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29 août 2005

Théorie sur la relativité...

Que pèse une amitié face au temps qui passe ? C’est la question que je me pose alors que je repense à toutes ces personnes qui se sont retrouvées, un jour ou l’autre, au centre de ma vie pour un temps plus ou moins long et qui sont depuis longtemps sorties de mon existence tout en continuant, ailleurs, à exister pour quelqu’un d’autre, ou pour elles-mêmes, ou pour personne…je n’en sais rien…

Je ne résiste pas au plaisir de rapporter cette histoire racontée dans « les derniers jours de l’Arabie heureuse » par Henry de Monfreid, mon maître à penser, si je devais, un jour, éprouver le besoin  d’en avoir un.

 

Cela se passait il y a fort longtemps au Yémen, quelque part au bord de la mer Rouge . Deux garçons, élevés ensemble, arrivèrent à l’âge adulte  . Une tendre amitié les unissait . L’un,  Osman, était le fils d’un notable local tandis que l’autre,Yaya, était le fils du sultan qui régnait sur le pays depuis Sanaa, la capitale. Son père l’avait confié, encore enfant, à ce notable, un ami très cher. En âge de se marier (seize ans), tous deux prirent femme. Oui, quand même ! C’est du Monfreid, pas du Guibert !

Un jour, un messager arriva au galop sur sa monture couverte d’écume . Il sauta du cheval et se prosterna aux pieds de Yaya . Son père, le sultan, était mort . C’était donc à son fils de lui succéder. Yaya, avant de gagner la capitale sous bonne escorte, fit promettre à son ami de le rejoindre aussi vite que possible. Mais Osman ne voulant abandonner son père incroyablement âgé (devait avoir dans les cinquante ans) , s’attarda, repoussant sans cesse son départ . Un jour, le vieillard, sentant la mort venir ( n’avaient pas encore le nez bouché à l’époque), fit appeler son fils . D’une voix à peine audible, entrecoupée des râles annonciateurs de sa fin prochaine, il prononça les paroles suivantes :

-         Mon fils, à ma mort, tu hériteras de tous mes biens (cinquante boutres en bois de tek , une centaine d’esclaves, une dizaine d’épouses en plus ou moins bon état de conservation, quelques centaines d’hectares idéalement situés en bord de mer, des maisons, des chameaux etc…) , mais cela n’est rien (oui, enfin quand même, ça aide pour débuter dans la vie…) ! Ce ne sont que des biens matériels que le Simoun (une espèce de mistral yéménite), la folie dépensière, l’avidité, la jalousie peuvent t’arracher à tout moment . Retiens bien ce que je vais te dire, c’est là que réside la part la plus précieuse de ton héritage.

D’abord ne confie jamais à ta femme un secret que tu ne voudrais pas voir divulgué !

Ensuite, apprends que la valeur d’une amitié est toute relative et que, du jour au lendemain, tu peux perdre ta place dans le cœur d’un être cher que ce soit sous le coup d’un caprice , de la cupidité ou de l’intérêt.

 

Ayant prononcé ces sages paroles, le noble vieillard expira tandis que la mer se teintait du pourpre des derniers rayons de soleil et que le souffle tiède du khamsin faisait onduler avec élégance les feuilles des palmiers sous lesquelles le futur défunt avait fait porter son lit . C’est à cet endroit qu’Osman fit enterrer son père .C’est vrai ça ! Pourquoi se compliquer la vie ? Il vendit ensuite les boutres, les terrains, les maisons, ne gardant que quelques chameaux et une poignée d’esclaves pour transporter son magot vers la capitale où il fit son entrée en grande pompe. A peine arrivé, il se jeta aux pieds du Sultan, son ami . Il y jeta également, ou plutôt ses esclaves y entassèrent les cassettes remplies de pièces d’or . Emu , Yaya releva son ami et l’embrassa tendrement (pas sur la bouche, hein !) .Toutefois, il ne refusa pas l’offrande de son héritage que lui faisait Osman. D’abord cela aurait été le signe d’un manque évident de savoir vivre, ensuite les caisses du sultanat était d’une vacuité extrême… Cet apport de liquidités, permit au Sultan d’aller liquider quelques tribus qui lui tenaient tête, d’en réduire d’autres en esclavage et de mettre en coupe réglée quelques petits émirats jugés peu solidaires . Au retour de son expédition, le sultan s’était refait une santé et put rembourser Osman au centuple. Les honneurs plurent sur le jeune homme . Il fut nommé vizir et se fit construire un palais somptueux . De son périple le sultan ramena une gazelle apprivoisée, pour laquelle il se prit d’une tendre passion . L’animal le suivait dans tous ses déplacements . On dit même, qu’à l’instant de rendre justice, le sultan puisait dans les doux yeux de la gazelle l’inspiration nécessaire à la proclamation d’une sentence juste et harmonieuse . Un soir, alors qu’Osman s’en revenait d’une audience avec son bon ami le sultan, il aperçut la gazelle broutant délicatement quelques fleurs rares dans les jardins du palais . Il s’en approcha et tout en la caressant échafauda une de ces constructions mentales compliquées que seul un homme comblé par tout ce que la vie peut lui offrir se complairait à imaginer. Il se saisit du petit animal et le fit disparaître dans les pans de son ample djellaba . Puis, s’étant assuré que personne ne l’avait vu, il gagna son domicile à grandes enjambées . Là, il enferma la gazelle dans une pièce dont il cacha la clé . Le lendemain, la disparition de l’animal favori du sultan faisait grand bruit en ville . Osman se rendit au marché et acheta pour trois pièces de cuivre une gazelle en tous points semblables à celle qu’il avait enlevée et, l’ayant confiée à son cuisinier, la fit tuer et accommoder en ragoût pour le déjeuner. Tandis qu’il dégustait la succulente venaison, il fit venir sa femme et déclara vouloir lui confier un secret que jamais, au grand jamais, elle ne devrait révéler à qui que ce fût. Celle-ci jura sur le saint Coran que jamais un son ne sortirait de sa bouche à ce sujet . Feignant la confiance, Osman lui apprit que la veille, il avait accidentellement blessé la gazelle du sultan et , craignant des ennuis, avait préféré l’achever . C’était les restes de l’animal favori qui se trouvaient à présent devant lui . L’assurant une fois de plus de son entière discrétion, la femme se retira . Une heure plus-tard, la garde personnelle du sultan venait arrêter Osman. Couvert de chaînes, il fut traîné devant le sultan . Là, il avoua son faux crime, demanda grâce, s’engagea à remplacer l’animal disparu, supplia, mais rien n’y fit . On le jeta dans une geôle sinistre après l’avoir abominablement torturé, non pas pour lui faire avouer un crime qu’il reconnaissait bien volontiers, mais juste pour le plaisir, histoire de marquer le coup…Il fut ensuite condamné à être décapité .

 Le lendemain le sultan et son aréopage de courtisans se pressaient aux pieds de l’échafaud où le bourreau s’apprêtait à faire retomber son lourd sabre sur le cou d’Osman. Celui-ci demanda s’il pouvait formuler une dernière volonté . Le sultan réfléchit un instant en caressant sa longue barbe teinte au henné . Quelques images de leur jeunesse insouciante et de leur belle amitié lui revinrent en mémoire . Un instant attendri, il dit de sa forte voix de sultan, parle, que veux-tu ? Osman demanda qu’on envoyât un esclave chez lui et qu’on ouvrît une certaine porte . Il promit que le résultat en vaudrait la peine . Poussé par la curiosité, le sultan accéda à sa demande . A peine libérée, la gazelle bondit hors de la somptueuse demeure et sans s’égarer dans les venelles étroites de la capitale, guidée par son flair et son instinct, retrouva son cher maître dont elle lécha avec avidité les mains poilues . Ivre de joie, le sultan fit libérer séance tenante Osman et, l’enlaçant avec effusion, implora son pardon et l’assura de son indéfectible amitié. Un voile de tristesse infinie s’abattit sur les yeux au beurre noir d’Osman. De ses mains ensanglantées aux doigts sans ongles (on les lui avait arrachés la veille lors de la supplice party organisée par le sultan) il écarta doucement celui qu’il avait jusqu'ici considéré son ami. Il murmura ces mots, les derniers qu’on le vit proférer en public :

-         Moi ? Ton ami ? Mais que vaut cette amitié ? Pas même trois pièces de cuivre…le prix d’une gazelle…

Osman retourna dans son village au bord de la mer Rouge après avoir liquidé ses possessions dans la capitale . Un joli pactole quand même ! Arrivé à destination, il racheta la maison paternelle. Là, loin du monde et de ses vaines distractions, il se laissa vieillir  entouré d’éphèbes somalis dont il n’attendit rien d’autre que de pouvoir jouir du plaisir de leur beauté et des douces mélopées franchissant leur lèvres pour aller se mêler au bruit soyeux du vent dans les feuilles de palmiers .

Bon, c’est une interprétation assez libre du récit de Monfreid, mais je ne crois pas avoir trahi l’esprit du texte !

 

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28 août 2005

Le jeune homme à la Land Rover

Je viens d’achever la lecture du livre que ma cousine consacre à sa vie de photographe de guerre et , en partie, à sa famille qui se trouve aussi être la mienne. Je me souviens d’une adolescente rondouillarde et assez laide qui grattait maladroitement sur sa guitare « tous les garçons et les filles… », le succès de Françoise Hardy, à Pâques, pendant les veillées passées au coin du feu à Ibiza dans la maison de l’oncle Luis et de la tante Marcelle .Sans enfants, ils avaient accueilli la jeune fille après le divorce de ses parents. Je me rappelle qu’elle avait la larme facile et éclatait souvent en sanglots sous les quolibets que lui prodiguaient avec générosité mes deux frères aînés . Je ne devais la revoir que bien des années plus-tard en Alsace, quand de retour du Tchad avec son frère Eric, elle avait fait une entrée triomphale dans la propriété familiale au volant de sa Land Rover qui portait encore les stigmates de leur longue traversée du désert. L’ai-je admirée cette voiture ! Ma cousine aussi avait bien changé ! Ayant considérablement dégonflé, c’était devenu une belle femme, sa fine taille prise dans une de ces robes très longues qu’affectionnaient alors les jeune filles de l’époque . Mon cousin Eric, très grand et très beau, était lui très amaigri . Ils étaient hâlés et tous les deux portaient au fond des yeux une lueur qui parlait des sables du désert, de massifs montagneux remplis d’hommes en armes, de chevauchées fantastiques . C’était à cela que je pensais, lorsque, timidement, je tournai autour de la belle anglaise (la voiture), essayant de déchiffrer les détails de cette folle épopée sur la carrosserie poussiéreuse et cabossée . Je crus même deviner un impact de balle sur le pare-brise ! Sans doute juste une pierre…mais mon imaginaire d’adolescent se plaisait à inventer une embuscade dans quelque défilé rocheux, là-bas, dans le désert du Ténéré. Un jour, alors que je contemplais religieusement la relique, mon cousin Eric s’était glissé derrière moi, et de sa belle voix grave et douce m’avait dit :
- Ne rêve pas punaise ( c’était comme cela que mes frères m’appelaient) ! T’es doué pour les études… Pour toi, ce sera l’usine ! Il y a un grand bureau qui t’attend…
Pauvre Eric ! Il s’était suicidé quelques années plus-tard , un tuyau relié à une bouteille de gaz enfoncé au fond de la gorge, tout seul, dans son minuscule studio parisien…si loin du désert. Pendant ce temps, sa sœur photographiait la mort au Vietnam. C’était en mars 1973…
Je n’ai jamais revu ma cousine si ce n’est lors d’apparitions télévisées, invitée de quelqu’émission plus mondaine que littéraire . Elle se faisait appeler Moonface et ressemblait à madame Butterfly, avec, toujours en équilibre instable sur la tête, un invraisemblable assortiment de chapeaux grotesques .
En mars dernier, après m’être arrêté quelques temps sur la tombe de mes parents, je m’étais rendu dans cette partie du cimetière de M. où reposent les morts protestants qu’on s’est refusé à mêler aux défunts catholiques. C’est là que sont enterrés Eric et son père . Comme cela se produit souvent en Alsace, une partie de ma famille est catholique et l’autre protestante. Sur la pierre tombale, au dessus de l’inscription, Eric S*** 1950-1973 , une photo protégée par un cadre de verre. On y voit mon cousin assis en tailleur sur le toit de la fameuse Land-Rover. En arrière plan, des montagnes arides . Il ne fixe pas l’objectif, mais semble chercher quelqu’un ou quelque chose…J’espère qu’il aura fini par le trouver .
J’avoue qu’un cours instant je me suis pris à l’envier. Non pas d’être mort et de reposer sous cette dalle noire dans ce cimetière lugubre en cette sinistre journée de fin d’hiver . Non, je l’ai juste envié d’être resté jeune pour l’éternité…

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10 août 2005

Cris et chuchotements

Lorsque je remis en route, je vis, en me retournant, leurs silhouettes s’amenuiser sur la plage et j’éprouvai un sentiment assez proche à de la pitié mêlée à un certain agacement pour ces deux étrangers venus chercher le paradis à l’autre bout de la terre et qui se voyaient brusquement plongés en enfer . Je leur avait promis de revenir les voir en début de soirée, une fois notre journée de pêche terminée…

La pêche fut bonne. Le cri anxieusement attendu, pakakina, retentit à maintes reprises. Je m’attardai en mer jusqu’à la nuit . Nous rentrâmes au mouillage, complètement fourbus, vers huit heures du soir . Pris par nos travaux de rangement, je n’y prêtai d’abord pas attention. Ce fut Doumé, le mécano vietnamien, qui me donna un coup de coude dans les côtes en me montrant le rivage où deux points lumineux s’agitaient avec la frénésie de deux lucioles prises de boisson . Je pensai…Oh non ! Pas eux ! Pas maintenant !Ivres de fatigue et de soleil, nous n’avions qu’une idée en tête : nous effondrer sur nos bannettes ! Nous essayâmes de trouver des interprétations rassurantes à ces jeux de lumière désordonnés . Damas suggéra que Kainiho avait une fois de plus perdu ses dents, qui s’étaient cette fois, pourquoi pas, envolées et qu’ils les recherchaient activement dans les airs ! Mon autre pêcheur, Kaienana(littéralement le mangeur d’hommes) émit l’hypothèse que ces deux popaas complètement taravana (fous) se livraient à quelque danse guerrière en l’honneur d’une déesse qu’il imaginait parée de l’opulente poitrine de l’italienne hystérique ! Pour Doumé, absorbé dans la délectation d’un breuvage nauséabond répondant au doux nom de Marc au Diable dont le fumet aurait presque rendu les entêtants effluves de requin désirables, pour Doumé donc, c’était à Bacchus que ces deux là dédiaient leur folle farandole ! Puis vinrent les hurlements ou plutôt les fragments de cris emportés jusqu’à nous par la brise de terre . Successivement lointains et proches, ils se mêlaient aux bêlements des moutons qui dans la nuit silencieuse ressemblent tant à des vagissements de nouveaux nés. L’affaire devenait sérieuse ! Je fis mettre l’annexe à l’eau et, accompagné de Damas, mis le cap sur la plage où les lampes torches continuaient leur incompréhensible sarabande . Tout en regardant le sillage phosphorescent laissé par le moteur hors-bord, je songeai à mon enfance alsacienne dans l’austère manoir patricien qui dominait la ville . Promis à une carrière sans histoire dans le monde des affaires, j’étais là, à l’autre bout du monde, encore recouvert du sang de mes prises, prêt à porter secours sur une île déserte à deux rêveurs illuminés en compagnie d’un géant tatoué ! Quand j’éclatai d’un rire tonitruant, Damas me regarda avec inquiétude…Je lui fis signe que tout allait bien…  Pour rien au monde je n’aurais voulu être ailleurs, ni en autre compagnie . J’étais heureux ! Arrivé à proximité de la plage délimitée par les brisants qui venaient y exploser j’attendis un instant, m’efforçant de sentir la respiration de l’océan, d’en apprécier la force puis, après avoir dit à Damas , accroche-toi, je lançai le moteur à fond au sommet d’une houle que j’espérais moins forte que les autres . Quelques instants plus-tard, nous atterrissions sans encombres sur les galets après un départ au surf qui nous fit hurler tous deux comme des gamins surexcités . Nous tirâmes le Zodiac à l’abri avant que le mur d’eau qui se formait derrière nous ne s’abattît avec fracas sur la plage . Le répit fut de courte durée. Déjà nos  italiens s’abattaient sur nous comme un nuage de sauterelles sur un champ de mil. Ils semblaient, en même temps que leur bon sens, avoir perdu l’usage du français et probablement aussi de l’italien tant leurs paroles semblaient dénuées de sens. Nous comprîmes toutefois qu’il fallait dans l’instant reprendre la mer et nous éloigner au plus vite de ce lieu maudit. Impossible d’en savoir plus . Le dotore, dans un mouvement de derviche tourneur , montrait alternativement le dinghy puis le thonier tandis que madame en larmes trépignait sur place, imprimant à son poitrail un mouvement qui la faisait ressembler à une haitienne en transe possédée par « ogoun feraye » !

De retour sur le thonier, il fut question de lueurs étranges, de battements de toere diffus, de joueurs de flûtes nasales insaisissables, d’amazones nues occupées à copuler avec des géants tatoués . Tous les regards se tournèrent alors vers Damas qui, rougissant sous son hâle, lança un, taravana, méprisant avant d’aller bouder à la proue du bateau . Pendant tout le récit où le dotore et sa femme se volèrent la parole, mon équipage garda les yeux fixés sur les lèvres du milanais non pas tant pour en boire les paroles que dans l’espoir de voir surgir ses fameuses dents ! En effet, tout comme une roue de secours, le dentier de rechange de l’italien semblait plus petit que l’original . A chaque éructation, à chaque exclamation, les dents du dotore surgissaient de sa bouche, ponctuant ses propos d’un sourire macabre ! A chacune de ces apparitions « dentesques », les hommes opinaient du chef d’un air entendu. Kainiho venait définitivement de faire son entrée dans la légende !

Folie que tout cela ? Fantasmes imaginés par l’esprit de citadins affaiblis par une traversée éprouvante ? Probable…mais pas certain …Les témoignages relatant des phénomènes étranges sur la Sentinelle abondent… Je n’ai aucune explication logique, juste des sensations qui m’ont convaincu de m’en tenir toujours écarté.

Quant à mes italiens, il n’y eu aucun moyen de les persuader de retourner à terre ne serait-ce que pour récupérer leurs effets personnels. Ce fut mon équipage qui s’en chargea le lendemain, quand, jugeant l’état mental de mes passagers alarmant, je décidai d’interrompre ma campagne de pêche pour les ramener à T. où, après un court séjour au petit hôpital, ils furent « évasanés » d’urgence vers Papeete dans un état de prostration profonde.

Forteresse déserte située aux confins de l’Archipel, la Sentinelle continue à fendre la longue houle du Pacifique de son étrave rocheuse…

 
 

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09 août 2005

Kainiho

Quand le calme fut revenu, une tonne de poisson, pour le moins, s’entassait à nos pieds ! De belles bêtes à la chair bien rouge que les clients se disputeraient dans quelques jours sur une quelconque criée de Tokyo ! Pendant que mes marins rangeaient les prises dans la chambre froide, je remis le cap vers la Sentinelle . J’observai, du coin de l’œil, Ettore contempler d’un air désolé la peau de bique qu’il retournait inlassablement entre ses doigts finement manucurés. C’était l’unique vestige du splendide couvre-chef acheté quelques jours plus tôt chez un chapelier renommé de Milano ! Le Borsalino des îles avait achevé sa courte carrière dans le ventre d’un moko trop gourmand dont l’odeur ammoniaquée continua a hanter le thonier, bien après que nous eussions rejeté l’hôte indésirable pas dessus-bord ! Damas, dans un élan de générosité, offrit ,planté sur la pointe de son couteau, un cœur de thon encore palpitant au milanais désolé . Devant son refus dégoutté, le maori engloutit ce met de choix, laissant un mince filet de sang dégouliner le long de son menton. Madame poussa un cri horrifié et éclata en sanglots . Monsieur eut juste la force de gagner le plat-bord en rampant et dans un ultime spasme, dans un dernier râle déchirant, tenta d’évacuer cette atroce nausée qui lui vrillait les entrailles et maintenait ses tempes enserrées dans un étau . Quand il se retourna, son visage sembla avoir rétréci de moitié. Incrédule, il ouvrit la bouche sur des gencives édentées, laissant passer un flot d’obscénités dont une élocution rendue grasseyante par l’absence de dents rendit l’interprétation quelque peu hasardeuse ! Il venait d’expulser son dentier par deux mille mètres de fond ! Gina s’arrêta de pleurer pour éclater d’un rire hystérique qui me fit craindre un instant pour sa raison. Je lui administrai un sédatif qui avait fait ses preuves sur un de mes pêcheurs, quelques semaines plus tôt, lorsqu’il s’empala la main sur un hameçon double de la taille d’un croc de boucher … Allongée sur une couchette, elle continua un instant à délirer, alternant mots sans suite et ricanements , puis sombra dans un sommeil profond ! Ettore, se désintéressant du sort de son épouse, s’était mis à fouiller frénétiquement dans son sac de voyage . Il poussa un rugissement gargouillant et brandit, triomphant, un nouveau dentier qu’il s’empressa d’avaler avec voracité(c’est ce qu’il nous sembla) comme s’il se fût agi d’un choux à la crème savoureux ! Instantanément, le bas de son visage retrouva une dureté toute mussolinienne. Plus tard , en parlant de lui, mes marins, très impressionnés par cet intermède, ne devaient plus le mentionner que sous le nom de kainiho, le bouffeur de dents !
Nous arrivâmes à la Sentinelle en début d’après-midi . Le couple de naufragés volontaires avait perdu quelque peu de sa superbe . La vision de la baie sinistre, bordée de hautes falaises, ne fit rien pour arranger son moral défaillant .Je ne sais pourquoi, mais bien qu’ayant mouillé des dizaines de fois dans ces parages inhospitaliers, je n’avais jamais été tenté de débarquer. L’impression que l’île me repoussait…Mon équipage devait éprouver la même sensation , car jamais il ne me demanda la permission de descendre à terre . Pourtant le gibier, des moutons et des cochons sauvages, abondait !L’unique point d’eau se trouvait au fond de la baie, aussi est-ce en ce lieu que mes deux milanais avaient décidé d’installer leur campement . Nous chargeâmes leur maigre bagage dans le dinghy et mîmes le cap sur la plage. Le caractère réduit et rudimentaire de leur équipement n’avait pas manqué de me surprendre à T. . Là ou je m’attendais à voir s’empiler des caisses de vivres, de médicaments, de semences et d’instruments en tous genres, il n’y avait que quelques élégants sacs de voyage . Lorsque je m’étonnai de l’absence de fusils de chasse afin de mettre a profit l’abondance de gibier pour en tirer un moyen de subsistance, le dotore me répondit qu’il utiliserait des pièges. Quand il m’en eut fait la description, je pensai qu’il n’y aurait jamais un cochon assez stupide, un mouton assez crétin, pour se laisser prendre à de si grossiers subterfuges ! Pour le reste, Ettore m’apprit d’un ton désinvolte que la nature saurait y pourvoir…Or, la nature est terriblement pingre à la Sentinelle ! Même les cocotiers ont renoncé à y pousser !

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07 août 2005

Les milanais

La Sentinelle comme toutes les îles désertes a sa légende . Située à l’extrême nord de cet archipel perdu au milieu du Pacifique, elle ne fut jamais habitée de manière permanente . Autrefois, les taua (prêtres maoris) y venaient une ou deux fois par an pour faire provision d’une pierre que l’on ne trouvait nulle part ailleurs et qui leur servait à confectionner les objets de leur culte . A la fin de la seconde guerre mondiale, un sous-marin de la Kriegmarine se serait aventuré dans ses eaux pour y déposer un trésor constitué de lingots d’or dont personne ne retrouva jamais la trace . Plus-tard les légionnaires français y pratiquèrent des forages pour le centre d’expérimentation atomique … Heureusement, le sous-sol était de mauvaise qualité ! On dit que certains de ces hommes rudes y furent terrifiés par des apparitions étranges .Après leur départ, l’île sombra dans l’oubli . Elle redevint ce qu’elle n’avait jamais cessé d’être : une île déserte aux falaises déchiquetées et à la végétation exubérante. J’avais pris l’habitude de m’y rendre une fois par semaine afin d’y pêcher le thon, abondant dans ses eaux et, la nuit venue, de mouiller dans la seule baie protégée des vents d’est . Un matin à T., alors que l’équipage finissait d’avitailler le bateau en carburant et en glace, un couple étrangement accoutré m’interpella depuis le quai . La dame, la trentaine, avait emprisonné son buste généreux dans un débardeur très ajusté tandis que ses fesses menaçaient à tout instant de faire exploser un short ridiculement petit . L’homme, un sexagénaire au port altier, était vêtu d’une élégante saharienne aux multiples poches et d’un pantalon qui se voulait de brousse mais ne réussissait qu’à donner cette vague impression de négligé qui sied si bien aux citadins lorsqu’ils vont prendre l’air dans leur maison de campagne . Un chapeau aux larges rebords, entouré d’un ruban en peau de je ne sais quoi, abritait du soleil son visage d’empereur romain . Ils se présentèrent : Gina et Ettore V. de Milano . Tous deux, mari et femme, chercheurs à je ne sais plus quel institut. Le but de leur mission était de passer les six prochains mois sur la Sentinelle en n’utilisant que les ressources que la nature voudrait bien leur offrir pour survivre .Ma mission à moi, était de les prendre à mon bord, de les déposer cent milles au nord sur l’île et de revenir les chercher au bout des six mois qu’ils envisageaient allègrement de transformer en une année si tout se passait bien et le dotore m’assura qu’avec lui les choses se passaient toujours bien !J’avais assez bourlingué autour du monde pour savoir distinguer les vrais baroudeurs des aventuriers d’opérette et ceux-ci faisaient visiblement partie de la seconde catégorie . Interrompant à peine mon travail de chargement je me contentai de leur lancer que pour aller sur cette île ils devaient avoir une autorisation spéciale qu’ils mettraient deux ou trois ans à obtenir, délais au bout duquel ils auraient probablement trouvé une destination plus accueillante. Ettore me regarda avec commisération, puis, plongeant la main dans une de ses nombreuses poches, en sortit les fameuses autorisations dûment tamponnées par la main de quelque fonctionnaire zélé .
Deux heures plus-tard, le Revamaru défonçait la longue houle du Pacifique de toute la puissance de ses sept cent chevaux, tandis que le dotore, que sa jeune épouse maintenait assujetti par le fond de son pantalon, rendait par dessus-bord, dans des spasmes et des râles effroyables, les restes imparfaitement digérés de son petit déjeuner ! C’est ce moment qu’un banc de thon choisit pour croiser la route du thonier et se disputer les leurres déployés au bout des lignes . Pakakina (ça tire) !Je ralentis et abandonnant la barre, allai prêter main forte aux deux pêcheurs qui hâlaient ferme sur les grosses lignes en nylon. Sur mon bateau, point de moulinet !C’est pour les marins du dimanche ça ! C’était à la main, dans un corps à corps violent, que, mètre par mètre nous remontions les prises, souvent des thons de cinquante kilos ! Alors quand les dix lignes se tendaient en même temps…Pas un truc pour femmelettes !Bon sang, j’en ai encore la chair de poule en y repensant. Les monstres s’ébattant sur la plage arrière, risquant à chacun de leur mouvement de nous casser un bras ou une jambe, les flots de sang dont ils nous aspergeaient des pieds à la tête, les requins qui nous disputaient les prises, les sectionnant en deux d’un simple coup de mâchoire, les mouvements du bateau qui nous jetaient les uns sur les autres. Parfois, c’était un moko (requin) que nous remontions ! Gare à sa gueule qui tentait de saisir tout ce qui passait à sa portée ! Et puis , les odeurs, poisson, sang, sueur, mazout, toutes mélangées pour n’en former plus qu’une : celle de la pêche ! Sur la plage arrière les dalots peinaient à évacuer l’eau de mer mêlée au sang et aux tripes des thons, aussi pataugions nous dans une espèce de marécage visqueux . C’est dans cette bauge que se vautraient à présent nos deux milanais, si fashion quelques heures plutôt ! Le dotore et sa femme nous passaient entre les jambes au rythme des coups de roulis qui envoyaient des paquets de mer s’écraser sur le pont . Damas , un superbe maori de deux mètres de haut, tatoué de la tête aux pieds, se saisit des deux chercheurs et les soulevant comme deux fétus de paille les mit à l’abri sur un rouleau de cordages. Dans leurs yeux, la terreur à l’état pur ! Je doute que ces gens aient jamais vu de poissons ailleurs que dans un aquarium de salon !Le mari regardait, hagard, le carnage, un mince filet de bile sourdant de la commissure de ses lèvres. La femme semblait se débattre contre un ennemi invisible, essayant désespérément de l’écarter en agitant ses mains baguées devant son visage terrifié ! Désolé ma petite dame ! C’est le poisson qui commande !

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03 août 2005

La vieille dame de Nassau

Cela se passait à Nassau aux Bahamas à la fin de l’année 1979 . R. et moi étions arrivés de Floride quelques semaines auparavant et faisions du day charter avec « l’île de feu » dont nous remplissions les cales avec des touristes américains enthousiasmés à l’idée de passer la journée aux Stirup Cays, de petites îles qui avaient de faux airs d’atolls polynésiens. Miami se trouvant à une demie-heure de vol, nous ne manquions jamais de matière première ! Je pense que la jeune génération luttant âprement à BAC plus huit pour trouver un emploi de groom ou de garçon de café ne se rend pas compte à quel point la vie était facile en ce temps là pour qui voulait mener une vie paresseuse et aventureuse !Aujourd’hui le problème est de trouver un travail pour vivre . En cette fin des années soixante dix, dans ce coin du monde, il fallait savoir adopter un profil bas pour éviter que le travail ne nous rattrape ! A chaque escale, après avoir fait connaissance de l’un ou l’autre autochtone, la conversation se terminait toujours de cette manière : cela ne vous tenterait pas de travailler avec moi ?… ou bien, justement je cherche quelqu’un pour… J’avais un bateau, un équipier, je ne concevais pas la vie ailleurs qu’en mer, donc je louais mes services au plus offrant, sans permis de travail, sans homologation ou visite de sécurité, sans impôts …. A l’époque les Bahamas étaient une plaque tournante du trafic de drogue en direction des USA, alors le transport clandestin de touristes n’éveillait que peu l’intérêt de forces de l’ordre sous-payées et peu motivées !Et l’argent coulait à flot dans les eaux transparentes des Bahamas. Ces années correspondaient aussi au paroxysme de la guerre suicidaire que se livraient les compagnies aériennes sur l’Atlantique Nord . Ainsi un aller-retour Nassau-Luxembourg (neuf heures de vol) coûtait cent cinquante dollars pour qui avait le courage d’emprunter une compagnie icelandaise (sic!) au nom erotique .Même à l’époque cela ne représentait pas une grosse somme ! J’avais pris l’habitude de passer des fins de semaine prolongées en Europe afin de rendre visite à mes parents trop âgés pour entreprendre pareil voyage . C’était l’avant veille de Noël et j’attendais l’appel de mon vol afin de passer les fêtes de fin d’année en famille, laissant R. en charge de « l’ile de feu ». Dans la salle d’attente mon attention fut attirée par un couple de quinquagénaires poussant devant eux une chaise roulante où une octogénaire toute frêle avait pris place. Ils s’arrêtèrent et firent un tour d’horizon de la salle, cherchant visiblement quelqu’un . Dans ces cas là, j’ai appris qu’il fallait à tout prix sinon me cacher du moins détourner les yeux ! J’attire tel un aimant les chiens et les problèmes ! C’est comme ça ! On n’y peut rien ! Mais j’avais les yeux fixés sur l’étrange trio . Le contact visuel s’établit . Quand l’homme lança un ,ah, triomphant je compris que pour moi les ennuis commençaient !Evitant habilement les autres voyageurs, l’homme propulsa la chaise dans ma direction, plaquant l’ancienne, bouche ouverte, cheveux au vent, contre le dossier. Quand ils furent à ma hauteur, ils se présentèrent, les van der Truc, de Broc le Schmurtz en Belgique . Je ne sais pas pourquoi, mais les belges ont toujours l’air de s’excuser en dévoilant leur identité ! Je ne fus pas long à comprendre ce que me voulait monsieur Van der Truc !
- Vous comprenez monsieur, nous avons faim et nous voudrions manger avant de monter dans l’avion, la nourriture est si mauvaise à bord (ils n’avaient pas tort) ! Mais avec ce vieux machin qui tombe en morceaux nous ne savons pas monter au premier étage où se trouve le restaurant ! Si vous pouviez garder ma mère pendant que nous mangeons ce serait gentil ! Elle est sage, vous savez !
Je m’attendais presque à l’entendre ajouter, elle ne mord pas . Quant au vieux machin, je pense qu’il faisait allusion à la chaise roulante mais cela fut dit d’une manière qui pouvait prêter à confusion ! Je ne sais pas dire non. Je pus à peine murmurer un acquiescement évanescent que j’aurais voulu un refus énergique, que déjà ils tournaient les talons, en route pour leur destination gastronomique. Je reportai alors ma vision sur la vieille dame qui me contemplait avec, me sembla-t-il, une lueur ironique au fond des yeux . Ces yeux justement, je ne le remarquai qu’à cet instant, étaient magnifiques ! Immenses et d’un bleu profond, plein d’espièglerie et d’intelligence. Je fis stupidement, héhéhéhé, elle me répondit en me singeant, héhéhéhé, découvrant une rangée de dents étonnement blanches et acérées. Elle arrangea avec coquetterie une mèche de cheveux blancs de sa main déformée par l’arthrite . Je n’arrivais pas à détacher mon regard du sien . Elle était si menue, si ratatinée que j’avais l’impression que si je cessais de la regarder elle allait disparaître pour toujours, ne laissant pour tout vestige de son passage sur terre que l’énorme sac à main en cuir vernis noir qu’elle serrait convulsivement sur ses genoux pointus. Elle sembla lire en moi. Sa voix était claire et bien timbrée.
- Vous savez, vous n’avez pas besoin de me regarder, je ne vais pas m’enfuir !
Comme pris en faute, je détournai les yeux et reportai mon attention sur l’escalier par où avaient disparu les Van der Truc fils et belle-fille .
- Oh , vous n’êtes pas prêt de les revoir ! Ils ne vivent que pour manger ! Vous croyez qu’ils penseraient à moi ? C’est que j’ai une faim de loup !
Je vis qu’au bar on servait des sandwichs, je lui proposai donc de lui en ramener un. Elle minauda un instant avec une moue enfantine puis acquiesça avec gourmandise en me lançant :
- Avec beaucoup de mayonnaise, hein… !
Quelques instants plus tard je la regardai dévorer avec férocité son hot dog tout en songeant qu’il n’était pas étonnant qu’elle fût si maigre si sa famille la laissait mourir de faim.
Quand elle eut fini, elle s’essuya les coins de la bouche avec élégance en se servant d’un mouchoir qu’elle sortit de la manche de son gilet. Elle but avec délice la limonade que je lui avais ramenée, puis, pleinement restaurée, pencha sa tête vers moi.
- Il faut que je vous dise…ma bru boit (pour appuyer ses dires, elle fit semblant de se tordre le nez de la main) ! Il est vrai qu’au lit, mon fils ne semble pas être à la hauteur !
Je me rappelai alors qu’avant de me confier sa génitrice, l’homme m’avait dévisagé avec une certaine concupiscence… De plus en plus mal à l’aise et craignant d’avoir à en apprendre plus que je ne voulais, je jetai à nouveau un regard désespéré en direction du premier étage. Elle se méprit sur la raison de mon inquiétude . Elle tapota affectueusement son sac à main .
- Rassurez-vous, ils ne m’abandonneront pas ! C’est ça qu’ils attendent !
- Ca ?
- Oui, oui…
Elle me fit signe de m’approcher et me chuchota en détachant les syllabes avec la gourmandise de qui mastique un abricot :
- L’hé-ri-tage !
- Ha… !
Je contemplai le sac, l’imaginant rempli de lingots et de pièces d’or.
- Mais ce qu’ils ne savent pas c’est qu’ils n’auront rien !
- Rien ? (Ton faussement indigné)
- Rien ! Pas ça ! Tout ira aux œuvres ! L’héritage…pfuit !
Elle se passa rapidement l’index sous le nez tout en éclatant d’un petit rire cristallin ! Suivait l’énumération de tout ce qui allait passer sous l’appendice nasal ridiculement atrophié de monsieur fils .Je ne sais pourquoi, mais je dois avoir un physique qui incline à la confidence. Au dix huitième siècle, c’est sûr, j’aurais été un prêtre jésuite confident de quelque tête couronnée ! Je l’ai toujours dit, je me suis trompé d’époque !En attendant je ne tenais nullement à être mêlé à une affaire de captation d’héritage. Le retour du fils indigne et de la bru ivrogne me tira d’embarras . Monsieur me remercia, s’enquit de ma destination finale et me remit sa carte de visite au cas où je chercherais (!) du travail en Belgique.
Durant le vol de nuit alors que je remontai en direction des toilettes le couloir de l’avion plongé dans la pénombre, je sentis une main chenue agripper mon bras. C’était madame van der Truc mère . Elle me désigna son fils et sa femme, endormis la bouche grande ouverte et, sans un mot, se passa l’index sous son nez en éclatant d’un rire silencieux !


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