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05 janvier 2009

Le mercure monte

 

 

Nous avions fini par nous retrouver côte à côte dans l'avion, assis sur deux sièges de la dernière rangée. A l'époque, les sièges n'étaient pas attribués, aussi chacun s'asseyait où bon lui semblait. Le Krakoukass s'était lancé à l'assaut de nos places, ou plutôt il m'avait poussé en avant, brandissant son manteau en hurlant...Prenez nous deux places dans la queue, S***, c'est toujours là qu'on retrouve les survivants en cas d'accident...Comme nous avions embarqué par l'avant, il m'avait fallu remonter tout l'avion aiguillonné par le colonel qui sifflait....Allez, allez,on va nous les piquer.... chaque fois que je m'arrêtais pour laisser un passager s'installer. Je voulus m'asseoir près du hublot, mais le colonel voulait occuper le siège du couloir, pour pouvoir évacuer plus rapidement l'avion en flammes au moment du décollage, car, m'expliqua-t-il, mais les autres passagers en profitèrent largement, c' était toujours au moment du décollage que « l'effet queue » montrait toute son efficacité en cas d'incident, parce qu'une fois en vol, queue ou pas queue, il claqua des mains, PAF, c'est foutu. Comme il refusait l'idée de voir un civil s'installer à coté de lui, il fallut que je pose mes petites fesses d'aspirant sur le siège du milieu, laissant le siège côté hublot libre. Je caressai l'espoir que personne ne viendrait l'occuper, mais une dame passablement obèse semblait partager les illusions du colonel en matière de sécurité aérienne, à moins que, plus probablement, il se fût agi du dernier hublot disponible. Je la vis arriver de loin, essoufflée, guettant du coin de l'oeil la place laissée vacante. Il fallut donc se lever pour la laisser passer tout en l'aidant à incérer son volumineux bagage à main dans le compartiment prévu à cet effet. Il y eut un moment de tension quand le sac de la dame vint se poser lourdement sur l'abominable manteau soigneusement plié du colonel....Attention, c'est du poil de chameau!...rugit-il. J'eus la vision d'une de ces bêtes disgracieuses perdant son pelage rêche par plaques entières.

Une fois que les portes de l'appareil eurent été fermées et que les réacteurs laissèrent entendre leur sifflement caractéristique, je pensai que le colonel allait se détendre, se laisser vivre un peu. Après tout, il avait réussi à aborder un avion civil et nous étions dans les temps pour notre correspondance à Lyon. Mais non. Il semblait au contraire de plus en plus nerveux, ouvrant et fermant les aérateurs, jouant avec l'éclairage individuel, vérifiant sans cesse le règlage de sa ceinture, abaissant et remontant sa tablette, bien inutile sur cette compagnie. Je dus l'empêcher de sortir son gilet de sauvetage de sous son siège, pour voir s'il était en bon état, lorsqu'une hôtesse nous en fit la démonstration. Tandis que l'avion avait commencé à rouler vers le bout de la piste, le Krakoukass se tourna vers la dame assise à côté de moi et qui ne demandait rien à personne...Ne craignez rien madame, les caravelles peuvent planer sur huit cents kilomètres. J'ai lu ça quelque part. Lyon n'est qu'à cinq cents kilomètres, alors vous pensez, on a du rab!...La dame jaugea du regard le colonel dans son accoutrement grotesque, s'attardant sur la casquette de trappeur canadien qu'il s'entêtait à vouloir garder vissée sur la tête, me jeta un coup d'oeil interrogateur, puis, haussant les épaules murmura...C'est ridicule...Déçu, le colonel reporta son attention sur moi...Vous saviez, vous, que les caravelles...Je l'interrompis. Mon côté je sais tout....Non, mon colonel, j'ignorais ce détail, mais il risque de ne pas être d'une grande utilité vu que cet avion est un Mercure...Je lui montrai la notice de sécurité..C'est écrit là...Et pour enfoncer le clou....Vous avez du remarquer en embarquant que les réacteurs se trouvent situés sous les ailes et non à l'arrière du fuselage... J'aurais mieux fait de me taire. Incrédule, le colonel bafouilla...Sous les ailes? Mais ça change tout!...Avant que j'aie pu l'en dissuader, il défit sa ceinture et, se dressant à moitié, se tourna vers l'hôtesse sanglée sur son strapontin derrière nous pour lui hurler...Ce n'est pas une caravelle?...Cette dernière se contenta de lui crier...Asseyez-vous monsieur et attachez-vous!...Puis s'adressant à moi...Vous le militaire, occupez-vous de lui...Des têtes inquiètes commencèrent à se tourner vers nous. Quelques enfants se mirent à pleurer. Je n'avais jamais vu un homme aussi terrifié de ma vie. Je réussis toutefois à le persuader de se rasseoir et à s'attacher, tandis que le pilote mettait les gaz à fonds, nous plaquant dans nos sièges sous l'effet de la poussée des réacteurs. Le Mercure n'était certainement pas un mauvais avion, mais il était extrèmement bruyant et parcouru de vibrations inquiétantes une fois en l'air. Tandis que nous prenions de l'altitude, je vis, au Nord, la nuit azuréenne de cette fin d'été se zébrer d'éclairs à la perfection inquiétante, tandis que montait, en provenance de ma voisine, non pas une odeur de terre mouillée après l'orage, mais une senteur beaucoup moins agréable bien que tout aussi végétale, celle de l'oignon consommé en grande quantité. Le vol ne faisait que commencer...

Commentaires

Je sens que le vol va être mouvementé ! :-D

Écrit par : Cigale | 05 janvier 2009

Ça promet en effet ! Quand je prends l'avion, je demande toujours à être côté couloir (dans la mesure du possible). Je garde un souvenir plus que pénible d'un voyage effectué, coincée entre deux obèses !

Écrit par : tinou | 05 janvier 2009

Mouvementé, Cigale? Qu'est-ce qui te fait dire ça? Ciel, en aurais-je trop dit?
Ah oui, le siège du milieu c'est l'horreur, surtout quand on ne connait pas ses voisins. L'espace alloué aux passagers est devenu tellement restreint, qu'on finit toujours par ramasser sur les genoux un échantillon du plateau repas de ses voisins. Voilà au moins un risque qu'on ne courrait pas sur la défunte Air Inter!

Écrit par : manutara | 05 janvier 2009

@ Manutara : ce qui me fait dire ça ?? La légendaire intuition féminine ! (mouarfff)

Écrit par : Cigale | 05 janvier 2009

Les commentaires sont fermés.