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25 juin 2005

Une sale affaire

Depuis plusieurs jours, dès que je me connecte sur Internet , je suis l’objet d’étranges attaques de la part d’encarts publicitaires qui me prédisent la fin de mon ordinateur si je n’achète pas tel ou tel logiciel de nettoyage . A mon indifférence répond une salve de virus que mon fidèle anti-virus neutralise vaillamment non sans au passage provoquer un ralentissement considérable dans la vitesse d’opération de la machine . Dans les cas extrêmes , l’ordinateur se bloque , figeant l’image sur l’écran . Je suis alors obligé de redémarrer . Hier, interrompu une fois de plus dans une conversation sur MSN , je suis allé porter mon unité centrale chez le réparateur qui l’a montée . Je suis reçu par son assistante . Je lui explique bien que les symptômes ne se manifestent qu’en se branchant sur Internet et qu’il ne faut pas hésiter à rester connecté une bonne heure puisque ce n’est , parfois , qu’au bout de ce lapse de temps que l’ennemi se manifeste . Elle m’assure qu’elle fera le nécessaire et me téléphonera en fin d’après-midi .Je rentre chez moi , mets mon Kayak dans la benne de mon pick-up et gagne la plage à quelques centaines de mètres de là . Il faut savoir que dès qu’on sort de la baie de T. , on se trouve au milieu du Pacifique . A tribord le continent le plus proche est l’Australie à 5000 km et à bâbord , l’Amérique du Sud à 8000 km . Ca me fait toujours de l’effet , même après quinze années de pratique . Une heure plus tôt j’étais en train de discuter sur le net et brusquement je suis au milieu du vaste Océan sur une embarcation ridiculement petite . Evidemment je longe le rivage , à distance respectueuse pour éviter les effets du ressac . Ce rivage , en dehors de quelques baies , se compose de falaises battues par la longue houle et n’offre à l’éventuel naufragé nul secours si ce n’est celui d’une mort rapide. Je reconnais qu’à chacune de mes sorties , surtout lorsque la mer est forte ,j’envisage sérieusement de ne pas revenir . N’allez pas penser que je dis cela pour montrer que j’en ai dans le pantalon comme n’aurait pas manqué de le dire la tante Marthe (une sainte) qui , en revenant de confesse , émue par l’apparente détresse de ce qu’elle prenait pour un petit garçon , avait aidé en pleine rue un nain adulte à décoincer sa braguette et à uriner ! Non ! Il se trouve simplement que je me sens bien en mer et que l’idée d’y faire mon trou est beaucoup moins désagréable que celle d’agoniser pendant des mois , empalé sur des tuyaux dans une chambre d’hôpital et finir au fond d’une fosse sous des tonnes de terre pleine de bestioles répugnantes . Les requins ,au moins , sont propres et changent de dents régulièrement ! Enfin, hier la mer était calme et la longue houle inoffensive pour autant qu’on ne s’approchât point des côtes . Dans ces cas , je me mets à penser . En effet, pour soutenir un long effort monotone , il ne faut pas tant du muscle que de la cervelle . Si l’on songe à chaque coup de pagaie qu’il va falloir donner durant les deux ou trois prochaines heures , on ne tient pas dix minutes ! Je contemple d’abord le paysage , puis la faune , les tortues que je peux approcher jusqu’à venir toucher leur carapace si elles ne m’ont pas vu arriver , les poissons volants qui surgissent et planent avec élégance sur une centaine de mètres , les gigantesques raies manta qui chassent en troupeau à l’abri des pointes. Puis , j’essaie d’imaginer ce que je vais écrire sur mon blog , éclatant parfois de rire tout seul . Justement , hier je pensais à mon journal , à tous ces gens qu’il m’a fait connaître , à Olivier en train de dormir à l’autre bout du monde . Je songeai , pourvu que mon ordinateur soit réparé ce soir ! Et là , brusquement , je sentis que le sang se retirait de mon visage . Le blog de Manutara ! Oh non ! Là ! Bien en évidence au milieu de mes favoris ! J’avais oublié de l’effacer de la liste . La jeune fille devait connecter mon unité centrale sur internet. Elle chercherait parmi les favoris et où d’autre irait-elle , si ce n’est sur la page de Manutara ce mot chargé de tant de signification en Polynésie ? AAAAAARRRRRRRRGGGGGGLLLLLLL !J’étais fichu ! A un clic de souris du goudron et des plumes . Mon Dieu ! Le post sur mon rêve ! Comment ai-je pu écrire une chose pareille ? Pris de frénésie , je fais demi-tour et me mets à ramer de toutes mes forces vers la plage , infligeant à la pagaie une courbure inquiétante . J’en oublie de compter les vagues à l’arrivée et pars dans un surf incontrôlé au sommet d’un rouleau monstrueux qui m’envoie m’écraser en vrac au pied d’un grand purau aux racines agressives . En se retirant , le reflux manque de me déculotter . D’une main je retiens la défroque et de l’autre le kayak qui menace de reprendre la mer tout seul .Je me traîne jusqu’au pick-up et démarre en trombe dans un grand nuage de poussière . Quelques instants plus-tard , je fais une entrée remarquée dans le magasin de l’électronicien du village : je suis trempé ,couvert de sable et d’ecchymoses .Pour tout vêtement je ne porte qu’un de ces maillots de bain shorts en nylon . D’autres clients sont présents. Il y a de petits rires étouffés sur mon passage . Je déboule dans l’arrière boutique et pousse un soupir de soulagement . Je m’attendais à ce qu’une foule gloussante soit réunie autour de l’écran connecté à mon unité centrale . Au lieu de cela , la jeune fille , seule , surfe sagement sur les pages d’un site de vente par correspondance . Elle pousse un petit cri en me voyant , ahi aohe , tu as fait naufrage ? Je la rassure , invente une excuse pour justifier ma présence et l’air de rien clique sur l’historique . Non ! Personne n’a visité ma page ! La jeune fille est restée derrière moi .Voilà qu’elle aussi éclate de rire . Ahi , c’est blanc tes fesses ! Je me retourne brutalement et remarque , enfer et damnation , qu’une déchirure dans mon short , sans doute due aux racines de purau , laisse une partie non négligeable de mon postérieur affleurer à l’air libre ! Conclusion de cette histoire : à vouloir fuir le mal , on rencontre souvent le pire !

Commentaires

Mais comment fais-tu pour te mettre dans des situations aussi ridicules? En attendant, ça t'apprendra à écrire des obscénités dans ton blogue, et à côté de mon nom, en plus!

Écrit par : oliviermb | 26 juin 2005

Si dans ton enfance on t'avait obligé à porter des lederhosen et un chapeau tyrolien pour aller à l'école tu ne poserais pas ce genre de question.

Écrit par : manutara | 26 juin 2005

Manutara, tu me fais mourir de rire. Quelles sont les significations de ton nom de code ??

Écrit par : Fleur | 26 juin 2005

Le manutara est un oiseau marin . le stern en français . Il est à l'origine de la légende pascuane du tangata manu ou homme oiseau . Tous les ans les pascuans changeaient de roi . Ils ne l'élisaient pas et il n'était pas nommé par le souverrain sortant . Un groupe d'homme se réunissait en bord de mer , puis à un signal donné nageait jusqu'à un ilot en forme de piton rocheux , distant d'environ un mille nautique . Les candidats grimpaient jusqu'au sommet , là où les sterns nidifiaient , s'emparaient chacun d'un oeuf et faisaient le trajet en sens inverse . Devenait roi celui qui , le premier, déposait aux pieds de son prédecesseur un oeuf intacte!

Écrit par : manutara | 26 juin 2005

Ca se sent, quand on vous lis, que vous avez eu une bonne éducation. Vous écrivez dans un français châtié, vous avez du vocabulaire, vous faîtes la concordance des temps. C'est une des raisons pour lesquelles je vous apprécie.

Écrit par : all_zebest | 01 juillet 2005

Merci , all-zebest! Si je n'avais le cuir tanné par vingt années passées sous l'implacable soleil des tropiques , j'en rosirais de confusion!

Écrit par : manutara | 01 juillet 2005

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