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02 juillet 2007

Hommage à Raphaël Juldé.

En rentrant d’un voyage accompli dans une île encore un peu plus perdue que celle où j’habite d’habitude, j’allumai mon vieil ordinateur (il faudra que je songe un jour à me débarrasser de cette machine démoniaque pour abandonner définitivement cet univers virtuel malsain et me contenter d’une réalité tout aussi malsaine mais, pour le moins, tangible), victime de ce picotement habituel qui trahit ma crainte absurde de ne pas voir l’engin se remettre en route après une trop longue interruption possiblement fatale à l’un de ses incompréhensibles organes et me connectai sur internet. J’ouvris ma page figée à la date du 29 avril et cliquai sur les sites (je sais, ce ne sont pas des sites mais c’est pour éviter la répétition du mot page) de mon cyberespace, les seuls que je consulte encore, sans doute y en a-t-il de meilleurs, mais comme il y en a certainement de bien pires, je m’épargne la peine d’aller les consulter. De surcroît, la moitié des titulaires de ces blogs ayant jeté l’éponge, la tâche est de plus en plus légère. Je voulus ouvrir le journal de Raphaël Juldé, ouvrage pour lequel j’ai une « aficion » proche du fanatisme et là, l’auteur, en compagnie d’une tête de mort, m’expliqua, pas à moi seulement, mais à moi aussi, que décidément non, ce n’était plus possible, la bêtise des uns, la susceptibilité des autres, le poussaient à abandonner la mise en ligne de son journal. La surprise d’abord, le désarroi ensuite, le désespoir enfin, me firent lâcher un vagissement lugubre. L’intérieur de ma bouche fut brusquement asséché tandis que, concomitamment, une onde fielleuse l’envahissait. C’est possible, je vous assure ! Sous l’effet de l’indignation,  mon scrotum se contracta douloureusement.  Mon cœur marqua un coup d’arrêt. Je crus que j’allai faire un AVC comme ce pauvre Chirac. Cela ne se pouvait ! Pas lui ! J’attendis quelques jours, habitué au caractère lunatique des blogueurs de renom, qui annoncent, urbi et orbi, que, hic et nunc, ils arrêtent leur blog, que plus jamais, sous aucun motif, pas même si Bill Gates, craignant à Wall Street une chute vertigineuse du titre  Microsoft, le leur demandait en personne, ils n’écriront, de leur vie, un mot de plus. En général, on les voit réapparaître deux jours plus tard. Mais pas Raphaël ! Et pourtant ! L’ai-je envié de pouvoir décrire avec le talent que nous lui reconnaissons tous et cette minutie qui ne laisse dans l’ombre aucun détail, son quotidien qui avait fini par se fondre dans le mien. Pas un jour sans que je me dise, mais enfin, il va quand même finir par lui arriver quelque chose à ce garçon, il va passer son permis de conduire, faire un voyage en Ouzbékistan, finir son roman, être publié, recevoir le Goncourt, sa voisine du dessus va passer à travers le plafond et atterrir sur son lit, le début d’une belle et grande idylle, ou bien, ne soyons pas trop exigeant, ses toilettes vont se boucher, le scrumble (je ne sais foutrement pas ce que c’est. Une mangeoire électronique ?)  du lycée où il travaille va « disfonctionner », ce phénomène rarissime provoquant une vague de manifestations estudiantines sans précédent dans tout le pays, manifestations dont Raphaël prendra la tête, il sera reçu à l’Élysée, nommé ministre…. Mais non ! Il n’arrive jamais rien à Raphaël ! Et c’est là que l’on touche à l’essence même du journal intime ! N’importe qui est fichu de raconter un détournement d’avion, un tsunami, un naufrage, mais être capable de captiver l’attention du lecteur en l’absence de tout évènement, absence que vous et moi serions bien incapables de décrire, là, oui, là ou justement il n’y a rien, c’est une autre paire de manche ! Alors moi, tous les jours je me connectais, en me disant, aujourd’hui,  AUJOURD’HUI et pas au jour d’aujourd’hui qui est une abominable perversion linguistique mise au goût du jour par je ne sais quel « People » décérébré puisque justement aujourd’hui signifie en ce jour, donc au jour d’aujourd’hui signifierait, si cela a un sens, au jour de ce jour, donc je me disais, aujourd’hui, il va enfin se passer quelque chose et de fait, il se passait tous les jours quelque chose sans que ces choses prissent réellement l’apparence de quelque chose en particulier. Ce n’était plus un journal mais un jeu de piste. Je finissais par rêver de Raphaël Juldé, par me transformer en Raphaël Juldé. Bien mieux que second life où j’erre depuis des semaines sur une île étrange, nu et sans zizi (si quelqu’un pouvait m’expliquer comment fonctionne ce machin…second life, pas le zizi !). Bref, fidèle lecteur de ce journal depuis plusieurs années, j’étais dans l’expectative, j’attendais je ne sais quoi et c’était cette ignorance même qui me maintenait justement en haleine. Le syndrome du « désert des tartares ». Il m’est un jour arrivé de partir en montagne. Je fus surpris par la pluie, un faux pas sur le terrain rendu glissant, j’avais roulé dans l’abîme, miraculeusement freiné dans ma chute par quelques frêles arbustes. Tandis que, en haillons,  le corps lacéré par les roches, je me hissai péniblement le long de la pente, je ne songeai qu’à une chose, je ne voulais pas mourir sans connaître la suite…des aventures de Raphaël Juldé ! C’est la vérité ! En ce moment, j’ai une pensée très peu charitable pour toutes ces personnes, qui doivent vraiment n’être personne et désireuses de le rester, qui m’ont privé de ma lecture favorite en acculant son auteur à la fermeture de son site par d’incessantes jérémiades. J’ignore qui est Raphaël, mais son écriture ne traduit nulle méchanceté ni acrimonie. Tout juste un peu d’ironie et beaucoup d’humour dont la principale victime est lui-même, me semble-t-il. Alors qu’il parle de telle ou telle personne dont le lecteur moyen ignore jusqu’à l’existence, franchement, il n’y a pas de quoi en faire un drame. Après tout, on ne peut contrôler ni son image ni la pensée des gens, alors autant les laisser s’exprimer ! Voilà, si Raphaël me lit un jour, ce dont je doute, mon blog étant très loin d’avoir la notoriété du sien, qu’il sache que j’ai passé d’excellents moments à le lire, que personne ne lui en voudra s’il songe à remettre son journal en ligne (peut-être qu’en transférant son journal en un lieu imaginaire à la manière de Swift…Raphaël chez les lilliputes ?) et qu’en attendant, je lui souhaite bon vent pour sa carrière littéraire.

Commentaires

On peut le voir autrement : vous voilà débarrassé d'une addiction qui devenait inquiétante... non ?
Quant aux raisons invoquées dans mon texte final, il y en a une que j'ai délibérément omise : des collègues avaient découvert mon site, et je ne voyais plus comment en poursuivre librement la rédaction tout en sachant qu'ils me lisaient et que mon journal allait peut-être bientôt faire le tour du lycée. Voilà l'élément qui a été décisif, s'ajoutant à une lassitude générale de tenir ce site au grand jour, Laval étant une petite ville. On peut, sans la nommer, se moquer d'une fille bourrée un soir dans un bar, et que celle-ci se reconnaisse et nous en veuille à mort, persuadée que sa réputation est en jeu, parce qu'une fille bourrée un soir dans un bar à Laval, et dans ce bar-là en particulier, c'est forcément elle... Alors, bon. Moi aussi, ça me manque un peu, de ne plus mettre ce journal sur la place publique, mais désormais j'essaie de me protéger un peu plus. C'est peut-être l'âge qui veut ça...

Le pire, c'est qu'il va peut-être m'arriver plein de choses, maintenant.

Écrit par : Raphaël | 02 juillet 2007

Justement, comme dans "le désert des tartares", c'est, après une vie passée à l'attendre et quand on ne l'attend plus, que l'ennemi (dans votre cas, ce sera l'évènement) se manifeste...Enfin, tout n'est pas perdu, puisque vous continuez à être présent sur le net sous la forme d'un blog, mais tout de même, ça laisse un vide...un grand vide...

Écrit par : manutara | 02 juillet 2007

moi aussi je veux participer à cet hommage !!! Raphaël, j'ai toujours trouvé ça courageux de ta part de mettre ton journal en ligne, ça m'impressionne.
Eh bien j'espère qu'il va "t'arriver plein de trucs", maintenant ! Courage pour l'écriture...

(Merci Manutara)

Écrit par : Fleur | 03 juillet 2007

Bonjour Fleur!

Écrit par : manutara | 03 juillet 2007

je m'associe également à cet hommage.

Écrit par : dilou/zaza | 03 juillet 2007

Vous allez me faire chialer...

Écrit par : Raphaël | 03 juillet 2007

Lançons une pétition (ah! ah! ah!)

Écrit par : rdL | 04 juillet 2007

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