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23 avril 2006

Quelqu'un d'intéressant

Ce fut la fin d’une belle amitié. Le début d’autre chose.  

Cela commença à mon réveil. Privé d’oxygène. La tête dans les chardons. Jaja me colla sous le nez ma chemise au col (légèrement) sale. Non, vraiment, même en faisant un effort, je ne parvenais à discerner nulle odeur de cigare ou de transpiration. Depuis combien de temps je portais le même « jean » ? A peine quinze jours. Si on commençait à se changer tout le temps…Pas la peine de fouiller dans mon sac, je n’en avais  pas d’autre. Non, je n’avais jamais songé à me refaire une garde robe. Oui, je me lavais tous les jours. Non, il n’y avait sûrement pas de douche à l’étage et dans le cas contraire, mieux valait conserver sa crasse que de se charger de celle des autres. Quoi, mes amis? Comment ça, « une influence néfaste »? Vulgaire le plombier ? D’abord il avait un nom. Lucien, il s’appelait Lucien. Mais c’était quoi cette obsession ? Non, il n’était pas crasseux. Passait des heures dans la baignoire (bien placé pour le savoir, gnark, gnark, gnark…) ! Inculte ? Pardon ! Son entreprise s’appelait « on the road ». Parfaitement, une entreprise .Petite mais efficace. Oui, je la laissais rire. Trois mots d’anglais ? Oui, mais quels mots ! Jamais entendu parler de Kerouac ? Non ! Alors là, c’était le comble…

Trois années de coexistence pacifique balayées par un misérable orgasme. Bon, plusieurs, mais je n’y étais vraiment pour rien. Elle s’énervait toute seule. Me labourait le torse de ses ongles de vingt centimètres de long. Me tirait les cheveux. Une vraie folle quoi ! A ce rythme, en six mois je serais chauve, si je ne mourais pas du tétanos entre-temps!

Je retrouvai un peu de mon aplomb au volant de ma TR3, capote baissée, coude négligemment posé sur la portière. La plupart des mecs s’identifient à leur voiture. C’est symbolique une voiture. Tout est dans la longueur du capot. Ors la TR3 c’était un coffre minuscule, un petit habitacle et un énorme capot terminé par une calandre agressive. J’aimais voir ce capot au travers du pare brise. Tous mes copains adoraient ma voiture. Jaja, non. Elle ne la trouvait pas pratique. D’accord, pas pratique. Mais phallique et Jaja n’appréciait que très moyennement de circuler dans un pénis monté sur roues.

Changement de programme. Je décidai l’aller voir si les italiens avaient des mœurs moins grégaires que les français. On devait bien arriver à trouver une chambre d’hôtel entre Gènes et la Sicile ! Jaja se rappela alors qu’une des ses amies passait l’été en Toscane. Dans les environs de Florence…. Ah, oui, mais moi j’aime pas débarquer chez les gens, sans prévenir ! Et puis je ne la connais pas cette dame !...Je vais lui téléphoner et puis se sera pour toi l’occasion de faire la connaissance de Claudia, quelqu’un d’intéressant, pour changer…Bof, j’aime pas faire la connaissance d’inconnus !...

Il fallut ensuite que je cuise une heure en plein soleil dans la  voiture, pendant que Jaja passait son coup de téléphone depuis une aire de repos. Mais qu’est-ce qu’elle pouvait bien lui raconter. Notre nuit ? Je serais bien allé voir, écouter, interrompre cette conversation futile. Mais nous étions en Italie. Les années de plomb. Un pays où la monnaie était à ce point dévaluée qu’on préférait la rendre en bonbons ou en cigarettes. Pas question de laisser ma chérie, comme ça, sans surveillance. La voiture, bien sûr.

On aurait pensé, enfin j’aurais pensé, qu’en revenant Jaja s’excuserait de m’avoir fait attendre. Pas du tout, elle m’engueula parce que j’étais torse nu…Remets ta chemise, tu as l’air d’un voyou !... Elle voulut ensuite faire un détour pour visiter Sienne. Moi j’aurais préféré Pise. A cause de la tour. Mais la tour de Pise, c’était d’un vulgaire ! Bon, va pour Sienne. Très beau. Rien à dire. Mais cela ne suffisait pas. Elle me traîna de force dans une boutique de vêtements. Pour que je ne lui fasse pas honte. J’en sortis revêtu d’un pantalon noir et d’une chemise blanche. Parfait, j’avais l’air d’un garçon de café à présent.

A me lire, on pourrait croire que j’étais irrité du tour que prenaient les évènements. Mais non. Je jouissais de chaque seconde. Avec une inconnue, c’eût été différent. Mais cela faisait trois ans que Jaja et moi étions amis. Quelques heures que nous étions amants .Elle marquait son territoire. Elle avait des vues sur moi. L’idée de vivre avec quelqu’un de parfait lui étant tout simplement odieuse, elle dressait complaisamment la liste de tous mes défauts.

C’était émouvant.

Alors que nous approchions de Florence je lui demandai…Tu me trouves beau ?... Elle me regarda étonnée…Beau ? Non ! Quelle idée ! Il ne manquerait plus que ça ! Tu as de ces questions, je te jure !... Pas à dire, elle était folle de moi !

Avec tout ça, nous étions en retard, les environs de Florence relativement vastes, la nuit noire et l’adresse griffonnée par Jaja au dos d’un paquet de cigarettes des plus vagues. Il fallut s’arrêter dans un restaurant en rase campagne, téléphoner à nouveau et finalement attendre sur place que Claudia vienne nous rejoindre en voiture. Pour nous guider. Avec son ami. Parce qu’elle avait un nouvel ami, Claudia (Jaja prononçait Klaodia). Ca je m’en fichais un peu, même beaucoup, qu’elle ait un nouvel ami, Claudia. Je ne la connaissais pas, Claudia, alors son petit ami, hein…Et bien non, je me trompais. Paraissait que je le connaissais. J’allais même avoir une sacrée surprise. Qui ? C’était qui ? Non, non.  Je n’avais qu’à être moins arrogant. Moins persuadé que cette inconnue,  Claudia, était forcément une andouille, puisque si elle n’en avait pas été une, un mec aussi brillant que  moi l’aurait forcément rencontrée au détour de l’une quelconque de ses vingt et une années de vie. Je n’avais qu’à attendre.

 J’appréciai la manière pleine de pédagogie avec laquelle Jaja me faisait comprendre que, dans le fond, je n’étais qu’un crétin prétentieux.  On a donc  attendu. Dans la TR3. Sous le ciel étoilé. Les cigales faisaient, criiicriiicriii. Jaja se pelotonna contre moi… On est bien tous les deux, hein, mon biquet ?... Tu crois que ma voiture sera en sécurité chez ton amie ?... Elle se dégagea et d’une voix tremblante de colère… Ras le bol de ta voiture ! Tu sais ce que j’ai envie de faire ? T’attacher à poil sur le capot de ta chère TR je ne sais plus combien, la queue et les boules écrasées contre la tôle brûlante. Et te  flanquer des coups de ceinture !....Je lui fis un grand sourire…Tu vois, quand tu veux, tu peux être charmante !... Au moins ses fantasmes étaient limpides ! Elle descendit pour aller bouder un peu à l’écart, en fumant. Des Kent.

Ils finirent par arriver. Dans une mini Cooper immatriculée à Genève. Dans une nuage de poussière. Elle avait un sacré coup de pédale, la Claudia ! Non, erreur, ce fut son Jules qui sortit, côté conducteur. Un gars massif. Les cheveux coupés en brosse. La cinquantaine. Difficile de dire pour le visage. Mais une grosse voix. Un ancien militaire, sûrement. Un légionnaire, peut-être.  Il se précipita  vers Jaja et la serra dans les bras en sautillant. Non, franchement, je ne voyais pas qui cela pouvait bien être. Bon et la Claudia ? Je quittai mon siège histoire d’avoir l’air de m’intéresser un peu à ce qu’il se passait. Jaja me fit signe…Viens que je te présente…Comme si ce n’était pas précisément ce que j’étais en train de faire. Venir, pour qu’on me présente. Elle me désigna le légionnaire…Claudia…Esteban… Ah, oui ! Ah quand même ! Je compris ce que Jaja avait voulu dire par, quelqu’un d’intéressant. Claudia m’écrasa la main et me fit la bise. Je crus sentir des poils de barbe effleurer ma joue, mais c’était sûrement mon imagination…Alors c’est toi Esteban ?...Grande claque sur les fesses… Le remplaçant ? J’espère que t’es moins con que l’ancien !...Elle agrippa Jaja par le cou… Tant qu’à faire tu l’as pris jeune cette fois. Sacrée garce, vas ! T’as raison ! Moi aussi, quand le vieux a clamsé, j’ai voulu brouter un peu d’herbe verte, un petit con mais une grosse bite !…Très satisfaite de son bon mot elle éclata de rire. Elle se tourna ensuite vers la mini et de sa voix d’adjudant…LUDO, vient dire bonjour à mes potes !...Puis pour nous…Il est un peu bourré. On vous attendait pour le dîner, alors forcément il s’en est jeté un ou deux petits dans le gosier !... A ce stade de l’histoire j’étais prêt à voir sortir n’importe qui de la voiture. Sauf celui qui en sortit…

Commentaires

Tu as le chic à chaque fois de nous laisser sur notre faim...
Quant à la voiture, j'imagine fort bien ce que tu pouvais ressentir. On dit toujours que les voitures ça n'intéresse que les mecs. Moi j'avais une MG décapotable, vert anglais et capote beige, intérieur en cuir beige ! un vrai petit bijou qui je menais à très vive allure. Mon copain qui avait du mal à y faire rentrer son quintal m'a finalement convaincue de la vendre....Bouhhhh, je roule maintenant en K !!!

Écrit par : tinou | 23 avril 2006

Ah mon Dieu! Vendre une MG! Quel crime! Il fallait obliger ton copain à faire un régime!
Ces voitures étaient le reflet d'une époque: esthétiques et faites pour durer une vie!

Écrit par : manutara | 24 avril 2006

Ne retourne pas le couteau dans la plaie !!!! bon, de toute façon, je n'aurais pas pu la garder , trop cher d'entretien !
Il me reste les souvenirs et quelques photos...

Écrit par : tinou | 24 avril 2006

Tu es vraiment tres inspiré quand tu parles des femmes !
En as tu rencontré une un peu moins hystérique ?

Écrit par : dilou | 26 avril 2006

Ah, elle était hystérique? Je croyais qu'elle était normale...

Écrit par : manutara | 26 avril 2006

mufle...

Écrit par : Fleur | 27 avril 2006

Bah, il m'a rencontré moi...

Écrit par : oliviermb | 27 avril 2006

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