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30 janvier 2009

Mama Wong

 

Arcachon, était bien une petite ville. Mais, elle était loin de ressembler à cet eldorado ostréicole que je m'étais imaginé. En dehors des huîtres, il y avait du monde. Beaucoup de monde. En voiture et à pied, du monde partout. C'est peut-être ce qui distingue le plus la France contemporaine de celle du siècle dernier, la foule. C'est vrai ça, il y a quarante ans, on voyageait en voiture, train, avion, on faisait ses courses dans des supermarchés, on téléphonait, on regardait la télé, on allait au cinéma, au restaurant, bref on faisait déjà tout ce qu 'on fait aujourd'hui (oui, je sais, internet...) mais on le faisait seul, ou à peu près. Les routes étaient désertes, les aéroports vides, on pouvait jouer à Ben-Hur avec les caddies dans les allées de la grande distribution, manger tranquillement au restaurant sans avoir à jouer des coudes avec ses voisins. Ah, justement à ce propos, je me souviens que récemment, déjeunant ou plutôt tentant de déjeuner dans un restaurant chinois sis en la ville maudite (pas Arcachon, l'Autre), je me vis attribuer une table pour moi tout seul. Oh, pas bien grande la table, mais une vraie table quand même, pas une tablette. Le restaurant était bondé bien évidemment. Alors que je venais de passer ma commande, la patronne, une chinoise d'un certain âge, s'avança accompagnée d'un jeune couple....Çà pas déranzer à toi, si eux manzer à même table... Je jetai un oeil sur le couple ou plutôt je surpris leur regard. Des trentenaires. Je n'aime pas les trentenaires. Ils sont encore pires que les vrais jeunes, avec leur air de ne pas vouloir grandir. Je compris en une fraction de seconde qu'ils n'avaient pas plus envie de manger avec moi que moi avec eux. Je me levai donc...Oui, ça me dérange et eux aussi. Mais comme visiblement on ne semble rien avoir compris, ici, à la valeur symbolique du partage du pain et pourquoi on choisit de le partager avec les uns plutôt qu'avec les autres, je laisse la place à ces jeunes gens.......D'un mouvement sec de la tête, je pris congé du couple et m'apprêtai à quitter les lieux quand la patronne me rattrapa...Attendre! Toi pas parti! Moi ouvrir salle pour toi tout seul....Elle trottina vers le fond du restaurant, m'entraînant dans sa progression en me tenant par le bras comme un mauvais élève qu 'on enmène voir le proviseur. Elle ouvrit une lourde porte matelassée, me poussa dans un pièce plongée dans la plus totale des obscurités, puis, refermant la porte derrière elle, gomma instantanément les bruits désagréables du restaurant surpeuplé. Jurant en cantonnais, elle tâtonna quelques instants avant de trouver l'interrupteur. La lumière tamisée, outre les chinoiseries de rigueur (les VRAIS restaurants chinois sont aussi dépouillés qu'un contribuable après un redressement fiscal), laissait voir une vingtaine de tables mises avec élégance...Salle seulement pour fêtes, mariazes, entrement, tout ça... Elle me poussa vers l'une des tables...Toi content? Toi tout seul!...J'avoue que j'étais ravi et mon contentement atteignit l'extase lorsque les hauts parleurs dissimulés dans la gueule de dragons à l'oeil torve se mirent à déverser une mélopée sirupeuse interprétée par une voix aux aigus surdimentionnés. Je sais, j'ai des goûts étranges, mais j'adore ça. Avant de quitter la pièce, la patronne se tourna vers moi...Toi mauvais cratère, mais mama Wong quand même donner à manger à méchant homme...Le méchant homme que je suis fit un excellent repas. Mais revenons à Arcachon, où, en ce mois de juillet ensoleillé, la France entière semblait s'être donnée rendez-vous.

01:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Très instructif ce billet : on notera le mouvement sec de la tête confirmant la formation militaire, les tendances asociales du personnage... :-))

Par contre tu as eu de la chance, car Mme Wong aurait pu proposer la salle des fêtes au jeune couple et tu serais resté dans le brouhaha...

Écrit par : Cigale | 30 janvier 2009

Non, non, madame Wong était une fine psychologue. D'ailleurs les jeunes adorent ça, la foule, ils n'ont jamais connu autre chose.

Écrit par : manutara | 30 janvier 2009

Ce ne sont pas des tendances asociales qui font se conduire ainsi Manutara, mais une certaine conscience de classe, dont il ne conviendrait évidemment pas, ou plutôt une certaine inconscience de classe, ou même un inconscient de classe, qui se laisse par exemple beaucoup voir dans son port de tête et entendre dans ses discours délicieusement pontifiants, comme il n'aime pas que je dise. Je suis sûr que je l'étonnerais beaucoup si je lui disais qu'il est parfois plein de morgue. (Il fut un temps où l'on pouvait l'appeler don Esteban, m'a-t-il dit, et je suis sûr qu'il portait très bien ce nom-là. D'ailleurs, il a dans le visage une certaine noblesse et une gravité qu'on pourrait peut-être qualifier d'espagnoles.) Mais le plus suprenant est que, dans le même temps, il a l'allure d'un aventurier, pour ne pas dire d'un demi-sauvage, sans doute pour avoir navigué sur tant de mers et s'être échoué sur cette maudite île des Marquises dont je ne retiens jamais le nom. Il a souvent aussi la candeur d'un adolescent, quand on doit par exemple lui expliquer les réalités de la France du XXIe siècle, qui lui est devenu un pays parfaitement étranger. Enfin, il a l'air d'un indien, quand, dans les rues d'une ville qu'il découvre ou redécouvre, il marche le nez en l'air, comme s'il se repèrait aux nuages. Il préférerait ne jamais parvenir à l'endroit qu'il souhaite, plutôt que de demander sa route à quelqu'un. Il est bien trop fier pour cela ! Et bien trop sûr de son bon sens (de l'orientation), comme d'autres le sont de leur bon droit. Il est d'une patience infinie, puisqu'il a été capable de me supporter jusqu'à près de trois semaines, sans presque jamais perdre son sang froid. L'une des rares fois où je l'ai vu s'emporter un peu contre moi, c'était parce qu'il avait bu deux gorgées de cidre, alors qu'il ne tient pas du tout l'alcool, ce qui est fort surprenant pour un marin. S'il est un homme d'ondoyant et divers, c'est bien don Esteban (moi je l'appelle ainsi) ! Tant de variété chez un seul homme rendent sa compagnie fort divertissante et, pour tout dire, des plus agréables. je dois bien reconnaître que cette compagnie me manque parfois. Il y a bien longtemps que nous ne nous sommes pas revus.

Écrit par : Olivier Bruley | 30 janvier 2009

Je suis mal placé pour juger de la validité de ce portrait, plutôt flatteur je trouve. Par contre cette histoire de cidre, franchement.....
Pour la France du vingt-et-unième siècle, j'ai quand même compris un truc en constatant que les SDF, de plus en plus nombreux d'une année sur l'autre, sont quasiment tous des hommes de type caucasien ayant dépassé la quarantaine: en France, hors la jeunesse, point de salut. Donc la France n'est pas prête de me revoir autrement que sous forme de touriste de platanes.
La crise va surement nous isoler un peu plus au milieu du Pacifique, je ne désepère pas de voir le retour de vieilles et saines pratiques comme la marche à pied, l'étui pénien ou l'anthropophagie.

Écrit par : manutara | 30 janvier 2009

@ Olivier : merci pour ce portrait du maître des lieux que j'imagine complexe c'est certain (don Esteban pas le portrait)
J'ai pris le train en marche et en sais très peu sur le personnage ; il ne fait pas de doute qu'il me m'apparaît comme un parfait aventurier, dans le sens positif du terme.
Et qu'il le veuille ou non, on voit très bien qu'il a de l'éducation (autant par son écriture que par le contenu de ses textes). Est-il vraiment espagnol ?
Cerise sur la gâteau, il me fait beaucoup rire, j'aime bien son humour.

@ Manutara : "anthropophagie"...bigre, je ne suis pas prête de mettre un pied aux Marquises moi...

Écrit par : Cigale | 31 janvier 2009

Je te rassure Cigale, ces pratiques avaient cours en des temps reculés où les tribus d'une même île se livraient une guerre sans merci. Les vainqueurs ramenaient quelques prisonniers et hop, à la casserolle. Si tu es intéressée par l'histoire des Marquises, je te recommande "Taipi" de Hermann Melville. Ce n'est pas une fiction. Melville, avant de devenir écrivain, sillonna les mers du globe sur des baleiniers. Ayant déserté son bord lors d'une escale aux Marquises, il fut recueilli par la tribu des Taipis avec laquelle il passa six mois.

Écrit par : manutara | 31 janvier 2009

Ce qui me fait très plaisir, c'est que tu as de plus en plus de commentaires et c'est mérité car, franchement, tes notes sont des plus plaisantes et j'attrape de nombreux fous rires en te lisant et en imaginant les scènes décrites. Grace à toi, on voyage beaucoup !

Écrit par : tinou | 31 janvier 2009

Manutara : " Ayant déserté son bord lors d'une escale aux Marquises, il fut recueilli par la tribu des Taipis avec laquelle il passa six mois."

Bon au moins ils ne l'auront pas mis à la casserole celui-là ... :-))
Merci pour la référence, je vais tenter de trouver ce livre à la bibliothèque du coin.

Écrit par : Cigale | 01 février 2009

Merci Tinou, mais c'est bien grâce à toi et à Cigale.
En ce qui concerne Melville, les choses ont failli tourner au vinaigre...

Écrit par : manutara | 01 février 2009

Merci Tinou, mais c'est bien grâce à toi et à Cigale.
En ce qui concerne Melville, les choses ont failli tourner au vinaigre...

Écrit par : manutara | 01 février 2009

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