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15 juillet 2005

Déjeuner sur l'herbe

« En ce bel et bon jour de l'an 1378 de notre Seigneur , chevauchoient deux destriers blancs sur la route menant au castel du seigneur de Boisjoli . Sur le premier palfroi venoit un jouvenceau, Eudes seigneur de Fontsec et en le second la jouvencelle Cunégonde , fille chérie du seigneur de Boisjoli . L'un et l'aultre puceaux estoient .Comme le sol chaudement bruloit et les palfrois moulte poussière soulevoient , les deux jouvenceaux au bord d'un ru s'arrestoient. Eudes prestement au pied de son destrier choit et d'un élan vers sa belle se jetoit afin que du palfroi la goule ne se cassoit .Au bord de l'onde la portoit et tous quatre jouvenceaux et palfrois longuement se désaltéroient .La jouvencelle de ses fontes moulte cochonaille sortoit et les deux puceaux avec appétit mangeoient. Ravis et repus les deux sur le chaume s'allongeoient.... »
Des coups violemment frappés à la porte sortirent Charles de l'état de transe créatrice dans lequel il était tombé depuis le matin . Il sauvegarda le texte péniblement composé , enfila une robe de chambre trouée , traversa le minuscule appartement et ouvrit la porte . C'était madame Mignard ,la concierge, accompagnée de monsieur Vergette le propriétaire des lieux . A eux deux , ils représentaient probablement un résumé de tout ce que Charles détestait le plus au monde . D'abord ils étaient effroyablement laids , de cette laideur sans charme et sans recours. Madame Mignard ressemblait à une guenon avec ses jambes arquées , ses longs bras noueux et son petit visage fripé couronné d'une moisissure qu'elle s'entêtait à appeler ses cheveux. Monsieur Vergette quant à lui devait-être le produit du croisement d'un tapir avec une truie . Son nez exerçait sur Charles une fascination malsaine. Une espèce de masse de chair molle , douée d'une vie propre et percée de deux orifices parfaitement sphériques .Charles avait toujours eu envie d'y enfoncer ses doigts et de tordre l'immonde groin .Pour l'instant , le groin était braqué vers lui et réclamait trois mois de loyer en souffrance . Quand Charles lui parla du livre qu'il allait bientôt publier , de l'avance que lui consentirait son éditeur , le groin émit un sifflement et quelques gouttes de morve fétide vinrent asperger les joues de l'écrivain. Tandis que Charles essayait de gagner les quelques jours qui le séparaient de la rue , la Mignard avait passé sa tête chafouine par l'embrasure de la porte et reniflait l'intérieur du petit appartement , notant mentalement les rideaux déchirés , la moquette trouée , la peinture des murs éraflée , le sofa défoncé .Ses petites narines retroussées avaient flairé la misère , l'échec , la pauvreté . Une odeur , subtile et puissante, encore légère mais clairement identifiable commençait à s'insinuer dans l'air chargé de désespoir : l'odeur de la mort . Le nez simiesque renifla avec avidité ces remugles infernaux .Envahi d'une Schadenfreude ignoble , il esquissa même un sourire , je dis bien il ! Le nez de l'abominable guenon sourit lorsque le groin de Vergette signifia au malheureux Charles son congé pour la fin du mois .Quand les deux appendices nasaux , unis dans la laideur, se furent retirés , Charles s'effondra sur son canapé . Il laissa son regard errer par le fenêtre ouverte . Des immeubles faisant face à d'autres immeubles . Des fenêtres s'ouvrant sur d'autres fenêtres . Des hommes et des femmes qui jamais ne se verraient !
« Quand de leur sommeil s'éveilloient , de chaleur quasi trépassoient . Tous deux se désnudoient et dans l'onde se lançoient . Corpus à corpus se frottoient tant et si bien que ses pubendas le jouvenceau dans la pucelle mettoit . Longuement baisoient .Estourbis et fourbus, damoiseau de damoiselle et tous deux , de l'onde se restiroient. Alors grand vacarme oient . Dans le ru deux gueux se noient . De figure éspouvanstable l'un et l'aultre estoient . Animaux paressoient. Gouloient en langue qui ni d'Oc, ni d'Oil estoit . Eudes les regardoit et voir créastures désmoniaques pensoit. Un carreau sur son arbaleste installoit et la foumelle visoit : dans le cul le trait se fichoit!Prestement autre carreau à son damoiseau , la damoiselle tendoit. Le trait dans le museau du mâle s'enfonçoit. Les deux bestes bien marries beaucoup gueuloient , pleuroient et moultes supplications lançoient .Jouvenceau et jouvencelle un maximum se marroient! »

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