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04 novembre 2006

Los asuntos pendientes

Les asuntos pendientes ! Un truc typiquement hispanique, au point que je ne trouve pas d’expression équivalente en français. Les affaires en cours, peut-être, si ce n’est que ce ne sont vraiment pas des affaires ou alors de mauvaises affaires et qu’elles ne suivent justement pas leur cours. Un asunto pourrait être une question, un problème, mais alors une question à laquelle il n’y aurait pas de réponse, un problème sans solution. Mais tout cela serait sans importance, si ces fichus asuntos n’étaient pas pendientes. En suspens. En souffrance. Une affaire suspendue dans le temps, souffrant mille morts, tandis qu’animée d’un mouvement de balancier, elle va de l’avant pour aussitôt revenir à son point de départ.  Imaginons un téléphérique qui s’arrêterait à mi-chemin, entre deux pylônes. A nos pieds, un gouffre de plusieurs centaines de mètres. C’est cela, un asunto pendiente.  C’est au Chili, aux portes de la Patagonie,  que j’avais découvert, il y a quelques années déjà, l’asunto pendiente. J’avais fait une demande de permis de travail (le vilain mot) afin de mettre en pratique un sens inné des affaires, hérité de plusieurs générations de capitaines d’industrie. Je me rendais toutes les semaines à la capitale dans le bureau idoine. Là, un fonctionnaire affable me recevait en s’exclamant invariablement, ahi tenemos a nuestro frances ! Je traduisais, naïvement, voilà notre français ! J’aurais du faire du mot à mot. On ne fait jamais assez de mot à mot, tant pis pour les faux amis. J’aurais du comprendre, nous tenons notre français ! J’aurais pu ajouter, par les couilles. Ils adorent ça, les couilles, les sud-américains ! C’était un petit homme tout en rondeur, au visage poupin surmonté d’une énorme paire de lunettes. Un hibou. Il faisait virevolter ses petites mains grassouillettes, m’assurant que tout allait pour le mieux, que las diligencias étaient en route, que tout n’était qu’une question de jours, de semaines, tout au plus, que bientôt j’aurai entre les mains le document tant convoité, celui qui m’ouvrirait les portes de l’eldorado patagon. Juste encore quelques…asuntos pendientes. Quelques années plus tard, alors que las diligencias s’étaient égarées, quelque part, dans les neiges éternelles andines et que los asuntos étaient plus pendientes que jamais, je réalisai, au vu de l’importance de la crise argentine, à quel désastre j’avais échappé. Si j’avais été autorisé à me livrer à une quelconque activité, c’eût été dans le secteur du tourisme que je l’eusse exercée et les seuls touristes qui fréquentaient cette partie du monde étaient justement… les argentins dont les économies avaient été confisquées et retenues prisonnières dans ce que, non sans un certain humour chargé d’autodérision, ils qualifiaient de coralito (un enclos où, d’habitude, on enferme les chevaux).

 

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