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29 avril 2007

Rencontre du troisième type

Quand, par téléphone, j’avais informé Jean de la présence, à nos côtés, de Peter, pour la durée du voyage, il n’avait pas bronché. Un peu quand même, mais c’était entièrement de ma faute.  Je dus lui faire une présentation des faits, d’une telle désinvolture, où Peter semblait tombé du ciel, parachuté par Dieu le père…Ouais, il y a un mec qui insiste pour venir avec nous…que Jean me demanda, avec un rien d’inquiétude dans la voix…Tu le connais un peu, quand même ?...Mais là, à Roissy, en attendant que les passagers du vol de la Bristish Airways en provenance de Londres franchissent la porte  pour débouler dans le hall d’arrivée, je me sentis me dégonfler comme une baudruche. J’en venais à espérer que Jean eût manqué son avion et que nous fussions obligés de partir sans lui. Evidemment, ça ferait un drame, mais un drame à venir, à mon retour et, avec un peu de chance, je ne reviendrais jamais. Sinon,  j’avais quand même un mois pour me préparer à affronter sa déception. Parce que là, le drame était imminent. Du coin de l’œil j’observai Peter. Comme chez tous les rouquins très blancs, cet après-midi ensoleillé passé sur les bords de la Seine avait laissé sur son visage et ses bras des stigmates incandescents : Peter n’était pas rouge, il était en feu ! L’excitation provoquée par l’imminence du départ et de la rencontre avec cet ami d’enfance dont je lui rebattais les oreilles depuis des mois, n’arrangeait rien à son coloris. Et puis, il était si grand, si gauche, si roux,  si déplacé en un mot ! Bon, d’accord, un sacré marin, un type bien aussi,  mais ça on s’en fichait pour l’instant. Cette voix aussi. Dieu du ciel cette voix ! En plus il s’en servait à tort et à travers en s’adressant au premier venu comme si de rien n’était. Non, non. Ces deux là allaient se détester, à peine auraient-ils posé leur regard l’un sur l’autre. Le voyage allait être un désastre. On ne ferait sûrement pas l’économie d’une tragédie. Il faudrait les rapatrier dans des avions séparés, immobilisés par des camisoles de force.  Je me sentis physiquement mal. Une bouffée de chaleur me monta à la tête tandis qu’une nausée croissante s’emparait de moi. Je me mis à transpirer. Fuir ! Oui, c’était cela ! Il me fallait fuir et les laisser se débrouiller sans moi. En gesticulant vers le point le plus éloigné du hall, je bafouillai d’une voix rauque de corbeau tuberculeux…Faut que j’aille aux toilettes, de toute urgence. Attends-moi là, avec Jean… Je me fondis dans la foule particulièrement dense en ce début de soirée. Pas pour longtemps. On me tira par le pan de ma chemise. Encore Peter…Il a l’air de quoi ton copain…Je réfléchis un instant…Je ne me rappelle plus…Hein ?...Ah, si. Il ressemble à Jacques Dutronc…Jacques Dutronc ? Quelle plaisanterie ! Jean ressemblait à un gros hanneton. Il était tout en rondeurs et depuis sa quinzième année portait, à toute heure du jour et de la nuit, des Ray Ban de pilote. Hanneton, ça m’était venu comme ça. Il aimait aussi les longs manteaux de couleur brune. Hanneton, Jean n’avait rien contre, lui que tous ses intimes surnommaient Glouglou pour sa plastique de scaphandrier. Mais, je ne pouvais quand même pas dire à Peter…Mate un mec qui ressemble à un scaphandrier ou à un gros hanneton. Au choix… Je profitai du maelström provoqué par l’arrivée des passagers du vol en provenance de New Delhi, pour m’immerger au milieu des saris et des turbans. Je me laissai entraîner par le flot en faisant semblant de chercher quelqu’un. Un groom portant l’uniforme de quelque palace parisien, forçant la presse, son petit chapeau incliné sur le front de manière canaille, s’approcha de moi, trompé, sans doute, par mon teint hâlé…Misteur Par, heu, Pradesh ?...Il releva la tête de sa petite ardoise maladroitement gribouillée et me dédia un sourire chargé d’expectative. Tout en songeant que ce garçon ne devait pas se mettre que des suppositoires dans le cul (et pourtant, je n’avais vraiment pas le cœur à ça), je fus un instant tenté de le suivre. Mais un gros indou huileux et suant s’interposa…I am mister Pradesh !... Le sourire du petit groom vint mourir à mes pieds. A nouveau je fus happé par le flot. Je finis par me retrouver dehors, bien que le mot dehors ne convînt  pas précisément à cet environnement de béton et de verre. Je crois me souvenir que l’aéroport de Roissy avait été inauguré quelques mois plus tôt. Il ne s’agissait encore que de ce terminal de forme circulaire où l’on finissait invariablement par se perdre, sans jamais bien savoir combien de fois on en avait fait le tour. Deux grands gaillards essayaient d’introduire une confortable mama, que je me plus à imaginer sicilienne, dans une voiture minuscule. Une montagne de bagages espérait le même sort sur le trottoir. Le conducteur d’un bus rempli de passagers au regard vide actionna le klaxon, sans conviction. La mama, encastrée à l’arrière de la minuscule automobile, se mit à gesticuler de manière obscène en direction du bus. Des policiers s’approchèrent d’un pas nonchalant. Un peu plus loin,  un homme minuscule monta dans une confortable limousine, véritable paquebot terrestre qui démarra dans le feulement de son moteur douze cylindres et le chuintement de ses pneus neufs. La mama disparaissait à présent sous les sacs et les valises entassés,  sans ménagement, par les deux gaillards terriblement semblables (des jumeaux ?). Les policiers avaient encore ralenti le pas comme si cette scène d’une misère sans grandeur leur était trop familière pour qu’ils pussent intervenir sans avoir l’impression de se tirer une balle dans le pied. Un mur de japonais, remorqué par un guide surmonté d’un parapluie fermé, me masqua la scène. Lorsqu’il fut passé, la petite voiture avait disparu. Ne restait sur le trottoir qu’une chaussure de femme déformée au talon cassé. J’ai toujours été fasciné par cette faculté, que nous avions, d’être capables, au milieu de la cohue la plus aléatoire, d’établir un semblant d’ordre tout en parvenant à en extraire une scène absurde et insignifiante dont nous nous souviendrions des années plus tard. Je rentrai dans le terminal. Le rouquin et le hanneton avaient fini par se trouver. Jean avait maigri. Grandi aussi. Nous devions avoir la même taille à présent. Je ne sais pas pourquoi, mais cela me déplut. J’aimais à me le rappeler petit et gros. Déjà qu’il était plus intelligent que moi, si en plus il se mettait à devenir beau…  Il avait finalement un petit quelque chose de Dutronc, en dehors des lunettes. Le sourire et cette masse de cheveux qui lui recouvrait complètement l’oeil droit. Ses rondeurs avaient fondu sous son T-shirt frappé aux armes de son école. La pratique de l’aviron, m’expliqua-t-il, plus tard. Forcément, en Angleterre… Peter et lui parlaient en anglais quand je les rejoignis. Une discussion animée sur les mérites comparés de la Migros et de Harrod’s. Finalement, ils allaient sûrement s’entendre.  J’échangeai avec Jean un virile shake-hand (à l’époque, les garçons ne s’embrassaient pas sur la joue en public, ni dans l’intimité, du reste) et, de manière fort inutile, les présentai l’un à l’autre, très heureux, brusquement, qu’ils fussent mes amis.

Commentaires

Et d'ailleurs, tu continues de ne faire que me serrer la main, en public, comme par exemple lorsque nous nous sommes retrouvés à l'aéroport de Bordeaux, après des mois de séparation, et que tu n'avais sûrement qu'une envie, c'est-à-dire de me serrer tout autre ch... Enfin ! Bref ! Moi qui te croyais moralement irréprochable, je suis stupéfait de découvrir qu'il t'est arrivé d'avoir HONTE de tes amis. Je t'en reparlerai souvent, sois en sûr.

"Le sourire et cette masse de cheveux qui lui recouvrait complètement l’oeil droit." Très joli portrait. Sensuel. Excitant. On sent que tu le trouvais vraiment beau, ton Jean.

Écrit par : Olivier Bruley | 29 avril 2007

Et la suite ? On attend !

Écrit par : Olivier Bruley | 09 mai 2007

Je pensais la même chose mais je n'osais pas l'écrire de peur de passer pour une rabat-joie !

Écrit par : tinou | 09 mai 2007

Il aime se faire désirer, cet Esteban !

Écrit par : Olivier Bruley | 10 mai 2007

Parti en vacances ?

Écrit par : tinou | 13 mai 2007

Il est en train de bouder, je crois.

Écrit par : Olivier Bruley | 14 mai 2007

Parfaitement!

Écrit par : manutara | 14 mai 2007

La bouderie est un défaut typiquement féminin...

Écrit par : tinou | 14 mai 2007

Et ça n'est pas le moindre de ses défauts !

Écrit par : Olivier Bruley | 15 mai 2007

Ce silence devient inquiétant !

Écrit par : tinou | 19 mai 2007

Don Esteban partait aujourd'hui dimanche pour une autre île de l'archipel, jusqu'à la fin de la semaine prochaine, en principe.

Écrit par : Olivier Bruley | 20 mai 2007

Le voyage s'éternise...

Écrit par : tinou | 31 mai 2007

Tel Ulysse....

Écrit par : manutara | 01 juin 2007

Quand donc reviendras-tu plein d'usage et raison [on peut toujours rêver !]
Vivre entre tes lecteurs le reste de ton âge ?

Écrit par : Olivier Bruley | 01 juin 2007

Alors, pas envie d'écrire en ce moment ? Heureusement qu'Olivier donne de tes nouvelles de temps en temps...

Écrit par : tinou | 07 juin 2007

Esteban , c'est très bien que tu sois absent, ça t'évitera de répondre à ce test :

http://kronix.hautetfort.com/

Écrit par : Léo | 17 juin 2007

J'ai déjà essayé de commenter, mais où est-ce ?? Cher Ange gardien, devenu, par la grâce de Don Esteban, certainement Archange gardien : au secours, j'ai besoin de toi, j'ai mal, mal, mal, sans pouvoir expliquer pourquoi, trop long !
Je sais, par Olivier, que tu n'es pas accessible en ligne, tu es dans une autre ile, je voudrais aussi être ailleurs, ce que je vis ici est extrêmement difficile.

Vraiment, si je pouvais prier l'aide d'un ange, je le ferais, mais athée, agnostique, faut bien que je renonce aussi aux anges...
Dans un autre commentaire, apparemment disparu, je rêvais de vous rencontrer, par hasard, Olivier et toi ... Je vous voudrais ensemble et heureux et apaisés, peu importe où ...

Peut-être, à bientôt, je vous aime beaucoup et je voudrais que cela se sache !

Écrit par : maola | 23 juin 2007

Bonjour Maola,
désolé d'apprendre que les choses ne vont pas trop bien pour toi! Je vais essayer de t'insuffler un bon mana!

Écrit par : manutara | 23 juin 2007

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