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30 mai 2005

Et si de Gaulle...

Le danger ne vient que rarement d’où on l’attend !
Ainsi la majorité des accidents de haute montagne survient au moment de la descente , normalement la partie le moins difficile du périple puisqu’elle se réalise en rappel .Mais une fois le sommet convoité vaincu , l’attention des alpinistes a tendance à se relâcher et c’est dans cette faille que le destin s’immisce…
Les plaisanciers meurent rarement du fait d’un cyclone , d’une vague gigantesque ou d’un écueil sournoisement tapis sous les flots , mais beaucoup plus souvent en passant par dessus-bord alors qu’ils tentent de soulager leur vessie !
Il y a quelques années, un DC10 de la défunte Swissair s’abîmait en mer en face de Saint-Jean de Terre-Neuve à cause d’un court circuit survenu dans le système de… jeux vidéos destinés à distraire les passagers.
Peu de temps auparavant un DC9 de la toujours vivante Alitalia s’écrasait en bout de piste à Zurich-Kloten tout simplement pour une stupide question d’amour propre opposant pilote et copilote. Ce dernier avait en effet observé depuis un moment que la descente se faisait selon un angle trop prononcé . Les enregistrements des conversations de cockpit sont à ce propos accablants :à plusieurs reprises le jeune copilote supplie son supérieur de remettre les gaz afin de reprendre de l’altitude ! En vain ! Bilan : une centaine de morts !
Alors j’espère juste que le non frileux (pour rester poli)des français ( poussés au cul par une droite archaïque et une gauche préhistorique ) au traité de constitution européenne n’aura pas sur l’avenir de l’Europe les conséquences désastreuses que les défaillances en apparence banales , évoquées plus haut , ont eu sur le sort de nombreuses personnes !
Mais c’est vrai ,il y a la fameuse exception française prise en étau entre une extrême droite (la plus puissante d’Europe) qui sent bon la naphtaline dans laquelle les membres de la secte conservent avec amour les reliques de leurs bérets de chasseurs alpins et un parti qui n’hésite pas à se qualifier de communiste in memoriam des centaines de millions de victimes expédiées ad patres par le petit père des peuples et le grand timonier !
Le reste du monde savait déjà que la France était le plus mauvais élève de la classe européenne avec son déficit budgétaire et son taux de chômage exponentiels , à présent il saura aussi que c’est le plus stupide !
Et si finalement de Gaulle avait eu raison en qualifiant les français de veaux ?

17:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

29 mai 2005

Elle est pas belle la vie?

Je crois que je mesure le passage des ans par le soin avec lequel je prépare mes voyages et surtout l’hébergement aux étapes . Petit souvenir d’autres temps . Je devais avoir vingt ans et j’avais signé pour une croisière avec le cruising club de Suisse (CCS) . J’avais passé mon examen théorique et il me restait le stage pratique : mille milles nautiques (environ deux milles kilomètres) en mer, avec initiation aux méthodes de navigation hauturière , limitées à l’époque à l’utilisation du sextant . Comme chacun sait , la Suisse , si féconde en lacs , est dépourvue d’accès à la mer . Certains membres du CCS possédaient des voiliers basés en Méditerranée , en Atlantique ou en Mer du Nord . Ne les utilisant qu’un mois par an , ils acceptaient de les mettre à disposition du CCS à titre gracieux sous l’unique condition que les programmes de navigation du club correspondent aux leurs . Ainsi, en début de saison , les voiliers étaient convoyés par une équipe de stagiaires vers les destinations choisies par leurs propriétaires et en fin de saison vers leur port d’attache . Cette année là (1976) , les propriétaires du Kirah , un sloop de quarante pieds , avaient décidé de naviguer dans les fjords norvégiens .Nous étions en septembre et la saison tirait à sa fin . Je partis donc avec quatre compagnons , totalement inconnus , sous la direction d’un skipper confirmé qui se faisait appeler Mbélé Mbélé Tukutuku en référence à un passé africain nébuleux rempli d’atterrissages spectaculaires avec des avions trop vieux sur des terrains trop courts . En partant de Genève avec la voiture des propriétaires du voilier , nous devions rejoindre Skagen au Nord du Danemark , embarquer sur le Kirah et après avoir fait une incursion en Norvège le ramener à son port d’attache , Cherbourg .Comme on le voit , tout le système était basé sur la confiance , un mot qui aujourd’hui , en cette époque du fric roi , n’a plus cours !
Après avoir roulé toute la nuit et tout le jour suivant , nous étions arrivés au Sud du Danemark en début de soirée . Fatigués et affamés , nous nous étions arrêtés dans un self service situé au centre d’une petite ville dont j’ai oublié le nom . Après nous être servis , nous nous attablâmes pour manger . C’est à ce moment que surgit un jeune gaillard , un petit blond (je hais les blonds), qui devait peser quarante kilos tout habillé . Le genre à chercher des histoires . Il tendit sa main , une main de blond , vers mon assiette , prit une frite , la tartina de mayonnaise et l’engloutit avec sa bouche de blond . Nous le regardions faire , plus amusés qu’agacés, pensant nous trouver en présence d’un indigène aux us et coutumes représentatifs de son pays. Tandis qu’il essuyait sa main de blond dans mes cheveux châtains et que je restais sans réagir, il demanda en un anglais hésitant d’où nous venions sans s’adresser à personne en particulier . L’un de nous répondit , from Switzerland . Il fit ,I see . Il s’approcha ensuite de notre skipper , le jaugea du regard , puis lui envoya une gifle magistrale qui retentit d’un bout à l’autre de la salle bondée . Un grand silence se fit . Avec sa voix de blond , la petite frappe hurla , et maintenant t’es toujours neutre !…Mauvais choix ! Mbélé était belge ! Nous ne vîmes rien venir . Une fraction de seconde plus-tard l’asticot aryen se tordait sur le sol , la gueule en sang. Le skipper , un quinquagénaire au tempérament sanguin , venait de lui encastrer un de ses poings de la taille d’une pastèque dans sa gueule de blond . Je dis l’asticot, car il s’agissait bien d’un appât ! Nous n’avions pas vu les pêcheurs , une demie douzaine de malabars au crâne rasé, attablés un peu plus loin ! Ce fut un massacre ! Mbélé fut le seul à opposer une résistance héroïque ! Nous , les petits jeunes , fûmes fauchés par la première salve, en l’occurrence un coup de poing dans le dos qui me laissa sans pouvoir articuler un son ou respirer pendant plusieurs minutes .
Tandis que nous gisions au milieu des reliefs de repas ,de vaisselle et de meubles brisés , la police ,arrivée rapidement sur les lieux, prenait la déposition de notre capitaine qui ,avec ses rares cheveux gris en bataille , son visage tuméfié , ses vêtements déchirés , semblait avoir livré un combat perdu d’avance contre une horde de loups affamés .Les malfrats s’étaient bien évidemment éclipsés ! Physiquement , pour avoir joué les morts , nous contentant de nous protéger des coups , nous les stagiaires , nous nous en tirions bien . Quelques bleus vite oubliés ! Moralement ce fut une autre histoire ! Nous avions touché du doigt notre propre lâcheté , ne songeant qu’à sauver notre misérable peau ! Très vite, les voyous s’étaient désintéressés de nous pour s’acharner sur Mbélé ! Nous étions jeunes et forts ! Je ne dis pas que nous aurions pu venir à bout de ces malfaisants rompus à la bagarre , mais nous aurions au moins pu détourner un certain nombre des coups qui s’abattirent sur notre malheureux capitaine! Mais non ! Nous n’avions rien fait ! Minable !
Tandis que nous conduisions Mbélé à l’hôpital , nous n’osions nous regarder ou articuler une parole . L’un d’entre nous trouva un exutoire à la honte collective en la personne du patron de l’établissement …ce salaud n’a rien fait pour nous venir en aide !… Il a averti la police , que pouvait-il faire d’autre , articula péniblement Mbélé. Mais les vannes du ressentiment étaient ouvertes !…Et les clients , vous avez vu les clients ? Pas un geste ! Ils se marraient ces cons en plus ! Oui , oui , ils jouissaient les salauds … A ce stade nous étions d’accord sur un point : la seule solution envisageable était la vitrification du peuple danois tout entier pour expier pareille faute .
Quand le médecin de garde eut fini de rafistoler notre capitaine, il devait bien être une heure du matin. Nous étions épuisés et n’avions pas le cœur à continuer notre route. Mais où dormir ? Dans la voiture ? A six nous avions déjà du mal à y tenir assis , alors couchés…A la belle étoile ? Il faisait un froid de gueux !A l’hôtel ? Impensable ! Mes compagnons étaient tous des étudiants sans le sous ! C’est à ce moment là que quelqu’un parla de grange et de foin . Va pour la grange ! Encore fallait-il trouver un paysan suffisamment complaisant pour héberger six inconnus à une heure avancée de la nuit .Forts de notre récente expérience nous doutions que le mot hospitalité existât en danois !Après avoir parcouru quelques kilomètres en rase campagne , nous jetâmes notre dévolu sur une ferme dont la silhouette massive se découpait sur le bord de la route . Le moins inhibé d’entre nous , un jeune valaisan , alla frapper à la porte .
Nous ne pûmes jamais goutter aux joies bucoliques du foin dans la grange . En pleine nuit , les Larsen (appelons-les ainsi) , délogèrent leurs enfants de leurs chambres afin que nous , de parfaits étrangers , puissions prendre leur place et nous reposer . Mais avant cela , il fut impossible de les dissuader d’organiser au beau milieu de la nuit une collation qui menaça de dégénérer en orgie quand Mbélé sortit du coffre de la voiture une bouteille de poire William et son bandonéon mangé aux mites . Ce qui chez nous avait pris l’ampleur d’une catastrophe nationale ne représentait pour lui qu’un des nombreux aléas dont son existence avait été parsemée ! Tandis qu’il tirait des sons déchirants de son instrument rapiécé , sa bonne trogne couturée et tuméfiée semblait nous dire : elle est pas belle la vie ?

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23 mai 2005

Soleil vert


Compte tenu de la place qui leur est faite dans nos sociétés dites développées ( hormis la présidence tous les sept ans et quelques portefeuilles ministériels), à tous les plus de cinquante ans on devrait proposer l’euthanasie remboursable par la sécurité sociale avec en fond sonore l’hymne à la joie et sur écran géant pirouettes de wombats à narines poilues et cabrioles d’hippopotames nains . Parmi les rares lecteurs qui s’égarent encore dans les ruines de ce blog et les plus rares encore qui n’ont plus vingt ans depuis longtemps , certain(e) aura reconnu l’allusion faite à l’un des seuls films de science fiction tourné dans les années soixante-dix à donner une version réaliste de ce que serait le futur : « Soleil vert » ! Non ? Tant pis !
Pour résumer , c’est la fameuse fracture sociale , chère à notre président , poussée à l’extrême. La moitié de la population jouit d’une opulence scandaleuse tandis que l’autre moitié vit dans la pauvreté la plus abjecte . Quant aux vieux , ils sont euthanasiés et leurs restes recyclés pour produire un aliment , le soleil vert , que gueux et gueuses s’arrachent lors de rixes sanglantes . Pourquoi je parle de ça ? Parce que par deux fois , sur son blog ,puis sur le mien , Olivier a fait la même réponse à mon évocation d’évènements survenus il y a plus de trente ans : « je(Olivier) n’étais pas né » ! Si j’écarte la délicate et si amusante (mdr !) allusion faite à notre différence d’âge , et si je me concentre sur le contenu suggéré par cette réflexion à priori insignifiante bien que sibylline , j’en arrive à une conclusion qui est la mienne pour n’être pas celle d’un autre : Olivier et peut-être à travers lui toute la jeunesse de France et de Navarre s’imagine qu’il y a trente ans , l’humanité vivait à l’âge de pierre et que les citoyens de ce beau pays erraient dans les campagnes recouverts de peaux de bêtes , grignotant leur os de mammouth tout en poussant des sons inarticulés ! Bah, non ! J’en suis moi-même étonné à chacun de mes retours en Europe . Rien n’a changé ! Les gens vivent comme il y a trente ans : le matin , ils prennent leur voiture , le train ou le métro pour aller au travail . A midi ils mangent des cochonneries dans des fast food . Le soir ils rentrent chez eux épuisés , s’engueulent avec leurs enfants qui les trouvent cons et qu’eux aussi trouvent cons mais ça ils n’osent se l’avouer car ils sont leur portrait craché , puis s’effondrent devant leur télé sur laquelle ont poussé comme autant de métastases , magnétoscopes , jeux vidéos et DVD . Pour leurs vacances ils s’entassent sur les plages du midi à moins qu’ils ne choisissent de s’entasser dans un avion qui les déversera en tas sur des plages lointaines où ils ont une chance non négligeable de se faire enlever par une guérilla aux revendications obscures . Si , si , il y a quand même des différences : il y a plus de monde sur la route , dans les trains , dans les avions , sur les plages, il y a plus de monde partout (j’ai trouvé que Paris ressemblait de plus en plus à Bombay) ce qui n’est pas nécessairement une bonne affaire , parce que du travail il y en a de moins en moins ! Les médias aussi ont changé , dans la forme plus que dans le fond : avant la médiocrité se diffusait avec parcimonie, à la petite cuillère , aujourd’hui c’est un bombardement ininterrompu de merde hertzienne . Enfin , heureusement qu’il y a Thalassa ! Les SDF , ça aussi c’est une spécialité nouvelle . Bien sûr , les pauvres ont toujours existé , mais il y a trente ans , ils n’erraient pas dans la rue et jamais on n’aurait vu des hommes éduqués et compétents réduits à de telles extrémités simplement du fait de leur âge. Dans « Soleil vert » , là oui , les SDF grouillent par milliers. Vous voyez où je veux en venir ...
Il est un temps , pas si éloigné , où l’on considèrera les années soixante-dix comme une époque bénie !

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L'île mystérieuse

Ich weiss nicht was soll es bedeuten
Dass ich so traurig bin
Ein Marchen aus alten Zeiten
Das kommt nicht aus den Sinn

Heinrich Heine



Une vieille histoire qui me trotte dans la tête. Je pense que c’est un téléfilm vu il y a une trentaine d’années . C’est rare que je me souvienne d’une chose vue à la télé . Mais cette histoire m’obsède depuis longtemps.
Premières images : un yacht à la dérive rempli de cadavres épouvantablement défigurés.
Dix ans plus-tard un navigateur mouille son voilier à l’abri d’une baie sur une île déserte ou supposée telle . Il descend à terre et sur les hauteurs aperçoit une maison perdue dans la végétation . Il s’y rend et découvre les ruines de ce qui a du être une somptueuse villa. Il fait chaud et il s’endort . Il est réveillé par le bruit de voix , de rires , de pas , de vaisselle entrechoquée. Il regarde autour de lui et constate que la maison a repris son apparence initiale et qu’une vingtaine de convives sont attablés devant des mets raffinés .Ils ont l’air de partager un de ces instants de bonheur dont on aime à se souvenir sa vie durant. Le marin leur parle , les salue , mais personne ne semble remarquer sa présence .Il essaie de toucher l’un des dîneurs et ressent immédiatement une douleur fulgurante .Il est étonné , effrayé mais ravi également car une femme d’une extrême beauté va attirer son attention . Au café , c’est le black out et la maison reprend son aspect de ruine . La scène se reproduit ainsi jour après jour mais à des heures différentes .Au gré d’une de ses promenades , il découvre une caverne et le secret à la fois sublime et terrible de ce mystérieux hologramme . Il va à son tour y prendre place afin de partager de manière virtuelle une heure de la vie de ces femmes et hommes morts depuis longtemps dans des conditions effroyables.
J’ignore qui a écrit cette histoire mais j’aurais bien aimé en être l’auteur. En attendant je crois ne pas avoir passé une seule journée de ces trente dernières années sans y repenser . Le son entêtant de la mer frappant inlassablement les rochers et actionnant au gré des marées la machine à remonter le temps s’est gravé dans ma mémoire et ne m’a jamais quitté . Dans le fond , nous passons notre vie à nous rejouer toujours les mêmes scènes , sans même y prendre plaisir bien souvent, mais contrairement à ces personnages de fiction , figés pour l’éternité dans un instant de fugace bonheur , nous vieillissons , nous délitons , nous recroquevillons pour finir par ne plus être que des caricatures de nous-même . Parfois , alors qu’on a depuis longtemps cessé de lutter contre le fleuve de la vie , que l’on dérive , résigné et que dans le lointain retentit le fracas des chutes qui vont nous engloutir , une fracture de produit . Nous nous engouffrons dans la brèche , certains de n’avoir rien à perdre . Tout comme le marin rejeté par la mer nous nous retrouvons sur une terre inconnue plongés dans un passé lointain qui n’est déjà plus le notre mais où nous aspirons à nous reposer une dernière fois. Le temps alors n’existe plus .Ou plutôt nous sommes hors du temps, insensibles à tout , jusqu’à l’indifférence que nous manifestent ces convives à la table desquels nous aimerions bien nous asseoir , et à laquelle nous finissons par avoir l’illusion de prendre place. Puis, tel un tronc d’arbre arrêté un instant dans sa dérive inexorable par un obstacle imprévu , la force du courrant nous arrache à ce passé à peine savouré et nous renvoie vers le milieu du torrent .

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21 mai 2005

Les palmes rouges

- Qu’est-ce qu’elle fiche celle-là au milieu de la route, à gesticuler comme une démente ?
Une petite femme à l’allure de musaraigne ,la quarantaine , une européenne au crâne pointu surmonté d’un toupet roussâtre , tente de barrer le passage à mon pick-up, courrant, bras ouverts, tantôt à gauche , tantôt à droite dans une vaine tentative de prévenir mes efforts pour l’éviter . Trop chaud pour se suicider et il n’y a pas de paquebot dans la baie ! D’ailleurs on n’en attend aucun pour les six prochains mois . J’ai remarqué l’étrange tendance qu’ont les passagers de ces hôtels flottants à se jeter sous les roues des voitures pour se faire ramener au quai et réintégrer l’univers réfrigéré qu’imprudemment ils ont abandonné sur un coup de tête . Les plus faibles lâchent au bout de cent mètres . On retrouve en général les plus résistants en train d’agoniser sous les arbres ou dans les fossés , entourés de chiens errants , à un kilomètre de leur lieu de départ . Quarante cinq degrés à l’ombre et quatre vingt dix pour cent d’humidité ça vous esquinte son bonhomme !
La musaraigne agrippe ma portière en faisant des petits bonds pour se hisser à ma hauteur . C’est haut , un quatre-quatre !
- Oh monsieur , excusez moi , mais n’auriez vous pas vu un vieil homme marcher sur la route avec une paire de palmes rouges ?
- Sur la route ? Un vieillard palmé ?
- Oui , oui , il est parti par là-bas !
Elle me montre le fond de la baie , là où le récif corallien affleure.
- Vous voulez dire qu’il est allé plonger sur le récif ?
- Oui , il est parti ce matin à huit heures et devrait être rentré depuis longtemps !
Je regarde ma montre . Midi dix . Oups ! J’aime pas trop . Tout corps plongé dans un liquide…etc… J’invite ou plutôt je hisse la femme à mes côtés et prend la direction de la plage de P. Elle disparaît au fond du siège passager , les yeux au ras du tableau de bord . Vue de dehors, avec ses cheveux ébouriffés, elle doit avoir l’air d’un gremlin !
En cours de route je tâte le terrain.
- C’était …pardon…c’est votre père ?
- Non, mon mari ! Vous pensez qu’il a pu lui arriver malheur ?
- A quelle heure devait-il être de retour ?
- Vers dix heures !
Je me tourne vers la musaraigne .Elle en a mis du temps pour réagir ! Elle semble lire dans mes pensées et tandis que des larmes jaillissent de ses petits yeux ronds , elle me dit d’une voix aiguë entrecoupée de hoquets :
- C’est qu’il n’aime pas que je m’inquiète pour lui !
Emu , j’essaie de la rassurer .
- Il est peut-être parti vers le club de plongée , dans ce cas c’est à l’autre bout du village !
- Oh non , il a beaucoup de mal à marcher . Sa hanche !
Merde alors , quelle idée de laisser partir un vieillard impotent faire de la plongée , seul en plus ! J’arrête le truck sur la plage et prenant mes jumelles observe soigneusement le récif . A vrai dire je cherche un corps flottant à la surface … chaussé de palmes rouges . Rien ! Elle me tire par le bras.
- Là-bas , un corps sur les rochers !
Je braque mes jumelles dans la direction indiquée. C’est N. , un raerae , qui se bronze , les fesses à l’air . Sais pas comment il fait avec cette chaleur !
- Alors c’est lui ?
- Désolé , je ne pense pas , non !
Je refais un tour d’horizon . Toujours rien.
- Ah la la , nous allons être en retard à l’hôtel ! Nous sommes en pension complète vous comprenez ?
Je pense , m’étonnerais qu’il remonte avant demain …si les requins ne l’ont pas bouffé avant ! Je ne sais comment lui dire !
- Heu , nous devrions aller voir les gendarmes . Ils ont une petite vedette . C’est plus pratique pour chercher le co…enfin votre mari !
- Les gendarmes ! Ah , mais il ne va pas aimer ça du tout !
Non ça y a des chances !
Un craquement de branchages lourdement piétinés nous fait nous retourner . De la brousse surgit une espèce de géant poilu , reléguant le yeti au rang de petite sœur des pauvres !Disparaissant sous son bras droit , une paire de palmes rouges . La musaraigne , soulagée , se précipite vers lui et va se perdre dans sa fourrure.
- Ah te voilà toi ! …Monsieur , je vous présente mon mari !
Le yeti manque m’arracher le bras en me serrant la main . Il s’excuse , il s’était endormi à l’ombre d’un banian . L’âge n’est-ce pas !
Faudra que je revoie ma définition du vieillard impotent !

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19 mai 2005

Ailleurs

Je roule à vive allure sur la voie rapide unissant T*** Nord à T*** Sud au volant de ma puissante berline américaine . Le trafic est dense , mais je parviens sans peine à me faufiler entre les voitures, jouissant secrètement de la supériorité que me donnent les trois cent chevaux docilement lovés sous le capot aérodynamique . La climatisation poussée à fond nous isole climatiquement de la fournaise ambiante tandis que les vitres fumées nous cachent aux yeux du vulgaire . Olivier s’évente délicatement avec un journal de la culture arrivé par le bateau de la veille , tandis qu’il regarde d’un air dégoûté les cocotiers défiler sur le bord de la route . Oh là ! On se réveille ! Un nid de poule particulièrement profond me tire de ma rêverie. Je suis au volant de mon vieux pick-up rouillé et je parcours ,en slalomant entre les cratères , la route défoncée et déserte qui longe le bord de mer . La vieille Amélie , ma passagère , cent cinquante kilos pour un mètre soixante au garrot , me fait signe de m’arrêter, ce qui , compte tenu de l’état de mes freins, prend un certain temps malgré les vingt kilomètres heure qu’indique un compteur figé ad vitam aeternam sur ce chiffre poussiéreux . L’air brûlant et moite entre à flots par les fenêtres aux vitres définitivement disparues sans laisser de traces à l’intérieur des portières cabossées. Je fais le tour du truck, notant mentalement les progrès de la rouille sur le plateau arrière constellé de trous . Faudrait que je fasse quelque chose…un de ces jours ! Je m’arc-boute sur la portière de droite . Elle finit par céder et s’ouvre en grinçant pour terminer sa course contre l’aile avant , enfin ce qui en reste , pendant lamentablement au bout de la charnière exorbitée . J’aide Amélie à s’extraire du siège défoncé (un peu plus à chacun de ses passages) . Les jambes d’abord , le reste ensuite . C’est le reste qui pose problème en général . J’ai toujours l’impression d’aider Neil Armstrong à quitter le LEM pour faire ses premiers pas maladroits sur la lune . Pour me remercier elle écrase ses lèvres étonnamment fraîches sur mes joues mal rasées. Je démarre en lui faisant un signe de la main . Je sais que lorsque je repasserai , elle sera encore là ,assise à l’ombre du manguier , absorbée dans la contemplation de cet océan qui voilà plus de trente ans lui a pris son fils , psalmodiant dans sa belle langue des prières d’elle seule connues . Souvent , elle me demande où , à mon avis , se trouve celui qu’elle espère encore . Je hausse les épaules et lui réponds...ailleurs…
Prochain arrêt , le chinois . Il est là qui me guette à l’entrée . Comme à chaque fois , il soumet sa mémoire à la question pour se souvenir de mon prénom . Après tout cela ne fait que vingt ans qu’il me connaît ! Tandis que je fouille au milieu l’invraisemblable fatras qui garnit les étagères et que j’essaie de trouver quelque chose de comestible parmi les sachets de racines aux formes hallucinantes , les boites d’œufs pourris , les concombres tordus , les salades échevelées et les bananes liquéfiées , pendant tout ce temps donc passé en vaines explorations je repense aux hypermarchés de la vieille Europe regorgeant de victuailles ! Alors que je règle le prix exorbitant de ma maigre moisson , un sourire se dessine sur les lèvres desséchées du commerçant . Il hoche la tête , guettant l’approbation des rares clients et prononce les seules paroles que je lui ai entendues dire au fil de toutes ces années. Ce sont toujours les mêmes.
- Il fait chaud aujourd’hui !
Tapi derrière son comptoir , il attend avidement ma réponse , invariablement la même , elle-aussi !
- Oui , mais pour demain la méteo annonce de la neige !
Je démarre , tandis que son rire aiguë me poursuit au dehors …

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18 mai 2005

Il est interdit d'interdire

En mai soixante huit je devais avoir treize ans , alors forcément , j’ai suivi ça d’un peu loin ! D’ailleurs les curés nous maintenaient enfermés à double tour dans les salles de classes , des fois que nous eussions été tentés de rejoindre la sédition . Pensez ! Le seul établissement scolaire à ne pas avoir fermé ses portes dans la région en ces temps troublés c’était le mien ! Mais un slogan avait toutefois réussi à franchir les épais murs d’enceinte du petit séminaire : il est interdit d’interdire ! Or notre existence n’était faite que d’interdits ! Je ne parle pas de ces interdits fondamentaux sur lesquels tout le monde s’accorde ( ne pas tuer , voler etc.…) mais d’une foule de petits interdits vus par nous comme autant d’entraves à notre plein épanouissement mental et physique qui constituait pourtant le principal souci affiché par nos éducateurs ensoutanés . Pour le mental il y avait la prière et pour le physique le foot . Je dois dire que je conserve à ce jour une pareille aversion pour l’un comme pour l’autre !
Alors pourquoi ce malaise à l’énoncé d’une journée contre l’homophobie ? C’est que pour moi l’homophobie est avant tout un sentiment et l’on ne peut interdire un sentiment par décret ou par la magie d’une journée consacrée annuellement à la défense des homosexuels . Quid du reste de l’année ? Je comprends que l’on puisse être horrifié par l’homosexualité et que cette horreur s’exprime verbalement ou par écrit pour autant que ce soit de manière censée . La violence ,quant à elle , est réprimée par tout un arsenal juridique qui protège chaque citoyen dans notre pays quelque soit son obédience politique , sa religion , son ethnie ou son orientation sexuelle . Il est absurde de faire comme si tous les matins on ramassait dans les rues de nos villes des tombereaux entiers d’homosexuels exécutés après avoir été torturés ! La France n’est pas l’Iran , Dieu merci , je dis bien Dieu , pas Allah !
Je constate aussi que cet événement a été largement récupéré si ce n’est téléguidé par ce qu’il convient d’appeler la communauté gay pour laquelle ne sont éligibles que les mâles et femelles de… ?… à trente cinq ans physiquement parfaits et animés d’une même foi en la pensée unique ,la leur , dont les credo sont : la haine du vieux (tout ce qui a plus de trente cinq ans ,quoi) et l’adaptation de leur environnement à leurs spécificités ! Un monde gay friendly en quelque sorte !
Si je parle ainsi c’est que j’ai eu un aperçu de cette communauté en fréquentant un site gay (parait que c’est pas le pire) et en y hébergeant un blog pendant quelques mois . Il y avait bien là quelques esprits éclairés mais dans l’ensemble la vision que ces jeunes gens avaient du monde n’allait pas plus loin que le bout de leur queue ! A la lecture des divers blogs d’où suintait l’exclusion de tout ce qui n’était pas « gay compatible » et avec cette manie qu’ont les intégrants (intégristes?) de cette communauté de se raser la crâne , je me suis souvent demandé si je n’étais pas dans une annexe du front national !
J’en suis à me demander si le besoin de reconnaissance et d’intégration professé par la nébuleuse gay n’est pas en train d’aboutir au résultat inverse , à un raidissement de la société à son égard .Ainsi je me souviens qu’il y a trente ans , personne ne se souciait de voir deux hommes dîner en tête à tête ou partager la même chambre d’hôtel .Aujourd’hui , dans les mêmes circonstances , certains sourires en disent plus que de longues phrases . C’est inoffensif , je sais , mais pour qui souhaite que le privé demeure du domaine privé cela peut être casse-pieds !
J’ai beaucoup aimé l’analyse d’Olivier qui , dans son post du 18 mai , insiste sur l’inclination naturelle qu’ont les hommes pour les hommes et les femmes pour les femmes . J’ajouterai que pour le reste cela ne regarde personne ! Nul besoin de loi donc , je me contente parfaitement d’une absence d’interdit !

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15 mai 2005

Les tigres de papier

Mai 1983


Je pense , surtout ne pas en faire de trop , tandis que deux hommes sautent à bord, abandonnant le Zodiac qui s’en va répandre le reste des gardes-côte multinationaux sur les autres voiliers . L’américain est petit et gros .La trentaine fatiguée. Gueule d’abruti. Yeux globuleux. Air irascible de qui aimerait bien se trouver à des milliers de kilomètres de là. D’office je le surnomme Finch non pas qu’il ait l’air d’un moineau mais c’est ainsi que l’auteur baptise les imbéciles dans Lucky Luck. Se méfier de Finch ! Les abrutis ne sont jamais aussi con qu’ils en ont l’air ! Le costaricain est petit lui aussi , mais tout maigre . Vingt ans à tout casser ! Ravi de se trouver là lui ! Débute dans la profession .Ce sera donc el Flaco. El Flaco me serre la main avec effusion tandis que Finch me dédie un signe de tête dégoutté . Avec tout ça j’ai pas eu le temps de mettre une chemise . La transpiration cascade le long de mon torse pour venir se perdre dans les premiers contreforts de mon pantalon . Je dois être répugnant ! Le style gras-mouillé dont les américains raffolent ! Je les précède dans le carré . R. est assis à la table . Déployé devant lui , un « Monde » annonçant au monde la victoire de Mitterrand aux présidentielles françaises deux ans plus tôt . Lui aussi ruisselle de sueur . Mais c’est normal . Jamais vu un mec transpirer autant ! Il se lève et salue en espagnol. .El flaco se méprend .
- Ah , eres tico ! Parte de la tripulacion? (Tu es costaricain ! Tu fais partie de l’équipage)
- Si , pero soy francès…de Francia ! (Oui mais je suis français… de France)
- Que raro ! (Bizarre)
C’est vrai qu’avec ses cheveux long mon vietnamien fait plus indien que français. Je montre au flaco les passeports et les documents du S***. Il dévisage longuement R. puis le compare à la photo de son passeport . Pris d’un doute subit , el flaco lui demande :
- Digale algo en francès al capitan (dites quelque chose en français au capitaine)
- Sortent d’où ces trous du cul ?
El flaco se tourne vers moi
- Que ha dicho el indio ?(Qu’a dit l’indien ?)
- De donde vienen ustedes ?(D’où venez-vous ?)
Il hoche la tête d’un air satisfait et à ma grande horreur se met à parler une langue qui pourrait bien avoir un rapport avec le français !.
- Je venons de lanche américain para inspectionner le violet. Je appris frances un poco à l’école mais demasiado dificil . English is easier !
Je bénis les difficultés de la langue française !
Pendant ce temps , Finch s’est assis à la table et a fait un peu de ménage pour y déposer sa serviette dont il extrait une liasse de papiers ainsi qu’un classeur où sont répertoriés les noms de personnes recherchées et de bateaux volés . C’est du moins ce que je conclus en le voyant comparer nos identités et celle du voilier à une liste de noms figurant sur les pages de son classeur . A la fin de ce travail , lui aussi est en nage. Il sort ensuite une fiche signalétique dont il remplit avec soin chaque rubrique , reprenant nos passeports pour vérifier sans doute si, dans le lapse de temps écoulé depuis la dernière vérification , nous n’avons pas changé d’identité !
- Firearms ?
Je vais chercher la Remington rachetée à Bill (un de mes anciens équipiers) .Finch manœuvre la culasse et vide le magasin . Celui-ci est garni de chevrotines et de balles dum dum. Pour la première fois , Finch me regarde avec un lueur d’intérêt au fond des yeux.
- Pourquoi ce panachage ?
Je lui ressors la théorie du captain Bill .Les pirates. D’abord je disperse et ensuite j’explose.
La lueur d’intérêt s’est transformée en franche sympathie.
- Ah , vous êtes encore jeune ! Non , non et non. D’abord on explose et ensuite , s’il reste des survivants , on disperse . Quand on utilise une arme , c’est pour tuer , pas pour jouer ! J’étais au Vietnam et je sais de quoi je parle !
Je l’encourage :
- Le Vietnam ? Mais ça devait être terrible !
Lui , hésite un instant , pose ses yeux sur R. puis sur el Flaco et… passe l’heure suivante à nous raconter SA guerre du Vietnam. De fouille , il n’en sera jamais question !
Nous sommes sur le pont . R. et moi et faisons de grands signes d’adieu au Flaco et à Finch qui s’éloignent dans le Zodiac. Nous avons échangé nos adresses , on peut presque dire qu’une amitié vient de naître !
Voilà , voilà… Je ne sais même plus pourquoi j’ai raconté cette histoire ! Quoi ? Le paquet ? Ah oui ! Le machin !… Où je l’avais caché ? Oh , c’est bien simple , je l’avais laissé au milieu du fatras , bien en vue sur la table du carré . Je crois même qu’à un moment Finch s’en est emparé pour simuler un char d’assaut lors de l’attaque d’une position tenue par les vietcongs ! Passionnant !
En fait , je l’ai appris plus-tard , ce que les coast guards recherchaient ce jour-là c’était des bateaux volés par des pirates et utilisés ensuite pour le trafic de drogue . Nous n’entrions manifestement pas dans cette catégorie !


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14 mai 2005

Panique à bord

Mai 1983


- Tu…tu n’as pas ramené cette saloperie à bord ?
Je ne peux empêcher un tremblement de déformer ma voix. R. déglutit péniblement .
- Non ,non je l’ai laissée chez…
- Veux pas le savoir.
Je me précipite sur le pont mettant sur le compte d’une peur rétrospective l’étrange comportement de mon ami .Mouillée à une centaine de mètres de nous , une vedette des coast guards américains aisément reconnaissable à ses bandes rouges sur l’étrave . J’aurais préféré que ce soit le Queen Mary ! Nous sommes une demie douzaine de voiliers mouillés au fond de la baie . Ca s’agite pas mal sur la plupart d’entre eux. J’en connais qui doivent les avoir à zéro ! Sur le pont de la vedette ça bouge aussi . Sont en train de mettre un Zodiac à l’eau .Sur la passerelle j’aperçois clairement un guetteur qui nous observe à la jumelle . Pas de quoi fouetter un chat, c’est pas la première fois qu’on fouille mon bateau ! Ah , que c’est bon d’avoir la conscience tranquille ! Je redescends pour mettre une chemise . De retour dans le carré j’ai une impression désagréable de déjà vécu que j’aurais bien aimé ne plus revivre . R . est assis en tailleur sur la banquette , les yeux fermés . Semble méditer . Il transpire abondamment . Devant lui , sur la table encombrée d’assiettes et de tasses sales , de livres , de cartes et des inévitables exemplaires du Monde vieux de plusieurs mois et amoureusement conservés par R. qui doit les apprendre par cœur…le paquet de cannabis soigneusement enveloppé dans son papier aluminium. Ma vue se brouille .J’ai l’impression que tout mon moi s’est réfugié dans la plante de mes pieds . Désolé ! Je n’ai pas d’autres images . Dire que j’ai peur serait absurde. La terreur suppose un minimum de forces pour se manifester . Non. Pendant quelques secondes j’ai tout simplement cessé d’exister. Je me suis délité . Je me suis clairement vu, les couilles branchées à une gégène , en train d’avouer entre deux hurlements que je suis Pablo Escobar en personne( le chef du cartel de Medellin , recherché par toutes les polices du monde à l’époque) ! Parce que c’est à la police costaricaine qu’ils vont nous livrer et là…Aufwiedersehen Fraulein Bertha ! Je reviens à moi . Je murmure : pourquoi ? R. ouvre les yeux.
-Désolé…mais ce n’est pas ce que tu crois !
- Ah ouais ? Et ça, ce sont des amuse-gueule pour nos invités je suppose ?
- Non , c’en est un autre…
- Un autre ?
- Un autre paquet . J’en avais planqué deux . Des fois que tu en trouves un !
Ah le brave petit ! Semble presque content du bon tour qu’il m’a joué ! Il ne me laisse pas le temps de savourer la plaisanterie .
- Tu n’as rien à craindre ! Je vais me dénoncer et leur expliquer que tu n’étais au courrant de rien !
Ma voix n’est plus qu’un râle .
- Au courrant ? Splendide ! Rassure-toi vont bientôt nous y mettre au courrant !Comme ça on sera deux à gigoter au bout de la gégène !
- Gégène ?
- Laisse tomber !
J’essaie de réfléchir aussi vite que mon cerveau embrumé me le permet . L’impression d’être par quarante mètres de fond à me débattre avec des problèmes de pallier de décompression alors que ma bouteille d’air est presque vide . D’abord cacher ce machin ! Je m’empare de l’encombrant colis et arpente le carré en tous sens , grommelant comme un possédé, faisant les questions et les réponses . Là ?…Non. Trouveront tout de suite . Là alors ?… Non plus ! Ici ?… Hors de question ! Je connais le moindre recoin du S*** , aussi chaque cachette me semble-t-elle évidente . Bruit d’un hors bord qu’on met en route . Je pense Evinrude quarante chevaux. Concentre-toi . Envie de pisser . De dégueuler. Y a rien de plus con qu’un honnête homme sombrant dans la délinquance .Ces gars là sont des professionnels ! Connaissent tous les trucs , ont fouillé des centaines de navires , certains beaucoup plus grands que le tien ! De l’imagination mon vieux . .. Oui… pourquoi pas ?…
Bruit d’un bateau de petite taille en approche. Je monte sur le pont pour accueillir nos visiteurs.

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13 mai 2005

Plata o plomo!

Mai 1983

Je profite de l’absence de R. pour faire le ménage et déboucher l’évier , débarrassant le bateau de la moindre trace de substance maudite .C’est vrai à la fin ! Chacun est libre de vivre comme bon lui semble pour autant que son comportement ne mette pas la vie ou les biens d’autrui en danger ! Je ne veux quand même pas aller en tôle pour les conneries d’un autre !Qu’on ne se méprenne pas… Je suis à cent pour cent favorable à la légalisation des stupéfiants . Je dis bien légalisation c’est à dire vente dans un cadre légal , pas distribution anarchique ! Cela aurait pour effet de casser les reins au trafic , première cause de mortalité loin devant la consommation ! Guerre des gangs , règlements de compte , agressions, corruption , sans parler de la mise en péril financier des familles de consommateurs , tout cela est du aux profits mirobolants générés par la commercialisation de ces substances à un prix sans commune mesure avec leur prix de revient . A poids égal une dose de cocaïne ou d’héroïne ne coûte pas plus cher à produire qu’un cachet d’aspirine . Mais son prix de vente est cent fois supérieur . Dans les pays d’Amérique Latine comme la Colombie c’est la loi du « plata o plomo » qui régit toute la filière . Ou tu marches et tu t’enrichis ou tu es un homme mort ! Pour la plupart , le choix est vite fait . Le deuxième avantage de la légalisation serait la possibilité de délivrer une information crédible aux consommateurs sur le danger que représentent ces substances pour la santé . Aujourd’hui on se contente d’effrayer les gens avec des peines de prison et des récits abominables de descente aux enfers , véridiques sans doute mais qui ne rencontrent que peu d’écho auprès des utilisateurs qui ne voient là qu’une tentative de désinformation . Combien ai-je rencontré de ces câmés qui me disaient en tirant comme des malades sur leur joint : moi demain je m’arrête si je veux , c’est des conneries ces histoires de dépendance ! A d’autres ! Le cerveau de l’être humain est ainsi fait que toute absorption régulière de substance aussi bénigne soit-elle (sucre, café , sel) , se transforme en addiction . Ceci dit , j’ai vu plus de gens se détruire au gros rouge qu’au cannabis . Mais le gros rouge c’est légal ! Jamais vu des vignerons s’étriper pour la possession d’un territoire ou des ivrognes attaquer une banque pour se procurer leur bouteille de pinard ! Enfin, chacun voit midi à sa porte . Il y a un truc qui s’appelle le libre arbitre . Moi, j’ai choisi . Pas d’alcool , pas de drogues ! Qui m’aime me suive ! Inutile de dire que ça ne se bouscule pas au portillon . Pour l’instant il n’y a que R., prostré sur sa couchette et qui , de retour de sa mission de délestage , semble soupeser les avantages et les inconvénients de sa permanence sur le S*** tout en faisant semblant de ne pas écouter un mot de mon discours un rien pontifiant , je veux bien le reconnaître ! Dans le lointain , les vibrations d’une hélice laissent bientôt place au martèlement sourd des pistons .
Je pense , Perkins ou Caterpillar . Du gros calibre en tous cas ! La cabine du S*** est située en grande partie sous la flottaison et les bruits sous-marins nous parviennent amplifiés. Une minute ou deux plus-tard et c’est le raclement caractéristique de la chaîne dans un écubier , la narine du bateau comme s’entête encore à l’appeler R. après quatre années de navigation ! Je pense , un yacht de cent pieds pour le moins ! Le S*** est un peu conçu comme un sous-marin : flush deck , pas de hublots mais des panneaux étanches sur le pont . Je m’amuse souvent à identifier la taille de nos voisins d’après leur sillage et le son que produit la chaîne dans l’écubier.
A l’instant où je m’apprête à sortir la tête pour voir la bête , une voix se met à vociférer dans un haut-parleur : Please remain on board ! This is a Costa Rican and United States of America’s coast guards joint inspection! (Restez à bord SVP ! Ceci est une inspection conjointement menée par les gardes-côte costaricains et américains) . Je me retourne vers R. un grand sourire aux lèvres , l’air de dire , alors tu vois , sans moi etc… (j’ai le triomphe modeste !) , mais me fige instantanément . R. est livide !

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12 mai 2005

La raclée

Des picotements m’envahissent le cuir chevelu tandis que je me saisis de la chose . Un bon kilo , pour le moins . Les jambes en coton , je reviens dans le carré et pose ma trouvaille sur la table . Je défais précautionneusement le papier alu . En dessous , un sac en plastique rempli d’un mélange brunâtre dégage une odeur doucereuse .Cannabis . Malgré moi , je pousse un soupir de soulagement . Au moins ce n’est pas de la cocaïne . Mon premier réflexe est de tout balancer par dessus bord . Puis je me dis , ça doit flotter ce machin , en plus il n’y a pas de vent .Va se coller à la coque ! On aura l’air fins , tiens !
Je me retourne alors vers le coupable , parce que le coupable ça ne peut être que lui , hein ? Le cher ange dort dans sa bannette , un sourire idiot aux lèvres , l’image même de l’innocence . Vais lui foutre mon poing sur la gueule . C’est ça !Mais pas facile de frapper quelqu’un qui dort , surtout si c’est votre ami ! Bon une claque alors ? Oui , c’est ça ! Je passe plusieurs fois ma main ouverte au-dessus de son visage , comme un bourreau mesurant la distance séparant le sabre du cou à trancher . Mais , non ! Même ça j’y arrive pas ! Je lui secoue l’épaule. Il s’étire.
- Mmmmmouais
- R . , faut qu’on parle !
- Mmmmm , plus tard !
- Non , maintenant ! C’est grave ! J’ai trouvé la drogue . Faut s’en débarrasser !
Il se redresse d’un bond , quoi de la drogue , suit mon index jusqu’à la table , puis se recouche.
- Oh ça ? C’est pas de la drogue ! Roule-toi plutôt un pétard ça te décoincera un peu !
Humpf ! Un pétard ? Moi ? Sur mon bateau ? Là c’est parti tout seul . La baffe l’envoie rouler sur le plancher . Il pousse un hurlement , plus de surprise que de douleur .Tout en se frottant la joue , il me lance un regard lourd de reproches , un regard venu du fond des âges . R. est d’origine vietnamienne , son regard sait de quoi il parle . L’image même de la vertu offensée , il tente de se mettre debout . Je ne lui en laisse pas le temps . Le saisissant par les cheveux je le traîne jusqu’à la table . Cette fois il a vraiment mal . Il essaie de me frapper mais ses coups manquent de précision et de force . Je ne sens rien . Et pourtant ! A Panama city , je l’ai vu mettre en fuite trois voyous largement plus forts que lui . Aikido . Je mesure ainsi les ravages causés par cette cochonnerie. Drogue douce ? On ferait mieux parler de mort lente !
Je lui colle le visage sur cette merde tandis que je sens la colère monter en moi telle une crue emportant tout sur son passage. Et tout y passe : la confiance trahie , le risque qu’il nous fait courir à tous les deux , mon bateau saisi , la prison , la torture . Puis les questions : depuis quand , où , comment , qui , pourquoi ? J’avais pourtant été clair ! Tout mais pas CA ! Pendant tout ce temps , je le maintiens plié contre le rebord de la table , un genoux calé au creux de ses reins , les deux mains fortement appuyées sur sa tête . Dans un râle il articule péniblement : arrête , j’étouffe !Je lâche prise et m’affale sur la banquette , brusquement très fatigué . Moi la colère , ça m’épuise ! R . demeure un moment écartelé sur la table en soufflant comme un bœuf . Se demande sûrement comment il va me tuer ! Puis il se redresse . Le paquet a éclaté , constellant son visage de graines que la transpiration maintient colées à la peau . Sans me regarder , il enfile un short sur une virilité spectaculairement réduite par la peur. Même pas envie de rire . Il va dans la cambuse et j’entends l’eau couler longuement. . Il revient , le visage et les cheveux trempés, s’empare du paquet , l’enveloppe dans la feuille d’aluminium avant de le jeter en soupirant dans son sac à dos. En passant il me lance :
- L’évier est de nouveau bouché , faudrait faire quelque chose !
- Où tu vas avec ça ?
Il ne me répond pas . Après tout je m’en fiche , pourvu qu’il me débarrasse de ce machin !
Je l’écoute monter dans le Zodiac et démarrer le hors-bord .

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11 mai 2005

Le rêve a du plomb dans l'aile

Cinq ans plus-tard , ce n’est point la mort que je frôlai (quoique…) mais pire encore , la prison , dans un pays qui n’était pas particulièrement réputé pour son respect des droits de l’homme et ce, une fois de plus , par la faute d’un ami qui jouissait de toute ma confiance . Nous avions parcouru la Caraïbe de la Floride au Venezuela pendant quatre années trop vite passées . Après le passage du canal de Panama nous avions mis le cap sur le Costa Rica , mouillant quelques brasses de chaîne à Golfito , une petite ville écrasée par la chaleur et en proie à la fièvre de l’or . A cette époque , le Costa Rica ,en raison d’une législation laxiste en matière d’extradition , s’était transformé en point de chute pour une faune de trafiquants et de criminels de tous poils et Golfito était devenu leur port de la dernière chance . Il fallait voir ces miséreux s’entasser dans les lanchas pour traverser la baie à la recherche d’une concession achetée une bouchée de pain et perdue en pleine jungle ! Quand ils revenaient , s'ils revenaient , c’était plus souvent lestés de plomb que d’or . Quand la chance leur souriait , un sourire édenté , ils ramenaient quelques grammes d’or qu’ils s’empressaient d’aller boire au bar de l’Impérial , un édifice aussi délabré à l’intérieur qu’à l’extérieur et que le propriétaire , un gringo du Mississipi nommé Heidi (si, si !) , gérait d’une main de fer. C’est là que nous passions nos journées R. et moi , dans l’attente d’une autorisation qui tardait à nous parvenir . En effet, notre présence en ces lieux n’avait qu’un but : obtenir des autorités costaricaines la permission de débarquer sur l’île Coco située entre le continent et les Galapagos , officiellement une réserve naturelle , officieusement l’île au trésor . Mais ça , c’est une autre histoire . Les bagarres étaient fréquentes à l’Impérial . En général Heidi réussissait à rétablir le calme . Un soir cependant , je dus enjamber un cadavre ensanglanté pour manger mon hamburguesa con salsa de pimiento . Comme j’hésitais , Heidi me fit signe de derrière son bar qu’il ne quittait sous aucun prétexte (le tiroir caisse) . No problem , come in , they gonna dump him in a few more moments ! Tandis que dans un coin du bar l’assassin buvait tranquillement son petit verre de rhum avec deux policiers tout droit sortis d’une bande dessinée de Tardi , deux peones vinrent effectivement « dumper » le malheureux …dans une brouette .
Bien entendu , nous dormions à bord du S*** mouillé à quelques centaines de mètres de la côte . C’était probablement l’endroit le plus sûr du village . En général je m’éveillai toujours avant R. qui jour après jour sombrait un peu plus dans une espèce de stupeur et d’abrutissement sur lesquels j’avais du mal à mettre un nom. Bien sur , il lui arrivait de lever le coude , mais l’alcool ne pouvait expliquer à lui seul cette espèce d'indifférence mélancolique dans laquelle il se morfondait .
Ce matin là , l’évier de la cambuse refusa de se vider . Il faut savoir que pour des raisons de sécurité la pompe devidange était équipée d’un col de cygne situé au dessus du niveau de la flottaison . En général c’est là que se situait le problème . Pour y accéder , il fallait vider un placard et démonter une partie de la cloison . C’est ce que je fis . Je remarquai immédiatement, coincé derrière le tuyau d’évacuation , un volumineux paquet soigneusement enveloppé dans du papier aluminium . Je songeai , p… de b… de m…keksésa ????


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10 mai 2005

La mort aux trousses

Curieuse notre attitude quand ,momentanément , nous échappons à l’étreinte de la camarde . Nous sentons son souffle fétide , ses doigts griffus , et hop , telle une savonnette mouillée nous lui glissons entre les pattes ! L’affaire du camion…encore elle . Ce jour-là , Olivier eut l’impression d’être à deux doigts de la mort . S’en suivit une période de colère , contre moi censé le protéger , puis un état de prostration qui dura jusqu’à notre arrivée à l’île de Ré . Mon ami venait-il de toucher du doigt le caractère éphémère de sa propre existence ? Je ne sais . En tous cas cette expérience ne contribua nullement à le rasséréner . J’ai moi-même senti le souffle du boulet plusieurs fois . Ma première rencontre se produisit il y a presque trente ans par une froide journée de janvier , sur l’autoroute de l’est à près de deux cent kilomètres heures (c’était une autre époque) lorsque la Triumph TR3 que conduisait un ami rencontra une plaque de verglas , fit plusieurs « tête à queue » et partit en marche arrière , glissant contre le rail de sécurité de la voie gauche sur une centaine de mètres .J’ai encore dans les oreilles le crissement des tôles déchirées et les jurons proférés en suisse allemand par mon ami . Affreux ! Lorsque enfin nous nous arrêtâmes , la voiture était pratiquement détruite mais nous étions intacts , pas une égratignure ! Nous étions juste un peu en avance sur le rendez-vous que la mort nous avait donné . Je hurlai à mon ami complètement consterné (c’était ma voiture , livrée quelques jours auparavant) : allez, faut gicler (je venais de terminer mon service militaire) !!!L’autoroute était déserte (une autre époque vous dis-je) et nous nous trouvions à la fin d’une longue ligne droite mais dans le lointain je percevais un véhicule en approche .Je pensai : même cause , mêmes effets ! Ma portière était bloquée par le rail de sécurité aussi devais-je attendre que le conducteur soit sorti pour pouvoir le suivre . Il pesa de toutes ses forces contre sa porte .En vain ! Le châssis tordu nous interdisait toute fuite de ce côté . Le salut nous vint du toit amovible . Nous enjambons le pare brise , traversons ou plutôt survolons l’autoroute . On dit que la peur donne des ailes ! Ce fut le cas pour nous . A peine à l’abri sur la bande d’urgence , de l’autre côté du rail de sécurité , nous entendons un hurlement de pneus suivi d’ une espèce de détonation et du cliquetis caractéristique de verre brisé . C’est une camionnette remplie de travailleurs du service de l’équipement qui vient de s’arrêter plus loin , sur le bas-côté, après avoir fini de pulvériser la Triumph . Personne n’est blessé.
De manière étrange , je ne ressentis aucune colère envers mon ami qui non seulement venait de démolir ma voiture mais avait LUI réellement failli nous tuer même si je suis persuadé que je n’aurais pas mieux fait dans les mêmes circonstances . Comme lui, j’aurais probablement freiné quand la voiture a commencé à déraper , grossière erreur de débutant ! Ce jour là nous devions mourir , c’était programmé et puis , je ne sais quoi s’était déréglé quelque part et nous étions là tous les deux, trempés par la pluie glacée, à nous faire sermonner par les gendarmes dans leur estafette aux vitres couvertes de buée ! Le plus drôle : nous étions partis le matin même de Genève pour visiter le salon nautique à Paris . Or celui-ci avait fermé ses portes une semaine plus tôt ! J’avais du mal comprendre…
Je vécus les semaines qui suivirent dans un état d’euphorie permanente , à l’affût d ’un événement exceptionnel , d’un signe du ciel , un je ne sais quoi qui me force à …à , je n’en savais foutrement rien ! Deux mois plus-tard c’était la marée noire causée par l’Amoco Cadiz : deux cent cinquante mille tonnes de pétrole déversées sur les côtes bretonnes .Des présentateurs de télévision lancèrent un vibrant SOS à la population , jetant des centaines de milliers de français sur les routes et manquant de transformer le désastre écologique en catastrophe humanitaire quand des hordes de citadins armés de pelles et de seaux en plastique déferlèrent sur les plus si verts pâturages bretons ! Je me dis alors , les conneries ça suffit ! Big brother is already watching us ! J’abandonnai la voie que naissance et études m’avaient tracé et me laissai prendre par la mer à la poursuite de mes rêves d’enfant . Le 1er juillet 1978 à l’âge de vingt trois ans je quittai Rotterdam à bord de mon sloop, le S*** , cap au Sud . J’étais accompagné de trois fidèles équipiers qui tous désertèrent le bord (les rats !) en des points géographiques et à des stades d’imprégnation alcoolique divers . Quant à moi , je ne suis jamais réellement arrivé à destination !

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