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11 octobre 2007

Etrange sensation

 

Etrange sensation que celle de pénétrer dans l'intimité de parfaits inconnus.Parce que dans le fond, c'est bien de cela qu'il s'agit quand on pénètre dans le monde de la petite hôtellerie en Polynésie. Le père et la mère sont d'un abord difficile, un peu comme une course en montagne qui, vue de loin, semble irréalisable mais qui, au fil des kilomètres, s'avère d'une facilité déconcertante au point de croiser des vieillards cheminant bras dessus, bras dessous, ou des jeunes parents portant leurs enfants endormis sur le dos. Evidemment, ils ne s'appellent ni l'un ni l'autre « le père » ou « la mère », mais sont affublés de surnoms beaucoup plus savoureux que je ne puis divulguer, le monde des îles étant un tout petit monde, eux aisément identifiables et moi après eux, si le hasard faisait qu'un internaute local , assoiffé de ragots, ouvrît ma page. Le terme pension est du reste fort bien choisi pour qualifier ce genre d'établissement. Propulsé à des années lumières, je me retrouvai au pensionnat à l' « Eden troc », dans cette petite pièce, dont les cloisons en bois, s'arrêtant pour une raison étrange à un mètre du plafond, dévoilèrent à mon ouïe affinée jusqu'au rythme cardiaque de mon voisin, le jeune sac à dos. Je pus ainsi conclure qu'il dormait nu. Au vacarme provoqué par le glissement de son pantalon le long de ses jambes certainement poilues, succéda un bruissement léger, évanescent sillage sonore laissé par un modeste sous-vêtement, jugé encore trop contraignant dans la moiteur de la nuit tropicale. Puis, le choc d'un corps touchant la surface du lit, la lumière qui s'éteint (puisque je partageais jusqu'à la lumière de l'autre), quelques grognements provoqués par le contact avec les draps rêches de la mère qui semblait ignorer jusqu'à l'existence des assouplissants et ce fut le silence juste troublé par le fracas de la mer sur les falaises environnantes, bruit que j'ai fini par oublier depuis longtemps déjà. Le souffle régulier de mon voisin m'apprit qu'il dormait. J'aurais été ravi qu'il ronflât de manière à le lui faire sournoisement remarquer, le lendemain, au petit déjeuner. Ce mesquin plaisir me fut donc refusé.

Nous prenions nos repas en commun. A heure fixe. Au début, je crus à une mauvaise plaisanterie. J'ourdis même un plan d'évasion. Au diable les centaines de milliers de francs Pacifique (beaucoup moins en euros) qui devaient m'échoir à l'issue de ce séjour! Je reprendrais l'avion du lendemain, si cette misérable carcasse consentait encore à prendre l'air...

Pour m'appâter, on m'avait parlé d'un bungalow privé, perdu au milieu des hibiscus et des bougainvilliers et, surtout, d'une salle de bain pour moi tout seul. La végétation seule fut au rendez-vous. La maison, construite sur pilotis à flanc de montagne, n'était pas dénuée d'un certain charme. Mais ces chambres-boxes! La salle de bain commune! Le cauchemar absolu pour un individualiste comme moi! Le premier soir, autour de la table posée sur une terrasse surplombant le port, outre le « sac à dos »et nos hôtes, il y avait là un voyageur de commerce végétarien, un inspecteur des douanes et son épouse, tous deux carnivores et, enfin, un homme d'une quarantaine d'années, arrivé là huit mois plus-tôt, qui occupait une espèce de placard à balais où, me sembla-t-il, on l'avait relégué après que ses économies eussent fondu au soleil des tropiques. Le fait qu'il aidât à mettre la table, à la débarrasser et à faire la vaisselle, me confirma rapidement dans ma première impression. Il parlait peu, mangeait encore moins, mais écoutait beaucoup, en hochant la tête de temps en temps, d'un air consterné. J'en conclus qu'il devait être intelligent. Le VRP avala un bol d'eau chaude dans lequel il avait dilué une poudre verdâtre. Après avoir lapé sa mixture jusqu'à la dernière goutte, il s'exclama...Pour vivre cent ans!.... Je ne pus m'empêcher de laisser échapper: ... Vivre cent ans, à quoi bon, si c'est pour se faire chier autant?.... La mère qui présidait l'assemblée à un bout de la table et ressemble à une Marlène Dietrich vieillissante, me donna une tape sur le bras, mais, dans ses yeux une lueur amusée démentit ce geste de désapprobation d'une familiarité déconcertante. La mère cuisinait divinement bien. Je puis même dire que je n'ai jamais mieux mangé de ma vie qu'à la pension « Eden Troc ». Le sac à dos, en entendant ma saillie, laissa échapper un éclat de rire cristallin en se tortillant sur sa chaise. J'en fus heureux. J'avais craint, un moment, m'en être fait un ennemi, lorsque, sur la piste nous menant de l' « aéroport » au village principal, il avait émis le désir de voir la voiture s'arrêter afin de pouvoir prendre quelques photos. Le père, un clone de Jean Gabin dans sa période « clan des siciliens », avait émis un grognement tout en s'exécutant. Le jeune homme avait ouvert brusquement la portière sans trop regarder en arrière, provoquant ainsi la colère du père...Mais faites donc attention, une voiture pourrait surgir et arracher la portière!... Nous étions dans un paysage lunaire, au milieu de nulle-part, sur une piste défoncée ou aucun objet conçu par la main de l'homme n'aurait pu se déplacer à plus de dix kilomètres à l' heure! La voiture la plus proche devait encore être sur une chaîne de montage au Japon. J'éclatai de rire en faisant remarquer au jeune homme que ce serait un comble pour un parisien de venir aux Marquises pour se faire tuer par une voiture. Mais, il n'avait pas ri. Il s'était contenté de me lancer, le sourcil froncé, comme un gamin pris en faute ...Je ne suis pas parisien ...

Commentaires

Oh là là, je sens qu'il se trame quelque chose entre ce sac à dos et toi...

Écrit par : Olivier Bruley | 13 octobre 2007

Mais non, tu sais bien que mes travaux d'approche durent pour le moins un an, et lui ne restait que deux ou trois jours avant d'aller poser son sac et son dos ailleurs!

Écrit par : manutara | 13 octobre 2007

Evidemment, c'est un peu court !

Écrit par : tinou | 13 octobre 2007

Bonjour Tinou!

Écrit par : manutara | 14 octobre 2007

Les commentaires sont fermés.