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05 octobre 2006

Dans la peau d'un vieux

Décidément, on veut la peau des vieux en France. Consterné, j’ai assisté hier soir à une émission de télévision dont le sujet était, les vieux doivent-ils laisser leur place aux jeunes ? Pour commencer, cela ne veut rien dire. Que veut-on ? Que les jeunes remplacent les vieux dans les maisons de retraite ? Qu’ils se substituent à eux dans la rue, puisque les SDF sont dans leur grande majorité des vieux ? On pourrait aussi comprendre, les jeunes veulent-ils devenir vieux plus rapidement ? On sait bien qu’ils ne le veulent pas, d’ailleurs pas même les vieux ne le veulent. Et pourtant, soixante pour cent du public répondit oui à la question. Cela me conforte dans mon opinion que la France est un pays de retraités en herbe. Evidemment, la question devait se comprendre ainsi : souhaitez-vous que les plus de quarante ans commettent un suicide collectif, disparaissent de la surface de la terre, soient engloutis par une tsunami sélectif,  pour que vous, les jeunes, puissiez vous asseoir dans leurs fauteuils directoriaux encore chauds, pour que vous, les jeunes, puissiez user vos petits culs sur les bancs de l’Assemblée Nationale plutôt que sur ceux de l’école où vous n’apprenez plus rien depuis longtemps, pour qu’à la télévision on ne voit plus que vos gueules boutonneuses, qu’on ne parle plus que de vous et de vos problèmes passionnants de jeunes, que s’y étalent vos états d’âme d’enfants gâtés,  pour qu’à l’Académie Française on n’entende désormais plus que votre parler au vocabulaire si riche, aux règles grammaticales si complexes, pour que dans les journaux ne s’expriment plus que vos opinions si originales et si diverses qu’avec les économies de papier réalisées, on verra la France à nouveau se couvrir de forêts impénétrables, bref, souhaitez-vous, qu’on ne respire, parle, mange,roule, vole, baise, plus que jeune ?

 

Pour animer le débat, une espèce de pitbull déguisé en caniche. On sentait bien qu’il en voulait aux vieux d’avoir du attendre d’avoir vingt cinq ans pour animer sa première émission de télévision. D’abord un reportage, qui, nous avertit-il, avec son sourire bi-fluoré parfumé à la fleur de cactus, se voulait un rien provocateur. Des vieux se voyaient insultés, de manière grossière, avec une violence verbale rare, par de faux policiers. Je ne serais pas étonné que, depuis, des commissariats de quartiers aient été incendiés par des hordes de vieillards. La voix off du commentateur (quel âge mental pouvait-il avoir ?) précisait… ils sont partout, occupent les meilleurs places, vivent dans les plus belles maisons, se remarient avec des jeunesses de vingt ans, roulent en Ferrari, nous pourrissent la vie avec leurs retraites faramineuses… On devrait condamner pareil imbécile, à passer une semaine dans une maison de retraite. Il ne tiendrait probablement pas un jour, ni même une heure. Cela m’a fortement fait songer à la propagande utilisée par les nazis pour préparer le bon peuple allemand à la Shoah. Le même vocabulaire : ils sont partout, on ne voit qu’eux, ils occupent les meilleurs postes, leurs matelas sont bourrés de billets de banque, ils nous volent nos femmes. De toute façon il avait tout faux le pitbull. D’abord les accusés : une brochette d’octogénaires dont le seul crime était d’être encore en vie. D’ailleurs, l’un d’eux, l’increvable Pierre Bellemare, s’en excusa. Du coté du cœur ça n’allait pas très fort. Quant à ses intestins, mieux valait n’en pas parler. On sentait qu’il quémandait l’indulgence de la partie adverse composée de faux jeunes qui n’avaient pas encore compris qu’aux yeux des vrais jeunes, ils étaient déjà vieux. Justement, l’une d’entre eux, une pasionaria jeuniste et quinquagénaire, expliqua que ces malheureux vieillards n’étaient pas les vrais adversaires. Ceux dont on voulait la peau, ceux qu’on souhaitait voir les tripes à l’air, de belles tripes encore bien entières contrairement à celles de l’ancien animateur télé, ceux qu’on souhaitait voir mordre la poussière de leur dentition impeccable étaient les baby-boomers aujourd’hui âgés de quarante à cinquante ans. Le pitbull était aux anges. Il n’en espérait pas tant. Il bondissait d’un côté à l’autre tandis que le public réclamait du sang et des têtes. La sienne aussi probablement, mais un pitbull est trop stupide pour sentir ces choses là. Dans le même temps que la pasionaria réclamait l’élimination des quadras quinquas, elle fustigeait le poids des retraites sans même se rendre compte que si les retraites pesaient si lourdement sur les comptes de la nation, c’était justement, parce qu’anticipant ses désirs, on utilisait l’arme de la mise à la retraite anticipée de manière trop massive. Je rappelle que dans la classe d’âge des cinquante-soixante ans, il n’y a plus que trente pour cent d’actifs en France, une situation unique en Europe ! Désireuse, sans doute, de s’enfoncer totalement dans le ridicule, elle termina son réquisitoire en s’attaquant au monde politique. Que des vieux ! Regardez, continuait-elle, l’alternative qu’on nous propose en France pour les prochaines présidentielles : Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy ! Encore des vieux, alors qu’en Angleterre on n’hésite pas à élire des jeunes comme Tony Blair ! Il ne se trouva personne dans l’assistance pour dire que Blair, Royal ou Sarkozy avaient exactement le même âge !

 

Conclusion : je recommande aux baby-boomers d’émigrer en masse vers la perfide Albion, on y vieillit mieux qu’en France !

 

 

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