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13 mai 2005

Plata o plomo!

Mai 1983

Je profite de l’absence de R. pour faire le ménage et déboucher l’évier , débarrassant le bateau de la moindre trace de substance maudite .C’est vrai à la fin ! Chacun est libre de vivre comme bon lui semble pour autant que son comportement ne mette pas la vie ou les biens d’autrui en danger ! Je ne veux quand même pas aller en tôle pour les conneries d’un autre !Qu’on ne se méprenne pas… Je suis à cent pour cent favorable à la légalisation des stupéfiants . Je dis bien légalisation c’est à dire vente dans un cadre légal , pas distribution anarchique ! Cela aurait pour effet de casser les reins au trafic , première cause de mortalité loin devant la consommation ! Guerre des gangs , règlements de compte , agressions, corruption , sans parler de la mise en péril financier des familles de consommateurs , tout cela est du aux profits mirobolants générés par la commercialisation de ces substances à un prix sans commune mesure avec leur prix de revient . A poids égal une dose de cocaïne ou d’héroïne ne coûte pas plus cher à produire qu’un cachet d’aspirine . Mais son prix de vente est cent fois supérieur . Dans les pays d’Amérique Latine comme la Colombie c’est la loi du « plata o plomo » qui régit toute la filière . Ou tu marches et tu t’enrichis ou tu es un homme mort ! Pour la plupart , le choix est vite fait . Le deuxième avantage de la légalisation serait la possibilité de délivrer une information crédible aux consommateurs sur le danger que représentent ces substances pour la santé . Aujourd’hui on se contente d’effrayer les gens avec des peines de prison et des récits abominables de descente aux enfers , véridiques sans doute mais qui ne rencontrent que peu d’écho auprès des utilisateurs qui ne voient là qu’une tentative de désinformation . Combien ai-je rencontré de ces câmés qui me disaient en tirant comme des malades sur leur joint : moi demain je m’arrête si je veux , c’est des conneries ces histoires de dépendance ! A d’autres ! Le cerveau de l’être humain est ainsi fait que toute absorption régulière de substance aussi bénigne soit-elle (sucre, café , sel) , se transforme en addiction . Ceci dit , j’ai vu plus de gens se détruire au gros rouge qu’au cannabis . Mais le gros rouge c’est légal ! Jamais vu des vignerons s’étriper pour la possession d’un territoire ou des ivrognes attaquer une banque pour se procurer leur bouteille de pinard ! Enfin, chacun voit midi à sa porte . Il y a un truc qui s’appelle le libre arbitre . Moi, j’ai choisi . Pas d’alcool , pas de drogues ! Qui m’aime me suive ! Inutile de dire que ça ne se bouscule pas au portillon . Pour l’instant il n’y a que R., prostré sur sa couchette et qui , de retour de sa mission de délestage , semble soupeser les avantages et les inconvénients de sa permanence sur le S*** tout en faisant semblant de ne pas écouter un mot de mon discours un rien pontifiant , je veux bien le reconnaître ! Dans le lointain , les vibrations d’une hélice laissent bientôt place au martèlement sourd des pistons .
Je pense , Perkins ou Caterpillar . Du gros calibre en tous cas ! La cabine du S*** est située en grande partie sous la flottaison et les bruits sous-marins nous parviennent amplifiés. Une minute ou deux plus-tard et c’est le raclement caractéristique de la chaîne dans un écubier , la narine du bateau comme s’entête encore à l’appeler R. après quatre années de navigation ! Je pense , un yacht de cent pieds pour le moins ! Le S*** est un peu conçu comme un sous-marin : flush deck , pas de hublots mais des panneaux étanches sur le pont . Je m’amuse souvent à identifier la taille de nos voisins d’après leur sillage et le son que produit la chaîne dans l’écubier.
A l’instant où je m’apprête à sortir la tête pour voir la bête , une voix se met à vociférer dans un haut-parleur : Please remain on board ! This is a Costa Rican and United States of America’s coast guards joint inspection! (Restez à bord SVP ! Ceci est une inspection conjointement menée par les gardes-côte costaricains et américains) . Je me retourne vers R. un grand sourire aux lèvres , l’air de dire , alors tu vois , sans moi etc… (j’ai le triomphe modeste !) , mais me fige instantanément . R. est livide !

Commentaires

C'est un peu dur de s'arrêter là ! C'est un vrai feuilleton !! "la narine du bateau" : j'adore !

Écrit par : Fleur | 13 mai 2005

Bonjour fleur! Je ne fais que suivre les conseils d'Olivier qui m'a recommandé de fractionner mes récits . J'ai beaucoup de mal à synthétiser, ausi le résultat est-il souvent indigeste pour le lecteur ! En tous cas , merci de me lire!

Écrit par : manutara | 14 mai 2005

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