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31 janvier 2009

Sous les pavés, la plage.

 

Il devait être quatre ou cinq heures de l'après-midi. Apparemment, l'heure de pointe où se croisent les vieux qui rentrent de la plage et les jeunes qui, venant de se réveiller, s'y rendent en bandes bruyantes. A la première occasion, j'abandonnai la tia Julia dans un parking, me glissant subrepticement à la place qu'une dame venait d'abandonner au volant de sa voiture sans permis. Elle fit hurler le moteur miniature tandis qu'elle progressait par bonds successifs vers la sortie. La foule des piétons me fit penser à celle que je côtoyai au Sri Lanka, en d'autres temps. Le sourire en moins. C'est fou ce que les français en vacances sont sérieux. Ils font montre d'autant d'acharnement et de hargne à s'amuser qu'ils en mettent, le reste de l'année, à gagner l'argent indispensable pour « s'éclater », durant quelques jours, dans l'univers impitoyablement concentrationnaire de quelque station balnéaire, ne se distinguant en rien des gnous du Kenya qui entreprennent, chaque année, une migration massive de laquelle beaucoup, piétinés et noyés au passage des rivières, ne reviendront pas. Il m'aurait fallu une machette pour progresser dans ce flot ininterrompu de vacanciers à moitié nus, mais, comme je n'en avais pas, je m'armai de la courtoisie outrancière de celui qui se trouve en présence d'une peuplade primitive dont les réactions imprévisibles sont toujours à redouter...Pardon, excusez-moi, ouh là, il n'y pas de mal, une crème glacée étalée sur mon seul pantalon décent, réellement sans importance, un vrai plaisir même, par ses températures caniculaires, que je vous la rembourse, là faudrait pas éxagérer, si vous appreniez à votre gosse à regarder où il marche, ça n'arriverait pas, c'est du chocolat en plus, c'est répugnant, me casser la gueule, c'est ça, allez viens, mais viens donc pauvre connard, eh oui, bien ce que je pensais, dégonflé!...Enfin, cette histoire de courtoisie outrancière avec les peuplades primitives, ça se termine souvent par une salve de mitraille. Non, mais! C'est donc bousculé, piétiné, souillé, insulté, débraillé et échevelé que je me présentai à la réception d'un hôtel dont la situation, sur le front de mer et la façade, d'une bourgeoisie de bon ton, m'induisirent, quelques temps, dans l'erreur de croire en la possibilité d'une nuit réparatrice. Le concierge, une espèce d'Hitchcock engraissé à l'huître dont seul le sommet du crâne émergeait du comptoir, me dévisagea d'un air soupçonneux...Vous avez eu un accident?...Oui plusieurs.En attendant, il me faudrait une chambre pour la nuit... Il prit un air offensé...C'est cent cinquante euros! Pas l'armée du salut ici!...Sur le comptoir trônait une statuette absurde, représentant un chevalier en armure dont l'épée brandie pointait agressivement vers les narines du visiteur. J'eus brusquement envie de lui enfoncer cette horreur dans une partie de sa personne que seule ma bonne éducation m'interdit de mentionner. Je me contentai de lui tendre ma carte de crédit ce qui l'amena à esquisser une ébauche de sourire qui fit monter en moi une sourde nausée.Quand j'eus rempli les formalités habituelles, il fourragea quelques temps dans le tableau à clés situé derrière lui . Manifestement, les propriétaires de l'hôtel avaient choisi de ne pas monter dans le train du progès, ou alors, c'était un omnibus. Ceci dit, je préfère les bonnes vielles clés aux cartes que j'oublie toujours dans la chambre surtout quand ces cartes servent aussi à faire fonctionner l'interrupteur général. Ça fait toujours des histoires pas possibles. Enfin là, il s'agissait vraiment d'une bonne vieille clé pendouillant au bout d'une espèce de gros plomb de pêche argenté frappé d'un chiffre...Vous avez de la chance! Vous pensez! En pleine saison! La 43 est libre, c'est une de nos meilleures chambres!...Ben voyons, on ne me l'avait jamais faite, celle-là! Lorsque je voulus prendre un ascenseur aux allures de cage à torture moyenâgeuse, le concierge me hurla de sa voix grasseyante...L'ascenseur est en panne, prenez l'escalier...Comme si j'allais grimper au troisième étage en utilisant les aspérités du mur pour me hisser, péniblement, jusqu'à la fenêtre de ma chambre, tel un spiderman recouvert de crème glacée au chocolat. Tandis que je progressais dans les couloirs silencieux à cette heure, je me dis que l'hôtel machin chose avait du appartenir, en des temps reculés, à une charmante vieille dame, que tout le monde appelait tante Berthe, un peu folle et indigne, tant l'intérieur de ce manoir me semblait tarabiscoté et désuet.

 

 

23:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Ah oui les cartes ! J'arrive jamais à les faire fonctionner (mais je suis blonde...)
C'est vrai quoi, tu mets dans le truc et il ne se passe rien !

Écrit par : Cigale | 01 février 2009

En général, on n'est jamais seul quand ce genre de chose se produit. D'autres clients choisissent précisément cet instant pour rentrer chez eux, sans le moindre problème. Un mouvement sec du poignet et la porte s'ouvre avec un bip triomphant, alors que toi, ça fait une demi-heure que tu es là à essayer de faire glisser la carte dans la fente, sous tous les angles, un sourire figé aux lèvres.

Écrit par : manutara | 01 février 2009

Il y a encore plus ingénieux que les cartes maintenant. Ce sont les ondes magnétiques. A l'hotel près de Roissy je me suis retrouvée comme une andouille avec un porte-clé sans clé. Avant que je comprenne qu'il suffisait de placer l'engin devant un boitier situé à la place du trou de la serrure et où une lumière se mettait alors au vert, il s'est écoulé au moins une demi-heure. Mais comme je ne voulais pas passer pour une imbécile débarquant de sa campagne, j'ai persisté et j'ai ENFIN trouvé la solution -tout à fait par hasard d'ailleurs-.

Écrit par : tinou | 01 février 2009

Je m'interroge sur le réel progrès que présentent ces serrures electroniques. Elles accroissent les frais d'installation et d'entretien, sans, à mon avis, procurer une plus grande sécurité. Ca fait longtemps que les crocheteurs de serrure se sont reconvertis à ces nouvelles technologies. Par contre, elles ont fait des dizaines de victimes, mortes de froid devant leur domicile, lors d'une panne générale d'électricité, survenue à New-York il y a quelques années.

Écrit par : manutara | 01 février 2009

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