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08 mai 2006

Mort dans l'après midi

Elle filait comme un dard la Claudia dans sa mini. J’avais du mal à ne pas perdre ses feux arrière de vue. Malgré toute ma concentration, elle finit par me semer. Après tout, elle avait quelques heures de vol de plus que moi. Savait conduire, en tout cas. Je me tournai vers Ludo…T’es bourré ?…Non, juste euphorique…Tu sauras retrouver le chemin ?...Il fit un vague mouvement de la main…Mouais, il y a des arbres et une maison…Nous éclatâmes de rire. Après nos retrouvailles sur le parking du restaurant, nous avions fait un échange de passagers. Jaja était montée avec Claudia et Ludovic avec moi. Après les quelques banalités d’usage, nous nous étions murés dans un lourd silence.

Claudia devait nourrir des doutes sur les capacités de Ludo à s’orienter dans la campagne Toscane. Elle  nous attendait un peu plus loin. Dès qu’elle vit mes phares, elle démarra comme si elle avait un agent du fisc aux trousses. Ce fut Ludo qui brisa la glace tandis que je profitai d’une ligne droite pour regagner un peu de terrain perdu sur la mini…Je sais ce que tu penses…Ah ?...Il fit un geste du menton en direction de la route…Ouais. Claudia et moi. Tu dois trouver ça dégueulasse !...Je haussai les épaules…Non, je n’ai aucun problème avec ça. Elle a quel âge d’abord ?...Hum, dans les cinquante…Elle et toi c’est du sérieux ou bien…Il réfléchit un instant…J’ai beaucoup d’affection pour elle et elle pour moi, enfin je crois…

Qui étais-je pour porter un jugement même si j’avais un compte à solder avec Ludo ?… J’espère juste que tu ne vas pas la laisser tomber après l’avoir dépouillée… J’ajoutai, de manière un rien théâtrale…Comme moi…

Il poussa un râle…Ah, la la, fallait bien que ça vienne sur le tapis ! Mais on couchait pas ensemble que je sache, ensuite qu’est-ce que trois mille petits francs (suisses, quand même !) pour toi !...

Deux ans plus tôt, en rentrant de l’université en fin de journée, je m’aperçus que Ludovic n’était plus là. J’allai dans sa chambre. Ses affaires avaient disparu. Au début je ne m’inquiétai pas, songeant que j’allai probablement recevoir un coup de téléphone m’enjoignant à venir le récupérer au plus vite dans quelque lieu mal famé. Plusieurs jours passèrent. Sans nouvelles. Un matin, j’eus besoin d’argent. J’allai donc effectuer un retrait sur mon compte. Une botte dans mon placard à vêtements. Tous les mois mon père m’envoyait un mandat dépassant largement mes besoins. J’accumulais le surplus au fond d’une vieille botte. Quand je sortis la liasse de son logement, je constatai qu’elle avait mystérieusement fondu. De moitié pour être précis. Cette découverte me plongea dans un abîme de perplexité.  Pour la trahison, bien sûr. On n’est pas des bêtes. Mais pourquoi ne prendre que la moitié ? Ca me fichait en l’air ce truc. Parce qu’un demi vol, n’impliquait plus qu’une demi trahison, donc ma fureur ne pouvait être qu’une demi fureur.Ca demande un gros effort de concentration de n’être qu’à moitié furieux. Ca laisse trop de place à la tristesse. Et la tristesse c’est épuisant. Ludo connaissait ma planque. Ca l’avait bien fait rire à l’époque, lui qui méprisait l’argent. Qui d’autre que lui aurait pu me délester ainsi ? Nous vivions seuls dans la grande maison.

Evidemment je ne portai pas plainte. Tout cela avait un petit côté très « Misérables ». Je ne poussai toutefois pas la complaisance jusqu’à lui cavaler après avec deux chandeliers en argent.

…Tu aurais pu me demander quand même ! Je te les aurais donnés ces trois mille petits francs ! …. Bon, et bien tu vois ! Pourquoi tu fais des histoires, alors ?...Je soupirai…Tu en as fait quoi, de cet argent ?...Bah, je voulais aller à Katmandou, en Inde, mais…Au Népal…Hein ?...Katmandou c’est au Népal, pas en Inde… Oui si tu veux. T’as pas changé, toujours à enculer les mouches ! Enfin je voulais partir loin, là-bas derrière…Il fit un geste de la main indiquant l’horizon perdu quelque part dans la nuit…De toute façon, j’ai pas dépassé la gare de Genève. Le buffet de la gare pour être précis. Quand je me suis réveillé le lendemain, sur un banc, j’avais plus un rond et je m’étais fait tirer mon sac… Je ne pus réprimer un éclat de rire…Et ensuite ? Je ne comprends pas que tu ne m’aies pas appelé pour venir te chercher…Justement, je voulais le faire. Tant pis pour l’engueulade ! Mais j’avais plus rien, même pas une pièce pour téléphoner. Alors, j’ai fait la manche. Z’auriez pas septante centimes ? Et devine quoi ?...Je fis semblant de réfléchir…Une dame à l’aspect volontaire t’a abordé - alors mon petit gars raconte moi ton histoire pendant que je te joue un air de cornemuse- puis, elle t’a ouvert son portefeuille, sa maison, son cœur !...J’avais imité la voix de Claudia…Il ne put s’empêcher de rigoler.

…T’es méchant ! Non, Claudia je ne la connais que depuis quelques mois. Mais un mec un peu vieux  m’interpelle- Comment, jeune homme, vous n’avez pas honte, vous avez deux bras, deux jambes, vous pourriez travailler, comme tout le monde !- Moi tu me connais, pas la langue dans ma poche, je lui réponds- Casse-toi vieux croûton, ou file moi du boulot si t’en as tant que ça- Pour te dire que j’étais vraiment désespéré. Il s’est pas laissé démonter le vieux- C’est du travail que tu veux et bien j’ai ce qu’il te faut- Moi, plus par curiosité qu’autre chose, je lui dis chiche. J’avais rien à perdre. On prend sa bagnole et nous voilà partis. Un truc dingue. Dans son jardin, il avait installé un chantier de construction navale. Ce con voulait faire le tour du monde dans une citerne transformée en voilier. Je te mens pas ! Une citerne énorme qui puait encore la benzine avec deux flotteurs pour l’empêcher de rouler. Il voulait aménager l’intérieur.  Tu imagines un peu ? On pouvait pas y tenir dix minutes sans dégueuler ! On avait le mal de mer rien qu’à le regarder ce machin ! Remarque j’étais peinard. Je logeais dans une cabane au fond du jardin, j’étais nourri trois fois par jour et en plus il s’était engagé à me payer mille balles par mois. Je me suis dit, bon, je bosse trois mois et ensuite je me pointe chez mon copain Esteban pour le rembourser…Ludo !...Bon d’accord, j’étais certain de rien, mais ça restait une option. Enfin la question s’est pas posée. C’était pas un mauvais bougre, le Robert. Question pinard il s’y connaissait. Mais pour le fric, rien à faire, j’en ai  jamais vu la couleur. Il m’a juste payé un passeport. Pour voyager, il faut un passeport. C’est un truc qu’il m’a expliqué le vieux. La carte d’identité ça sert à rien. Pas moyen d’y coller un tampon. Comme il avait l’espoir que je m’embarque avec lui dans sa citerne pourrie, il me l’a offert, comme il disait, le passeport. Tu parles, cent balles, la belle affaire ! Au bout de trois mois j’en ai eu ma claque. Au fond si le vieux ne m’a pas payé, c’est pas qu’il était radin. Non. Voulait pas que je parte, c’est tout. Se bourrer la gueule avec moi en parlant de son putain de tour du monde, c’était sa manière à lui de voyager. Alors j’ai décidé de partir quand même. Mais sans argent, où aller ? J’ai profité d’un soir où il était bien torché pour lui faire les poches. Pas grand-chose, quatre ou cinq cents balles. Il y avait les clés de sa caisse aussi, une vieille Mercedes. Au moins j’avais un moyen de transport…

A ce stade de l’histoire, j’avais perdu depuis longtemps Claudia et Jaja de vue, ralentissant graduellement en me contentant de suivre la route sans trop savoir où j’allais. Mais là, je commençais à avoir les jambes flageolantes. Je m’arrêtai au bord de la route et regardai Ludo, horrifié.

…Tu ne vas pas me dire que tu lui as…Bah, si. Je lui ai tiré sa caisse ! Remarque dans ma tête, c’était juste un emprunt !...Dans ta tête, je ne sais pas, mais dans le code pénal c’est un délit passible de prison et en cas d’accident je ne te dis pas !...Oh, avec toi, c’est tout de suite un drame ! Il s’est rien passé et je lui ai rendu sa voiture ! Enfin, il est venu la chercher…Comment ça ?...J’ai roulé pendant des jours. J’ai roulé jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de terre où poser les roues, jusqu’au bout du monde…Tiens, c’est joliment dit et il se trouvait où ce bout du monde ?...Cadix...Il crut bon de préciser…En Espagne. C’est beau la mer. Je ne l’avais jamais vue. J’ai brusquement compris ce que le vieux voulait me dire en parlant de ces immenses déserts liquides agités sans cesse du mouvement ondoyant des foules…Des foules ?... Oui des foules. Il devenait poétique après quelques verres, Robert. Il disait que les mots ne servent pas seulement à apprendre ou à comprendre mais aussi à surprendre. Là où le connard moyen (je me sentis un peu visé) aurait pensé à la houle, lui voyait une foule. Là, tu te sens interpellé, agressé. Tu te creuses le cigare. C’est quoi ces putains de foules dans le désert ? Je lui ai demandé. Il m’a répondu que je pouvais le peupler à ma guise, ce désert. Que je n’avais pas besoin de lui pour ça. Moi j’y ai collé tous les enfoirés qui m’ont cassé les pieds depuis que je suis né. Ca te faisait tout d’un coup plein de monde. Robert s’est marré et m’a dit que c’était pas du peuplement mais de la pollution…Ludo écouta un moment la nuit…J’ai appelé Robert en arrivant à Cadix. Toute une histoire pour téléphoner en Suisse. J’ai cru qu’il allait m’insulter, me dire que toutes les polices d’Europe étaient à mes trousses. Mais, non. Il voulait juste savoir comment j’allais. Il m’a dit bouge pas, je prends l’avion et j’arrive. Comme j’étais pas certain de ses intentions, je lui ai donné rendez-vous, le lendemain, dans une bodega en plein centre ville.

Il m’a juste dit que je l’avais surpris.

Une fois qu’il a revu la mer, il n’a plus voulu bouger. La baraque en Suisse, la citerne à flotteurs dans le jardin, il avait plus rien à en foutre. Il avait un peu d’argent, alors il a acheté une petite maison, sans eau, sans électricité, mais du matin au soir on avait la mer devant nous. La mer et les bateaux. Le vent aussi, parce qu’une mer sans vent, c’est un lac. Je suis resté avec lui. Sans qu’il me le demande. Un jour, on était installé sur la terrasse à regarder passer les cargos, je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas tout simplement acheté un vrai bateau pour faire son tour du monde. Il m’a répondu qu’il aurait été obligé de partir et cela aurait tué le rêve. On a quand même du acheter une citerne. Une petite montée sur roues, qu’on remplissait en ville tous les deux ou trois jours. C’est pas qu’on se lavait souvent, ni qu’on buvait beaucoup d’eau, mais Robert avait décidé de faire pousser des légumes. Tu parles ! Il devait pleuvoir dix minutes par an et avec le vent et l’air marin, rien n’est jamais venu. Mais Robert s’entêtait : c’est pas la récolte qui compte, mais l’espoir de la récolte ! Heureusement qu’il y avait les oliviers. Cinq ou six. Un peu poussiéreux. Un peu vieux. Inclinés dans le sens des vents dominants. Alors, quand il n’y avait pas sur l’océan de bateau sur lequel on pouvait embarquer pour faire un bout de chemin, on regardait les oliviers pousser. Comme cela faisait cinq cents ans qu’ils poussaient sans l’aide de personne, c’était pas trop fatiguant. De temps en temps je me retrouvais seul. Robert partait en Suisse pour ses affaires. Je ne lui demandais jamais en quoi elles consistaient ses affaires. Il ne me posait jamais de question, alors moi non plus. On se contentait de vivre. Il m’a emmené un jour dans une petite arène de village pour regarder l’entraînement d’un bébé torero. Un gosse d’une dizaine d’années. En face de lui un veau. Tout noir. Jamais pensé qu’un veau pouvait être aussi féroce. Il fonçait sur le gamin et l’envoyait valdinguer en l’air. Une fois, deux fois, dix fois. Un vieux à moustache n’arrêtait pas de gueuler, anda, anda, chaque fois que le gamin mordait la poussière. Le gosse se relevait et tendait sa cape au veau qui n’en avait rien à foutre. Lui tout ce qui l’intéressait c’était de se faire le gamin. C’est là que Robert m’a expliqué pourquoi une corrida ne durait qu’un petit quart d’heure, vingt minutes à tout casser. Parce qu’au bout de ce temps, le toro a bien compris que c’est pas la muleta qu’il faut viser, mais le gars qui la tient ! En regardant le gamin qui continuait à prendre des gamelles, il m’a dit, en apprenant on devient tous un peu moins cons.

J’étais suspendu aux lèvres de Ludo. J’avais rarement entendu une histoire aussi absurde et belle à la fois. Trente années ont passées et pourtant je m’en souviens encore, mot pour mot. Jusqu’à l’intonation de sa voix. Une voix non plus enfermée à l’intérieur du corps comme celle du Ludo que j’avais connu, mais une voix libérée.

J’étais quand même un peu rongé par le démon de la jalousie…Et ça a duré combien de temps cette existence trépidante?... Ludo réfléchit…Un peu plus d’un an…

Je sombrai alors dans la mauvaise foi…Et tu n’as jamais eu l’impression de perdre ton temps avec ce Robert ?…Non, pas du tout. J’apprenais un tas de truc avec lui. Sous ses airs de vieux pochtron c’était une encyclopédie ambulante.  Mais lui s’inquiétait pour moi. Il disait que j’avais encore tout mon passé devant moi et qu’il fallait que j’avance dans le temps avant que, moi aussi, je puisse faire un retour en arrière. Je comprenais pas toujours ce qu’il disait Robert, surtout quand il était à jeun…Tu as quand même fini par partir… Non, c’est lui qui est parti. Un après-midi d’hiver. Après sa sieste. Il a regardé la mer. A eu l’air vachement surpris. Il a fait oh, oh. Puis il est tombé. Flac. Comme une pierre. Je l’ai traîné dans la voiture et ai foncé vers l’hôpital. Mais au fond de moi, je savais qu’il était déjà mort. A l’hôpital, ils ont tout de suite compris en le voyant qu’il n’y avait plus rien à faire. Rupture de je ne sais plus quoi.  Ils m’ont demandé si j’étais son fils. J’ai répondu oui, je savais que la place était libre. En me signant le certificat de décès, le médecin m’a dit qu’il fallait enterrer le corps avant vingt quatre heures. C’était la loi. Là, il y a eu un gros problème. Robert me l’avait répété. Il ne voulait pas être enterré, mais incinéré. Ses cendres dispersées dans la mer. Je l’ai dit au toubib. M’a répondu qu’en Espagne, terre catholique, on n’incinérait pas. C’était un truc de païens ça ! Mais que si je voulais, je pouvais rapatrier le corps en Suisse, que les calvinistes eux n’avaient pas ce genre d’égards pour les morts. Il me faudrait juste obtenir les autorisations d’une demi douzaine d’administrations, mais que le consulat Suisse m’aiderait dans mes démarches. Tu parles ! Ils auraient vite fait de comprendre que je n’étais pas le fils de Robert, ni de personne et de le balancer dans une fosse commune. Je ne pouvais même pas me tourner vers sa famille vu qu’il en avait pas. Ses parents étaient morts, il était fils unique et n’avait jamais eu d’enfants. Même si j’avais voulu l’enterrer, je sais pas où j’aurais trouvé le fric pour acheter une concession, la cérémonie et tout le tremblement ! Enfin, mourir c’est un truc vachement compliqué surtout si c’est à l’étranger.

Commentaires

Coucou Manutara, j'ai lu le début, je finirai la suite demain, tu es très inspiré toi.....Il faut du temps pour tout lire !....
Mais tout ça est-il autobiographique où complètement imaginaire ?

Écrit par : Pénélope | 08 mai 2006

C'est la stricte vérité. J'ai arrêté la fiction, depuis un bout de temps déjà. Toutes les personnes dont je parle ont bien existé. Je me suis contenté de changer leurs noms.

Écrit par : manutara | 08 mai 2006

Quant à la longueur de mes posts c'est une stratégie de dissuasion. J'ai trouvé dans le blog un moyen de compiler mes souvenirs. Ceux-ci qui me reviennent souvent en cours d'écriture. Comme ce sont des souvenirs assez personnels, je n'aimerais pas qu'un trop grand nombre de personnes les lise. Un journal papier remplirait sans doute le même rôle, mais il y a toujours le risque de l'égarer et de le voir attérir dans les mains de la mauvaise personne. Avec le blog, pas de risque. C'est l'anonymat assuré. La forêt qui cache l'arbre. Et comme tous les jours des milliers d'arbres sont plantés, la probabilité qu'on lise mes posts diminue au fil de l'ouverture de nouveaux blogs. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j'ai opté pour des textes longs, sans photos, sachant qu'un post de plus de cinq lignes n'avait pour ainsi dire aucune chance d'être lu. Je me retrouve donc avec un noyau dur de trois ou quatre fidèles lecteurs et c'est très bien ainsi. Stimulant sans être angoissant.

Écrit par : manutara | 08 mai 2006

Tant qu'y a des oliviers, y a de l'espoir!

Écrit par : oliviermb | 09 mai 2006

Effectivement ce n'est pas si simple de mourrir, il m'arrive d'y penser et de me demander quel choix je dois prévoir pour mon corps : j'en fais cadeau aux asticots ou aux petits poissons ? Je ne sais pas encore, je crois tout de même avoir une préférence pour l'incinération et mes cendres dans la mer, très précisément dans le Morbihan , j'ai déjà repéré l'endroit où je vais très souvent nager. C'est un endroit inaccessible quand on ne connait pas mais magnifique, c'est une crique face aux Iles : Belle-île et Houat, là je serais bien dans le flux et le reflux de l'océan atlantique. je n'en ai encore jamais parlé à mes proches mais j'y pense de plus en plus sérieusement.

A bientôt Manu.

Écrit par : Pénélope | 09 mai 2006

Moi c'est déjà prévu, hélas, par la force des choses. Quand mon mari est mort il y a cinq ans, j'ai ouvert un caveau à 2 places. J'ai choisi l'emplacement dans le cimetière, à l'ombre d'un arbre et ma fille connait mes dernières volontés. Je sais très bien qu'elle ne viendra quasiment jamais au cimetière, mais l'idée de disparaitre sans laisser au moins une trace visible de mon passage sur terre m'est insupportable.

Écrit par : tinou | 09 mai 2006

Moi, c’est dans un sac poubelle bio dégradable et à la décharge publique. J’ai déjà préparé le sac et je paye tous les ans mon abonnement pour l’enlèvement des ordures. Non, parce que le cimetière ce n’est pas possible. C’est plein de croix et je ne suis pas croyant.
Avant, il y avait un joli petit cimetière face à la mer. Des tombes anonymes délimitées par quelques coraux. Le premier novembre, les familles venaient débrousser pour verser un peu de sable blanc et porter des colliers de fleurs aux endroits où les vieux se rappelaient avoir, un jour, enterré leurs morts. Bon, comme leur mémoire était chancelante c’était n’importe quoi, mais tous les morts avaient leur chance.
Mais cela fait longtemps qu’on n’enterre plus personne dans le vieux cimetière. On en a ouvert un nouveau. C’est qu’entre temps, les gens ont commencé à avoir de l’argent. C'est à dire que leur sens des valeurs et de l’esthétique s’est dramatiquement dégradé. Et comme les morts ne sont plus là pour se défendre, les vivants s’en donnent à cœur joie : croix en plastique, imitation fer forgé, angelots en stuc, vierges d’albâtre. Inscription préfabriquées dégoulinantes de banalité. A notre cher disparu…Forcément, la mort est, ici aussi, devenue un business. Et les pierres tombales en béton armé, histoire d’être certain que les morts ne pourront pas se carapater ! Comme si cela ne suffisait pas, depuis quelques temps la mode est au carrelage ! Non, décidément, cet endroit sent trop la mort pour y être enterré !

Écrit par : manutara | 09 mai 2006

En Guadeloupe sur l'île des Saintes, je me souviens avoir visité le cimetière devant lequel je suis restée "sous le charme" étonnant non ???? Dans ce petit cimetière les tombes étaient très simples pas de bouquets artificiels, pas de pierres tombales, uniquement des petits cailloux blancs et des coquillages de toutes sortes, de magnifiques coquillages genre lambis ! C'était superbe, toutes les tombes étaient tournées vers la mer. C'est étrange mais cet endroit n'était pas triste.

Écrit par : Pénélope | 09 mai 2006

Il y a des cimetières où l'on ressent une certaine sérénité en se promenant dans les allées. Pour ce qui est de ma tombe, elle est toute simple, c'est une dalle horizontale sur laquelle j'ai fait inscrire en lettres d'or et en écriture penchée : " Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard ". Quand mes rosiers sont en fleurs je vais y déposer de temps en temps un bouquet, à même la dalle. Entre temps, deux nouveaux locataires des lieux se sont installés de chaque côté. Mais ce n'est pas du tout le même genre : il y a des plaques commémoratives partout, des fleurs en plastique... Je pressens que je ne me m'entendrai pas beaucoup avec mes futurs voisins !!!! D'autre part, je ne suis pas croyante, mais la présence des croix ne me gêne pas. Allez, mieux vaut en rire tant qu'on le peut encore...

Écrit par : tinou | 09 mai 2006

Pénélope, je connais bien les Saintes, j'y avais fait escale avec mon voilier en 1979. A l'époque c'était vraiment sympathique. Je me rappelle surtout de cette étrange maison en forme d'étrave de bâteau dans la baie ainsi que des mancenilliers (pas certain de l'orthographe) dont les feuilles mouillées provoquaient d'horribles brulures et dont les fruits t'envoyaient directement au charmant petit cimetière si tu avais l'imprudence de les manger.
Tinou, tu vois, ça commence déjà les problèmes de voisinage!
Moi je suis assez de l'avis de Pénélope. Incinéré et les cendres à la baille. Imaginer que toute trace de mon passage sur terre sera effacée, me rassure plutôt. Dans ce cas il faudra que j'évite de mourrir aux Marquises ou même en Polynésie. On n'incinère pas ici. Enfin, dans le fond, tout ça n'a pas grande importance.
Il y a quelques temps, j'ai rencontré une amie indienne en Suisse. Elle ramenait son défunt mari à Bombay afin qu'il soit dévoré par les vautours dans un parc situé en pleine ville. Ils étaient tous les deux parsis. Son grand problème à cette dame, c'était qu'il ne restait presque plus de vautour à Bombay!

Écrit par : manutara | 10 mai 2006

ça alors, c'est amusant, lors de ma dernière beuverie, on ma justement parlé de ces tours où l'on dépose les morts dans certaines religions, pour les laisser dévorer aux oiseaux!

"Vas aux corbeaux", disait-on à peu près, en grec, pour dire à une homme d'aller brûler en Enfer! Parce que pour les anciens, il n'était rien de plus terrible que de mourir sans sépulture (cf. Antigone), dévoré par les oiseaux et les chiens.

Finalement, le plus simple, c'est de ne pas mourir.

Écrit par : oliviermb | 10 mai 2006

Oui, mais l'immortalité pose d'autres problèmes comme l'usure des vêtements, la longueur de la barbe et la compatibilité de son PC avec les logiciels à venir...

Écrit par : manutara | 10 mai 2006

Manu : Préviens nous à temps quand tu sentiras la "fin" proche, on ira te chercher vite fait pour t'emmener dans le crématorium le plus proche, et par la même occasion, ça nous fera un "beau voyage" hi hi hi....
Pénélope et ses soeurs......toujours là pour rendre service !

Écrit par : Pénélope | 10 mai 2006

Merci Pénélope. Je suis très touché!

Écrit par : manutara | 11 mai 2006

Les commentaires sont fermés.