comptoir, elle beugla...Ah, mais non, ce machin ne monte pas dans l'avion...Elle réfléchit un instant, puis ajouta...Air Inter est une compagnie pour gens normaux.!.. C'est alors que le Krakoukass se mit à gueuler, fort, mais vraiment très fort, réduisant en bouillie la Balasko sous un pilonnage acoustique où il fut question d'un obus de 105 pénétrant par un des orifices de l'hôtesse afin de calmer, pendant quelque temps, ses ardeurs belliqueuses. Pas très fin. Mais efficace. La cantine fut enregistrée en un temps record.

 

 

 

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