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06 janvier 2006

Piège mortel

Je ne sais pourquoi, mais chaque fois qu’un paquebot fait escale à T***, il tombe des cordes. Je sens que cette année va être épouvantable. Deux personnes se sont pendues dans le village pendant les fêtes : un garçon, une fille. Rien ne les unissait si ce n’est leur extrême jeunesse et une peine d’amour apparemment insupportable. Je ne comprends tout simplement pas.

On ne quitte pas la salle de cinéma quand la projection du film vient de commencer. On attend. On espère qu’à la déception initiale va succéder un intérêt croissant ou du moins un ennui supportable. Partir un peu avant la fin, à la rigueur… Mais pas au début. Quel manque de curiosité !  

J’ai revu « le pianiste » de Polanski. Remarquable. Cet espoir que jusqu’au bout nourrirent les juifs du ghetto de Varsovie, que les choses ne pouvaient que s’arranger, que l’ennemi pour monstrueux qu’il fût ne pouvait envisager le pire avec un tel sang froid, une telle méthode. Que des gens aussi méthodiques que les allemands, aussi pragmatiques, ne pouvaient penser se passer d’une telle force de travail qualifiée. Tuer pour exterminer ? Impensable ! Cela ne s’était jamais vu. Monstrueux et absurde. Plus que la fin du ghetto de Varsovie et le massacre par les nazis des cinq cent mille juifs qui y vivaient ce que Polanski a épouvantablement bien su rendre c’est cette improbable foi dans leurs bourreaux que beaucoup de juifs abritèrent jusqu’à la porte des trains qui les emmenaient vers les chambres à gaz. Le symbole de ce fol espoir ? Les petites valises auxquelles ils s’accrochaient désespérément. Leur valeur n’était point dans leur contenu mais dans l’idée qu’au bout de ces voies, il devait y avoir une autre vie, dure, certainement, mais possible. Qui donc s’encombrerait de valises pour voyager vers la mort ?

On découvre aussi dans ce film que la ville, cet emblème de la civilisation, peut se transformer en piège mortel : tandis que le pianiste confie à un ami son projet de s’échapper du ghetto, celui-ci lui rétorque, sortir d’ici est facile, mais c’est survivre au dehors, dans la ville, qui est presque impossible.

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