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02 janvier 2009

Le billet

 

 

 

 

Un fois en possession de ma carte d'embarquement, je me tournai vers le colonel qui me fixait d'un air de béate admiration...A vous, mon colonel. Vous voyez c'est tout simple!...J'ai toujours eu le triomphe modeste. J'oubliais juste qu'avec le colonel Krakoukass, les choses les plus simples devenaient toujours extrèmement compliquées. Comme je lui cédai ma place au comptoir, il me retint par la manche de mon uniforme...Restez à mes côtés...Il commença par donner à l'hôtesse d'Air Inter le chiffon de papier sur lequel était inscrit son itinéraire. J'anticipai la réaction de l'hôtesse aimable comme...une hôtesse d'Air Inter, la seule compagnie au monde à avoir construit son image de marque autour de l'absence de tout service à bord de ses avions. Il fallait donc mettre les passagers dans le bain dès l'enregistrement. Un mot gentil, une formule de politesse et ils auraient pu s'imaginer des choses, tirer des plans sur la comète...Non, pas ça, mon colonel, votre billet, s'il vous plaît...C'est ainsi que je traduisis en langage normal, l'expression exaspérée de l'hôtesse. Le Krakoukass me fixa avec l'air égaré du touareg saharien auquel on apprend que toute sa famille vient d'être ensevelie sous une avalanche de neige poudreuse...Un billet? Quel billet? J'ai juste ce machin. C'est un peu comme un ordre de mission, non?...Encore le naufragé se cramponnant à une ultime planche qu'il préssent pourrie.C'est cet instant que la sympathique hôtesse choisit pour faire entendre son organe. Balasko dans ses mauvais jour, pour se faire une idée...Bon, vous vous dépêchez là, il y a des gens qui attendent! On a bien du vous donner un billet à l'agence. Hein? BILLET. Un truc rectangulaire, avec des souches à l'intérieur...Elle se tourna vers moi...Il comprend ce que je lui dis?....Plutôt que de répondre à cette grossièreté, je montrai au colonel mon billet et d'une voix très douce...Ça ressemble à ça, mon colonel...Livide, le visage inondé de transpiration, le colonel palpa le précieux document en fermant les yeux, essayant d'établir une liaison entre sa mémoire visuelle et sa mémoire tactile. On aurait dit un aveugle lisant du braille. Brusquement, il rouvrit les yeux, une lueur d'espoir dans son regard. Le Krakoukass fouilla dans une des ses poches, en sortit une clé fixée au bout d'une chaîne, encore une, se rua sur sa cantine, en ouvrit le cadenas, éjecta la tringle de fermeture qui finit sur le comptoir en produisant un bruit métallique sinistre, arrachant, au passage, à la Balasko un petit cri hystérique. Une fois le couvercle rabattu, le Krakoukass s'immergea dans les entrailles du monstre et finit par reparaître avec un vieux porte document culotté comme les guêtres d'un mamelouke. Avec précaution, il en fit jouer les serrures. A l'intérieur, une liasse de documents...J'y garde tous mes ordres de mission.Tenez, là c'est mon premier...Je l'interrompis....Le billet, mon colonel?...Oui, le billet s'y trouvait, alléluia! Je le tendis donc à notre cerbère, pendant que le colonel remballait ses effets. A contre-coeur, en ronchonnant, c'est pas trop tôt, elle consulta sa liste de passagers (à l'époque la micro-informatique restait à inventer), raya rageusement le nom du colonel, arracha une souche dans le billet avec la grâce d'une contrôleuse du transsibérien et me tendit la carte d'embarquement du Krakoukass, hâtivement gribouillée à la main en marmonnant...Des bagages?...C'est à ce moment qu'elle sembla prendre conscience du fait que le colonel et sa cantine allaient voyager ensemble, un peu comme si , jusque là, l'hôtesse avait supposé que cet encombrant bagage s'était contenté d'accompagner son maître à l'aéroport pour le voir partir et après un dernier adieu, une ultime embrassade, prendre le chemin du retour, seul, sur son chariot, mu par quelque force mystérieuse.Se penchant par-dessus le comptoir, elle beugla...Ah, mais non, ce machin ne monte pas dans l'avion...Elle réfléchit un instant, puis ajouta...Air Inter est une compagnie pour gens normaux.!.. C'est alors que le Krakoukass se mit à gueuler, fort, mais vraiment très fort, réduisant en bouillie la Balasko sous un pilonnage acoustique où il fut question d'un obus de 105 pénétrant par un des orifices de l'hôtesse afin de calmer, pendant quelque temps, ses ardeurs belliqueuses. Pas très fin. Mais efficace. La cantine fut enregistrée en un temps record.

 

 

 

Commentaires

Non mais il était vraiment nul ce Krakoukass !! :-)
Et merci de ne pas dire du mal de la p'tite Josiane car je l'aime beaucoup !

Écrit par : Cigale | 02 janvier 2009

Moi aussi j'aime bien Balasko, ou plutôt son jeu d'actrice. C'est juste que, retrospectivement, cette hôtesse me fait penser à certains personnages odieux incarnés avec bonheur par Balasko (un crime au paradis par ex).

Écrit par : manutara | 02 janvier 2009

Moi je ne suis pas trop étonnée du comportement de Krakoukass. Bien souvent certains militaires de carrière avaient tendance à se comporter dans le monde civil comme s'ils étaient encore à la caserne. J'ai connu un homme qui était instructeur à la Légion en Algérie. Quand il a réintégré le monde des civils il a été incapable de s'adapter. Il a fallu le renfemer chez les fous à plusieurs reprises !

Écrit par : tinou | 02 janvier 2009

Moi j'avais fini par le trouver attachant ce Krakoukass, totalement perdu dans ce monde de civils auquel il ne comprenait rien. Il est vrai que l'armée est un monde très sécurisant. Tout y est soigneusement codifié par le système des grades qui délimite clairement les compétences et les pouvoirs de chacun. Il n'y a pas cette foire d'empoigne permanente à laquelle se livrent les employés au sein d'une entreprise qui, à un moment donné, peuvent se croire proche de la direction et se voire contraints de prendre celle de la porte le lendemain, quand ils ne sont pas remisés dans quelque fonction subalterne pour ne pas avoir su plaire.

Écrit par : manutara | 03 janvier 2009

Tout à fait d'accord Manutara. Ne dit-on pas d'ailleurs que l'armée est une grande famille ?

Et si tu gardes un esprit caustique sur Krakoukass, on sent bien néanmoins une certaine affection pour le personnage... :-)

Écrit par : Cigale | 03 janvier 2009

Faudrait savoir Cigale ! Un coup tu le trouves nul, un autre tu le trouves attachant... Et dans le coup, manutara se retrouve avec 6 commentaires pour la note !
Bon, il n'y a plus qu'à attendre la suite de l'histoire...

Écrit par : tinou | 03 janvier 2009

Tinou ce n'est pas moi qui le trouve attachant le Krakoukass mais Manutara.

Cela dit c'est vrai que le trouve un peu attachant également (dès l'instant que je ne dois pas lui obéir !) Et puis on peut trouver quelqu'un nul ( ici dans le sens pas dégourdi) et néanmoins attachant non ? :-)

Et de 7...

Écrit par : Cigale | 03 janvier 2009

Oui, je suis entièrement d'accord si tu emploies le terme "nul" dans le sens "pas dégourdi"...
Et de 8 ! Qui dit mieux ?

Écrit par : tinou | 03 janvier 2009

Moiiiiiiii....... 9.

Écrit par : tinou | 04 janvier 2009

Et de 10, j'aime bien les chiffres ronds!

Écrit par : manutara | 04 janvier 2009

Les commentaires sont fermés.