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19 novembre 2005

Des rats et des hommes

Il y a quelques jours, je regardais envoyé spécial. Le sujet principal : les logements vétustes dans lesquels s’entassent les populations récemment immigrées. Plus que la vétusté, ce qui retint l’attention de la caméra ce furent les rats et les cafards  débusqués et exhibés par les locataires des lieux qui entre nous soit dit avaient l’air de se marrer doucement de ce regain d’intérêt pour ces bestioles. Moi aussi, que Dieu me pardonne, j’avais un sourire en coin, tandis que j’écoutai la folle sarabande des rats dans mon plafond et qu’un cafard d’une dizaine de centimètre de long atterrissait sur ma figure. Je le chassai d’un mouvement désinvolte de la main pour me replonger dans ce passionnant reportage. Le cafard n’alla pas très loin : deux geckos énormes se laissèrent tomber du plafond et fondirent sur la proie croustillante qui fut engloutie en quelques secondes. Ah, les braves bêtes pensai-je…

C’est à la tombée de la nuit que tout commence. Les rats, attirés par les geckos qui se cachent dans le plafond durant le jour, arrivent en faisant vibrer les tôles du toit à la cadence de leur course précipitée. Je n’ai jamais compris comment ils arrivaient à se glisser dans le plafond. Mais c’est malin un rat. Les geckos survivants, chassés de leur repaire, envahissent chaque recoin de la maison, juste à temps pour cueillir les cafards qui arrivent à tire d’aile (hé oui, ça vole un cafard) attirés par la lueur des néons. C’est l’heure aussi où les chats sauvages sortent de la brousse et viennent roder autour de la maison pour tomber à pattes griffues sur les rats repus qui regagnent l’abri des cocotiers. De temps en temps, un de ces chiens faméliques qui errent autour du village se fait un chat. Couic ! Dans le silence de la nuit un coup de feu retentit. On entend un glapissement plaintif, puis plus rien.

Un peu plus loin, un homme regarde lui aussi cette admirable émission d’information. Il est assis seul à table dans sa petite maison perdue au milieu des banians. En secouant la tête devant tant de misère, il se ressert un gros morceau de cochon cuit au four. La graisse suinte aux commissures des lèvres. Un petit coup, ou plutôt deux, non, tiens, trois petits coups de rouge pour faire passer le cochon, un peu gras, il faut bien le dire…Ah, ça c’est du pinard ! Du Liroulet, livré hier par la goélette chez le chinois dans de grands fûts en plastique ! Il pique un peu, il arrache même. Teiki soupire, quelle misère quand même, ces pauvres français ! Il préside le comité local de « SOS quart monde ». En roulant sa cigarette il songe qu’il faudrait organiser de manière urgente une collecte pour venir en aide à ces pauvres gens. Brusquement, il se lève. Une chose vient de lui passer par la tête. Une infime particule de plaque s’est détachée des parois d’une de ses artères encombrées et a fini par obstruer un minuscule vaisseau sanguin dans le cerveau. Il se rassied, lentement, puis s’affaisse, la tête dans son assiette. Comme il vit seul, qu’il est vieux, qu’il ne met pas le feu aux voitures, que d’une manière générale il ne veut de mal à personne et bien,  personne ne s’inquiètera de lui ce soir, ni les jours suivants. On retrouvera son cadavre dévoré par ses chiens, une semaine plus tard…

 

Commentaires

A chaque fois que je finis par me dire, allez, pourquoi pas finalement, je pourrais bien aller le rejoindre, sur son île infernale, mon Esteban, avant que tout prenne feu ici, il faut que tu me rappelles qu'il y a des insectes géants qui volent partout, des rats, des chiens sauvages, des requins, des murènes, des physalies ou de ces petits poissons dont je ne sais plus le nom qui, pour échapper au prédateur, jaillissent hors de l'eau et transpercent le cou du pauvre nageur qui passait par là!

Écrit par : oliviermb | 20 novembre 2005

Ce sont les aiguillettes, bien nommées, qui bondissent hors de l'eau et dont le rostre effilé rencontre, parfois, le corps d'un nageur. Mais elles ne le font pas exprès, alors ça ne compte pas!

Écrit par : manutara | 20 novembre 2005

Ca me rappelle l'arrivée à Dakar lorsque j'étaits enfant, les murs de la chambre couverts de blattes, et le cri des crapaud-buffles toute la nuit... Grande angoisse. La voisine s'était battue avec un rat dans sa cuisine, jusqu'à ce qu'il meurt, et un singe très agressif volait de toit en toit pendant la journée. En revanche c'est en pleine campagne française qu'une vieille voisine a été retrouvé dévorée par ses chiens dans sa cabane insalubre.

Écrit par : Fleur | 20 novembre 2005

Ah, le Sénégal! Pour moi aussi ce sont des souvenirs d'enfance qui remontent à la mémoire. Je me rappelle surtout d'une nuit passée dans la réserve du Niokolo Koba, l'oreille aux aguets à écouter les mille bruits de la savane.
Depuis, j'ai appris à craindre les hommes plus que la nature.
Si la vieille dame dont tu parles est morte dans sa masure, la faute en incombe plus aux hommes qui l'ont abandonnée, qu'aux chiens qui l'ont dévorée...

Écrit par : manutara | 21 novembre 2005

Tout à fait d'accord... Elle portait trois perruques l'une par dessus l'autre et on murmurait qu'elle était folle. Ma mère s'arrêtait à la barrière de son jardin pour lui parler, régulièrement, je crois qu'elle n'avait pas d'autres visites...
"Niokolo Koba", ces noms sont fabuleux, n'est-ce pas ? Je me souviens très bien de cette réserve... Avez vous habité le Sénégal ?

Écrit par : Fleur | 21 novembre 2005

Habité? Non. Par contre j'y ai fait des séjours fréquents avec mes parents dans les années soixante-dix.

Écrit par : manutara | 21 novembre 2005

Les commentaires sont fermés.