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05 novembre 2007

Entre deux missions...

 

 

 

 

 

Entre deux missions en terres lointaines, je retrouvai ma chère maison, ce havre de paix niché au fond d'une vallée où l'abondante végétation me met à l'abri du regard inquisiteur de mes voisins. Pouvoir à nouveau déambuler à mon aise sans avoir à sourire à un inconnu, ni échanger quelque politesse dont je ne pensais pas le premier mot. Le matin, surtout, quand, réveillé à une heure grotesquement matinale, je me heurtai à la porte close de la salle de bain à la pension « Eden troc » et qu'il me fallait subir les éternels...Bonjour, bien dormi? On dirait qu'on va avoir une belle journée. La mer a l'air si calme, ça va être un plaisir de se baigner. Ah oui, j'allais oublier, il n'y a malheureusement plus d'eau chaude... J'aurais voulu pouvoir dire...Non, j'ai passé une nuit épouvantable à écouter vos ronflements glaireux. La journée va être dégueulasse, d'ailleurs il n'y a plus d'eau chaude, c'est déjà mal parti. Quant à la mer, laissez-moi rire, avec ce vent merdique, elle va être pourrie de méduses, il vous faudra plusieurs bouches pour hurler toute votre douleur... Mais les convenances, la convivialité, le fait que le pauvre type (ou la pauvre femme, les femmes ont le don de se lancer dans des entreprises calamiteuses avec le sourire) que j'avais en face de moi ait eu, probablement, à hypothéquer jusqu'à son slip pour se payer son voyage aux antipodes, toutes ces choses m'inclinaient à jouer le jeu de l'éternel imbécile heureux. Chez moi, j'étais comme un militaire en permission, guettant avec angoisse la course de la trotteuse sur le cadran de mon horloge de quart (seul vestige arraché aux griffes de l'océan, lorsque mon cher voilier, l'« Ile de feu » y fila sa chaîne par le bout, ces îles sont des tombes ) chaque seconde arrachée à l'éternité me rapprochant inexorablement du moment où il me faudrait repartir en mission, le désagrément ne résidant ni dans la mission, ni dans le déplacement, mais dans la nécessité de loger dans une de ces maudites pensions.

Je passai le mois de septembre sur la même île que les mois précédents, mais non plus au chef lieu où l'on pouvait conserver l'illusion d'être encore en vie, mais dans un village de quelques dizaines d'âmes, âmes errantes où les paysages d'une beauté bouleversante venaient se diluer, noyant cette vallée dans les miasmes méphitiques engendrés par les rivalités les plus sordides déchirant impitoyablement jusqu'aux familles les plus unies. Dieu nous préserve des histoires de terre, dans ce monde et dans l'autre!

Mon amphitryon, le propriétaire de la pension « Hansi », une bâtisse en ciment, insolemment fichée sur un promontoire dominant le village fantôme, me confia, alors que je m'étonnais qu'il utilisât sa voiture pour franchir les cent mètres le séparant de l'unique échoppe du village, qu'il évitait de marcher dans les ruelles du lieu qui l'avait vu naître, de peur d'avoir à subir les lazzis et les quolibets de ses voisins. Une vieille histoire de terre...

J'étouffai littéralement à la pension « Hansi ». D'abord j'avais l'impression de vivre dans un blockhaus, ensuite ma chambre était orientée à l'ouest, emmagasinant toute la chaleur de l'après-midi pour ne la restituer, avec beaucoup de parcimonie,que vers la fin de la nuit.Il y avait aussi ces interminables soirées passées à partager les silences de mon hôte et de sa femme. Pourtant tout avait bien commencé. Claude (ce n'est pas son nom, mais le surnom dont je l'ai affublé, para mis adentros, on comprendra un peu plus loin pourquoi) avait achevé de me faire visiter ce qui allait devenir ma prison pour les semaines à venir, lorsque, brusquement, il s'arrêta devant un casse-tête en pierre, solidement fixé au mur...Tu vois ce casse-tête? C'est moi qui l'ai sculpté...Moi...Remarquable (c'était sincère)!...Lui...Un jour, un touriste a voulu me l'acheter. Sais-tu quelle somme il m'a offerte?...Moi...Non pas la moindre idée ( surtout, strictement rien à en foutre)...Trois cents millions de francs pacifique (un peu plus de deux millions cinq cents mille euros)...Moi...Fichtre! (je songeai que j'étais tombé sur un mythomane et mon moral remonta en flèche)...Lui...Tu penses bien que je n'ai pas vendu!...Moi...Non, bien entendu...La discussion pris ensuite un tour totalement absurde...D'ailleurs, j'ai un Claude Monet, dans ma chambre. Un authentique Monet, pas une vulgaire copie...Moi...Oh, quelle chance! J'en cherchais un justement. Je peux le voir?...Non, ce ne sera pas possible! Il faudrait que ton mana augmente un peu de volume avant que je te laisse le voir...Moi...Mon mana? Bien entendu, où avais-je la tête! Il m'avait bien semblé qu'il donnait des signes de faiblesse, ces derniers temps (Un dingue! j'étais logé chez un dingue! J'étais fou de joie.).Pourrais-je au moins connaître le sujet du tableau? Venise, certainement?...Lui...Non! C'est un clown! Je l'ai trouvé aux puces, à Paris. Je suis passé devant et, brusquement, j'ai senti qu'on me tapait sur l'épaule.Je me retournai et c'était le clown du tableau. Alors tu penses, je l'ai acheté!...Moi...Un clown? Tu es sûr que ce n'est pas un Picasso?(Fou à lier, le gars! Ma joie ne connut plus de limite! Je me serais bien mis à danser un tamouré endiablé après m'être entièrement dénudé)...Non, je n'ai pas encore (comme j'aimais cet « encore »!) de Picasso, mais j'attends un Buffet sur le prochain T*** (une vieille hourque, pissant la rouille par tous ses orifices, à laquelle je n'aurais pas hésité à confier ma belle mère, si j'en avais une)...Un buffet? Le meuble?...Non, le peintre!...me répondit-il, la bouche en cul de poule.

 

 

 




Commentaires

Un clown peint par Monet ? Ça c'est un scoop ! ... Il est sans doute resté un peu trop longtemps au soleil le pauvre Hansi qui vit dans un blockhaus. Finalement as-tu réussi à le voir, ce fameux tableau ? ( Ah, on le sera peut-être dans le prochain numéro !!) Bonne journée ou plutôt bonne soirée ...

Écrit par : tinou | 06 novembre 2007

Non, je ne l'ai jamais vu! Une fois, je me suis retrouvé seul à la pension et je savais mes hôtes absents pour la journée. J'ai été fortement tenté de visiter leur chambre, mais, bon, mon éducation judéo-chrétienne.... Je n'ai pu me résigner à franchir le pas!

Écrit par : manutara | 06 novembre 2007

Coucou ! Alors, et la suite ?

Écrit par : tinou | 16 novembre 2007

Es-tu déjà allé sur l'île de Pâques ? Si oui, j'aimerais avoir ton avishttp://tinouaujourlejour.hautetfort.com/archive/2007/11/20/la-tete-moai-du-museee-branly.html

Écrit par : tinou | 20 novembre 2007

Oui, j'ai du y aller une vingtaine de fois. Mais non, Rapa nui reste encore un endroit magique avec ses mille moais, ses collines couvertes de totora, ses cratères rougeâtres dans lesquels on peut descendre par des sentiers escarpés.Il y a finalement très peu de touristes, d'abord parce qu'il n'y a pas vraiment d'hotel mais uniquement des pensions, ensuite parce que la Lan chile a le monopole du transport vers l'ile de Paques qu'elle ne déssert que deux fois par semaine depuis Santiago. La vision de la carrière où étaient taillés les moais, à meme le roc où subistent encore des statues abandonnées à différent stade de finition, me conforte dans l'idée que cette civilisation a du être anéantie brutalement, sans doute du fait d'un ras de marée, tant est grande l'impression qu'il s'agit là d'un chantier dont les ouvriers se sont absentés pour aller déjeuner. Réellement ça vaut la peine....

Écrit par : manutara | 20 novembre 2007

Merci du renseignement !

Écrit par : tinou | 21 novembre 2007

Excellent. Monet qui peint des clowns, aha, alors qu'il sculptait des chats, comme tout le monde le sait, d'ailleurs j'en ai deux dans les toilettes (à côté du Turner).

Écrit par : Léo | 01 décembre 2007

Bonjour Léo! Le Turner des toilettes? Pas mal ,oui. Mais j'ai un petit faible pour le Degas, celui qui se trouve dans la remise, au-dessus des seaux et des serpillères.

Écrit par : manutara | 01 décembre 2007

Bah alors "toubab", tu t'es endormi sous ton baobab ?

Écrit par : tinou | 25 décembre 2007

Oui, et ce sommeil risque bien d'être définitif!

Écrit par : manutara | 28 décembre 2007

Ah flûte alors ! Voilà une bien mauvaise nouvelle pour cette fin d'année !

Écrit par : tinou | 28 décembre 2007

Je m'aperçois que j'ai répondu un peu hâtivement à ton commentaire. Qu'entends-tu exactement par "sommeil définitif" ? Moi cela me fait penser à la mort, mais je suis pessimiste en ce moment. Rassure-moi !

Écrit par : tinou | 29 décembre 2007

RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA! (dernier soupir)! Cela me fait penser au sketch de Raymond Devos sur le dernier soupir! Entre nous soit dit, il me semble que les comiques actuels, qui ne sont que des amuseurs surfant sur la vague de la vulgarité, n'arrivent pas à la cheville de ce merveilleux clown qui mêlait mimiques et textes et, sans jamais nous faire rire aux éclats, instillait au fond de nous une voluptueuse sensation, une béate félicité.
Pour répondre à ta question, je mourrai sans doute physiquement un jour, peut-être dans cinq minutes, quand, étouffé par la dinde de noel, imprudemment achetée congelée chez le chinois et qui a fini par se ramolir au bout d'une semaine (la dinde, pas le chinois), je rendrai mon dernier soupir, secoué de spasmes atroces, mais pour l'instant je suis encore bien vivant. Je ne faisais allusion qu'au sommeil du blogueur. En fait, je n'ai plus rien à écrire que je ne puisse lire dans d'autres blogs, bien mieux écrit que je ne saurais le faire. Maintenant si une idée originale me passait par la tête....

Écrit par : manutara | 29 décembre 2007

Ah bon, tu me rassures. Mais si bien sur que tu as encore plein de choses à raconter. Tes aventures sont passionnantes et ne viens pas me dire qu'on trouve la même chose ailleurs !Déjà il y a l'histoire que tu n'as pas terminée ( quand tu pars en vacances avec tes deux copains). Je te signale qu'on poireaute toujours à Roissy... Allez, fais un effort. Naturellement il y a des gens qui écrivent "bien" mais c'est souvent assez chiant. Je ne te parlerai pas de ceux qui se croient obligés de rajouter des paragraphes en latin ou en grec, histoire de montrer qu'ils ont de la culture et nous peut-être un peu moins. Qu'est-ce qu'on a en a foutre de leur culture franchement ? Allez, je ne vais pas te souhaiter un joyeux réveillon car je sais que tu ne fais rien ( enfin c'est ce que tu avais dit l'année dernière). Moi je vais passer le réveillon au lit à soigner une méchante bronchite. C'est très psychosomatique tout ça, tous les ans à la même période je suis malade !

Écrit par : tinou | 29 décembre 2007

Tinou, c'est bien du français que j'ai écrit (si vous faites allusion à moi), mais comme je n'étais pas sûr de vouloir qu'on entende ce que j'avais à dire, j'ai préféré l'écrire en caractères grecs, que je sais que peu de gens déchiffrent ou se donnent la peine de le faire. C'était une pratique courante que le recours à cet alphabet dans les livres des XVIII et XIXe siècles, quand on ne voulait pas que certains passages pussent être lus par des femmes ou des enfants.

Écrit par : Olivier Bruley | 30 décembre 2007

Bonne année à vous, vieux baroudeur, où que vous soyez...

Écrit par : Didier Goux | 01 janvier 2008

Hi hi, j'apprécie le terme "vieux", ça va faire plaisir à Manutara !

Écrit par : tinou | 01 janvier 2008

Merci pour vos voeux, Didier, je me permets également de vous souhaiter une bonne année ainsi qu'à toi, Tinou.
Vieux, certes, c'eût été blessant, mais, accompagnée du terme baroudeur, cette vieillesse s'en trouve toute rajeunie! Et puis, si à cinquante ans on se prétend vieux, quel qualificatif utiliserons nous, lorsque, octogénaires incontinents, nous souillerons nos couches dans quelque asile surpeuplé de babyboomers bavants et vociférants?

Écrit par : manutara | 01 janvier 2008

Allons, allons, ne me dis pas que tu te vois finir ta vie dans une maison de retraite !!

Écrit par : tinou | 02 janvier 2008

Manutara dans une maison de retraite, ce serait sans doute son voyage le plus exotique !

Écrit par : Olivier Bruley | 05 janvier 2008

À 80 ans, on sera calanché depuis lulure ! Enfin, vous, je ne sais pas, mais moi, c'est plié d'avance...

Écrit par : Didier Goux | 03 février 2008

Oui on dit ça, mais on ne sait jamais! J'ai entendu ma mère me répéter cela depuis son cinquantième anniversaire "Tu sais, je n'en ai plus pour longtemps". Elle est morte recemment quasi centenaire!

Écrit par : manutara | 03 février 2008

Manutara, Esteban, Tai Heke, peu me chaut ! Soit, entre deux missions, mais, en tant qu'ange gardien, il serait temps de reprendre du service ! Je me demandais pourquoi j'étais si désemparée depuis si longtemps, vraiment en grosse déprime, de quoi quitter tout ce qui me retient ici ? C'est faute d'avoir un ange actif ...
Voilà que j'ai constaté que mon ange gardien fait relâche, et ce depuis au moins 6 mois. Grâce à Olivier (qui commence à me poser problème : trop mal pour moi ...), je sais que tu n'es toujours pas très loin. Mais j'aimais bien lire tes histoires "vécues", une vie pleine de rencontres, qui compensait la mienne si désertique, enfermée en quelque sorte, avec mon vieux grincheux malade.
Besoin d'évasion. Besoin de toi (je dis tu à tous ceux que j'aime, même si je ne les connais pas). Alors, à bientôt ?

Écrit par : maola | 16 mai 2008

Bonjour Maola! Quel plaisir d'avoir de tes nouvelles! Si je comprends bien, il faudrait que je reprenne du service...

Écrit par : Manutara | 17 mai 2008

ah bah j'ai bien fait de passer voir ... Oh oui, s'il te plait, reprends tes histoires ! On s'ennuie.

Écrit par : tinou | 16 juin 2008

pour nous qui ne voyageons pas; tu pourrais "remettre les voiles"et puis Maola a besoin de son ange gardien

Écrit par : la discrete | 21 novembre 2008

Bonjour la discrete! Je me remets lentement en mouvement...

Écrit par : Manutara | 22 novembre 2008

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