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21 janvier 2009

Un si beau texte

 

    

« Et vous, qu’est-ce que vous avez fait pour les jeunes ? » lançait l’autre soir Jack Lang, cette frétillante endive frisée de la culture en cave… « Qu’est-ce que vous avez fait pour les jeunes ? » Depuis trente ans, la jeunesse, c'est-à-dire la frange la plus parasitaire de la population, bénéficie sous nos climats d’une dévotion frileuse qui confine à la bigoterie. Malheur à celui qui n’a rien fait pour les jeunes, c’est le péché suprême, et la marque satanique de la pédophobie est sur lui… Je n’ai jamais aimé les jeunes. Leur servilité sans failles aux consternantes musiques mort-nées que leur imposent les marchands de vinyle n’a d’égale que leur soumission béate au port des plus grotesques uniformes auquel les soumettent les maquignons de la fripe… Et comment ne pas claquer ces têtes à claques devant l’irréelle sérénité de la nullité intello-culturelle qui les nimbe ? Et s’ils n’étaient que nuls, incultes et creux, par la grâce d’un quart de siècle de crétinisme marxiste scolaire, renforcé par autant de diarrhéique démission parentale, passe encore. Mais le pire est qu’ils sont fiers de leur obscurantisme, ces minables. »

Il y a quelques jours, je suis tombé en arrêt devant ce petit texte en furetant dans la blogosphère. Ah, la belle chose ! J'aurais pu l'écrire (sur le fond) tant il exprime ce que je ressens vis à vis du jeunisme qui pourrit notre société et qu'il faudra bien extirper de la cervelle de nos concitoyens si l'on veut que la machine se remette en route. Enfin, en attendant, j'avais le sentiment, que, quelque part, au-delà des océans, la résistance commençait à s'organiser. J'arpentai d'un pas vif la salle de séjour de mon humble demeure, en proie à une agitation salutaire, m'arrêtant à intervalles réguliers devant l'écran de mon ordinateur pour relire l'admirable prose, m'en imprégner, allant jusqu'à émettre des ricanements que certains eussent pus considérer malsains, pour ne rien dire des apartés entre moi et moi, d'abord à voix basse puis, comme je m'échauffai tout seul n'hésitant pas à sabrer l'air du plat de la main, la voix pris du coffre et s'enfla au point de devenir un cri, que dis-je, un rugissement!. « Frétillante endive frisée », il fallait le trouver. « Frange parasitaire de la population », trop beau pour être vrai. « Une dévotion frileuse confinant à la bigotterie », ah le brave homme! « Crétinisme marxiste scolaire », tout à fait ça! « Démission parentale », nous y voilà!

Mon agitation menaçant de dégénérer en atteinte à l'ordre public, je me precipitai sur la plage, bondis dans mon fidèle kayak et me mis à ramer furieusement vers le large, composant mentalement le texte du billet que j'allais rédiger séance tenante, à peine surgi ruisselant de l'océan, à la gloire de ce vaillant blogueur qui avait de manière si subtile su exprimer le fond de ma pensée.

Trois heures plus tard, les muscles douloureux et le cerveau en ébullition, mon abondante chevelure mêlée à diverses créatures marines animées et inanimées que ma tête était allée chercher sur le fond sablonneux lors de mon attérissage intempestif sur la plage déserte, trois heures plus-tard, donc, je me mis au travail. Par acquis de conscience, pour être certain de ne pas avoir rêvé ce texte, je me rendis sur le blog de ce lointain génie. Il était bien là, le texte, pour le génie, je ne sais pas, je doute qu'il ait été occupé à surveiller les allées-venues sur sa page. Mais une chose me sauta aux yeux comme un krishna bondissant, sournoisement caché dans la foule. Le titre du billet. « Desproges, encore... ». Mon enthousiasme retomba comme un soufflé trop vite monté. Floc.

D'abord je n'ai jamais aimé Desproges, pas plus que Coluche d'ailleurs. D'une manière générale, je n'aime pas les gens qui s'efforcent de nous faire rire, par contre j'aime beaucoup rire aux dépends des gens sérieux, ce sont les plus drôles. Chirac expliquant dans un anglais vacillant, avec des mouvements désordonnés de noyé, comment on s'y était pris pour piquer je ne sais plus combien de milliers de billets pour le mondial de foot 98, ça oui, c'était du grand art!

Une petite voix perchée sur mon épaule continuait, cependant, à me murmurer...Peu importe l'auteur, il reste le fond,le fond, le foooooooond....

Eh bien justement, le fond est un véritable désastre parce que si, comme je le pense, Pierre Desproges a rédigé ce texte au début des années quatre-vingt, moi, à l'époque, oui, moi, aussi impensable que cela puisse paraître, j'étais jeune....

 

  

Commentaires

Non mais c'est pas vrai ! Tu devrais être remboursé par la Sécu pour le bienfait que tu apportes car ton billet (comme beaucoup d'autres chez toi) m'a fait hurler de rire !

En même temps c'est étrange ce que cela suscite : lors de la lecture de l'extrait de texte (de l'auteur surprise), j'ai été étonnée par la véhémence contre la jeunesse et j'ai immédiatement pensé que la personne qui avait écrit de telles pensées allait se retrouver au pilori dans l'heure qui suit.

Puis sachant que c'était du Desproges, je me suis dit que les gens à l'époque devaient se bidonner (sauf les jeunes) et trouver qu'il énonçait là de belles vérités... Comme quoi les amuseurs publics comme Desproges ou Coluche sont bien nécessaires à la société. Pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Bien sûr il force le trait et il faut se garder de généraliser, mais il y a de ça...

Moi j'aimais bien Coluche et maintenant je l'aime beaucoup, il me fait toujours rire ! Je n'aimais pas Desproges à l'époque simplement parce que je ne comprenais rien à ce qu'il racontait !

Avec l'âge, c'est différent et je trouve qu'ils nous manquent tous les deux.

Sinon, je donnerais cher pour te voir à la sortie de ton kayac avec tes ovnis sur la tête !!! :-D

Écrit par : Cigale | 22 janvier 2009

Merci pour ton commentaire, Cigale. Tu as raison, un tel texte est tout simplement impensable aujourd'hui, cela aurait d'ailleurs du me conviancre qu'un contemporain ne pouvait l'avoir écrit. On se risquerait éventuellement, sans courir un grand risque, d'ailleurs, à s'en prendre aux vieux pour justifier le génocide social dont ils sont l'objet, mais la sacro-sainte jeunesse, ah non, intouchable!
Pour Desproges dont je n'ai pas lu grand chose, mon aversion date de l'époque où il collaborait au petit rapporteur avec Jacques Martin. Son humour était pollué d'un insupportable parisianisme, prenant invariablement pour cible les petites gens de la campagne. Comme, tout jeune déjà, je préférais les bouseux aux citadins....
Pour Coluche, son humour de beauf m'a toujours laissé de marbre. Par contre j'aimais beaucoup le Coluche acteur, pas seulement dans "Tchao pantin", mais aussi dans d'autres productions de moindre qualité.

Écrit par : manutara | 22 janvier 2009

Je comprends mieux ton point de vue.

Je n'ai jamais regardé l'émission dont tu parles, par contre je voyais "La minute de Monsieur Cyclopède" avec la tête de Desproges dans le balancier de l'horloge :-)) J'avoue que son humour me passait largement au-dessus de la tête...

L'humour beauf de Coluche...
Oui mais il faut le voir comme un clown, l'amuseur public (donc grand public). Derrière la forme - qui peut ne pas plaire - le fond était quand-même intéressant. Et il avait le mérite de dire les choses. Moi non plus à l'époque je n'aimais pas trop, puis avec le temps j'ai appris à le connaitre et mon avis sur lui a changé.

Jai du mal à trouver qui peut remplacer ces deux hommes parmi les humoristes à l'heure actuelle...

Et j'ai du mal à lire ton blog qui est écrit tout petit... !!! (un peu de compassion pour les personnes âgées que diable ! :-)))

Écrit par : Cigale | 22 janvier 2009

Ah, oui, je vais y remédier la prochaine fois en changeant la police.
J'aimais bien Raymond Devos d'abord parce qu'il était aussi peu glamour qu'on peut l'être et ensuite pour la richesse de ses textes. Il est vrai que ce n'était pas à proprement parler un comique mais plutôt un conteur jouant sur les mots, un peu dans la lignée de Bobby Lapointe.

Écrit par : manutara | 23 janvier 2009

Peut-être l'essai de Jean-Claude Barreau vous intéressera-t-il :

http://www.hachette.com/livre/jean-claude-barreau-nos-enfants-et-nous-283696.html

Écrit par : Guillaume | 27 janvier 2009

Merci pour le lien, Guillaume.

Écrit par : manutara | 27 janvier 2009

"La frétillante endive frisée" s'est largement fripée depuis...
Rassure-toi, les vieux vont reprendre du poil de la bête, tout simplement parce qu'ils vont bientôt être en majorité dans nos pays occidentaux.
Hélas, on n'en voit guère en Afrique. L'espérance de vie est de seulement 59 ans au Bénin, (pour les hommes). Les quelques rares personnes âgées que j'ai rencontré ont un statut bien particulier : ce sont les sages qui se réunissent sous l'arbre à palabre et leurs paroles sont paroles d'évangile. Mais tu le sais déjà !

Écrit par : tinou | 31 janvier 2009

Tinou : " Rassure-toi, les vieux vont reprendre du poil de la bête, tout simplement parce qu'ils vont bientôt être en majorité dans nos pays occidentaux."

Ne crois-tu pas plutôt qu'ils vont être parqués plus que jamais dans des maisons spécialisées (ou non), mis aux rebuts, cachés comme les moches et inutiles qu'ils deviennent ...? Problème de société assurément...

Écrit par : Cigale | 01 février 2009

Je partage d'une certaine manière le point de vue de Tinou. Ne serait-ce que pour des raisons économiques, il faudra recycler les vieux, les resocialiser. Il n'est quand même pas innocent que la maladie d'Alzheimer, la maladie de l'oubli, touche une proportion de plus en plus importante de personne agées. A mon avis elle n'est que la manifestation clinique d'une maladie sociale qui vise justement à condamner à l'oubli une partie de plus en plus importante de la société. Regardez les productions cinématographiques récentes, les acteurs, toujours jeunes, évoluent dans un monde d'où la vieillesse est absente. Si par hasard on montre un vieux, c'est toujours pour s'en moquer.
Je crois aussi au retour des vieux, tout simplement parce que la génération qui a inventé le jeunisme, celle de mai soixante huit, entre dans le troisième âge.

Écrit par : manutara | 01 février 2009

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