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07 septembre 2006

Décollage

Je me souviens avec nostalgie de temps lointains où voyager en avion était encore un plaisir. Plaisir à l’évocation de la destination, mais surtout plaisir de voyager dans les airs.

En ce mercredi matin de la fin de l’hiver austral, quand l’humidité régnant en maîtresse a fini par s’approprier des ultimes recoins du corps, je laisse couler sur ma peau l’eau brûlante de la douche, en songeant que la prochaine fois que je pourrai jouir de semblable luxe je serai plus vieux de deux jours, à vingt mille kilomètres de là, dans cette ville où Catalogne et Castille s’affrontent non point au son du canon, mais à celui de leurs langues que rien ne distingue aux oreilles du profane. Moi qui parle l’une, ne comprenant pas toujours que l’on me répond dans l’autre, j’y perds parfois mon latin. Deux heures de taxi brousse et trois heures d’avion  plus tard, je me retrouve à l’aéroport de Papeete. Curieux endroit qui vit au gré des décalages horaires et qui ne sort de sa torpeur diurne que pour s’animer vers dix heures du soir à l’arrivée du premier vol international. Brusquement la foule des passagers envahit l’aérogare tandis que les boutiques et les comptoirs des compagnies aériennes lèvent leurs volets métalliques. La folie dure jusque vers cinq heures du matin. Puis tout retombe dans une léthargie profonde jusqu’à la nuit suivante.

Je me retrouve au milieu d’une foule hystérique. Hurlements stridents de femmes auxquelles on arrache leurs parfums et leurs produits de beauté. Cris d’enfants privés de leurs peluches. Jurons de mâles dépouillés de leurs briquets. Des hôtesses passent et repassent dans la foule contenue par des barrières métalliques et vérifient encore et toujours les passeports. Les hauts parleurs crachent un flot de paroles inintelligibles. On se croirait dans  « les vacances de monsieur Hulot ». Je regarde avec envie les passagers de first et de business passer devant tout le monde. Avant mes revers de fortune j’étais l’un des leurs. Aujourd’hui je macère au milieu de la foule en délire, pressé contre le dos du passager précédent et dans mon cou, le souffle brûlant de celui qui me suit. La prochaine étape, ce sera la soupe populaire.

Charmant équipage que celui de l’Airbus A340 flambant neuf d’Air Tahiti Nui, la compagnie à la fleur de tiaré. Jeunes gens à peine sortis de l’adolescence, ils arborent des tenues de grooms. Ils plaisantent avec les passagers en éclatant de petits rires hauts perchés. Rarement vu un personnel aussi attentionné. Je me sens un peu moins pauvre.

A l’escale de Los Angeles (Lax pour les intimes), juste le temps de faire les formalités d’immigration (toutes les formalités, comme si nous devions y passer les vingt prochaines années), quatre jeunes américains embarquent et prennent place dans la rangée du milieu située derrière moi. Ils sont ivres.  Ils parlent haut et rient fort. Des rires idiots de ceux qui se croient les maîtres du monde Les annonces faites en tahitien les déconcertent. L’un d’entre eux demande… What kind of fucking language is that?...La réponse d’un autre…It’s fucking french !...  

 

Peu de temps après le décollage un incident éclate. L’un des américains accompagne la musique diffusée par son MP3 en hurlant d’une voix de fausset. Une dame embarquée à Papeete,  épuisée par sa nuit de voyage, lui demande gentiment, en français, de faire moins de bruit. Elle précise, je suis fatiguée. Le jeune américain condescend à retirer ses écouteurs et lui accorde une attention distraite, un rictus mauvais aux lèvres. Puis il singe la femme, en essayant de reproduire phonétiquement ses paroles. Il répète fatiguey en éclatant de rire, bientôt suivi par ses comparses. La dame regagne sa place. L’olibrius reprend son récital en chantant à tue tête, puis s’interrompt pour demander grossièrement à boire à l’un des stewards, en le saisissant, sans façon, par le bras alors qu’il passe dans le couloir.. Le garçon, décontenancé, lui répond avec diplomatie qu’on ne sert plus d’alcool à cette heure. Quelle heure est-il au juste, alors que nous sautons d’un fuseau horaire à l’autre ? L’américain jure. De la vapeur me sort des oreilles. C’en est trop. Je me lève et, en anglais cette fois, admoneste le malotru, en insistant particulièrement sur le fait qu’appartenant à une nation qui impose au reste du monde des mesures de sécurité particulièrement contraignantes, il devrait, par un comportement irréprochable, montrer l’exemple au reste des passagers. Le jeune tahitien me lance un regard reconnaissant.  Un instant désarçonné, l’américain me répond d’une voix geignarde que tout ce qu’il demande c’est à boire, puis il me dit tout le bien qu’il pense de la France et des français. Lui montrant alors la forêt de visages (tous tricolores) tournés vers nous (le ton était monté d’un cran et il m’avait semblé entendre, surmontant le bruit des réacteurs, retentir les premières notes de la marseillaise),  je lui rétorque…Faites attention, l’ennemi vous entoure !... Je ne sais si ce fut cela ou la « booze » ingurgitée avant et après le départ, mais l’américain ronchonna encore un peu, puis finit par s’endormir.

 

 

Commentaires

Bon retour chez toi ! Sûrement plus au calme que dans ces aéroports perturbés (mon fils écossais rentrait chez nous justement le 11 août !).
J'espère avoir des échos de votre voyage en Espagne.
Vu sur Arte l'émission consacrée aux photographes de guerre . Très séduite par ce personnage captivant de Ch.S. : ma soeur m'a fait cadeau de son livre. J'attends d'être débarrassée tout à fait de ma chikungunyette pour le lire, en pleine conscience.
J'ai plein d'idées de collages pour mon ange gardien, mais pas encore satisfaite du résultat (surtout au vu des photos baroques de Madrid !). Et puis, avec mon départ qui se rapproche, je n'ai pas trop la tête aux fantaisies. Amitiés - ,Maola.

Écrit par : les-melis-melos-de-maola | 07 septembre 2006

Mais... Mais c'est nul!!! ça parle pas de moi!!!!! :-)

Écrit par : Olivier Bruley | 07 septembre 2006

Merci pour ton commentaire Maola, je te souhaite un prompt rétablissement.
Olivier, ton ego te perdra!

Écrit par : manutara | 08 septembre 2006

BRAVO MANUTARA !!! Non mais alors, c'est vrai ça...Ils nous font ch... ces bouseux incultes !

Écrit par : tinou | 11 septembre 2006

Les commentaires sont fermés.