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05 février 2007

Big Gun

Durant le vol entre Colombo et Bangkok, séparé de Jean par plusieurs rangées de sièges, j’en fus réduit à écouter les conversations de mes voisins. Des allemands. Gras. Blonds. Répugnants. Il n’était question que de sehr junge Weibchen aussi nombreuses que les grains de sucre sur un Apfelstrudel, de massages en sandwich, bien que dans le cas présent je craignis fort que la frêle thaïlandaise jouant le rôle de tranche du dessous ne fût transformée en crêpe ! Je n’ai rien contre le sexe au masculin singulier, mais là, au pluriel, en allemand, à onze mille mètres d’altitude, dans l’atmosphère confinée d’une cabine d’avion, cela me fit l’effet d’une assiette trop pleine d’un met indigeste. Cela me fila la gerbe (Loin de moi l’idée de vouloir faire jeune en utilisant cette locution, mais parfois, ces petits cons ont des expressions très bien tournées. C’est moins emprunté que de dire, je manquai rendre. En outre, c’est du bon français). Evidemment, la maharané, femme au grand cœur comme toutes les personnes à l’air revêche, nous avait arrangé nos problèmes de correspondance de manière à nous permettre de passer une semaine en Thaïlande. Si le séjour à Ceylan avait été un voyage dans le passé, notre modeste périple thaïlandais nous fit faire un bond dans le futur. Par futur je ne fais pas allusion à un futur scientifiquement fictif, mais bien au futur qui s’est mué en notre présent. A peine installés dans le taxi qui nous menait de l’aéroport au centre ville, nous comprîmes que nous étions au royaume du plenty et du quick. Nous étions en 1974 et jamais nous n’aurions imaginé qu’un aussi grand nombre de voitures pussent emprunter la même route en même temps. A Ceylan, nous avions touché du doigt la surpopulation, à Bangkok ce fut la surconsommation. Cette dernière se déclinait en japonais. Tout ce qui roulait, s’écoutait, se regardait était japonais. Sur les canaux, se croisaient, dans un flux incessant, de petites embarcations mues par d’étranges moteurs (japonais) qu’on aurait crus imaginés par Jules Vernes, tant ils donnaient l’impression d’une vieillotte modernité. La guerre du Vietnam entrait dans sa dernière année et le royaume Thaï servait de base arrière aux américains. La première chose que nous vîmes en atterrissant fut une file de B52 attendant l’autorisation de décoller. Bangkok était aussi l’endroit où les Gi’s  venaient passer leurs permissions. Ils avaient beaucoup d’argent, peu de temps pour le dépenser, une chance sur dix de ne pas revoir le pays. Je suppose que cela contribuait à donner ce caractère d’urgence désespérée à la ville. L’hôtel était un grand caravansérail dont la seule image précise que je conserve est celle d’un va et vient perpétuel. Adolescentes miniatures thaïs aux bras de géants européens décrépis. L’omniprésence de la télévision aussi. C’était la première fois que je croisais un tel instrument dans une chambre d’hôtel. Dans les couloirs aussi, les salles à manger et le hall d’entrée. Toujours allumées. Si nous avions voulu éteindre le poste de notre chambre, il nous aurait fallu le débrancher ce qui était impossible, le fil d’alimentation se perdant dans le mur sans passer par aucune prise. A la place de l’interrupteur de mise en route de l’appareil, un trou béant. Ma demande déconcerta le concierge le premier soir….You want to tuln off the tv? Duling the night? But you ale going to have nightmales! Cette étrange manière de substituer des l aux r. Et, puisqu’on y était….Do you want vely nice gils ? No ? Oh, oh, I undelstand!!!!!!!! Vely nice boys, then? No ?.....Ce pauvre concierge n’y comprenait plus rien. Pouvait-on venir en Thaïlande pour autre chose que pour la télévision, les girls ou les boys ? Nous refusions tout en bloc. Quel manque de savoir vivre ! Dès lors, il se contenta du service minimum à notre égard, nous classant sans doute dans la catégorie des pervers de la pire espèce. Je me souviens aussi de cette musique diffusée dans la rue par des hauts parleurs invisibles. Une musique sirupeuse aux paroles chantées par des voix nasillardes qui nous poursuivait jusque sur les canaux. Nous avions l’impression d’être dans un film en version originale non sous-titrée. Dans les magasins où l’on offrait au client une limonade, même si celui-ci n’achetait rien, on ne pouvait soulever un objet sans prendre une bite en pleine figure. Le sexe était partout. On ne pouvait pas y échapper. Le deuxième jour, alors que nous étions en train de déjeuner dans une gargote au bord d’un canal qui concentrait à lui tout seul toutes les activités humaines possibles, de la naissance à la mort, un jeune homme vint, sans façons,  s’asseoir  à notre table avec son assiette. Je dis jeune, mais il aurait pu tout aussi bien avoir cinquante ans, tant les asiatiques semblaient immunisés contre le passage des ans. De manière étrange, il ne nous proposa pas de vely nice gils. Il se contenta d’engager la conversation sur un mode badin, dans un anglais hésitant, rempli de l. Lui, voulait nous faire visiter son pays, dans son vely nice cal. A nice Toyota, ail conditioned. Pourquoi pas ? La ville était infinie, toutes les rues se muaient en canaux, les gratte-ciel se transformaient en taudis,  nous n’aboutissions nulle part, ne comprenions rien aux panneaux de signalisation dans notre pérégrination anarchique d’illettrés et les chauffeurs de taxi ne semblaient connaître qu’un seul mot, massage. S’en suivit un long marchandage. Il buvait son coca en faisant crisser les glaçons sous ses dents tout en nous soupesant comme on le ferait d’une poularde de Bresse avant de la plumer. C’était énervant. Il était trop cher.  Il nous prenait pour des cons. Je jetai l’éponge. Il revint à la charge.  Sans chercher particulièrement à être discret, il me prit la main et me la colla sur son entrejambe…I have a big gun…Effectivement ! Je ne savais trop que faire de cette affirmation, mais c’était fait avec une telle spontanéité et son visage prit un air si malicieux que nous éclatâmes tous trois de rire. Je jetai dans la balance quelques Bahts supplémentaires et le marché fut conclu. Big Gun et sa Toyota climatisée nous appartenaient pour le restant de notre séjour. Etudiant le reste de l’année, il faisait découvrir son beau pays aux touristes (de son choix) durant les vacances. En toute illégalité, bien entendu. Si des policiers procédaient à un contrôle routier, nous devions leur dire que nous étions des vely good fliends. D’ailleurs, nous développâmes avec lui une relation étrange, qui, me sembla-t-il, allait au-delà de la simple relation , patron employé, qui s’instaure chaque fois qu’on engage quelqu’un à son service. Il me faisait d’ailleurs plus l’effet d’un fils de famille qui voulait se faire des copains étrangers et de l’argent de poche que d’un professionnel de l’arnaque touristique. Big Gun, sous ses airs délurés, était très susceptible. Si nous ne montrions pas l’enthousiasme escompté à la suite de telle visite, à la vision de tel spectacle ou de tel paysage, il se murait dans un silence boudeur. Le soir, il feignait de refuser d’être payé…You not happy. Keep youl monney. Tomolow I stay in bed… Evidemment, il finissait par prendre l’argent et nous attendait devant l’hôtel le lendemain, à l’heure dite. Nous visitâmes ainsi une infinité de temples, assistâmes à des combats de boxe thaïlandaise, vîmes  des mangoustes venir à bout de cobras, nous retrouvâmes dans une ferme de crocodiles où l’on commençait par l’animal sur pied et finissait par l’animal aux pieds. Nous allâmes nous baigner à Pathaya où Big Gun put exhiber son anatomie avantageuse comprimée dans un slip ridiculement petit. Dans l’eau, il devint joueur et très familier. A la fin de la journée, tandis qu’il se changeait à l’abri de la portière ouverte de sa nice Toyota, je jetai un coup d’œil chargé d’un intérêt tout ethnographique sur ses parties intimes et en tirai la conclusion qu’il aurait pu fort honorablement gagner sa vie en se produisant sur les planches. Il surprit mon regard. Je m’attendis à le voir plastronner. Au lieu de cela, il baissa les yeux et rougit  tout en s’emberlificotant dans les jambes de son « jean » qu’il tentait vainement d’enfiler. Je l’avais blessé, j’étais catastrophé ! Paradoxe de ce peuple indécent et pudique à la fois. Je retrouvai Jean qui photographiait sa cinq millième fleur de frangipanier et m’intéressai au va et vient incessant de fourmis transportant des feuilles sous lesquelles elles disparaissaient entièrement ce qui donnait l’impression que les feuilles se déplaçaient toutes seules. Big Gun, finit par nous rejoindre. Il pointa son index en direction des feuilles en mouvement et dit d’un air lugubre…Ants !...Je tentai ma chance…Nice ants ?...Il me regarda d’un œil espiègle et eut un beau sourire…Vely nice ants…

 

 

 

Commentaires

J'ai pas compris. Il avait vraiment une arme, le Thaïlandais, ou il avait compris que t'aimais la bite?

Écrit par : Olivier Bruley | 07 février 2007

(soupir...)

Écrit par : manutara | 07 février 2007

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