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16 février 2006

Le cimeterre et le goupillon

L’autre soir, je regardais à la télévision l’historien Max Gallo faire la présentation de son dernier livre « Fier d’être français ». Rafraîchissant, dans cette atmosphère de fin de règne sur fond sonore d’auto flagellation… Il eût été plus politiquement correct d’écrire « Je m’excuse d’être français » ! Mais bon, on ne dira rien pour cette fois…

Evidemment, comment aurait-il pu en être autrement, la discussion dévia sur les fameuses caricatures. Inutile de préciser de quelles caricatures il s’agit, je suppose ? Un sportif de haut niveau (médaillé olympique), Jamel Bouras, de confession musulmane, intervint à ce stade du débat. Il fustigea le caractère blasphématoire des dessins, déplora la provocation gratuite, rappela qu’à l’époque de la domination mauresque en Andalousie les trois grandes religions avaient su parfaitement coexister, qu’il y en avait assez de cette diabolisation de l’Islam, que d’ailleurs, il y avait bien des églises en France alors pourquoi pas des mosquées et puisqu’on y était, il fallait de toute urgence voter une loi contre l’islamophobie. Et de continuer, il y a des lois qui condamnent le racisme, l’antisémitisme alors pourquoi ne pas rendre illégales les critiques à l’encontre de l’Islam ?

Max Gallo rappela d’abord que le socle sur lequel était édifié la société française était judéo- chrétien et non musulman.  Silence consterné dans l’assistance. C’est vrai ça. Dans ces talk shows, il n’y a plus que les vieux pour mettre les pieds dans le plat. Les jeunes, non. Jamais. Du moins ceux qui passent à la télé. Ils sont tous gentils ces jeunes. Ils ont l’esprit ouvert à tous les courants de pensée et comme ils pensent tous la même chose, c'est-à-dire pas grand-chose, ces courants de pensée se résument en général à un courant d’air, l’air du temps. C’est la fameuse pensée unique. Je vois, dans notre société, une nette corrélation entre l’utilisation massive de déodorants et le recours à la pensée unique. Les déodorants bloquent la transpiration. La pensée unique bloque les pensées. Il s’agit avant tout de gommer les différences olfactives ou idéologiques. 

En regardant Max Gallo trônant au milieu de ces clones engendrés par le star system, j’eus brusquement l’impression que tout le savoir, toute la culture du monde s’étaient, pour un bref instant, réfugiés derrière le vaste front du vieil historien. J’avoue que sa présence m’a rassuré. Sa présence d’esprit surtout. N’a-t-il pas suggéré, à l’encontre de ce qui se dit d’habitude, que ce n’était pas l’Islam qui était une chance pour la France, mais bien la France qui était une chance pour l’Islam ? N’a-t-il pas envisagé la possibilité pour cette religion de se pratiquer harmonieusement au sein d’une société démocratique et laïque, loin de l’influence de ces théocraties qui gardent le prophète en otage ?

Il réfuta ensuite le vote de toute loi contre l’islamophobie, arguant de son caractère attentatoire à la liberté d’expression. Une religion n’étant rien d’autre qu’une idéologie, comment, dans ces conditions, empêcher, dans une démocratie, la critique de cette idéologie? Autant interdire la critique du communisme ou du libéralisme. Malheureusement, une adolescente tortillant de la croupe attendait en coulisse pour nous parler de sa petite vie passionnante. Le vieux sage fut donc renvoyé à ses études, me laissant sur ma faim.

J’éteignis le poste tout en ressassant ce bref échange entre le vieux chrétien et le jeune musulman.

La tolérance ? Ah, le beau mot ! Tolérer ne veut pas dire accepter mais supporter. On m’a expliqué ça un jour. Une philosophie peut-être tolérante, un système politique peut-être tolérant. L’une et l’autre peuvent supporter la contradiction car ils se fondent sur un raisonnement.  Mais la religion a-t-elle pour vocation d’être tolérante ?

Les religions sont par définition irrationnelles puisqu’elles présupposent l’existence d’un Dieu que personne n’a jamais vu. Dans ce cas, la tolérance mène au doute et le doute à la négation. Impossible. La religion est un acte de foi. Credo. L’existence de Dieu ne se marchande pas. On peut introduire une dose de proportionnelle dans un scrutin majoritaire pour satisfaire les électeurs. On ne peut introduire une dose de doute dans une croyance religieuse pour satisfaire les croyants. Une fois admise l’existence de Dieu, une seule attitude est concevable : l’obéissance aveugle.

De ce point de vue les trois grandes religions monothéistes se valent. Tolérance zéro.

La différence entre les religions judéo-chrétiennes et l’Islam se situe ailleurs : l’éloignement du pouvoir politique pour les premières, la confusion avec lui pour l’Islam.  Mais il est vrai que l’Islam a un demi millénaire de retard (je parle de l’hégire)  sur la chrétienté. Rappelons-nous de ce que trafiquait notre mère l’Eglise il y a cinq cent ans ! Ca complotait, magouillait, convertissait (païens et monnaies), emprisonnait, torturait, brûlait. Hélas, se heurtant aux limites d’une technologie rudimentaire, elle dut être freinée dans ses ambitions, sinon, gageons qu’elle eût fait bien pire. Le siècle des lumières lui rogna les ailes. Cela n’a pas empêché, ces jours, les enrobés de glapir moult anathèmes à l’encontre des caricatures danoises. Je les soupçonne d’envier l’Islam.

L’Islam, lui, attend encore son siècle des lumières tout en disposant de technologies de pointes pour parvenir à ses fins.

 Aujourd’hui, la religion chrétienne, tout comme l’Islam, continuent de vouer aux flammes éternelles le pécheur et l’incroyant, mais si ces derniers peuvent espérer, dans la chrétienté, le sursis naturel que leur accorde une espérance de vie confortable avant de griller en enfer,dans une partie de l’Islam,  l’infidèle, le fornicateur, le sodomite, la femme adultère, voient, par la grâce de la charia, ce déjà bref intermède entre la naissance et la mort naturelle sérieusement abrégé afin que la sentence divine puisse être exécutée. Finalement le chrétien pèche à crédit et le musulman au comptant.

C’est cette histoire d’enfer qui m’a convaincu, adolescent, de me convertir à l’athéisme. Non, franchement, peut-on imaginer l’existence d’une entité supérieure assez tordue pour créer l’homme en sachant d’avance (c’est Dieu quand même) que sa création fautera (forcément puisqu’elle est crée à son image) et terminera réduite à l’état de merguez perpétuellement carbonisée par un feu éternel ?  Non, non, c’est trop humain tout ça : vouloir continuer à pourrir la vie de ses semblables au-delà de la mort ! Finalement, le fisc a du être créé à l’image de l’enfer. Poursuivre, par le biais de pénalités, le contribuable jusqu’à la fin des temps…Même Satan n’y croit pas à l’enfer, puisque c’est sur terre qu’il a choisi d’établir son règne.

Ensuite je me suis convaincu que le paradis ne valait guère mieux. Heureux pour l’éternité ! Comme si l’éternité pouvait être heureuse !

Je vois d’ici le tableau

-         Bonjour, je suis au paradis ?

-         Bah oui, ça se voit pas ?

-         C’est que je suis nouveau ici. Et vous, ça fait longtemps que… ?

-         Ouh là, ne m’en parlez pas ! Une éternité !

-         Et la nourriture, c’est comment ?

-         Lait et miel à tous les repas

-    Ca pourrait être pire !

-         Difficilement.  Moi je rêve d’un petit salé aux lentilles. Mais le porc, ici… forcément, avec la politique divine de regroupement religieux.

-         Et pour les distractions ?

-         La télé. Les « dix commandements » en boucle. Un remake, avec Charlton Heston dans le rôle de Moise et Michael Moore dans celui de pharaon…

-         On s’en grille une petite ?

-         Désolé, le paradis est non fumeur…

-         Pffff, c’est l’enfer, quoi !

Commentaires

J'ai vu, moi aussi, le passage de l'émission dont tu parles. Les conditions n'étaient pas réunies pour que le débat, si c'est bien le mot, se déroulât honnêtement: opposer à un homme de cutlure un anecdotique petit médaillé olympique, comme si les deux se valaient (c'est dire, d'ailleurs, le mépris qu'on a pour la culture, à la télévision), ce n'est pas très "réglo", il faut bien le reconnaître. Mais du coup, ce fut un réel plaisir que de voir ce photogénique (et néanmoins musulman) sportif, qui n'avait strictement rien à dire que les platitudes qui sont de rigueur quand il s'agit de parler d'islam tout en se faisant bien voir du plus grand nombre, se faire rabattre le caquet par quelqu'un qui n'avait pas honte d'être français. Après tout, même si Max Gallo est, je crois, d'origine italienne, son nom n'évoque-t-il pas le fier coq gaulois!

Écrit par : oliviermb | 16 février 2006

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