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21 juin 2006

T'as quel âge?

T’as quel âge ? Quel âge avez-vous ? Pardon, mais vous êtes né en quelle année ? Il a quel âge votre chien ? Elle est un peu vieille votre voiture !  Votre steak, je vous le sers âgé ? Vous reprendrez bien une tranche d’âge ? Oh mais, vous ne faites pas du tout votre âge ! N’oubliez pas de faire votre âge avant de crever ! On n’arrête pas de nous rebattre les oreilles avec les PROBLEMES de la jeunesse ( comme si c’était un problème que d’être jeune), mais en attendant ce sont les vieux qu’on assassine. Il faut que cessent ces histoires d’âge. Ca devient une obsession. Une obsession malsaine. Humains jusqu’à…voyons, soyons bon prince…quarante ans, nous deviendrions des mutants par la suite. Des trucs infâmes. Avec  des rides et des cheveux gris. Enfin si je parle de rides et de cheveux gris, c’est par ouie dire. Parce que les mutants sont passés maîtres dans l’art de la dissimulation.  Obligés ! Pour qu’on continue à les servir au restaurant, ils ont subtilisé leurs cheveux aux intouchables indous. Offrandes faites à Cali ou Vishnou, ils se retrouvent, décolorés, permanentés ou brushés, sur les têtes de Marcel ou Ginou. Pour cacher leurs rides, les mutants se font trancher, tirer, sucer, botuliser. Un coup de lard ? Botox et ça repart.  Enfin, tout cela ne sert à rien. Les vieux sont rattrapés par leur date de naissance. D’ailleurs, un vieux c’est tellement dégouttant, qu’on ne l’appelle plus un vieux. Vous avez remarqué cette tendance à déclasser les gens, ou plutôt à suggérer que ce sont des déclassés en ne les appelant plus par leur nom ? Un aveugle devient un mal voyant, un sourd un mal entendant, un gros un rond. Une manière de suggérer que l’aveugle, le sourd, le gros, simulent leur cécité, leur surdité, leur obésité. Ah, les infâmes ! Si vous voyez un gars avec une canne blanche et des lunettes noires en train de traverser une rue, n’hésitez pas à accélérer. Il y voit le bougre, mal, mais il y voit !  C’est ainsi que le vieux est devenu un senior. Ah, le vilain terme ! On dirait un pet  qui file sournoisement le long de la jambe. D’ailleurs on aimerait bien les voir filer, les vieux. Ce n’est pas pour rien qu’ils bénéficient de réductions dans les trains, les avions, les bateaux de croisière. Plus c’est loin et moins c’est cher pour les vieux. Finalement, la société française est à l’image du Clemenceau. Trop vieille pour servir. Pas assez d’imagination pour en faire un musée. D’ailleurs on préfère exhiber les vieilleries qu’on est allé barboter ailleurs, tant les nôtres nous font honte. Alors, on cherche à s’en débarrasser en les trimbalant sur toutes les mers du globe.  Mais même les pauvres, n’en veulent pas. Ou plutôt si, ils en auraient bien voulu. Depuis le temps qu’on leur refile les épaves du monde entier à désosser, une de plus ou une de moins…Mais, non. Les consciencieux de chez nous, ceux qui s’écoutent penser à la place des autres, ont décidé que, vraiment, non,  ce n’était pas possible de refiler une cochonnerie pareille aux pauvres. Ca risquerait de les tuer…dans trente ou quarante ans. De toute façon, ils sont déjà morts de faim à l’heure actuelle et le vieux est de retour. C’est tenace un vieux.

Peu importe. Place à la jeunesse. Le porte avion de dernière génération est là. Mais on a la jeunesse qu’on mérite. Un pont trop court et des hélices qui se font la malle, la nouvelle génération, usée avant que d’avoir servi, aspire déjà à la retraite.

Finalement, je me dis que les sociétés primitives étaient plus humaines que la nôtre. Les esquimaux ou les indiens d’Amérique abandonnaient leurs vieux sur la banquise ou dans la sierra madre quand vraiment ils ne pouvaient plus servir à rien. Quand leurs gencives édentées ne pouvaient plus assouplir les peaux de phoque ou que leurs doigts noueux ne pouvaient plus tendre la corde d’un arc. Nous autres, situés aux avants postes de la civilisation, grisés par les embruns arrachés aux nouvelles vagues qui balaient inlassablement des rivages foisonnant de nouveaux talents (un nouveau talent en valant cent anciens) attendant sur la grève un hypothétique embarquement pour Cythère, mais la grève s’éternisant, il faudra qu’ils se contentent, comme tout le monde, d’un débarquement au cimetière, nous autres, dis-je, c’est justement la crainte qu’ils puissent encore être utiles, qui nous pousse à abandonner nos vieux sur la banquise de la préretraite où, transis d’ennui, ils erreront quelques temps, de Bali au Machu Pichu pour les plus riches, du lit à la fenêtre pour les plus pauvres, avant que de perdre la mémoire, pour oublier que les ont oubliés ceux qui sont trop occupés à écouter le temps passer… Et toi, t’as quel âge ?

Commentaires

Houellebecq en parle très bien dans "La possibilité d'une île": les vieux, pourtant mis au banc de la société, n'ont même pas droit à la révolte...

Écrit par : wrath666 | 09 juillet 2006

C'est vrai, pour l'instant on les a maté avec de confortables retraites! Mais quand le système se cassera la figure (et fatalement, avec la retraite à cinquante ans, le système va se casser la figure) les vieux seront bien obligés de réagir pour retrouver leur place dans la société. Heureusement pour les gens de ta génération! Car en vous entendant parler des vieux (les plus de trente ans), je préfère ne pas imaginer le genre de vieillesse que vous êtes en train de vous préparer!

Écrit par : manutara | 10 juillet 2006

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