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12 octobre 2005

Les chariots de la colère...

Ca y est, c’est fait… Olivier a publié sur son blogue nos deux journaux de voyage respectifs. Je ne sais si l’on me comprendra, mais pour moi, cette publication est l’aboutissement de notre relation, ma manière de continuer à vivre aux côtés d’Olivier alors que deux océans nous séparent. A l’instar du héros de Bioy-Casares dans « l’invention de Morel », j’ai finalement réussi à trouver dans le journal d’Olivier mon île, en Internet la machine infernale qui assurera une certaine forme d’immortalité à notre relation. Dans les années à venir, je continuerai à vivre aux côtés d’Olivier, rejouant sans cesse notre voyage, alors même que j’aurai peut-être cessé d’exister…

Je savais Olivier doté d’un don inné pour l’écriture, je découvre à présent qu’il a un talent certain pour la photographie, captant avec sûreté le détail qui échappe à l’œil du commun. Ainsi, le clou de l’échantillon photographique qu’il nous dévoile dans sans journal, est, pour moi, sans conteste, le cliché que j’intitulerais Zermatt. On peut le découvrir dans sa relation du 16 septembre. Pas de jolis chalets valaisans ou de sommets enneigés, étincelant dans le soleil de cette fin d’été, soleil qui au demeurant nous fit cruellement défaut durant les deux jours de notre escale alpestre ! Non, avec sobriété, Olivier à su capter l’esprit de cette station qui n’est sans doute pas ce qui se fait de pire en la matière : béton et fric… Le béton (symbolisant la frénésie de constructions en tous genres), certes, mais le fric me dira-t-on ? Et bien le fric est là, sous les traits d’inoffensifs chariots à bagages.

 Je le rappelle, nous avions laissé la voiture assez loin de la gare de Tasch, un immense parking couvert étant en construction aux abords de cette petite gare, terminus obligé pour toutes les voitures interdites de séjour à Zermatt. De là, le visiteur prend un tortillard à crémaillère qui le mène en un quart d’heure à la célèbre station. Après avoir marché longuement dans les entrailles de ce nouveau parking à moitié achevé, en traînant mon sac et une bonne partie des affaires d’Olivier, j’aperçus, O joie, une file de chariots étroitement imbriqués les uns dans les autres, ou plutôt enchaînés les uns aux autres. Evidemment, il fallait glisser une petite pièce dans un boîtier disposé sur le dernier chariot afin de le libérer de ses congénères. Seulement, pas la moindre mention n’était faite sur le montant à acquitter. En général, dans ce cas, c’est l’unité monétaire qui prévaut. Je glissai donc, dans la fente assoiffée de liquidités, une pièce d’un franc suisse et tirai sur le chariot, m’attendant à voir la chaîne se libérer. A mon grand désespoir, rien ne se produisit. J’étais épuisé : sur mon dos et au bout de mes bras,  je portais depuis de longues minutes une charge d’une bonne cinquantaine de kilos. Olivier ne fait pas semblant quand il voyage ! Je pensai, allons, c’est sans doute une pièce de deux francs qu’il faut mettre ! A dures peines, je récupérai mon franc et lui substituai son double. Cette fois encore, rien ne se produisit, à cette notable exception près : la pièce se coinça irrémédiablement dans la fente, rendant les trois cent chariots inutilisables. Fou de rage, tel King Kong au sommet de l’Empire State Building, je me mis à tirer violemment sur le chariot en poussant des rugissements effroyables, d’autant plus effroyables que je les savais inutiles !Quoi, la moindre once de sens de l’hospitalité avait donc définitivement déserté ce monde, au point d’exiger du voyageur fourbu qui vient dépenser son argent, d’en dépenser encore un peu plus pour transporter ses bagages sur son lieu de villégiature où la moindre bouffée d’air (garanti pur), lui sera facturée au prix de l’or ! Olivier, qui suivait depuis un moment mes efforts d’un œil critique, cru bon de s’écarter du forcené que j’étais devenu en me lançant, allons, tu deviens grotesque ! Ses paroles me firent l’effet d’une douche froide ! Sans un mot, je repris ma charge et, les forces décuplées par la colère, gagnai en longues enjambées le quai, au milieu d’un interminable dédale de couloirs en pente. Plus tard, j’appris que c’était une pièce de cinq francs qu’il fallait glisser dans l’insatiable fente, soit un peu plus de trois euros. C’est qu’on ne rigole pas avec l’argent à Zermatt !

 

Commentaires

Quelle péripétie.
Je passe par là, alors, je dis bonjour....
voilà qui est fait...

Ecrit par : le Pierrot | 14 octobre 2005

Bonjour et merci pour votre visite!

Ecrit par : manutara | 14 octobre 2005

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