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13 août 2006

Terreur sur la ligne

Les visages sont graves, livides, exténués. Les colliers de fleur dont on a affublé les nouveaux arrivants du vol Air New Zealand, Londres-LA-Papeete, ne parviennent plus a faire illusion. Ils pendent misérablement comme autant de cordes aux cous de criminels condamnés à la pendaison. Devant les cameras de RFO, un homme s’exclame…mon MP3, on m’a volé mon MP3…Un autre…Mon appareil de photo numérique tout neuf, ils me l’ont chouravé, les ordures !… Un troisième, plus âgé, tremblant d’indignation…Ils m’ont palpé l’entrejambe. Cinq fois en dix minutes ! Vous vous rendez compte !...Ils ? Qui, ils ? Les terroristes ? Non. Ceux-là, ont été arrêtés à temps. Scotland Yard, merci! Et portant c’est bien d’une forme de terreur dont les passagers de ce vol et avec eux, bien d’autres sur d’autres vols, ont été victimes. Un terrorisme d’Etat qui profite de chaque incident, exploite chaque faille pour resserrer un peu plus son étau sur les citoyens qui n’en peuvent mais et qui finiront bien un jour par n’en pouvoir plus du tout.

C’est qu’ils  ont remis ça en Angleterre. Encore une tentative d’attentat contre des avions de ligne. Et comme d’habitude, ce sont les passagers qui vont trinquer. Il faut bien que la fureur publique trouve un exutoire. Les responsables sont hors de portée ? Vengeons-nous sur les innocents, ceux qui ne font aucun mal, ceux qui n’étaient là que pour essayer de voyager. Il faut qu’ils sentent le poids de la faute que d’autres ont commise. Qu’on les parque dans des tentes. Qu’on les fouille et les refouille, quand bien même une seule fouille, au moment d’embarquer dans l’avion, serait suffisante. Qu’à chaque plainte on réponde par une menace. La menace de se voir accusé de trouble à l’ordre public ! Plus d’objet personnel à bord, car en une fraction de seconde le dentifrice s’est mué en explosif, le Channel en shrapnel, le déodorant en détonateur.

A la poubelle le beauty case Vuitton, à l’incinérateur l’attaché case Hermès. Au gibet la vieille et son inhalateur. Karchérisée l ’immonde rombière couverte de maquillage ! Du collyre, ça ? Mon œil ! De la nitroglycérine, oui ! Et ces poils qui vous sortent des oreilles, vieux salaud !  Hein ? Confisqués ! Et cette poitrine, espèce de traînée, elle cache quoi ? Ouvrez moi cette poitrine que je vois ce qu’elle a dans le ventre ! Est-ce que ça existe une poitrine pareille dans la vraie vie, en temps réel (parce qu’on a même fini par se méfier du temps)?  On ne me la fait pas à moi. Des grenades offensives, oui. Des tampax, petite pute ? A d’autres ! C’est de la dynamite, ou je ne suis plus sergent sous-chef de sa très sainte majesté. Mais vous avez de la chance, larves aéroportées, étrons cosmopolites (si cela ne tenait qu’à nous, on vous fusillerait tous sur le champ, histoire d’éliminer tout risque d’attentat, nous sommes trop bons, je l’ai toujours dit), non seulement on va vous laisser ce qui vous reste de vie, mais en plus, on va vous offrir un sac en plastique transparent, histoire de bien voir ce que vous n’y mettrez pas. Oh, pas un de ces beaux sacs griffés dans lesquels  la vendeuse d’une boutique de luxe glisse avec un sourire complice, en tortillant du cul, vos vêtements de marque, vos parfums de prix  ou vos cravates de soie. Non. Des sacs en plastique transparent dont même un SDF ne voudrait pas. Des sacs semblables à ceux dans lesquels on exhibe, au tribunal, l’arme du crime. Un couteau sanglant, ou une statuette à laquelle adhère encore une touffe de cheveux. Parce que dans le fond c’est ce que vous êtes, bande de lémuriens pédérastes : des armes du crime. Si vous ne vous entêtiez pas à voyager, à partir pour revenir au point de départ,  je ne risquerais, pas, moi,  qui n’ai jamais mis les pieds hors du pays, de vous prendre, un de ces jours,  sur la tronche, catapultés depuis le ciel, vous avec votre avion, vos valises indéformables, votre arrogance de nantis alors que je serai en train de respirer un air pourri sur la balcon de mon pavillon merdique dans ma banlieue minable. En fait, c’est sur la tête qu’il faudrait vous les foutre ces sacs. Trop bons, je vous dis. Quoi ? Des médicaments ? Sans ordonnance ? Mais les gens sont incroyables ! On leur donne ça et ils veulent ça ! Rien, j’ai dit rien ! Vous êtes sourd ou quoi ! Hein ? Oui ? Ah, j’avais pas vu. Donnez moi cette prothèse auditive, que je l’écrase sous ma rangers d’un coup de talon vengeur ! Holà, caporal, maintenant que nous avons éliminé les armes de destruction massive, foutez-moi tous ces dégénérés à poil et conduisez-les à la salle d’embarquement,  en rangs serrés et au pas de gymnastique. S’il y en a qui ne tiennent pas le rythme, achevez-les !

20:25 | Lien permanent | Commentaires (12)