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17 décembre 2008

Le capitaine et la pute rousse

 

Évidemment, les choses n'en restèrent pas là. Je fus, le soir même, convoqué par le capitaine Arbre Généalogique dans son bureau. Son bureau, sur un terrain de manoeuvres? Oui, où qu'il se trouvât, le capitaine réussissait à dénicher un bureau, un vrai, avec quatre cloisons, un meuble du même nom, un fauteuil pour lui, des chaises pour les autres, un téléphone, une armoire, enfin un bureau. A Canjuers, c'était un conteneur vide sommairement aménagé. Je n'ai d'ailleurs jamais vu le capitaine sur le terrain et encore moins dans un char. A trente ans et des poussières, il était entièrement cassé, par quoi, je n'en sais rien, les chars peut-être, ses interminables périodes passées en position assise dans ses bureaux successifs, sûrement. Le seul fait de se lever de son fauteuil lui arrachait un rictus douloureux. Un jour, à Stetten, il fallut l'évacuer d'urgence de son bureau vers l'hôpital militaire le plus proche, enchassé dans son fauteuil dont il était impossible de tenter de l'extraire sans déclencher chez lui des hurlements épouvantables.

Ce soir là, il semblait être en forme. Il fumait un Partagas, une carte du camp étalée sur son bureau....Hé, hé, vingt kilomètres à pied, ça ne vous aurait pas fait de mal et surtout ça m'aurait évité d'avoir le Krakoukass (il avait adopté le surnom avec enthousiasme) sur le dos. Mon pauvre dos...Il fit une grimace douloureuse. Son manque de soutien me peina...Ah bon, si j'avais laissé hommes et matériel et était rentré à pied comme un misérable, vous n'auriez rien dit?...Le capitaine se massa l'épaule droite de la main gauche (ou l'inverse, je ne sais plus) en gémissant...Bien sur que si, je vous aurais renvoyé en Allemagne sur le champ, sans compter que vous auriez perdu la face auprès de vos hommes.Vous ne m'auriez plus été d'aucune utilité...Je haussai les épaules...Eh bien alors?...Il ouvrit un tiroir de son bureau et en sorti un bouteille de Cognac dont il versa une rasade dans un verre à dent d'une propreté douteuse...Maintenant, c'est le Krakoukass qui a perdu la face. Que vous ayez été dans votre bon droit ne change rien à l'affaire. Une face de colonel a quand même plus de surface qu'une face d'aspirant. Il sort d'ici et voulait votre peau, c'est aussi simple que cela. Après tout, vous aviez commis une faute. Si vous aviez été un professeur, surveillant une épreuve du baccalauréat et que vous aviez soufflé la bonne réponse à l'un des candidats, vous auriez été mis à pied sur le champ! L'erreur du colonel a été de proposer une sanction non règlementaire...Un silence pesant s'installa entre les cloisons métalliques du conteneur. Finalement, un sourire malicieux vint détendre les fines lèvres aristocratiques du capitaine...Mais j'ai fini par trouver un terrain d'entente avec le Krakoukass. Officiellement, vous êtes un obsédé sexuel...Je sursautai, comme touché par une décharge électrique...Mon capitaine!!!!....Laissez-moi finir! Un obsédé qui, sous ses airs de premier de classe, entretient une liaison sulfureuse avec une prostituée de Toulon. Une rousse. Avec une poitrine énorme (le capitaine appuya ses dires d'un mouvement explicite des mains)....Mais c'est faux et je ne vois pas le rapport avec le colonel, mon capitaine!..Le capitaine émit un sifflement éxaspéré...Mais c'est qu'il me les gonfle, le petit aspirant! Écoutez, vous dis-je. La vision de cette créature démoniaque peuple vos jours et vos nuits. Vous ne vivez plus que pour ces samedis et ces dimanches où vous allez la rejoindre dans un hôtel borgne des bas fonds de Toulon pour vous livrer à une débauche des sens inimaginable, vos deux corps nus, luisants de transpiration, se cherchant fébrilement dans l'obscurité de la chambre sordide aux murs lépreux...Je ne sais pas où le capitaine, marié à une femme austère, légèrement moustachue, répondant au nom de Blanche, allait chercher pareilles bilevesées, mais je décidai d'entrer dans son jeu...Comment pouvez-vous être au courant de ma vie intime, mon capitaine? Un tel luxe de détails! Peut-être teniez-vous la chandelle?...Le capitaine saisit la balle au bond...Mais non, rappelez-vous de cette soirée un peu trop arrosée au mess, oui, en plus vous avez un problème avec l'alcool, si jeune déjà, enfin, je vous avais raccompagné à l'hôtel des cadres et en chemin vous avais demandé ce que vous faisiez de vos permissions. Dans la nuit étoilée, votre réserve avait cèdé tel un barrage fissuré et vos confidences avaient roulé en un flot ininterrompu ne m'épargnant aucun détail de votre liaison torride....Parvenu à ce stade de la conversation j'essayai de faire le point...Tout cela est très bien mon capitaine, mais outre le fait que je suis pratiquement puceau, que je ne bois pas une goutte d'alcool et que j'ai passé ma dernière permission à visiter le musée océanographique de Monaco en compagnie de l'aspirant de M*** qui a le sex-appeal d'une holothurie, je ne vois pas très bien en quoi ma soit-disant vie sexuelle débordante pourrait arranger mes affaires avec le colonel....Le capitaine frappa le dessus de son bureau du plat de la main, une des premières fois que je le vis fournir un effort physique concéquent...Justement, je vous ai humanisé. Votre côté lisse, monsieur je sais tout, votre arrogance de nanti, tout cela l'exaspère et moi aussi, je peux bien vous l'avouer. En faisant de vous un baiseur alcoolique de putes rousses, je vous ai rendu sympathique aux yeux du Krakoukass....Je manquai étouffer d'indignation...Comment, mon capitaine, vous avez raconté ces conneries au colonel????? Oh putain, j'aurais mieux fait de rentrer au camp en rampant!....Le capitaine envoya en l'air un épais nuage de fumée cubaine...Ce que vous pouvez être coincé. En vous présentant sous les traits d'un séducteur débauché, je lui ai donné des verges pour vous battre sans pour autant vous arracher la peau du dos. Vous donnez libre court à vos instincts lubriques le week-end? Qu'à cela ne tienne! Supprimons ces week-ends de perdition. En arrivant ici, le Krakoukass voulait vous voir renvoyé en Allemagne, avec à la clé une affectation peu glorieuse dans un bureau. Grâce à mon subterfuge, j'ai réussi à ramener la sanction à deux semaines sans permission. De toute façon vous vous en fichez, vous ne rentrez jamais chez vous en Alsace...J'adoptai une expression catastrophée....Quoi, deux semaines sans rousse?...Le capitaine me lança un regard interrogateur...Hein, quelle rousse?...Non, rien, je me mettais juste dans la peau du personnage. Sinon, la sanction me semble équitable si elle ne me touche pas et rend la paix de l'esprit au colonel...Alors que j'étais sur le point de quitter son bureau, le capitaine me lança...Au fait, S***; vous étiez sérieux en prétendant être encore puceau? Va falloir qu'on arrange ça!...Je quittai les lieux en claquant la porte, poursuivi par le rire haut perché d'Arbre Généalogique.

Commentaires

Ah, les fantasmes du capitaine !

Écrit par : tinou | 19 décembre 2008

Oui, il ne devait pas rigoler tous les jours avec sa Blanche!

Écrit par : manutara | 19 décembre 2008

Il faudra que tu nous racontes à quel moment tu es devenu obsédé par le sexe, parce que je n'ai pas souvenir que tu ne faisais qu'y aspirer, quand je te fréquentais !

Écrit par : Olivier Bruley | 20 décembre 2008

Tu dois confondre avec quelqu'un d'autre...

Écrit par : manutara | 20 décembre 2008

Les commentaires sont fermés.