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26 octobre 2005

Dialogue avec un canard

Le mouvement, voilà la solution ! Je viens de rentrer d’un voyage en Europe durant lequel j’ai parcouru six mille kilomètres en un peu plus d’une quinzaine de jours sur les routes de France, de Suisse, d’Allemagne, de Hollande et de Belgique au volant d’une merveilleuse voiture, la Ford faux cul au moteur subtilement turbo déprimé ! Parti d’un point A pour rejoindre ce même point A, deux semaines plus tard. Absurde me dira-t-on ! Au prix où est l’essence, j’aurais mieux fait de rester en A dès le départ. Oui, mais alors je ne serais pas parti et le moteur fonctionnait au diesel. Mais là n’est pas la question. Je suis comme les requins : le mouvement m’est indispensable pour vivre. Il me rajeunit. En rentrant en A, j’avais toujours aussi peu de choses à y faire qu’à l’aller, puisqu’en réalité je n’habite pas là, mais j’avais perdu quelques années et cinq kilos. Un vrai jeune homme, non que je sois vieux, mais quand même… Et pourtant… D’habitude, je fais trois heures de kayak par jour et ne mange qu’une fois et là j’ai fait trois repas par jour et, tout en conduisant à longueur de journée, je me  gavais de limonades. Bien entendu, je n’ai rien vu des pays que j’ai traversé, d’ailleurs il n’y avait rien à voir : le brouillard recouvrait tout ! J’avalais avec avidité des kilomètres de bitume et de Wurst. De retour en A, j’ai attendu mon avion pour rentrer à B, où j’ai probablement aussi peu de choses à faire qu’en A, mais comme ça fait vingt ans que je n’y fais rien, j’y ai mes habitudes dont un tas de gens font partie même s’ils ne comprennent pas bien ce que je fais là. Quand une personne me croise dans la rue du village elle demande toujours, tu arrives ou tu pars ? J’avoue qu’en vingt ans je ne suis pas arrivé à grand-chose et pourtant je suis parti de rien ! Du coup, je saute dans le premier avion qui est aussi le dernier puisqu’il n’y en a qu’un et je vais voir ailleurs si j’y suis. Mais en général quand j’y arrive, je suis déjà reparti !

En attendant mon avion à A, je prends une chambre à l’hôtel « Résurrection » en espérant ne pas être déjà mort. La réceptionniste est une femme qui serait sans doute  belle si elle ne pensait être encore jeune. Ca lui flanque un sacré coup de vieux. Je lui demande si on accepte les chiens dans son établissement. D’un air méfiant elle se lève et scrute le plancher autour de moi. Pourquoi ? Vous avez un chien ?... Non, mais je pourrais en avoir un !

C’est vrai ça, on ne sait jamais avec ces choses là ! On se réveille un matin et on a envie d’avoir un chien, sauf que moi je n’en ai pas envie, rapport à la grippe aviaire qui ne touche pas les chiens, mais les canards et je suis certain que si je prenais un chien je lui achèterais un canard, histoire qu’il ne se sente pas trop seul quand je partirais en voyage.

Justement à propos de canard, il m’est arrivé une drôle d’histoire. Je m’installe dans ma chambre. La réceptionniste m’avait dit : vous ne pouvez pas vous tromper, il y a un Apollon à côté de la porte. Je me dis, chic, voilà un hôtel où l’on sait recevoir le client ! C’est juste le buste sans bras d’un jeune homme qui regarde d’un air désolé son zizi miniature. Une pauvre chose en faux marbre.

La chambre est jolie. Dans un coin, un énorme téléviseur posé en équilibre instable sur un minuscule réfrigérateur. J’ouvre, il est vide à l’exception d’une boite de cacahuètes. Je mets mes lunettes. Non, ce sont des préservatifs parfumés au fruit de la passion. L’emballage est vide. Je retire une note baignant dans une flaque d’eau glacée : pour les extras, s’adresser au garçon d’étage. Je repense au jeune homme manchot. J’ouvre la fenêtre : elle donne sur une vaste terrasse commune à plusieurs chambres. J’ai l’impression d’être le seul client. Au loin, une mare sur laquelle quelques canards achèvent de mourir de désespoir. Je m’assieds à une table en fer forgé recouverte d’une nappe en toile cirée qui ne se déchire-salit-froisse-rétrécit jamais. Je contemple le paysage en me disant que bientôt, je ne le verrai plus. Je suis très fort pour contempler et définitivement prendre congé. Brusquement, un bruit me fait lever la tête, un peu dans le genre flop-flop, bien que cela ait pu être flap-flap, je ne peux l’affirmer avec certitude. Il faudrait le demander à Bougrain-Dubourg, s’il a le temps, entre deux raouts avec les chasseurs…Toujours est-il qu’un canard atterrit lourdement sur la toile cirée. Il me dévisage un moment de ses petits yeux ronds, penche la tête à gauche, puis à droite et me demande : tu arrives ou tu pars ? Puis, sans attendre ma réponse, parce que dans le fond il s’en fout, il s’envole en se marrant, gnark, gnark, gnark (là aussi faudrait demander à BD). Histoire de ne pas être venu pour rien, il lâche une fiente sur le visage d’un angelot qui, figé sur la balustrade, les ailes déployées, essaie en vain de s’envoler depuis un quart de siècle…

 

Commentaires

Enfin du vrai Manutara : moi qui n'ai pas le moral pour le moment, à cette lecture, je me sens déjà mieux. Encore ....

Écrit par : les-melis-melos-de-maola | 26 octobre 2005

Ma foi, si on part de l'hypothèse qu'il s'agissait d'un col vert, l'espèce de canard la plus commune, je dirais que le bruit de son vol s'apparente à celui d'une serpillère agitée frénétiquement:flou flou flou flou.
Par contre le cri du col vert en vol est très caractéristique et peut, pour le néophite, être confondu avec un rire moqueur: jerk jerk jeeeeerrrk...

Écrit par : ABD | 27 octobre 2005

:))

Écrit par : coin coin ? | 28 octobre 2005

Les commentaires sont fermés.