Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« 2007-07 | Page d'accueil | 2007-11 »

24 octobre 2007

Le chef

 

 

 

 

Je me rends bien compte de ce que cette évocation de mes séjours à U*** peut avoir d'ennuyeux. J'aimerais beaucoup parler de ce que j'étais venu y faire, mais un devoir de réserve ne me permet pas d'en dire plus à ce sujet. Après tout, ce travail est tout ce qui me sépare de l'indigence la plus absolue. Une occasion inespérée que m'a offerte une dame qui n'était pas même une amie, mais juste une bonne personne. On comprendra que je ne veuille pas trahir sa confiance. Donc, une fois encore, le lecteur devra subir d'insignifiantes anecdotes que je m'efforce toutefois de consigner parce qu'elles parlent de la vie dans les îles, d'une autre vie, qui me fit me sentir étranger à moi-même qui, jusque là, menais grand train et ne devais rendre de compte à personne. Peut-être raconterai-je un jour comment je perdis quasiment tout ce que je possédais, là-bas, dans le grand Sud chilien, victime de mon enthousiasme pour un endroit que je considère, encore à ce jour, comme un Éden que je ne sus conserver, non pas à cause d'une pomme, mais pour avoir été trop bonne poire. Enfin, si, comme je l'espère, j'arrive à remonter la pente, je saurai, à l'avenir, me muer en châtaigne.

Le chef-lieu de U*** est un village agréable, aux allées bordées de manguiers déversant leur frondaison sur de jolies petites maisons blanches aux confortables terrasses, où la seule distraction de la journée, était, pour moi, le repas de midi pris dans l'unique restaurant de la place. Le reste de la journée, le restaurant reprenait sa fonction première: un magasin où il n'y avait pas grand chose à acheter. Dans une pièce du fond, toujours envahie d'une fumée épaisse et d'une écoeurante odeur de graillon, le chef s'activait derrière ses fourneaux. On murmurait qu'il s'agissait de l'ancien maître d'hôtel d'un grand restaurant parisien. Peut-être. Il ne restait pas grand chose de son autre vie. Je le vis toujours revêtu du même maillot de corps crasseux et du même short informe où ses mains avaient fini par laisser des traînées graisseuses et luisantes. Une fois, peut-être... Il rabroua la serveuse (l'ex-femme du patron, devenue sa maîtresse depuis qu'il s'était remarié avec sa soeur, mais les histoires de fesses sont souvent difficiles à comprendre dans les îles) qui venait d'annoncer d'une voix tonitruante...Ahi, faut que j'aille chier, j'ai chopé cette saloperie de gastro...Le chef se redressa comme s'il venait d'être piqué par un cent-pieds sur la partie la plus sensible de son anatomie...Voyons Tiare, un peu de tenue. Dans les bonnes maisons on dit, je vais me laver les mains...Les bonnes maisons? Que c'était loin tout cela! On avait installé quelques tables autour des fourneaux, dans cette pièce où deux antiques ventilateurs peinaient à rendre l'atmosphère respirable.La serveuse venait prendre les commandes après avoir présenté un menu rédigé d'une main maladroite sur un chiffon de papier huileux, interrompant régulièrement sa laborieuse rédaction pour se gratter les fesses. La nourriture, de manière étrange, était excellente et peu dispendieuse comme diraient nos amis québécois. La première fois que j'y pris mon repas, on me traita comme un touriste de plus, sans me prêter grande attention. La deuxième fois, le chef, perdu au milieu de ses brumes graisseuses, leva un sourcil et eut un élégant geste de la tête pour me saluer. La troisième fois, j'eus droit à une table, dressée un peu à l'écart, à proximité d'une fenêtre laissant passer des bouffées d'un air un peu moins brûlant qui devait bien contenir un soupçon d'oxygène. Un vase, dans lequel une main anonyme avait fiché une solitaire rose en plastique au teint verdâtre, avait fait son apparition au milieu de la table. Ce fut le chef en personne qui prit ma commande. Il portait toujours sa tenue misérable, mais son port de tête avait un je ne sais quoi d'altier, le monsieur (titre rarement employé en Polynésie) dont il me gratifia sonna si étrangement juste, les termes culinaires sophistiqués qu'il employa furent dits avec tant de naturel, que l'espace d'un court (très court) instant je pus me croire transporté à la terrasse d'un grand restaurant parisien.

23:50 | Lien permanent | Commentaires (7)

17 octobre 2007

Le monolithe

 

ll y avait, dans un coin de cette grande terrasse qui nous servait de salle de séjour et de salle à manger, un monolithe recouvert d'un drap multicolore. Je me plus à imaginer qu'il s'agissait là d'un autel dédié à quelque divinité païenne. Je n'étais pas si loin du compte, après tout. Un soir, alors que l'avion du jour n'avait pas délivré sa ration de clients et que les précédents pensionnaires avaient déserté l'endroit le matin même, je me retrouvai en tête à tête avec mes hôtes. Il tombait des trombes et, dans cette étrange bâtisse qui ne comportait pas réellement d'intérieur, juste un toit et quelques boxes, nous dûmes manger en ciré, les rafales de vents poussant vers la table, de loin en loin, des embruns de pluie tiède. Le repas fut, comme d''habitude, excellent. Comme je félicitais la mère (cette femme intelligente et froide, fondait littéralement, en se trémoussant comme une adolescente énamourée, à l'énoncé de mes éloges, que, tous les soirs je m'efforçais d'agrémenter de qualificatifs nouveaux) pour si aimable pitance, elle me confia qu'il n'était pas toujours facile de transformer le quotidien en jour d' exception, la pêche étant ce qu'elle était, la chasse rendant ce qu'elle pouvait et la goélette faisant escale quand elle le voulait. Le père, tout en observant un coin du ciel, où, par une déchirure, scintillaient quelques étoiles annonciatrices de la fin de ces grains aussi violents que brefs, le père, donc, ajouta de sa voix douce et autoritaire...Tu vois, nous, ce qui nous emmerde le plus, ce sont les clients qui restent plus de deux ou trois jours, parce que là, on ne sait vraiment plus... Il s'interrompit brusquement, se rappela que j'étais déjà là depuis deux semaines, bafouilla... Oui mais toi, ce n'est pas la même chose...Nous nous dévisageâmes puis éclatâmes d'un rire qui dura longtemps.Je compris, à cet instant, que je commençais à faire partie des meubles. La « sobremesa » s'éternisait et je sentais mes hôtes nerveux. Quand la pluie cessa, le père se leva péniblement puis se dirigea d'un pas pesant vers le monolithe. La mère me lança un regard bienveillant...Après tout, tu fais partie de la famille, maintenant...Allait-on me demander de revêtir une toge, de coiffer une tiare en forme de citrouille pour me prosterner devant une idole faussement bienveillante, fraîchement arrosée du sang d'une vierge? Après avoir hésité un instant, le père retira le drap d'un geste théâtral, découvrant le poste de télévision le plus gigantesque qu'il m'eût été donné de voir. Sur la table, cachée jusque là par le drap, une batterie de boîtiers clignotants, reliés à une antenne parabolique, sans doute, déguisée en bougainvillier. Le père installa deux transats en face du monstre, puis, son épouse et lui s'y laissèrent tomber, faisant ainsi grincer les structures de la vieille demeure. Je m'installai derrière eux, dans un fauteuil de bambou aux jointures couinantes.Le père se tourna vers sa femme, les deux commandes nécessaires à l'utilisation de cet invraisemblable ustensile fermement calées dans ses mains puissantes....Qu'est-ce que tu veux voir ma puce?...Et la mère en minaudant...Oh, tu sais bien mon chéri!... Je les trouvai émouvants et charmants. Après tout, à eux deux, ils comptaient plus d'années que la tour Eiffel. Après avoir subi « Au coeur du brasier » et « Baisers ardents » (je ne suis pas certain des titres, mais c'était dans cet ordre d'idée, de palpitantes telénovelas brésiliennes, mal doublées en français par des québécois enrhumés où il n'était question que de pauvresses des favellas tombant amoureuses de fils de riches fazendeiros bêtes et méchants), je pus voir un extrait d' « Envoyé spécial ». Il était question d'une famille dont tous les membres étaient au chômage (le père, la mère, les enfants, les grands-parents, enfin tous), logée en rase campagne dans une maison qui, à la moindre pluie, se remplissait d'eau comme un bocal à poissons. Alors, ils se déplaçaient tous en cuissardes, chacun vaquant à ses occupations en grommelant au milieu du clapotis et des charentaises partant à la dérive. Evidemment, ils souffraient tous de maladies rares et incurables. J'ignore comment ils font à « Envoyé spécial », ils demandent peut-être à Delarue de faire un casting pour trouver les êtres à la vie la plus pourrie possible, mais je ne sus jamais le fin mot de l'histoire car le père éteignit le poste et se tournant vers moi...Oh, ça me démoralise toutes ces conneries! Allez, tout le monde au lit!..

23:05 | Lien permanent | Commentaires (3)

15 octobre 2007

La retraite du milliardaire

 

En dehors d'une nourriture succulente et abondante, l' « Eden troc » offrait une autre spécialité à sa clientèle: ce que les espagnols appellent la « sobremesa », ce temps plus ou moins long passé à table, entre la fin du repas et le retrait du dernier convive dans son box. Le père et la mère ne s'en cachaient nullement: leur unique but en ouvrant ce modeste établissement, quinze ans plus-tôt, alors que jeunes encore (tout juste cinquante ans), ils étaient venus s'installer aux Marquises dans ce que je considère comme l'île la plus belle et la plus difficile d'accès, leur unique but donc, avait été la promotion des relations humaines. A prime abord, la passion du genre humain n'aurait certainement pas été ce qui me serait venu à l'esprit si l'on m'avait demandé de faire un portrait de ce couple. La mère toisait le nouvel arrivant d'un oeil oscillant entre la méfiance et le franc mépris. Quant au père, je me demandai durant tout le trajet entre « l'aéroport » et la pension, s'il ne portait pas sous sa large chemise hawaïenne, glissé dans la ceinture de son pantalon, un Walter PPK ou une matraque. Il s'exprimait avec, dans la voix, la tonalité monocorde de celui qui a l'habitude de se faire obéir sans avoir à hausser le ton. Alors que je me remettais à grand peine de la contrariété causée par la découverte de ce qui prétendait devenir mon espace de vie pour les semaines à venir, je demandai à la mère si je pouvais avoir un coca bien glacé. Elle me répondit...Non.... Tout simplement. Puis elle gesticula vers un appareil distributeur d'eau...De l'eau, c'est tout...Je ne parvins à contenir mon indignation qu'en me répétant, intérieurement...Demain, c'est tout vu, je me casse...

Mais durant le repas et, plus encore, la « sobremesa », la magie opérait, sans que ni le père, ni la mère ne se fussent départis de leur apparente froideur. Encore étrangers les uns aux autres quelques instants plus tôt, nous nous parlions tous comme de vieux amis. Et si nous y mettions tous du nôtre, la conversation pouvait durer jusqu'aux environs de minuit, heure à laquelle on peut décemment espérer s'endormir en oubliant que l'on n'est pas vraiment tout seul dans sa chambre. De ces conversations je ne garde aucun souvenir précis, ou plutôt, si, je m'en souviens précisément, mais n'en vois aucune qui mérite d'être rapportée. Sauf une. Cela devait être à la fin de la première semaine. J'étais un peu devenu, à mon corps défendant, l'attraction que l'on exhibe, ravi, à ses amis, à la fin d'un dimanche pluvieux, un mainate qui apostrophe le nouvel arrivant d'un...va te faire mettre...strident, un singe hurleur dans les bonsaïs de madame, la bonne laotienne.

Le père et la mère dont j'ignorais l'existence jusqu'à ce que je les rencontre, savaient tout sur moi, enfin presque. Tout ce qui concernait ma vie aux Marquises en tous cas. Ils devaient avoir des fiches sur moi, ou je ne sais quoi...J'appris ainsi qu'on me surnommait « le milliardaire », pour une raison qui dépasse l'entendement. Evidemment, cela ne pouvait qu'exacerber la curiosité des nouveaux arrivants, en général des retraités (la première catégorie socio-professionnelle en France) pour qui l'anecdote la plus croustillante dont ils pouvaient se prévaloir était d'avoir vécu, en direct, à la télé, l'arrivée des socialistes au pouvoir en 1981. C'est fou ce que ça a marqué le peuple de France, ce machin! En cet instant historique, je faisais escale avec l' « île de feu » à un jet de pierre de Cuba. Les connaisseurs apprécieront...Qu'on ne s'imagine pas que ce rôle d'entre poire et fromage me convenait le moins du monde. Mais la terreur que j'éprouvais à l'idée de me retrouver dans mon box à huit ou neuf heures du soir, sans même pouvoir lire de peur de déranger mon voisin, me rendait bavard. Il fallait tenir coûte que coûte, le plus longtemps possible! Chaque nouvel arrivage de clientèle était pour moi la source d'une angoisse confinant au trac. J'en étais arrivé à préparer mes textes. Il n'est pas anodin que tout en ayant mangé comme jamais dans mon existence, j'aie perdu une quinzaine de kilos durant mon séjour. De manière étrange, le récit qui faisait le plus frissonner d'un effroi rétrospectif tous ces aimables retraités n'était pas celui de mes navigations, mais celui où j'avouais, avec un plaisir sadique, n'avoir jamais cotisé à aucun système de retraite de ma vie! Après cette révélation, un grand silence s'établissait, puis quelques rires, parce que, là, on ne pouvait vraiment pas écarter le fait qu'il se fût agi d'une galéjade... Non!... Vrai de vrai!... Jamais?... Jamais!... Les femmes alors secouaient la tête d'un air navré, j'en ai vu même certaine écraser une larme furtive, les hommes, eux, s'envoyaient avec avidité une rasade d'un liquide fortement alcoolisé au fond du gosier, pour noyer dans l'ivresse les paroles qu'ils venaient d'entendre. Pour les achever, je précisais que je n'avais pas non plus d'enfants, qui, le cas échéant, auraient pu s'occuper de moi dans mes vieux jours. Puis la question que l'on ne manquait jamais de me poser ...Mais comment ferez-vous, quand vous ne pourrez plus travailler?... La réponse qui fusait... Bah, un coup de douze et le problème sera vite réglé... Le père et la mère adoraient cette partie de l'histoire. Si un soir, la question de ma lointaine retraite ne venait pas sur le tapis, l'un ou l'autre me donnait du coude dans les cotes...Allez, parle-leur de ta retraite...

 

 

 

13:14 | Lien permanent | Commentaires (3)

11 octobre 2007

Etrange sensation

 

Etrange sensation que celle de pénétrer dans l'intimité de parfaits inconnus.Parce que dans le fond, c'est bien de cela qu'il s'agit quand on pénètre dans le monde de la petite hôtellerie en Polynésie. Le père et la mère sont d'un abord difficile, un peu comme une course en montagne qui, vue de loin, semble irréalisable mais qui, au fil des kilomètres, s'avère d'une facilité déconcertante au point de croiser des vieillards cheminant bras dessus, bras dessous, ou des jeunes parents portant leurs enfants endormis sur le dos. Evidemment, ils ne s'appellent ni l'un ni l'autre « le père » ou « la mère », mais sont affublés de surnoms beaucoup plus savoureux que je ne puis divulguer, le monde des îles étant un tout petit monde, eux aisément identifiables et moi après eux, si le hasard faisait qu'un internaute local , assoiffé de ragots, ouvrît ma page. Le terme pension est du reste fort bien choisi pour qualifier ce genre d'établissement. Propulsé à des années lumières, je me retrouvai au pensionnat à l' « Eden troc », dans cette petite pièce, dont les cloisons en bois, s'arrêtant pour une raison étrange à un mètre du plafond, dévoilèrent à mon ouïe affinée jusqu'au rythme cardiaque de mon voisin, le jeune sac à dos. Je pus ainsi conclure qu'il dormait nu. Au vacarme provoqué par le glissement de son pantalon le long de ses jambes certainement poilues, succéda un bruissement léger, évanescent sillage sonore laissé par un modeste sous-vêtement, jugé encore trop contraignant dans la moiteur de la nuit tropicale. Puis, le choc d'un corps touchant la surface du lit, la lumière qui s'éteint (puisque je partageais jusqu'à la lumière de l'autre), quelques grognements provoqués par le contact avec les draps rêches de la mère qui semblait ignorer jusqu'à l'existence des assouplissants et ce fut le silence juste troublé par le fracas de la mer sur les falaises environnantes, bruit que j'ai fini par oublier depuis longtemps déjà. Le souffle régulier de mon voisin m'apprit qu'il dormait. J'aurais été ravi qu'il ronflât de manière à le lui faire sournoisement remarquer, le lendemain, au petit déjeuner. Ce mesquin plaisir me fut donc refusé.

Nous prenions nos repas en commun. A heure fixe. Au début, je crus à une mauvaise plaisanterie. J'ourdis même un plan d'évasion. Au diable les centaines de milliers de francs Pacifique (beaucoup moins en euros) qui devaient m'échoir à l'issue de ce séjour! Je reprendrais l'avion du lendemain, si cette misérable carcasse consentait encore à prendre l'air...

Pour m'appâter, on m'avait parlé d'un bungalow privé, perdu au milieu des hibiscus et des bougainvilliers et, surtout, d'une salle de bain pour moi tout seul. La végétation seule fut au rendez-vous. La maison, construite sur pilotis à flanc de montagne, n'était pas dénuée d'un certain charme. Mais ces chambres-boxes! La salle de bain commune! Le cauchemar absolu pour un individualiste comme moi! Le premier soir, autour de la table posée sur une terrasse surplombant le port, outre le « sac à dos »et nos hôtes, il y avait là un voyageur de commerce végétarien, un inspecteur des douanes et son épouse, tous deux carnivores et, enfin, un homme d'une quarantaine d'années, arrivé là huit mois plus-tôt, qui occupait une espèce de placard à balais où, me sembla-t-il, on l'avait relégué après que ses économies eussent fondu au soleil des tropiques. Le fait qu'il aidât à mettre la table, à la débarrasser et à faire la vaisselle, me confirma rapidement dans ma première impression. Il parlait peu, mangeait encore moins, mais écoutait beaucoup, en hochant la tête de temps en temps, d'un air consterné. J'en conclus qu'il devait être intelligent. Le VRP avala un bol d'eau chaude dans lequel il avait dilué une poudre verdâtre. Après avoir lapé sa mixture jusqu'à la dernière goutte, il s'exclama...Pour vivre cent ans!.... Je ne pus m'empêcher de laisser échapper: ... Vivre cent ans, à quoi bon, si c'est pour se faire chier autant?.... La mère qui présidait l'assemblée à un bout de la table et ressemble à une Marlène Dietrich vieillissante, me donna une tape sur le bras, mais, dans ses yeux une lueur amusée démentit ce geste de désapprobation d'une familiarité déconcertante. La mère cuisinait divinement bien. Je puis même dire que je n'ai jamais mieux mangé de ma vie qu'à la pension « Eden Troc ». Le sac à dos, en entendant ma saillie, laissa échapper un éclat de rire cristallin en se tortillant sur sa chaise. J'en fus heureux. J'avais craint, un moment, m'en être fait un ennemi, lorsque, sur la piste nous menant de l' « aéroport » au village principal, il avait émis le désir de voir la voiture s'arrêter afin de pouvoir prendre quelques photos. Le père, un clone de Jean Gabin dans sa période « clan des siciliens », avait émis un grognement tout en s'exécutant. Le jeune homme avait ouvert brusquement la portière sans trop regarder en arrière, provoquant ainsi la colère du père...Mais faites donc attention, une voiture pourrait surgir et arracher la portière!... Nous étions dans un paysage lunaire, au milieu de nulle-part, sur une piste défoncée ou aucun objet conçu par la main de l'homme n'aurait pu se déplacer à plus de dix kilomètres à l' heure! La voiture la plus proche devait encore être sur une chaîne de montage au Japon. J'éclatai de rire en faisant remarquer au jeune homme que ce serait un comble pour un parisien de venir aux Marquises pour se faire tuer par une voiture. Mais, il n'avait pas ri. Il s'était contenté de me lancer, le sourcil froncé, comme un gamin pris en faute ...Je ne suis pas parisien ...

15:55 | Lien permanent | Commentaires (4)