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08 janvier 2007

Bob Morane

« On se raconte des histoires de Bob Morane, on s’en invente d’autres ; avec ce lac qui est grand comme la mer et la frontière au milieu, il y a de quoi imaginer des scénarios : tempêtes naufrages, contrebandiers, villas mystérieuses, avec lui c’est aussi bien que d’habitude, il y en a toujours un pour sauver l’autre. On aime aussi beaucoup les couvertures des livres, Bob Morane est très beau, il ressemble au prince Eric en plus moderne. »

La mauvaise vie. Frédéric Mitterrand.

 

Apparemment, le même Bob Morane nous laissa, Frédéric et moi, aux portes de l’adolescence. Bob Morane, Bill Balantine, l’ignoble monsieur Ming alias l’ombre jaune et ses sinistres dacoits hurleurs. Sans Tatiana Orlov, la belle eurasienne, nièce du méchant, le texte n’aurait pas acquis ce zeste de sensualité féminine grâce auquel le couple Bob et Bill évitait de se transformer en une paire de grosses tarlouzes musclées adeptes du sadomaso. Bob Morane était une série littéraire destinée à la jeunesse prépubère, aussi, toutes les dix ou vingt pages, pour ne pas lasser les jeunes lecteurs par un texte trop dense, y avait-il des gravures. En général elles montraient Bob et Bill, torse nu, les muscles saillants, en train d’affronter de redoutables adversaires, à moins qu’ils ne fussent enfermés dans une cage ou suspendus à une poutre en train de se faire fouetter. Je crois avoir, à l’époque, acquis toute la collection des Bob Morane publiée chez Marabout. Il y en avait une bonne centaine. Ca valait largement Harry Potter ! Bob Morane était un aventurier dilettante qui, ayant hérité d’une confortable fortune le dispensant de tout travail rémunéré, parcourait le monde sans rime ni raison autres que son bon plaisir,  accompagné de son copain Bill, écossais et gros picoleur. Tu parles d’un exemple pour la jeunesse ! Oui, mais quelle manière passionnante d’apprendre la géographie ! Je crois que je sus où se trouvaient Kuala lumpur ou Caracas avant même que de pouvoir imaginer l’existence de Vesoul ou de Charleville-mézières. Enfant, j’avais décidé que je vivrais comme Bob Morane une fois devenu adulte ! Je n’y suis pas si mal arrivé que ça. Malheureusement, la série a été interrompue et je n’ai jamais su comment Bob et Bill avaient vieilli.

On mesure mal, aujourd’hui, l’importance que revêtait la lecture pour les enfants des années soixante. Auparavant, la France était un pays rural. Les gamins aidaient leurs parents à nourrir les bêtes avant de partir à l’école et en rentrant, ils les aidaient aux champs. Pas le temps de lire.

Dans les années soixante, la France était devenu un pays moderne, industrialisé, avec une population en majorité citadine. On entrait de plein pied dans la civilisation des loisirs, à ceci près que les loisirs restaient à inventer, surtout pour les enfants. Pas ou peu de télé, encore moins de vidéos, game boy, play station, ordinateurs ou internet. Nous occupions notre temps libre à nous tendre des embuscades et à nous poursuivre en hurlant…Pan, pan tu es mort !....Pour le reste, il y avait les livres. Vers six ans, en entrant en dixième (le CP) dans ce que nous appelions alors le petit lycée, nous savions tous lire, écrire et compter. Pas très bien. Disons comme un bachelier du début du vingt-et-unième siècle. A la fin de l’année, sous la férule de madame Grosjean qui portait un chapeau cloche et souffrait d’épouvantables rages de dents qui la laissaient sans voix pendant le longues minutes, nous étions capable de nous immerger dans les aventures « du club des cinq » et celles du « clan des sept » éditées dans la bibliothèque rose. L’année suivante, nous pûmes aborder la bibliothèque verte avec la série des « Michel ». L’écriture y était moins aérée, plus élaborée et les intrigues plus compliquées. Je me rappelle encore de mon premier livre « sans images ».  « Le club des cinq en Bretagne ». Je me souviens surtout de son odeur. Une odeur délicieusement acidulée. Je pris dès lors l’habitude de flairer tous les livres qui passèrent entre mes mains et d’effectuer un premier tri olfactif. Enfin, en septième, ce fut le grand bond en avant avec Bob Morane. Une couverture souple comme celle des livres de grands. Un texte dense et nerveux qui nous plongeait, non plus dans les aventures de gamins de notre âge, mais dans celles d’adultes. Ces lectures inspiraient évidemment nos jeux. Le jeudi, j’avais pris l’habitude d’inviter mes copains (une petite dizaine) à la maison, où, après un léger temps d’acclimatation, ils finissaient par se sentir très à l’aise. Tous issus de milieux modestes, ce n’était pas dans un esprit de partage démocratique que je les invitais, mais tout simplement parce que je les aimais bien. En outre, si j’avais du compter sur les gamins de mon milieu pour me distraire, je me serais retrouvé tout seul dans l’énorme manoir aux trente pièces ou dans l’immense parc de plusieurs hectares. Dans ma classe, j’étais le seul gosse de riche. Un choix de mon père, qui, après avoir échoué dans l’éducation (collèges helvétiques chics pour fils à papa) de mes deux frères que dix années séparaient de moi, décida de confier la mienne au bon sens populaire des instituteurs de la communale puis à celui des bons pères du petit séminaire de Z***, antre alsacien de l’ultra-conservatisme judéo chrétien, réputé pour n’accueillir que des fils de paysans du Sundgau grossiers et sales. La communale, ce fut le paradis. Le petit séminaire, l’enfer !

 Le jeudi  était donc ma journée. Cris et chuchotements dans les interminables couloirs, poursuivis par le cuisinier sénégalais, (les africains étaient à l’époque inconnus du petit peuple) rebaptisé « l’ombre noire », qui vitupérait, faussement menaçant, « mais je vais instamment vous bouffer, petits culs blancs ! », courses de karting  dans le parc avec ravage de quelque champ de tulipe (normal, les carts étaient des Spitfire et les tulipes des allemands), ski et luge en hiver, ingestion de groseilles ou de cerises lorsque la saison le permettait, bain de vapeur dans la serre au milieu des plantes tropicales, déjeuner pantagruélique servi dans une pièce expressément interdite aux adultes, à l’exception du majordome en gants blancs, vomissements pour ces estomacs peu habitués à pareilles agapes, projection privée de dessins animés et de westerns, goûter autour d’une  table croulant sous le poids des glaces, sorbets et gâteaux. C’est ce que ma mère appelait faire simple. Evidemment, le deus ex machina de mes jeudis, c’était elle. Tapie dans l’ombre, c'est-à-dire très voyante, elle était prête à intervenir (Zita en tenue d’infirmière sur ses talons) à la première bosse, à la moindre écorchure. Le soir, le chauffeur ramenait en Bentley tout ce petit monde dans les banlieues ouvrières…La maison retrouvait alors son calme et sa sérénité…jusqu’au jeudi suivant. Je n’ai oublié aucun de ces amis du jeudi. Je me souviens de leur visage, de leur prénom, de leur nom, même du timbre de leur voix.

Commentaires

le détail du chapeau cloche est irrésistible... Vous sortez d'un monde incroyable, Manutara, très romanesque. Vous connaissez Lobo Antunes ? Parfois quand tout à coup ilse met à parler de son enfance, on y retrouve le même monde, si mon souvenir est bon.

Écrit par : Fleur | 10 janvier 2007

Oui Fleur, je connais Lobo Antunes. Remarquable! J'ai une passion. d'ailleurs. pour la littérature portugaise, espagnole et sud-américaine.

Écrit par : manutara | 10 janvier 2007

Connaître Bob Morane et les sentiers péruviens...

j'ai toujours rêvé de connaître une fille comme cela, patatras, ce ne sont jamais que des garçons ..

Écrit par : xian | 11 janvier 2007

Dans la bibliothèque verte il y avait les aventures d'Alice (pas celle du pays des merveilles, une autre). Mais c'était pour les filles, je touchais pas à ça....

Écrit par : manutara | 12 janvier 2007

Contente que vous aimiez Antonio Lobo Antunes, "remarquable" est le mot, vraiment !!!
Je ne connais pas beaucoup le reste de la littérature espagnole, ou sud-américaine. Que me conseillez vous ?

Écrit par : Fleur | 14 janvier 2007

Vaste sujet! Un auteur portuguais que je ne puis m'empêcher de vous recommander est Jose Sarramago. Sinon, il y a le brésilien Jorge Amado, le colombien Gabriel Garcia Marquez, le guatemaltèque Asturias, le méxicain Carlos Fuentes, le péruvien Vargas Llosa, l'argentin Borges, les chiliens Isabel Allende et Francisco Coloane.
A lire impérativement:
- Le radeau de pierre ainsi que l'aveuglement de Sarramago
- Dona Flor et ses deux maris d'Amado
- Cent ans de solitude et chronique d'une mort annoncée de Marquez
- Le pape vert d'Asturias
- la mort d'Artemio Cruz de Fuentes
- La ville et les chiens de Llosa
-Le livre de sable de Borgès
- La maison des esprits d'Isabel Allende
- Le golfe des peines de Coloane
Voilà quelques classiques qui devraient vous mettre en appétit!

Écrit par : manutara | 14 janvier 2007

Je prends note, merci !

Écrit par : Fleur | 16 janvier 2007

Oui, effectivement, tu avais oublié la série des "Alice détective "que j'ai dévorée à la même époque ou presque !

Écrit par : tinou | 23 janvier 2007

Oui, mais Alice c'était pour les filles!

Écrit par : manutara | 24 janvier 2007

Super article, mais tu es mal renseigné, Bob Morane n'est pas mort... ni son créateur (Henri vernes), des livres inédits sont encore publiés très régulièrement ;o)

Je te conseile de te procurer le cycle d'Ananké (la "meilleure" aventure de Bob Morane)
http://aproposdebobmorane.net/index.php

Écrit par : SUN | 20 avril 2007

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