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30 novembre 2008

Une histoire de tapis

 

 

Il semblerait que la tempérence ne soit plus de mise. Les jeunes se soulent à la vodka et les adultes s'enivrent de grands mots. Au politiquement correct qui voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes en donnant à la réalité une apparence de réalité, ce qui, entre nous soit dit, la rend suspecte en le décrétant innommable alors que c'est juste une réalité qui n'a pas demandé à venir au monde (un concierge devient un gardien d'immeuble parce qu'un concierge, hein..., mais il reste un concierge, ne lui dites surtout pas!), à ce politiquement correct donc, a succédé un politiquement incorrect tout aussi dogmatique. Dans ce nouveau dogme, tout ce qui, de près ou de loin, émet des relents de compassion et de générosité est frappé d'anathème.

Je me souviens que vers la fin des années soixante, les immigrés étaient surtout algériens.Pourquoi des algériens? Je n'en sais rien. L'histoire doit avoir un sens de l'humour qui nous échappe parfois. Toujours est-il qu'ils étaient là sans être réellement là. Les bras en France, la tête dans leur pays. La France manquait de bras, alors... Je ne sais si leur vie fut un cauchemar, mais elle ne dut pas être un rêve non plus.

Enfant, j'ignorais ce que je voulais être plus-tard, gardien de phare peut-être ou Huckleberry Finn, mais pas algérien en tout cas. Ce n'était pas une profession promise à un grand avenir, me semblait-il. Le père supérieur ne sous menaçait-il pas, lors de ses interminables homélies, d'avoir à vendre des tapis jusqu'à la fin des temps si nous ne travaillions pas bien en classe, comme ces malheureux, ajoutait-il en secouant la tête d'un air navré tout en faisant décrire à sa main une élégante hyperbole vers un point indéfini de la chapelle où ces malheureux, foule honteuse et invisible, semblaient s'être réfugiés ? Personnellement, je n'avais rien contre les algériens ou les tapis, mais les rares algériens que j'avais croisés en ville, toujours les mêmes, vendaient des tapis, toujours les mêmes. Sans être d'une intelligence exceptionnelle, j'en avais conclu que si les mêmes personnes se promenaient toujours avec les mêmes tapis à l'épaule et cela, semaine après semaine, mois après mois, dans un but autre que de faire prendre l'air aux dits tapis, c'est que la demande pour ce genre d'article devait être confidentielle, voire inéxistante et donc l'activité fort peu lucrative. Inquiet de me voir ressasser ces histoires d'algériens et de tapis au point d'en devenir obsédé (mes résultats scolaires étaient des plus médiocres en cette première année de petit séminaire), mon père m'expliqua que les algériens travaillaient surtout dans le bâtiment où ils gagnaient décemment leur vie et que cette histoire de tapis n'était que du folklore...Comme ma grande soeur, après avoir épuisé les charmes du flamenco, était dans sa période  « danse folklorique irlandaise », cela ne me rassura pas outre mesure. Je me l'imaginais sautillant au son des cornemuses tout en jonglant avec des tapis.

Quarante ans plus-tard, alors que je dépassais sur une autoroute, cap au nord, une longue file de voitures surchargées, quelque part en Andalousie, mon neveu me fit cette réfléxion...Je me demande ce qu'ils peuvent bien ramener d'Algérie?...La réponse me vint tout naturellement...Des tapis, sûrement...Il me rétorqua, avec cette commissération teintée d'un brin de mépris que l'on réserve en général aux malades mentaux...Des tapis? Mais t'es débile! Pour quoi faire?...Je poussai un soupir chargé d'ans...Laisse tomber! Tu ne peux pas comprendre...

Il y a peu, j'étais logé dans une de ces pensions qui font le charme des îles polynésiennes: repas commun, toilette commune, chambre (quasiment) commune. J'y fis la connaissance d'un de ces couples dont la seule mention donne des boutons aux tenants du politiquement incorrect. Monsieur, français d'origine algérienne, était professeur de lycée en poste à Tahiti, madame, française d'origine bretonne était institutrice, et les deux enfants... un peu tout ça. Je n'ai pas le souvenir que les enfants, un garçon et une fille d'une dizaine d'années, eussent été particulièrement bien ou mal élévés. C'était des enfants, tout simplement. Dans la salle commune, nous nous préparions à regarder, sans la regarder vraiment, la diffusion en différé d'un match de football opposant je ne sais plus quelles équipes. Quand la marseillaise fut copieusement sifflée par le public au point qu'on ne pouvait même plus en distinguer les notes, je crus, un bref instant, que le professeur avait perdu la raison. Il se leva, blême, et, tout en se bouchant les oreilles; se mit à hurler....ETEIGNEZ CETTE HORREUR! JE NE VEUX PLUS ENTENDRE CA! IL FAUDRAIT TOUS LES ENVOYER AU BLED, POUR QU'ILS COMPRENNENT LA CHANCE QU'ILS ONT DE VIVRE EN FRANCE!....Il s'effondra ensuite dans son fauteuil en proie à des convulsions. La patronne de la pension éteignit en hâte le poste, tandis que les enfants se mettaient à pleurer et que madame s'activait auprès de monsieur qui, à présent, était secoué de sanglots violents. Elle leva vers nous sa bonne tête d'institutrice bretonne et nous dit...Il faut l'excuser, il aime beaucoup son pays...Elle nous dit cela dans un souffle quasiment inaudible, comme l'aveu d'une perversion particulièrement infamante.

Oh, je sais bien que cet exemple ne satisfera personne. Les politiquement corrects me rétorqueront qu'il doit s'agir d'une erreur, que la vie d'un français issu de l'immigration n'est forcément qu'une vallée de larmes sans issue et les politiquement incorrects me parleront de voitures en flammes, de zones de non-droit, de patrie violée par des hordes de sauvageons. Cela existe sûrement tout ça.

J'ai quitté la France depuis trop longtemps pour prétendre encore pouvoir porter un jugement valide sur ce qu'il s'y passe. Alors je me cantonne à mon microcosme, à ma galerie de personnages et dans cette galerie, monsieur le professeur joue un peu le rôle de ce juste introuvable dont l'existence aurait pu sauver Sodome d'un sort si funeste. Après tout, je ne peux quand même pas me montrer plus exigeant que Dieu...

 

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24 novembre 2008

Lettre invisible à monsieur Zemmour

 

Je ne sais pas trop comment je suis tombé là-dessus, peu importe du reste, mais je n'imaginais pas un seul instant que cela fût possible. L'affaire date déjà, mais aucun écho n'en était parvenu sur mon île. Je ne sais même pas si écho il y eut en France, puisqu'il n'en fut fait nulle mention dans le chiche résumé de l'actualité nationale que RFO nous accorde tous les jours vers huit heures du soir, avec la parcimonie que montrait la tante Marcèle pour nous octroyer du papier toilette. Par contre, sur le net c'était le chemin des dames. Il ne faisait pas bon s'aventurer hors des tranchées, chacun en prenait pour sa race. Au centre du scandale? Monsieur Zemmour. Je ne sais même pas s'il est encore en vie d'ailleurs. Peut-être se cache-t-il au fond de la forêt guyannaise sous un nom d'emprunt (Mamadou Diop, on n'est jamais trop prudent), gardé jour et nuit par un peloton du GIGN, le corps des tirailleurs sénégalais ayant été dissout il y a quelques temps déjà. C'est que l'affaire est gravissime.

On savait le monde en proie à la CRISE, on n'ignorait pas que les costumes en peau de léopard retournée cousus main avec toque assortie avaient du mal à trouver preneur dans les boutiques branchées de Londres auprès de la clientèle habituelle des traders, on était au courant de l'insolvabilité de banques heureusement sauvées par les Etats avec un argent qu'ils n'avaient pas, on avait entendu dire que les entreprises délocalisaient frénétiquement vers des pays dont on ignorait jusqu'à ce jour l'existence, on avait bien compris que le prix des matières premières flambait, on avait bien intégré le fait qu'après avoir flambé le marché de l'immobilier s'abîmait en flammes dans un océan d'invendus, on avait digéré les hausses du cours du pétrole et dans le même temps les baisses, on avait supporté tous les soirs, à la télévision, la charmante famille d'Ingrid Bétancourt, on commençait à comprendre que l'euro avait été une monumentale erreur en rendant inexportables nos voitures vers les pays pauvres, les seuls à éprouver encore un plaisir masochiste à rouler français, on avait parfaitement accepté le fait que l'âge de la retraite fût repoussé à soixante dix ans tout en continuant à voir les quiquagénaires se faire virer à coups de préretraites minables par charrettes entières, enfin, d'une manière générale, nous étions tous conscients que notre vieux monde partait à la dérive en se brisant petit à petit, comme la banquise, un morceau par ci, un morceau par là. Tout ça pour dire qu'on se croyait cuirassé contre l'adversité. Mais là, franchement, la coupe est pleine. Oser prétendre devant l'auditoire d'Arte, assez clairsemé, il est vrai, qu'un blanc est de race blanche et un noir de race noire,là je dis, non! On atteint les limites du tolérable. Halte-là, monsieur Zemmour. Déjà qu'on est obligé de se coltiner le poids du péché originel, de tous les péchés originels en fait, le tien, le mien, le sien, quand on est blanc, si en plus il faut être de RACE blanche, on ne va plus pouvoir s'en sortir. La charge est trop lourde! Le législateur dans son immense sagesse a décidé que les pas-blancs s'appelleraient désormais les visibles. Moi je trouve ça remarquable...Hep, le visible là, non, pas vous, le plus visible à coté de vous, montrez-moi vos papiers!...C'est cool non? Évidemment il faudra songer à faire disparaître du vocabulaire courant des expressions comme, la visibilité est mauvaise ou, c'est visible comme le nez au milieu de la figure. Et puis, si les non-blancs ce sont les visibles, nous, les blancs, devenons invisibles. C'est bien ça d'être invisible! Comme ça, on nous fichera peut-être un peu la paix!

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22 novembre 2008

Bon sang, ce que c'est beau une information qui passe...

 

 



Hier soir je regardais « envoyé spécial », une des rares émissions diffusées sur la chaîne unique de RFO me permettant de prendre le pouls de la société française , c'est dire si je suis bien informé. J'aime beaucoup « envoyé spécial ». Il y a les reportages en caméra cachée. Là, on se sent vraiment au coeur de l'évènement. Le fait que le champ de vision soit réduit à l'extrême, le visage des intervenants flouté et leur voix transformée, ne nuit en rien à l'information. Pas le moins du monde... N'est en rien nuisible, non plus, à la bonne compréhension du sujet traité le fait que les hommes ou les femmes faisant l'objet du reportage parlent en général, d'une voix de canard, en une langue que personne, hormis les intéressés, ne comprend. On voit tout de suite qu'on est au coeur d'un réseau de prostitution ou en présence de redoutables trafiquants de drogue ou en encore dans le saint des saints des services secrets de Mongolie intérieure. L'information passe. C'est beau une information qui passe. On se sent tout de suite plus citoyen.

Il y a les présentatrices aussi. Elles transpirent objectivement l'information. Assises, raides comme des cierges de Pâques, elles me font penser au cobra et à la mangouste. Que l'une baisse la garde et l'autre lui mettra les tripes à l'air.

Hier, nous avons eu droit à des reportages en clair. Il ne faut pas abuser des bonnes choses.

Les sujets? L'introduction d'une nouvelle boisson en France, les suicides dans les prisons et un humoriste qui ne m'a jamais fait esquisser ne serait-ce qu'un sourire. Mais je suis un inconditionnel de Raymond Devos, donc irrécupérable.

Pour les prisons, je n'y connais trop rien, j'ai réussi à éviter d'y aller jusqu'ici et, à mon humble avis, plutôt que d'avoir une opinion arrêtée sur la question, je vais continuer à tout faire pour m'en tenir éloigné ce qui me semble être la meilleure solution pour éviter la surpopulation carcérale.

Par contre, je suis un gros buveur d'orangina et j'ai donc suivi avec passion la saga de la nouvelle boisson dont les canettes déferlent sur notre beau pays en un torrent ininterrompu depuis quelques mois. Son nom? Le Toropupu. Oui, j'ai préféré masquer le nom, je ne suis pas certain qu'il veuille qu'on le reconnaisse.

On sent dès le départ que c'est pas très catholique ce machin. Pour son lancement, pas de publicité à la télé mais du porte à porte. Moi ça ne m'a pas dérangé outre mesure, mais la voix off avait l'air de dire que c'était sournois et que ça cachait quelque chose. La cible? Je vous la donne en mille....LES JEUNES...Ça c'est un scoop! D'habitude on ne lance que des boissons pour vieux. C'est vrai ça, on ne parle jamais des jeunes dans ce pays. Sont donc visés les « quinze-vingt cinq ans ». Pour les autres, je ne sais pas trop. Leur gorge doit se fermer, se refusant à laisser passer le breuvage à moins qu'ils en crêvent, la bave aux lèvres, le ventre distendu, en poussant leur dernier soupir en araméen. Mais revenons au Toropupu. On sent que la voix off n'aime pas trop. C'est que cette boisson en plus d'être gazeuse et sucrée, attire la vodka comme un aimant. Tu te verses un verre de Toropupu et, surgie de nulle-part, une bouteille de vodka munie d'un doseur (business is business) largue sa dose mortifère dans la boisson à bulles. Ahlalala! Le résultat est terrible! Les « quinze-vingt cinq ans » sont tout malades et vomissent tout partout. Les pauvres choux! Envisage-t-on une seule seconde que le coupable de pareils effets puisse-t-être la vodka (espérance de vie des mâles en Russie: cinquante ans)? Noooooon! Pas une seule seconde, mais un seul coupable: l'ignoble breuvage à l'aspect de pisse gazéifiée. Mais que fait la police? Rien comme d'habitude. Ou plutôt si, elle traque les vieux qui conduisent shootés au gros rouge, on ne fait rien pour les jeunes dans ce pays, c'est bien connu.

D'abord il vient d'où ce Toropupu? Je vous le demande. Là, on sent comme une jouissance contenue dans le voix off. Un début d'orgasme. C'est que la maudite boisson est fabriquée en.... Autriche. L'Autriche! Suivez mon regard... J'ai l'impression qu'on a du obliger la voix off à porter des Lederhosen et un chapeau tyrolien dans son enfance. Circonstance aggravante, l'usine de conditionnement se trouve dans un cadre idyllique. Au milieu des forêts et des montagnes. Aucune banlieue pourrie à l'horizon. On sent que la voix off a perdu tous ses repères. Ça ne peut cacher que des choses fort laides toute cette beauté. Venons en maintenant à la personnalité du créateur de cette perfide entreprise. On voit tout de suite qu'il n'est pas clair ce gars. D'abord il est vieux et puis il n'aime pas les journalistes. Rien que pour ça, il mérite déjà la prison. Enfermé dans une cellule avec un jeune psychotique buveur de coca. Et son parcours! A quarante ans, oui, vous avez bien entendu, quarante, un âge où toute personne douée de raison songe à prendre une retraite pas du tout méritée , à quarante ans donc, notre homme abandonne un travail bien rémunéré et part pour la....Thailande. Là, il s'associe à un autochtone (s'affiche la photo d'un asiatique grimaçant) pour mettre son breuvage au point. La voix off se trémousse d'aise. La messe est dite. La sainte opinion publique dûment informée pointe le pouce vers le bas.

Et les victimes de cet immonde brouet? A ce stade, ayant assimilé l'information qu'il s'en vend des milliards de boites dans le monde chaque année, je m'attends à entendre des chiffres apocalyptiques. Des milliers, que dis-je, des millions de morts! La voix off minaude, semble peiner à trouver ses mots. Des morts, non quand même pas. Pas encore, il ne faut pas éxagérer, quoique....Il y eut bien ce jeune suédois en pleine santé, mort d'un arrêt cardiaque lors d'une soirée entre amis. La voix off attaque.... Évidemment il avait bu du Toropupu ce jour là, non?... Réponse d'un ami de la victime...Non...Mais il aurait pu en boire (la voix off s'impatiente)?..Oui, mais non...Le jour d'avant?...Non...Deux jours avant alors (la voix off semble désespérée)?...Oui...On respire et la voix off reprend espoir...En grosse quantité?...Non, une canette...Aha, je vous l'avais bien dit, même en petite quantité...La voix off triomphe.

J'avoue qu'à ce moment là, un doute s'est mis à planer et un doute qui plâne, c'est pas mal non plus. Le soupçon m'a un très court instant traversé l'esprit qu'on se moquait de nous. Enfin, pour être précis, je me suis dit qu'on nous prenait carrément pour des cons. Mais je me suis rapidemment ressaisi. C'était tout simplement l'information qui passait, déguisée en doute plânant pour l'occasion...




 



 






 

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