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27 janvier 2009

La tia Julia

 

 

 

 

 

Arcachon....Arcachon....Arcachon...Je ne sais pourquoi, mais, depuis quelques temps, ce nom de ville m'obsède, qui me fait penser à une armée de gremlins édentés se ruant à l'assaut d'une place forte peuplée de saucisses de Frankfurt....Un blog que j'ai lu certainement. Je ne connais pas cette ville et pourtant j'y ai passé une nuit, il y a quelques années. C'était en plein mois de juillet. Je revenais du Chili où j'habitais à l'époque et, après quatorze heures d'un vol sans escale, j'avais débarqué en début d'après midi à l'aéroport de Madrid-Bajaras dans l'état second de la victime d'une prise d'otages restée ligotée pendant six mois dans un local sans fenêtre, battue quotidiennement par ses geôliers, qui , brusquement libérée, se retrouve dans la rue sans trop savoir ce qui lui arrive. Décidé à ne pas hâter outre mesure mon retour vers cette ville honnie de l'Est de la France où je m'étais engagé, comme chaque année, à passer deux mois avec ma mère, j'avais décidé de faire les mille cinq cents derniers kilomètres en voiture. Je me dirigeai en chancelant vers le comptoir de l'agence dans laquelle j'avais réservé un véhicule depuis ma lointaine retraite patagone. J'avais porté mon choix sur une Golf, on me donna donc une Seat je ne sais plus combien en me précisant que c'était, mas o menos, mais plutot menos que mas, la même chose...Muy compacto...me précisa l'employé en me tendant les clés...Compactissimo...crut bon de renchérir sa collègue qui était en train de refiler un coche muy spacioso a une famille de belges flamingants.Ça pour être du compact, c'était du compact. Du concentré de voiture, en fait. Courte, étroite, mais haute, étonnement haute. Elle avait du passer dans un broyeur ou quelque chose de ce genre. Au moins, je n'eus aucun mal à la répérer dans le parking babélien, coincée entre deux berlines à la calandre agressive. Tout cela était grotesque, mais j'étais trop épuisé pour refaire les dix kilomètres de couloirs qui me séparaient de l'agence. Je la surnommai mentalement tia (tante) Julia, je ne sais pas pourquoi, c'était tout ce que j'avais en stock et j'était vraiment très fatigué. Ce jour là, j'abattis avec difficulté une cinquantaine de kilomètres, avant de m'effondrer dans le premier motel que je trouvai le long de l'autopista. Je ne me réveillai que le lendemain, en fin d'après-midi, ce qui me sembla être une bonne raison pour remettre hasta manana la suite de mon voyage, après tout, l'hôtel était confortable et les chaînes de télévison innombrables. J'ai toujours été heureusement surpris , en Espagne, par les hôtels de classe moyenne, qui cachent si bien, derrière des façades insipides, un luxe insoupçonné. Tandis que le serveur prenait ma commande pour mon almuerzo tardif, avec cette morgue ibérique qui donne à celui qui demande courtoisement son assiette de calamares a la plancha l'impression de devoir aller les pêcher lui-même, le serveur donc, sans doute en mal de conversation dans le restaurant désert à cette heure où une climatisation poussée à ses extrêmes maintenait une température sibérienne, le serveur, dis-je, me demanda si j'étais là pour affaires, en précisant, por si a caso, qu'il m'avait vu arriver la veille et qu'ici, en général, les gens ne faisaient que passer, una noche y ya basta. Non, non, j'étais juste un vacancier de plus profitant de la vue grandiose. Il eut un haut le corps...Uy, pero hombre, ne se ve nada aqui...D'un geste désabusé de la main, il me désigna, derrière la baie vitrée, le paysage désolant qu'offraient l'autopista d'un côté et la vaste zone industrielle écrasée par la chaleur, de l'autre. Je compris alors que si je ne voulais pas finir à la cuisine, coincé entre le concierge et la camarera, victime de cette familiarité bon enfant réservée aux habitués, il me faudrait, sans faute, reprendre la route le lendemain. C'est ce que je fis, aux aurores, avec impasse sur le desayuno incluido. Bien reposé, je roulai toute la journée sur les magnifiques routes espagnoles, désertes dans cette partie du pays en cette saison. La désertification prit fin au passage de la frontière française. Je réussis toutefois à traverser les Landes, avant de ressentir les premiers effets de la fatigue. Deux options s'offraient à moi: passer la nuit à Bordeaux ou à Arcachon. Bordeaux me faisait l'effet d'une grande ville hostile. Je nous voyais errer, toute la nuit, la tia Julia et moi, pris dans un entrelacs de ruelles portant toutes des noms de grands crus, éconduits par des concierges aux visages couperosés d'hôtels pris d'assaut par des touristes bavarois avinés. Tandis qu'Arcachon avait un côté rassurant de petite ville faussement rustique, peuplée uniquement d'une austère bourgeoisie ayant fait son beurre dans l'huître. Comme on peut le constater, je ne suis pas homme à avoir des idées préconçues. Dès que cela fut possible, je rangeai la tia Julia dans la file surmontée d'un impressionnant panneau annonçant ARCACHON.

14:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

D'abord merci pour la taille des caractères, j'arrive presque à lire sans mes lunettes dis-donc ! :-D

Ensuite, comme j'ai fait anglais et italien (que je parle toutes deux comme une vache espagnole certes...) j'ai eu un peu de mal avec ta note du jour (mais je ferai traduire par mon homme ce soir)

Et comme je suis dans un jour de grogne je continue la liste en disant que tu n'as pas mis A SUIVRE...j'espère qu'il y a bien une suite sinon la chute est un peu...enfin bref ! :-D

Écrit par : Cigale | 28 janvier 2009

Oui, oui, il y a une suite. On m'a souvent repproché de faire des notes trop longues. Donc, maintenant, je fractionne.
Quant aux mots en castillan, ils sont juste là pour l'atmosphère. Ils ne sont pas vraiment nécessaires à la compréhension du texte auquel, d'ailleurs, à mon grand regret, il n'y pas pas grand chose à comprendre. Si je n'étais un grand flemmard, j'aurais ajouté, en accompagnement musical, quelques accords de guitare de Paco de Lucia. Ca donne quelque chose dans le genre:
CLAP ....CLAP.....CLAP (talon frappant furieusement le sol)
TENGO UN DOLOOOOOOR EN EL CORAAAAAAAAZOOOOOONNNNNNNN
AY AY AY AY MADRE QUE DOLOOOOOOR..................

Écrit par : manutara | 28 janvier 2009

J'sais pas pourquoi mais soudain je suis tout de suite moins grognon suite à ton coup de talon... :-D

Écrit par : Cigale | 28 janvier 2009

Ne critique pas Paco de Lucia. Je le mets souvent en accompagnement sur mes notes espagnoles !

Écrit par : tinou | 31 janvier 2009

Ah mais je l'aime beaucoup, moi aussi. Mais pour quelqu'un qui ne connait pas, ça peut sembler un rien étrange.

Écrit par : manutara | 01 février 2009

Les commentaires sont fermés.