Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 novembre 2005

Conflit générationnel new look

« …. Et la nuit des bandes de jeunes se déchaînaient, surtout en banlieue, et pourchassaient les vieux. Quand ils parvenaient à en attraper un ils le bourraient de coups de pied, lui arrachaient les vêtements, le fouettaient, le peinturluraient de vernis et l’abandonnaient ligoté à un arbre ou un réverbère. Dans certains cas, tout à la frénésie de leur rite brutal, ils dépassaient la mesure. Et à l’aube, au trouvait au milieu de la rue des cadavres méconnaissables et souillés.

Le problème des jeunes ! Cet éternel tourment, qui depuis des millénaires s’était résolu sans drame de père en fils, explosait finalement. Les journaux, la radio, la télévision, les films y étaient pour quelque chose. On flattait les jeunes, on les plaignait, ils étaient adulés, exaltés, encouragés, à s’imposer au monde de n’importe quel façon. Jusqu’aux vieux qui, apeurés devant ce vaste mouvement des esprits, y participaient pour se créer un alibi, pour faire savoir – mais c’était bien inutile- qu’ils avaient cinquante ou soixante ans, ça oui, mais que leur esprit était encore jeune et qu’ils partageaient les aspirations et les souffrances des nouvelles recrues. Ils se faisaient des illusions. Ils pouvaient bien raconter ce qu’ils voulaient, les jeunes étaient contre eux, les jeunes se sentaient les maîtres du monde, les jeunes réclamaient, en toute justice, le pouvoir jusqu’alors tenu par les patriarches. « L’âge est un crime », tel était leur slogan.

D’où les chasses nocturnes devant lesquelles l’autorité, inquiète à son tour, fermait volontiers un œil…  »

Ce texte n’est pas la retranscription de l’éditorial d’un journal ou d’une revue récemment paru, mais est extrait d’une nouvelle de politique fiction, « chasseurs de vieux », publiée par Dino Buzatti en… 1967 !

Mon opinion est que l’explosion de violence qui se produit actuellement en France n’est pas la conséquence d’une confrontation entre  possédants et  démunis, puisque ce sont surtout les démunis qui sont victimes de ces exactions. Nous n’assistons pas non plus au début d’une guerre de religion, puisque, j’en suis certain, les intégrants de ces bandes doivent être complètement illettrés et gavés d’une sous culture médiatique et virtuelle. Ce à quoi nous assistons ce sont les premiers symptômes d’un conflit générationnel qui ne trouve plus d’exutoire que dans la violence. Pour avoir voué un culte démesuré à ce qui n’est finalement qu’une simple étape physiologique dans la vie de l’homme, la jeunesse, notre société consumériste et « jeuniste » a précipité des peuples entiers dans une schizophrénie destructrice et sans issue, puisque même le plus taré des jeunes sait qu’un jour il vieillira et le plus crétin des vieux sait qu’il ne sera plus jamais jeune !

Mais tout est dit dans le texte de Buzatti : la frénésie de leur rite brutal… les journaux, la radio, la télévision… on flattait les jeunes… jusqu’aux vieux… les jeunes réclamaient le pouvoir…  l’autorité fermait volontiers un œil…

Alors, me rétorquera-t-on, comment se fait-il que ces mouvements aient débuté dans les banlieues dites défavorisées ? Rien à voir avec la jeunesse, continuera-t-on, la misère seule est en cause. Et bien, justement si. Alors que le reste de la population française est vieillissante, les cités sont des îlots de jeunesse . Les paraboles qui pointent leur museau arrondi à chaque fenêtre attestent également d’une surconsommation médiatique de ces mêmes chaînes qui sont le soutien indéfectible d’un jeunisme à tout va. Même ici, en Polynésie, il nous faut subir cette horreur. Ainsi, sur RFO( seule chaîne gratuite), pour le journal international de vingt heures, on a substitué le visage rassurant et les commentaires compétents d’un journaliste quinquagénaire, par une bande d’adolescents post pubères qui ânonnent, bredouillent, se trompent, n’ayant visiblement aucune idée du sens de ce qu’ils lisent (au moins ils savent lire) sur leur prompteur !

Ah mais, mon cher monsieur, m’objectera-t-on, il y a le chômage, le terrible chômage des jeunes qui frappe surtout les jeunes des cités. Ah ouais ? Calembredaines et foutaises que tout cela ! Soixante-dix pour cent des chômeurs de longue durée ont plus de quarante ans. C’est là que réside le véritable scandale ! Mais qui cela intéresse-t-il ? Ce sont des vieux, ils n’ont qu’à crever !

Et puis, ces cités de banlieue, sont-elles si misérables que cela ? Misère intellectuelle ? Certainement. Mais misère matérielle ? J’émets des doutes. Chaque fois que je rends visite à mon frère à M***, je traverse plusieurs de ces cités avant d’atteindre le centre ville. J’ai toujours été surpris de voir que les bâtiments sont rutilants, les aires récréatives bien entretenues, que les jeunes ( ils sont tous jeunes dans ces cités) sont bien habillés, élégants même pour certains, que les voitures qui s’alignent dans les parkings, sans être des berlines de luxe, sont récentes, que les centres commerciaux qui les jouxtent sont toujours plein de monde et les caddies remplis à craquer. Alors, me dira-t-on, les paraboles, les voitures et les réfrigérateurs bien remplis ne constituent pas un signe extérieur de richesse. Certes ! Mais cela ne constitue pas non plus le signe d’une indéniable pauvreté. Pas encore du moins. D’ailleurs, d’une manière générale, je trouve que les français issus de l’immigration se débrouillent plutôt bien, et c’est tant mieux. Je pense que c’est les insulter que de continuer à traiter les habitants des cités de banlieue comme des miséreux !

Non, non, tout cela est bien un problème générationnel : ainsi qui se serait soucié de la mort par électrocution de deux vieillards ?

 

Commentaires

D'ailleurs, à peu près tout le monde se fout de la mort de ce quinquagénaire, qui a été tué par trois "jeunes" comme on dit, sous les yeux de sa compagne et de sa fille. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, en Polynésie.

Écrit par : oliviermb | 06 novembre 2005

Mensonge éhonté, ça a fait la une d'à peu près toutes les télés, radios, blogs, et la chose vous est arrivé aux oreilles d'ailleurs... les infos circulent normalement.

Écrit par : Hermann | 06 novembre 2005

Renaud Camus, dans un récent communiqué de son parti de l'In-nocence, fait remarquer qu'on n'a pas traité de la même façon les familles des deux jeunes électrocutés et celle du quiquagénaire assassiné:

"Le parti de l'In-nocence, écrit-il, juge stupéfiant qu'il soit reproché au gouvernement les délais qu'il aurait mis à recevoir les parents des jeunes gens morts électrocutés parce qu'ils avaient pénétré dans un poste de transformation électrique (ces parents entre temps ont refusé d'être reçus par le seul ministre de l'Intérieur), alors qu'il n'est pas question une seule seconde, qu'on sache, pour les parents ou les enfants de l'homme battu à mort à Épinay, de la moindre réception par qui que ce soit, ni par le gouvernement, ni par les responsables civils ou religieux de la communauté dont cet homme avait prétendûment empiété sur le "territoire"."

Écrit par : oliviermb | 06 novembre 2005

Tout ça est quand même très inquiétant pour toi et moi Manu, car si c'est un problème générationnel nous voilà dans une belle galère, on est des VIEUX tous les deux n'est-ce pas ? HI HI HI je vais vais encore t'énerver si je te rappelle ton âge !
Bon, je ne devrais pas rire avec une note si grave, c'est sérieux tout ça et BIEN INQUIETANT !..

Écrit par : Pénélope | 07 novembre 2005

Héééééé oui...
( parce que les vieux sont supposés prendre le soleil assis sur un banc et hocher la tête de temps en temps en disant d'une voix cassée: hééééééééééé oui... )

Écrit par : manutara | 08 novembre 2005

Ces gamins stupides qui démolissent tout sans conscience, nourris à la sous-culture télévisuelle, vidéo-clips et porno permanents, isolés de tout contact avec la réalité sociale, culturelle et politique... Est-ce que ce seraient pas déjà des vieux cons ?

Écrit par : Léo | 08 novembre 2005

Non, non, les vieux cons se réunissent entre copains au bistrot du coin. Là entre pastis et gros rouge, ils refont le monde. Il y a, peut-être, l'un ou l'autre qui gueule, il faudrait tout foutre en l'air! Les autres approuvent bruyamment. Quand ils sortent de là, ils sont tellement bourrés qu'ils ont tout juste la force de regarder leurs voitures bruler...

Écrit par : manutara | 08 novembre 2005

Les commentaires sont fermés.