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09 octobre 2005
Le neveu d'Esteban
Quand, il y a quelques jours, à Mont de Marsan, je frappai à la porte d’Olivier, j’eus une mauvaise surprise. Ce fut un inconnu qui m’ouvrit, ou plutôt le jeune frère d’Olivier. C’est ce que je pensai un court instant, tandis que je dévisageai le jeune homme qui me faisait face. Bien sûr il n’en était rien. Mais avec ses cheveux courts et sans ses lunettes, Olivier paraissait n’avoir que dix-huit ans ! Il avait légèrement grossi, ce qui accentuait son aspect juvénile. J’en ressentis un incommensurable malaise au point d’ignorer la joue qui m’était tendue et de lui serrer froidement la main. Il me parut d’une beauté presque insoutenable. Je songeai, ça commence bien ! Je pris dix ans d’un coup et devint insomniaque pour le restant du voyage. Trois semaines sans dormir, à conduire huit heures par jour ou à cavaler par monts et par vaux, je ne pensais pas que cela fût possible ! Et pourtant…Il y avait ces yeux aussi : deux lacs de montagne profonds dans lesquels je me serais bien noyé. Mais le bougre se contenta de me faire souffrir sans se résoudre à m’achever ! Il devint évident, dès le début de notre nouvelle aventure, que le voyage commun tant attendu se transformerait rapidement, pour moi, en chemin de croix, avec chute, coups de fouet, foule hostile vociférante et tout et tout… Tiens parlons de la foule…Lors de notre précédent voyage, Olivier portait une opulente chevelure qu’il s’entêtait à lisser avec un gel semblable à de l’huile de vidange et cachait ses beaux yeux bleus derrière la paire de lunette la plus laide qu’il m’eût été donné de voir. Mais je l’aimais comme ça. Je l’aurais aussi aimé aveugle, sans bras, sans jambes, sans sexe…Lui, ébloui par la beauté, ne voulait me croire quand je lui parlais ainsi. Mais c’était vrai. Partout où nous passions, notre couple ne suscitait qu’indifférence. Deux amis d’âge mur, devait-on penser. Je fus même le seul à être « attaqué » visuellement, une fois par un jeune japonais à Séville, une autre fois, en France, par le patron d’un petit hôtel qui alla même jusqu’à m’offrir du Lapsang Souchoung au petit déjeuner !
Mais là, je n’étais pas du tout sûr de pouvoir continuer à aimer l’espèce d’adolescent qui me faisait face ! De fait, les ennuis commencèrent très vite. Pas à cause d’Olivier qui, paradoxalement, joua à la perfection son rôle de petit ami, allant même jusqu’à se livrer à des démonstrations d’affection en public (mais enfin, c’était sûrement pour me mettre mal à l’aise), mais du fait de la foule, des autres, de ceux qui, à un moment ou un autre, croisèrent notre route…Cela commença à l’hotel Cornavin, à Genève, lorsque la réceptionniste, une japonaise francophone, nous tendit les clés de nos chambres. Je me rappelle bien des numéros. A moi, elle me tendit la 404, du bout des doigts, avec des airs dégouttés de Cruella se faisant un dalmatien. Puis elle se tourna vers Olivier, et, tout sourire, lui remit la 707 comme s’il se fût agi d’un bouquet de fleurs, d’Edelweiss, tiens, qu’elle aurait cueillis au péril de sa vie, sous quelque surplomb vertigineux de l’Eiger. Je fus étonné de ne pas la voir parcourir ses lèvres de sa langue ou masser langoureusement de ses mains ses petits seins pointus ! Nous étions relégués à des étages différents, comme si la japonaise « suissifiée », avait voulu réparer quelque anomalie insupportable, en mettant trois étages entre Olivier et moi ! Quand je pénétrai dans la 404, je lançai un juron. Un cagibi, on m’avait donné un cagibi avec vue sur la gare de triage ! Oui, mais un cagibi à deux cent francs suisses la nuit quand même ! Je jetai mon sac sur le lit et me précipitai au septième étage avant qu’Olivier ne commette, de désespoir, quelqu’acte irréparable ! Mais, il m’ouvrit la porte, un grand sourire aux lèvres ! Sa chambre était immense, agrémentée de larges baies vitrées offrant une vue panoramique sur la ville. On pouvait même voir le jet d’eau dans la rade. Il minauda, oui, ça va, c’est acceptable. Puis, il s’inquiéta, pourquoi, il y a un problème avec ta chambre ? La bave aux lèvres, je sortis en courrant de la chambre et, incapable d’attendre l’ascenseur, descendis les sept étages quatre à quatre, manquant de renverser un couple de japonais miniatures, coiffés de chapeaux tyroliens, en déboulant dans le hall. En me voyant faire irruption, une lueur meurtrière au fond des yeux, la réceptionniste, nullement impressionnée, retroussa les babines, prête à mordre. Elle ne me laissa pas le temps de parler : vous tombez bien, il me faudrait les papiers de votre…ami, pour que je puisse compléter sa fiche ! La salope avait clairement marqué un temps d’arrêt, avant de dire ami. Sans réfléchir, je répondis, ce n’est pas mon ami, c’est mon neveu et il a laissé ses papiers dans la voiture ! Le changement d’attitude fut immédiat. Ah, c’est votre neveu… ! Elle se tourna vers ses assistantes et leur dit quelque chose en japonais (tout le personnel du Cornavin est japonais), elles se mirent à rire, hihihihihi, puis toutes se tournèrent vers moi, hihihihi….Considérablement radoucie, la réceptionniste évoqua d’elle-même la question des chambres en me disant que malheureusement, oui, j’avais bien réservé deux chambres supérieures, mais hélas, il n’en restait plus qu’une et une chambre standard et l’hôtel était plein, mais que certainement mon neveu ne verrait pas d’inconvénient à me céder (tu parles) la chambre, que par mégarde elle lui avait attribuée. C’est ainsi que je décidai, sans lui en parler, qu’à partir de ce jour, pour le reste du monde, Olivier deviendrait mon neveu, préférant le statut d’oncle à celui de vieux cochon ! Enfin, cela fonctionna tout le temps que nous restâmes en Suisse, pays où tout le monde parle au moins quatre langues. Par contre, en Allemagne, je me heurtai à un problème linguistique : neveu se dit Neffe (prononcer naifé) en allemand ! Je ne sais pourquoi, mais je me sentis incapable de transformer Olivier en Neffe. J’avais en tête le mot nèfle, un fruit réellement peu appétissant ! En conséquence, Olivier redevint mein Freund et moi ein altes Schwein !
Et puis il y eut tous ces lieux publics, la rue, les restaurants, où je me sentis si vulnérable sans pouvoir exciper d’aucun lien de parenté avec lui. Son nouvel aspect lui donnant un regain de confiance en ses pouvoirs de séduction, Olivier se mit à établir un contact visuel avec tous les mâles de moins de vingt ans ! Il ne se contenta plus de les regarder discrètement comme il faisait autrefois, à l’abri de ses horribles lunettes. Non ! Il lui fallait être certain qu’ils l’eussent vu. Ce n’était plus alors qu’échange d’œillades et de sourires lubriques au-dessus des tables de restaurant ou des têtes des promeneurs. Et moi, au milieu de ces ondes chargées de sensualité qui se croisaient à un rythme infernal, j’aurais voulu crier, allez-y, ce type là n’est rien pour moi, juste un vague neveu à qui je fais prendre l’air, on ne choisit pas sa famille n’est-ce pas…A la fin, j’en étais venu à craindre de tomber pour proxénétisme !
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Commentaires
Quoi? j'ai grossi?
Ecrit par : oliviermb | 09 octobre 2005
Pour la différence d'apparence et d'attitude, l'explication est toute simple. La première fois que nous nous étions vus, je n'étais pas encore remis de l'hiver (j'étais encore à moitié mort). Par contre, cette fois-ci, c'était la saison des amours...
Ecrit par : oliviermb | 09 octobre 2005
C'est vrai que septembre est la période de brâme du cerf!
Ecrit par : manutara | 09 octobre 2005
Aie ! Ca démarre mal !
As tu enduré ça longtemps ?
Ecrit par : dilou | 10 octobre 2005
Avec Olivier, je commence à être vacciné!
Ecrit par : manutara | 10 octobre 2005
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