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29 août 2005

Théorie sur la relativité...

Que pèse une amitié face au temps qui passe ? C’est la question que je me pose alors que je repense à toutes ces personnes qui se sont retrouvées, un jour ou l’autre, au centre de ma vie pour un temps plus ou moins long et qui sont depuis longtemps sorties de mon existence tout en continuant, ailleurs, à exister pour quelqu’un d’autre, ou pour elles-mêmes, ou pour personne…je n’en sais rien…

Je ne résiste pas au plaisir de rapporter cette histoire racontée dans « les derniers jours de l’Arabie heureuse » par Henry de Monfreid, mon maître à penser, si je devais, un jour, éprouver le besoin  d’en avoir un.

 

Cela se passait il y a fort longtemps au Yémen, quelque part au bord de la mer Rouge . Deux garçons, élevés ensemble, arrivèrent à l’âge adulte  . Une tendre amitié les unissait . L’un,  Osman, était le fils d’un notable local tandis que l’autre,Yaya, était le fils du sultan qui régnait sur le pays depuis Sanaa, la capitale. Son père l’avait confié, encore enfant, à ce notable, un ami très cher. En âge de se marier (seize ans), tous deux prirent femme. Oui, quand même ! C’est du Monfreid, pas du Guibert !

Un jour, un messager arriva au galop sur sa monture couverte d’écume . Il sauta du cheval et se prosterna aux pieds de Yaya . Son père, le sultan, était mort . C’était donc à son fils de lui succéder. Yaya, avant de gagner la capitale sous bonne escorte, fit promettre à son ami de le rejoindre aussi vite que possible. Mais Osman ne voulant abandonner son père incroyablement âgé (devait avoir dans les cinquante ans) , s’attarda, repoussant sans cesse son départ . Un jour, le vieillard, sentant la mort venir ( n’avaient pas encore le nez bouché à l’époque), fit appeler son fils . D’une voix à peine audible, entrecoupée des râles annonciateurs de sa fin prochaine, il prononça les paroles suivantes :

-         Mon fils, à ma mort, tu hériteras de tous mes biens (cinquante boutres en bois de tek , une centaine d’esclaves, une dizaine d’épouses en plus ou moins bon état de conservation, quelques centaines d’hectares idéalement situés en bord de mer, des maisons, des chameaux etc…) , mais cela n’est rien (oui, enfin quand même, ça aide pour débuter dans la vie…) ! Ce ne sont que des biens matériels que le Simoun (une espèce de mistral yéménite), la folie dépensière, l’avidité, la jalousie peuvent t’arracher à tout moment . Retiens bien ce que je vais te dire, c’est là que réside la part la plus précieuse de ton héritage.

D’abord ne confie jamais à ta femme un secret que tu ne voudrais pas voir divulgué !

Ensuite, apprends que la valeur d’une amitié est toute relative et que, du jour au lendemain, tu peux perdre ta place dans le cœur d’un être cher que ce soit sous le coup d’un caprice , de la cupidité ou de l’intérêt.

 

Ayant prononcé ces sages paroles, le noble vieillard expira tandis que la mer se teintait du pourpre des derniers rayons de soleil et que le souffle tiède du khamsin faisait onduler avec élégance les feuilles des palmiers sous lesquelles le futur défunt avait fait porter son lit . C’est à cet endroit qu’Osman fit enterrer son père .C’est vrai ça ! Pourquoi se compliquer la vie ? Il vendit ensuite les boutres, les terrains, les maisons, ne gardant que quelques chameaux et une poignée d’esclaves pour transporter son magot vers la capitale où il fit son entrée en grande pompe. A peine arrivé, il se jeta aux pieds du Sultan, son ami . Il y jeta également, ou plutôt ses esclaves y entassèrent les cassettes remplies de pièces d’or . Emu , Yaya releva son ami et l’embrassa tendrement (pas sur la bouche, hein !) .Toutefois, il ne refusa pas l’offrande de son héritage que lui faisait Osman. D’abord cela aurait été le signe d’un manque évident de savoir vivre, ensuite les caisses du sultanat était d’une vacuité extrême… Cet apport de liquidités, permit au Sultan d’aller liquider quelques tribus qui lui tenaient tête, d’en réduire d’autres en esclavage et de mettre en coupe réglée quelques petits émirats jugés peu solidaires . Au retour de son expédition, le sultan s’était refait une santé et put rembourser Osman au centuple. Les honneurs plurent sur le jeune homme . Il fut nommé vizir et se fit construire un palais somptueux . De son périple le sultan ramena une gazelle apprivoisée, pour laquelle il se prit d’une tendre passion . L’animal le suivait dans tous ses déplacements . On dit même, qu’à l’instant de rendre justice, le sultan puisait dans les doux yeux de la gazelle l’inspiration nécessaire à la proclamation d’une sentence juste et harmonieuse . Un soir, alors qu’Osman s’en revenait d’une audience avec son bon ami le sultan, il aperçut la gazelle broutant délicatement quelques fleurs rares dans les jardins du palais . Il s’en approcha et tout en la caressant échafauda une de ces constructions mentales compliquées que seul un homme comblé par tout ce que la vie peut lui offrir se complairait à imaginer. Il se saisit du petit animal et le fit disparaître dans les pans de son ample djellaba . Puis, s’étant assuré que personne ne l’avait vu, il gagna son domicile à grandes enjambées . Là, il enferma la gazelle dans une pièce dont il cacha la clé . Le lendemain, la disparition de l’animal favori du sultan faisait grand bruit en ville . Osman se rendit au marché et acheta pour trois pièces de cuivre une gazelle en tous points semblables à celle qu’il avait enlevée et, l’ayant confiée à son cuisinier, la fit tuer et accommoder en ragoût pour le déjeuner. Tandis qu’il dégustait la succulente venaison, il fit venir sa femme et déclara vouloir lui confier un secret que jamais, au grand jamais, elle ne devrait révéler à qui que ce fût. Celle-ci jura sur le saint Coran que jamais un son ne sortirait de sa bouche à ce sujet . Feignant la confiance, Osman lui apprit que la veille, il avait accidentellement blessé la gazelle du sultan et , craignant des ennuis, avait préféré l’achever . C’était les restes de l’animal favori qui se trouvaient à présent devant lui . L’assurant une fois de plus de son entière discrétion, la femme se retira . Une heure plus-tard, la garde personnelle du sultan venait arrêter Osman. Couvert de chaînes, il fut traîné devant le sultan . Là, il avoua son faux crime, demanda grâce, s’engagea à remplacer l’animal disparu, supplia, mais rien n’y fit . On le jeta dans une geôle sinistre après l’avoir abominablement torturé, non pas pour lui faire avouer un crime qu’il reconnaissait bien volontiers, mais juste pour le plaisir, histoire de marquer le coup…Il fut ensuite condamné à être décapité .

 Le lendemain le sultan et son aréopage de courtisans se pressaient aux pieds de l’échafaud où le bourreau s’apprêtait à faire retomber son lourd sabre sur le cou d’Osman. Celui-ci demanda s’il pouvait formuler une dernière volonté . Le sultan réfléchit un instant en caressant sa longue barbe teinte au henné . Quelques images de leur jeunesse insouciante et de leur belle amitié lui revinrent en mémoire . Un instant attendri, il dit de sa forte voix de sultan, parle, que veux-tu ? Osman demanda qu’on envoyât un esclave chez lui et qu’on ouvrît une certaine porte . Il promit que le résultat en vaudrait la peine . Poussé par la curiosité, le sultan accéda à sa demande . A peine libérée, la gazelle bondit hors de la somptueuse demeure et sans s’égarer dans les venelles étroites de la capitale, guidée par son flair et son instinct, retrouva son cher maître dont elle lécha avec avidité les mains poilues . Ivre de joie, le sultan fit libérer séance tenante Osman et, l’enlaçant avec effusion, implora son pardon et l’assura de son indéfectible amitié. Un voile de tristesse infinie s’abattit sur les yeux au beurre noir d’Osman. De ses mains ensanglantées aux doigts sans ongles (on les lui avait arrachés la veille lors de la supplice party organisée par le sultan) il écarta doucement celui qu’il avait jusqu'ici considéré son ami. Il murmura ces mots, les derniers qu’on le vit proférer en public :

-         Moi ? Ton ami ? Mais que vaut cette amitié ? Pas même trois pièces de cuivre…le prix d’une gazelle…

Osman retourna dans son village au bord de la mer Rouge après avoir liquidé ses possessions dans la capitale . Un joli pactole quand même ! Arrivé à destination, il racheta la maison paternelle. Là, loin du monde et de ses vaines distractions, il se laissa vieillir  entouré d’éphèbes somalis dont il n’attendit rien d’autre que de pouvoir jouir du plaisir de leur beauté et des douces mélopées franchissant leur lèvres pour aller se mêler au bruit soyeux du vent dans les feuilles de palmiers .

Bon, c’est une interprétation assez libre du récit de Monfreid, mais je ne crois pas avoir trahi l’esprit du texte !

 

Commentaires

Quelle leçon !

Écrit par : Fleur | 30 août 2005

Trois pièces de cuivre, c'est beaucoup, quand même, surtout pour quelqu'un qui est près de ses sous!

Écrit par : oliviermb | 01 septembre 2005

(soupir)...

Écrit par : manutara | 01 septembre 2005

je rappelle à l'auteur qu'il y a le mot de relativité dans le titre de son billet!

Écrit par : oliviermb | 01 septembre 2005

N'y avait-il pas une photo là, plus haut ?
C'est impossible de faire coincider la représentation que je me faisais de toi à travers tes écrits avec cette image, qui reste fugace puisque envolée.
J'oubliai l'aventurier pour ne retenir que le jeune homme de "bonne famille".
Vraiment "tu ne fais pas ton age" !

Écrit par : dilou | 03 septembre 2005

Ah , bon ? Donc c'était bien ma connexion qui était mauvaise. Car chez moi je ne voyais que le texte, mais la photo refusait de s'afficher, ce qui fait que j'ai supprimé le post. Tu as du juste passer au bon moment ou au mauvais moment...
C'était un clin d'oeil . Après tous les doutes qu'Olivier a laissé planer sur mon apparence physique , je voulais rassurer mes rares lecteurs!
Je fais probablement mon âge, mais là encore, avec tous les sous-entendus oliviérins, tu devais t'attendre à voir un vieillard bavant prostré dans son fauteuil roulant!

Écrit par : manutara | 03 septembre 2005

Mais enfin, pas du tout, je n'arrête pas de dire que tu as le genre aventurier, voire marin du lac Léman!!!

Écrit par : oliviermb | 03 septembre 2005

ZUT, FLUTE, MINCE ALORS ! J'ai louppé La photo de Manutara !
Dilou, tu aurais dû me prévenir tout de suite.

Écrit par : Pénélope | 04 septembre 2005

c'est koi le defauts humain qu'il y a
dans le passage ou ali lui vole la gazelle jusqu'a ce qu'il part a kauka (ou chez plus koi)

Écrit par : paul | 12 juin 2007

Paul tu demande ca pqe ce texte est tombé au bac de francais? =p
j'lai eu aussi jpense l'avoir moyennement reussi ...

Écrit par : Phil | 12 juin 2007

quel bac de merde!!!! le comentaire etait difficile!! les questions aechiii facil!!! jspr que vous vaez reussit!! bsxxxx au pir ya biento le bac oral!! bonne chance!!!

Écrit par : claire | 12 juin 2007

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