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28 mars 2006

Le noeud papillon

Saumur….ce fut une toute autre affaire !

Un jour avant la fin de ma permission, je quittai Genève en voiture, cap à l’ouest. J’ai un souvenir confus de cette traversée du pays par les petites routes départementales désertes. Il pleuvait et je ne me tuai point. C’était déjà beaucoup. Je me rappelle très bien, par contre, ma première nuit saumuroise, qui fut aussi ma dernière nuit de marsouin, que je passai à l’hôtel Buridan. Ambiance très rallie au dîner. Jeunes filles en tailleur bleue marine, chemisier blanc strictement boutonné jusqu’au col et jeunes hommes en costume de tweed occupaient les tables avoisinantes. Et ça parlait cheval…. Mon cher Edmond vous avez été tout sim-ple-ment sublime ! Ce franchissement de rivière ! J’en ai encore la chaire de poule ! (Gloussements extatiques) … Ah, Solange, quelle flatteuse vous faites ! Moi j’ai trouvé le petit Machintruc de Trucmuche très bien. Ne montait-il pas une jument du baron de Schpountz ?...

Avec mon pull marin et mes jeans je me fis l’effet d’un plouc. A cela venait s’ajouter le fait que le seul quadrupède que j’eusse jamais monté était un âne acariâtre. Par contre, qui j’aurais bien monté, était le serveur, un petit gars à la croupe rebondie. Plusieurs fois nos regards s’étaient croisés. Je me disais, fais gaffe, ça se voit… J’avais dîné tard, aussi, lorsqu’il m’apporta la note, les autres clients avaient déserté la salle à manger depuis un certain temps. Tandis que je signais l’addition, « croupe rebondie » prit ma clé. Je notai le léger tremblement de ses doigts… Chambre 26. Une belle chambre. Avec un grand lit. Une des meilleures. Une des plus chères aussi… C’est la dernière qui restait. Il semblerait qu’il y ait foule en ville en ce moment… Oui, monsieur, un concours hippique… « Croupe rebondie » ne semblait pas pressé. Je m’en étonnai…Vous faites de sacrées journées… Oh, mais je termine dans un quart d’heure. Vous montez, monsieur ?... Je manquai de m’étrangler avec mon expresso… Heu, pas tout de suite, je vais faire un petit tour en ville avant de me coucher… Il rougit en me lançant un regard espiègle… Je voulais dire, vous montez à cheval ?... Rire jaune… Ah, ben un peu, mais je suis piètre cavalier, ces derniers temps je manque de pratique…Même avec une monture docile ?... Je rêvais ou il était en train de se frotter discrètement contre ma table ? Non mais, c’était quoi cette chaudasse ? Du coup c’était moi qui avais très chaud ! J’étouffais même. Pour qui me prenait-il ? Il ne croyait quand même pas que…

Finalement, je renonçai à ma visite nocturne de Saumur.

Le lendemain, j’étais debout à six heures. Fourbu. L’impression qu’un tramway nommé désir m’était passé dessus. Ma monture était retournée au paddock à un moment indéterminé de la nuit. Je me traînai jusqu’à la salle de bain. Posé sur ma trousse de toilette, un mot griffonné sur une page arraché au bloc note offert pas l’hôtel….

Hôtel Buridan*** - Saumur, la ville du cheval.

Esteban,

Si tu veus faire de l’équitassion je suis libre tous les wikens. Rappel toi, tu a besoin d’entrainement ! Et puis je te ferai visité la région.

PS J’ai utilisé ta brosse à dens et piqué cent balles dans ton portefeuille. Comme sa, je suis sur de te revoir.

PS 2 Je dis bien piqué, pas que je me suis payé. Je suis pas une pute !

PS3 Je drague jamai les clients. Je suis timide mais c’est ton regar. J’avais l’impression de faire le service a poil !

Julien

Suivaient une adresse et un numéro de téléphone.

Ca commençait fort ! Timide ? Elle était bien bonne celle-là ! C’est vrai que nous n’avions pas beaucoup parlé. Il était tard, l’hôtel était plein et l’insonorisation pas terrible. De la chambre voisine nous étaient clairement parvenus les bruits étouffés d’une conversation, puis, prononcées d’une voix de stentor, ces paroles étranges… Je vais te faire hennir, salope !...Nous avions tendu l’oreille pour entendre le hennissement de la salope, mais rien. Nous nous sentions un peu cons tous les deux à ne plus trop bien savoir par où commencer. Finalement la salope s’était mise à hennir, à croasser plutôt. On a éclaté de rire. La glace était rompue….

Je compris que Julien avait raison : je ne pourrais résister à l’envie de revoir un gars qui s’était contenté de ne prendre que cent francs dans mon portefeuille ! Et puis, il avait un si joli petit nœud papillon, Julien.

Après une douche rapide, j’astiquai mes chaussures et mon insigne, puis brossai mon uniforme avant de l’enfiler. J’étudiai longuement dans le miroir de la salle de bain l’inclinaison de mon béret, pris un air mauvais et sortis de ma chambre. En descendant l’escalier qui menait à la réception, je songeai que Julien avait du emprunter le même chemin au cours de la nuit, provoquant ainsi la suspicion du concierge. Après tout, il n’était pas sensé être là…ni moi avec lui…enfin pas comme ça. Il risquait sa place.

Quand je vis derrière le « front desk » l’honorable vieillard cligner des yeux et, pour avoir une vague image de moi, chausser ses lunettes aux verres aussi épais que des culs de bouteille, je compris que Julien aurait pu traverser le hall en tutu et danser le lac des cygnes sans éveiller le moindre soupçon. Du côté des oreilles, ça ne marchait pas très fort non plus. Le concierge s’occupait du service du petit déjeuner à cette heure matinale… Pourriez-vous me donner la carte, je vous prie…Comment ? Une tarte ? Non monsieur, juste des croissants !...

 

Commentaires

ça ne date pas d'hier, à ce que je vois, ta manie de reluquer les jolis serveurs, grooms et autres bêtes du même acabit! Je n'ai pas oublié ce jour, à Bordeaux, où l'espace d'un instant, j'ai cessé d'exister, parce que le petit jeune homme qui nous conduisait à nos chambres portait si bien sa mignonne livrée bleue... J'ai bien cru que tu allais l'emmener sur l'île de Ré à ma place! Il est vrai qu'il aurait sûrement été plus serviable et reconnaissant que moi. Avoue que tu y as pensé! Et le lendemain, avant de partir, ta façon de lui glisser son pourboire dans la main comme un billet doux! Je suis sûr que tu étais triste de devoir le quitter.

C'est une idée ou ce blogue devient un peu cochon?

Écrit par : oliviermb | 28 mars 2006

Tranche de nuit bien saisie, bien sentie, drôle et délicate à point! Quel petit plaisir il y a à tomber chez vous par hasard!
Merci

Écrit par : Slanka | 28 mars 2006

Olivier, je te rappelle qu'au restaurant, à Lubeck, j'avais quasiment été obligé de t'attacher sur ta chaise pour t'éviter de te livrer à des voies de fait sur le "Kellner". Mon blog devient cochon?Faudra que je me censure encore un peu plus.

Slanka, je vous remercie pour votre gentil commentaire...

Écrit par : manutara | 28 mars 2006

Non, non, pas de censure, c'est, au contraire, bien mieux comme ça, et je suis sûr que ça plaît à tes autres lecteurs, ceux qui ne laissent pas de commentaires, probablement parce qu'ils ont les mains prises. On veut savoir si tu as revu ce Julien.

Écrit par : oliviermb | 29 mars 2006

Pareil !
(Et en plus je fais rire Fleur.)

Écrit par : Pierre Tombale | 29 mars 2006

Les commentaires sont fermés.