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07 février 2007

Un monde à part

A peine rentré de Thaïlande, je repartis sur les routes, en compagnie de mes deux frères cette fois, pour la Roumanie. Pas pour barboter dans la Mer Noire en compagnie des hiérarques du parti communiste français, mais pour chasser le cerf et l’ours dans les Carpates. Septembre était la période du rut .Je ne chassais pas, j’étais plutôt un pêcheur, mais j’avais remarqué que la chasse permettait d’appréhender un pays dans ce qu’il avait de plus primitif. J’en avais fait l’expérience en Afrique, j’espérais la renouveler en Roumanie. Le fait que ce pays fût situé de l’autre côté du rideau de fer venait un peu pimenter l’affaire. Les formalités avaient demandé six longs mois de tractations avec le consulat de Hongrie, pays que nous devions traverser et celui de Roumanie, pays où nous devions chasser. Nous nous embarquions avec un véritable arsenal : des douze pour le gibier à plume, des carabines Mannlicher et Brno pour les grosses bêtes et plusieurs caisses de munition. Tout avait été organisé à la minute et au mètre près. Se présenter tel jour à 0745 au poste frontière séparant l’Autriche de la Hongrie. Dix heures avaient été généreusement allouées (ils n’avaient jamais vu conduire mes frères !) pour traverser le pays, avec interdiction absolue de s’arrêter afin d’arriver à 1745, heure hongroise, mais 1845, heure roumaine, au poste frontière roumain. Là, après les formalités,  nous devions prendre en charge un interprète roumain qui ne nous quitterait qu’à notre sortie du pays. Il était prévu que nous devions passer notre première nuit roumaine à l’hôtel « Splendid » de Bistrita. Le lendemain, à 0832 locale un agent des eaux et forêts du cru (probablement un agent de la securitas) devait nous escorter jusqu’à notre destination dans les Carpates, un village répondant au doux nom latin de Nepos où des dispositions avaient été prises pour notre hébergement et notre « encadrement ». Après avoir traversé l’Allemagne et l’Autriche à deux cents kilomètres à l’heure, nous passâmes notre dernière nuit dans le monde libre à Vienne. Le lendemain, à l’heure dite, nous nous présentâmes à la frontière. Ca ne se bousculait pas pour passer dans ce sens. Dans l’autre non plus, d’ailleurs. Tandis que les agents contrôlaient et recontrôlaient les armes, faisaient le compte des munitions, à la cartouche près, épluchaient toute notre paperasserie consulaire, vérifiaient les passeports, apposaient des tampons et des scellés sur tout ce qu’il était humainement possible de tamponner et de sceller, je sifflotai doucement le générique de James Bond.  Cela fit rire le sauvage et me valut un rappel à l’ordre de la part du bourgeois. C’était la première fois que je voyageais, ainsi, seul avec mes frères. Jusqu’ici tout déplacement familial se faisait en compagnie de mes parents. D’habitude, mes frères, deux trentenaires qui s’entendaient comme larrons en foire, organisaient leurs voyages ensemble, sans jamais y inclure le gamin que j’étais. M’inviter à les accompagner, avait été, pour eux, une manière de m’accepter dans leur monde d’adultes. Le sauvage passait sa vie dans les forêts, les montagnes, les marécages, les jungles du monde entier, à traquer l’animal rare, celui qui ne figurait pas encore à son tableau de chasse. Il portait une tignasse épaisse parsemée de feuilles et de brins d’herbe, revêtait des haillons boueux et ne se lavait jamais. En dehors de cela, il avait lu tout ce qu’il était possible de lire sur une infinité de sujets et était doté d’un humour féroce qui me faisait hurler de rire.  Le bourgeois, lui, sentait l’eau de toilette, ne lisait jamais, était marié, avait des enfants, s’habillait avec recherche, faisait des affaires et possédait la grosse Mercedes noire dans laquelle nous attendions que se levât l’impressionnante barrière rouge et blanche qui séparait le monde en deux. Vautré sur la confortable banquette arrière, ravi d’être là, même si j’affectai un air blasé, je ne pus m’empêcher de me faire la réflexion que moi aussi j’étais situé, quelque part, entre le monde du bourgeois et celui du sauvage.

 

Commentaires

C'est curieux, maintenant que tu as pris de l'âge, je dirais que c'est plutôt toi, le sauvage (puisque tu vis chez les sauvages!). Quant au sauvage, je l'aurais plutôt appelé le savant.

Comment se fait-il que le bourgeois n'ai pas été déporté dans quelque goulag? Je croyais que les communistes n'aimaient pas les bourgeois.

En somme, si je comprends bien, pour résumer, les pays communistes étaient bien un paradis, mais pour les chasseurs de la haute, comme tes frères et toi! Quelle ironie, quand même!

Écrit par : Olivier Bruley | 08 février 2007

Le membres du parti communiste formaient une bourgeoisie dans une société fondée sur les passes droit, beaucoup plus inégalitaire que n'importe quel société occidentale.
C'est vrai que les occidentaux pauvres étaient rarement admis dans toutes ces démocraties populaires.

Écrit par : manutara | 09 février 2007

Ils formaient peut-être une bourgeoisie, mais ce n'étaient certainement pas des gens de "bonne bourgeoisie" comme disait ton père. Toute la différence est là.

Écrit par : Olivier Bruley | 09 février 2007

tout à fait d'accord : les occidentaux pauvres étaient rarement admis dans ces démocraties populaires.
bonne journée

Écrit par : bernard | 15 février 2007

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